‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 8 sur 84 · Au moins natcuère encore il en était ainsi · texte numérisé non relu

Au moins natcuère encore il en était ainsi

obligatoires. Ce sont certainement des veî^tiges d'un étal antérieur, où la prostitution était plus générale. Nous en pouvons conclure encore autre chose; c'est que cette prostitution n'a pas été le fait de la femme, cédant à l'attrait du plaisir. Je crois pouvoir affirmer qu'en ce cas la prostitution eût été réprouvée. Evidemment elle a été le fait de ceux-là même, qui font seuls l'opinion publique, au début de l'humanité, de ceux que j'ai appelé les forts.

Parmi les forts nous devons ranger le mari Aussi, le mari, nous l'avons déjà dit et nous le répétons ici avec insistance, le mari a-t-il usé de sa femme, comme le père de sa fille; il l'a prostituée avec l'assentiment de l'opinion publique. En cent contrées différentes de la terre, encore aujourd'hui, le même homme qui s'est déjà formé le concept de l'adultère, qui punit sa femme et quelquefois d'une peine capitale, (|uand elle a eu un caprice, lui impose de se prêter, lorsqu'il y trouve du profit, ou qu'il veut obliger gratuitement quelqu'un. Cette coutume, qui ne se voit plus guère que cliez -l.<îS__sauyages, a été certainement pratiquée par les peuples historiques de l'Orient et de l'Occident, quand ils en étaient eux-mêmes au stade de la sauvagerie, par laquelle tout le monde a passé. Des indices, qui ont persisté fort tard dans leurs lois et dans leurs mœurs, témoignent en faveur de cette opinion. On conviendra, qu'avec une prostitution si abondamment alimentée, le sexe fort a pu adopter théoriquement le régime de la monogynie, sans avoir à s'imposer d'intolérables privations.

Mais ce n'est pas tout encore : il faut bien faire entrer en ligne de compte le libertinage volontaire, spontané de la femme elle-même. Elle n'a jamais été si passive, qu'elle ne se soit pas donnée d'elle-même, en deliors des ordres du maître, ou même contre ses ordres. L'adultère est un fait de tous les temps, de tous les pays. Mais ce ([iii ollVeenroi'cplus

de ressources à l'homme en quête de diversité amoureuse, c'est le libertinage des fdles. Chez les peuples sauvages, chez les barbares et même encore chez nombre de demi-civilisés, tant qu'elle n'est pas mariée, assignée à un homme particulier, la fille a permission de faire d'elle-même tout ce qu'il lui plaît : ses passades ne tirent pas à conséquence. Son mari ne lui demandera aucun compte de sa virginité, à laquelle il ne tient pas. Il y a même des pays, notamment chez les Naïrs dont nous avons parlé, où la virginité est considérée comme un apport très malséant. Il est permis de considérer le libertinage licite des filles, comme une persistance de la promiscuité primitive. C'est une promiscuité que j'appellerai volontiers climatérique. En beaucoup de lieux où déjà la l'emme est, pour une partie de son existence, soumise à des règles étroites, à une monoandrie rigoureuse, une au lie partie de cette existence appartient encore réellement à la promiscuité illimitée. La morali>>ation de la fille est donc venue bien plus tard que celle de la femme : évidemmeiil elle n'a élé qu'une suite, une conséquence.

Enfin un dernier aspect à considérer. Nous essayons de non expliquer comment le sexe mâle a renoncé à la polygynic; mais la polygynie — nous avons déjà indicpié cette distinction — peut être si)m(Uanée{cl c'est celle-ci que nous avons presque uniquement observée jusqu'à présent) et elle piMit être iuccess/i'g ; j'entends par là qu'un homme, en n'ayaut jamais à la l'ois qu'une femme, peut se permettre de cbangei' cette femme plus ou moins souvent. Or au premier stade de la monogynie, ce régime contient toujours et paiioutla consolation de la polygynie successive. Partout l'homme a le droit de répudier la femme et il use avec une fré(|uence variable de la répudiation. Incontestablement l'intérêt économi(|ue présente à l'homme ce régime monoandrique, avec polygynie successive, comme plus avaiilai^ïMix (pic la polygynie siiiiul-

EVOLUTION Dl MAKIAIIK VKKS LA MONOGAMIE. il

tanée. Jouir de beaucoup de femmes el n'enavoircepeiidaiil jamais qu'une à entretenir, c'est une combinaison fort heureuse, j'entends au poinl de vue de la parcimonie du sexe fort.

Dans un prochain chapitre nous verrons comment la femme a pu acquérir la faculté réciproque de répudier l'homme, comment s'est établie par une suite naturelle la répudiation simultanée, qui est à proprement parler le divorce; contentons-nous pour le moment de constater l'existence de ces nouvelles ressources.

Un mot encore, en glissant, sur d'autres dérivatifs, d'autres exutoires du sens génésique, moins importants en ce qu'ils ont joué un rôle moins étendu, mais qu'on ne peut cepen" dant pas taire tout à fait. Je signale donc discrètement les passions anti-naturelles, goûts bestiaux, goûts sodomiques, qui sont probablement nés de la privation des femmes, fréquents dans la sauvagerie; et enlin un artifice infiniment plus constant, plus durable, plus universel, que tout le monde connaît et que tout le monde feint d'ignorer*.

Donc le sexe mâle est arrivé à la monogynie officielle, sans y mettre beaucoup du sien. D'ailleurs il y a une force très simple, dont nous n'avons pas encore parlé. Jusqu'ici nous avons supposé aux masses une parfaite initiative ; toujours nous nous sommes représenté la coutume comme établie par l'assentiment général, au moins par l'assentiment des forts. Il faut tenir compte qu'à un certain degré de civilisation, des despotismes s'élèvent, et agissent avec une force régulière sur les sujets. Ces gouvernements peu à peu se font un outillage administratif, judiciaire et clérical, qui se ramifie \\ sur tout le pays, et atteint partout. Leur pouvoir de contrainte devient alors considérable et inévitable. En principe

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