Tacite, annales II
LES FltKINS. :^67
s'il l'avait in mami, si elle était sa propriété, il avait le droit, je pense, d'en faire ce que bon luisemblait. Mais si lepèrede cette femme avait gardé sur elle la poteslas, le mari n'était plus libre ; il y avait là une propriété d'autrui à ménager, et j'incline àpenscrqu'il devait attendre le jugement delafamille. Les auteurs, qui nous parlent assez souvent de l'amant supplicié par le mari, ne nous montrent nulle part la femme tuée par son mari. Il semble bien que le mari pouvait tuer l'amant, sans encourir aucune peine. Cependant ce que dans k's auteurs nous lui voyons faire ordinairement, ce n'est pas un meurtre; c'est peut-être pis : il retient l'amant de longues lieures, il le torture, ill'estropie. Un châtiment fort cruel et fort obscène à la fois (la raffanisation) paraît avoir été très usité à Rome, comme en Grèce^ D'autres fois, le mari livrait l'amant à la lubricité féroce de ses esclaves. Il se passait là des scènes incroyables, indicibles. Imaginez une pauvre souris, jetée vivante à une troupe de chats, mais des chats chez qui elle provoquerait des fureurs erotiques. Et tout un quartier convié à jouir de ce spectacle. Rien de plus iionteux pour les mœurs romaines. Ajoutons un trait qui y met le comble. C'est que souvent il y avait chez le mari un calcul de cupidité. La loi, l'opinion, lui permettaient de rançonner l'amant. Toutes ces tortures étaient donc infligées souvent dans le but d'obtenir une rançon excessive, de faire chanter l'amant aussi haut que possible! (Qu'on nous passe ici cette expression ignoble, tout à fait convenable au sujet.) Ces procédés sans humanité, ni pudeur, ni honneur (au sens moderne), sont indiqués dans nombre d'endroits chez les auteurs latins. Ils ont même été transportés sur le théâtre, et représentés devant les femmes et les enfants. Voyez le Miles gloriosus de Plante-. On extrait l'amant sur-
1. Vuir le ilicliuiinaire ilc Darcinlicrt et Saglio au mot Adulterium.