H fout parler latin : Stuprntio manûs
les gouvernements sont moraux, je veux dire qu'ils conçoivent pour leurs sujets une certaine manière de se conduire, et qu'ils essayent de leur imposer cette conduite, restrictive toujours. Nous en avons déjà vu un exemple dans la monogynie imposée au peuple en quelques pays. Si les gouver- à mcnts sont moraux, s'ils font faire des progrès à la morale, il n'y a pas de quoi s'émerveiller. L'homme (nous le démontrerons ailleurs avec abondance) imagine fort aisément, quand il s'agit d'autrui, les délicatesses et les raffinements qu'il serait bon ou beau de pratiquer.
C'est sans doute à la moralité gouvernementale qu'est dû un nouveau progrès, réalisé dans ces sociétés antiques, dont nous autres modernes sommes plus particulièrement les héritiers. Chez les Grecs, les Romains, la monogynie concubinaire, à l'époque historique, ne se retrouve plus; elle a disparu ; elle a cédé la place à la pure monogynie, tempérée bien entendu par la fréquentation des esclaves, par le commerce avec les courtisanes, par l'adultère et par le divorce iacile. La concubine existe sans doute; la loi romaine la reconnaît expressément, mais ce n'est plus comme collaboratrice, c'est comme suppléante de la femme. Il est défendu d'avoir les deux à la fois. Qui imagina le premier, dans les sphères gouvernementales cette prohibition? On l'ignore, i l'histoire ne dit pas son nom. Ce législateur inconnu fut | frappé sans doute des inconvénients qui résultaient de la monogynie concubinaire pour la ])aix du ménage, et la concorde entre enfants d'un même père; et il porta sa défense. Lui en coûta-t-il quelque eiïort personnel de vertu ? On peut répondre négativement, sans rien risquer, d'après l'histoire d'autres législateurs connus, à qui l'humanité est rede- ' vable de défenses équivalentes, et que nous citerons tout à ' l'heure.
Tel était le régime du mariage, chez les anciens, quand le
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clii'islianismo fit son entrée dans le monde. Résumons le progrès accompli en deux mots: monogynie complète (orficicUement parlant), mais divorce facile (c'est-à-dire polygynie successive). Les premiers chrétiens affectèrent d'être révoltés par l'immoralité de ce régime. Les chrétiens d'aujourd'hui font sonner très haut les améliorations dont ils disent qu'on est redevable à leur religion. Si l'on veut bien remarquer de quel point on était parti, c'est-à-dire de la promiscuité illimitée (comme état général), on n'hésitera pas à décider que l'évolution, accomplie avant le christianisme et sans son assistance par conséquent, a bien plus d'étendue et d'importance (jue ce qui a été ajouté depuis.
Ce serait tout un livre à faire que d'exposer comment l'Église chrétienne, puis catholique, a conçu le mariage et comment elle l'a traité. Nous ne pouvons ici développer ce sujet. A s'en tenir à l'essentiel, l'Église a tenté de supprimer la polyg-ynie successive, non pas entièrement, mais à moitié. En effet elle n'a point été jusqu'à prohiber les secondes noces, dans le cas de mort d'un des époux; mais elle a voulu prohiber les secondes noces volontaires, entre époux vivants, bref le divorce. Après dix-huit siècles d'expérience, on peut prononcer, je crois, d'après le spectacle des choses actuelles, que sa tentative est loin d'avoir réussi. Les protestants pratiquent le divorce; la France, pays catholique, vient de le n'-fablir.
Et toutefois, même là où le divorce a reparu, il n'a pas reparu tel que les anciens le connaissaient. Il y a eu progrès accompli dans le sens de la sévérité.
On a répé'tf' des millions de fois que le christianisme avait changé le cœur de l'homme; qu'il avait, notamment au sujet du mariage, amélioré la conscience humaine. C'est une affirmation étrangement li'méraire; car ce qu'on [jn-tend que le christianisme a lait, il ne l'a même pas essayé.
Il aurait fallu que l'Église prît le parti de ne pas toucher
M l,A 1 AMILLE DANS LA SOCIÉTK HUMAINE.
aux lois païennes; il aurait fallu qu'elle se contentât d'endoctriner, de prêcher, sans invoquer l'intervention du bras séculier. Alors si les néo-chrétiens, uniquement touchés de la parole sainte, avaient renoncé à user de la faculté du divorce légal, s'ils avaient spontanément pratiqué la monogamie et la constance conjugale, cette révolution morale eût été imputable avec certitude à la foi chrétienne, exerçant sa puissance sur les âmes. Mais c'est ce qui n'a pas eu lieu. Dès qu'elle l'a pu, l'Église a recouru à In contrainte des lois, à la force coercitive du gouvernement et de l'administration. Les résultats qui ont été ainsi obtenus (et qui ne sont pas à beaucoup près aussi considérables qu'on l'a dit souvent) doivent en conséquence être classés, non parmi les œuvres delà conviction religieuse, mais parmi celles, infiniment plus nombreuses et moins méritantes, de l'obéissance et de la soumission humaines devant la force gouvernementale.
Nous l'avons déjà dit, les réformes du genre législatif et administratif, ne sont pas, après tout, bien méritoires. Il n'en coûte rien ta personne, ni à ceux qui les proposent, philosophes ou prêtres, ni aux législateurs qui les adoptent cl les imposent. Les uns sont vieux et déjà désintéressés de la question par leur âge. Les autres n'ont pas la passion des femmes; et quand même ils l'auraient, il y a encore tant de moyens de la satisfaire, en dehors les lois. Cependant, toutes faciles qu'elles soient, ces réformes produisent des elTets. La plupart des hommes n'ont rien de fougueux. Ils sont le jouet des occasions et des tentations. Offrez-leur le divorce facile; ils divorceront. Otez-le leur, ils resteront à peu près, et sauf un certain nombre de transgressions, dans les limites du mariage conventionel. Pourvu que vous n'alliez pas contrarier absolument le besoin naturel, leur énergie assez faible ne les jettera pas contre les barrières. Le christianisme a donc supprimé réellement une certaine quanlilé
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d'imiuoialité, on supprimant des facilités trop tentantes. 11 a opéré ce facile ouvrage, non directement, par l'influence (le convictions et de résolutions nouvelles, cpi'il aurait implantées dans l'àme humaine, mais artificiellement et par la main du pouvoir politi(iue.
On dira peut-être qu'il a au moins moralisé celui-ci, puisfpfil en a obtenu ces mesures d'une austérité relative. A cela on peut répondre par un exemple point lointain ni mystérieux. Si vous croyez que Louis XIY ne tint pas la main aux bonnes mœurs de ses sujets, vous vous trompez. On pourrait vous citer un assez bon nombre de lettres de cachet par lesquelles il intervint personnellement pour mettre à la raison des femmes^ ou même des maris, d'une conduite scandaleuse. Certes, il n'eut pas consenti à relâcher les liens du mariage légal ! La proposition même de le faire l'eût indigné. Ce qui n'empêcha ni Louise de Lavallière, ni M""' de Montespan, ni la légitimation éclatante des bâtards. Bornons-nous à ce h'gislateur chrétien, quand nous en pourrions citer beaucoup d'autres du même caractère, à commencer par saint Charlemagne.
Nous venons de faire la revue des principales formes que le mariage humain a affectées, non de toutes. Quelques-unes, des plus extraordinaires en apparence, ont été signalées déjà. Par exemple: il y a des pays où, avant de se considérer comme mari et femme, on se prend à l'essai; on cohabite ensemble, ici trois nuits, ailleurs plus ou moins; appelons ceci le mariage à l'essai. Il y a des pays où l'on convient de se marier pour un temps déterminé, pour plusieurs années. Chez les Arabes, où il a été fort pratiqué, cela s'appelle le mariage Môla ; nous en avons assez [v.wAr. Clie/ les .\ssanieji>
du Nil Clanc, il y a, nous l'avons vu, le mariage inlermiltcnt. La femme est mariée, et partant doit obéir, être fidèle pendant trois, quatre jours de la semaine; les deux ou trois autres jours, elle est libre de ses actions, libre de son corps.
Ces formes n'ont rien d'étonnant, rien qui ne soit facilement explicable. L'homme a pu finir par associer à l'idée du mariage des considérations d'inlérèt social, ou même des'^ vues de morale désintéressée; mais il n'a pas commencé et il ne pouvait pas commencer par là. Pour lui le mariage n'a été d'abord qu'un double besoin, celui d'avoir une femelle et celui d'avoir une ménagère. D'autre part, la femme ne s'appartenait pas. Gomme enfant, elle était à quelqu'un,- mère oncle ou père. Ce quelqu'un aurait pu donner gratuitement la fille en mariage; c'est une idée qui nous paraît aujourd'hui simple et naturelle. Ce n'est pourtant pas celle par laquelle l'humanité a débuté. 11 a fallu, sauf exception rare, que le mari volàl la femme ou l'achetât. Il l'a achetée, bien plus souvent que volée. Le mariage a été en général une voile. Rien d'étonnant, si les diversités inhérenles à ce genre de contrat sont passées dans le mariage. C'est le contraire qui serait fait pour étonner. Nous aurons du reste occasion, en considérant le mariage à d'autres points de vue, de revenir sur ces formes secondaires ou extraordinaires dont je viens de parler.
Résumons-nous. Nous avons en définitive tenté de construire une classification des formes du mariage humain; et cela par un procédé qui, dans les sciences naturelles, a di'jà fait souvent ses preuves. Nous avons cherché un caraclère principal, primordial, d'après lequel, tous les traits accessoires étant provisoirement négligés, on put rapprocher ou distinguer, bref, démêler toute celte diversité et la résoudir en classes nettes. Le principe, dont je me suis servi, pcul sembler à première vue paradoxal, en réalité il est on ne
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peut plus sérieux et esseuliel, lo voici : dans le mariage humain, les modalités, et le progrès final, sont dus uniquement à la coercition imposée au sexe faible par le sexe fort, qui jamais nulle part ne s'est restreint lui-même de partis pris et directement. L'évolution a donc été direclement unilatérale. Si elle a atteint, somme toute, le sexe mâle, c'est par une réflexion, une répercussion des effets, aussi inévitable qu'imprévue.
Considérant donc uniquement la situation faite à la femme, je distingue et clause ainsi qu'il suit les formes diverses du mariage. A l'origine il faut admettre comme générale la promiscuité que je nomme polyandrie illimitée. L'humanité sort de cet état simultanément (d'après toutes les probabilités) par deux voies divergentes, qui forment comme deux embranchemenls. En suivant le premier, je trouve que la polyandrie va se réduisant en:
r Polyandrie de tribu;
il" Polyandrie de classe ou de clan;
3" Polyandrie familiale.
En suivant le second cmbranclienient je trouve, comme degrés :
1° Monoandrie poiygyniqiie (ou plus simplement poly- (lynie);
2° Polygynie concubinaire;
.i" Monogynie.
Keste à déterminer la force ou les forces psychiques qui ont poussé l'humanité, de stade en stade, sur ces deux lignes. Ce n'est pas le sentiment moral, ce ne sont pas davantage les sentiments affectueux qui ont provoqué l'évolution. Moralité, sympathie, au contraire, résuUpnt de l'évolution; elles ont été des effets, non des causes. C'est le haut ascendant de l'intérêt économique (|ui a tout faiL Ainsi d'abord, poumons, les deux directions divergentes, exposées
plus haut, et que nous pouvons maintenant désigner par ces deux termes : Matriarcat, Patriarcat, ont été déterminées tout simplement par deux circonstances économiques, par deux formes d'arrangements domestiques.
L'homme a-t-il été fréquenter la femme, laissée chez elle, on a eu le matriarcat, à ses divers degrés. L' a-t-il amenée chez lui (par rapt ou par achal), on a eu le patriarcat, avec ses degrés divers. Quant à ces degrés môme, c'est encore Tinlluence économique qui, principalement, sinon exclusivement, les a fait sortir les uns des autres, poussant l'humanité toujours plus avant vers le dernier terme, qui se trouve être le plus moral en fait, bien ([ue l'homme n'ait jamais eu l'intention bien sérieuse de devenir moral, sinon dans la per-
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KVdI.UTION DU MAKIAGE VKRS L'eGALITÉ DES ÊI'OUX
, iNoiis venonsde considérer l'évolution du mariage au point (fç vue de la lidélité conjugale, de la restriction desiippétits sexuels, et nous avons ainsi parcouru la route qui mène 4p1îi promiscuité à la monogamie. Pour un esprit ascétique, rien de plus important sans doute, dans le mariage, que ce côLé restrictif;' mais pour nous le mariage oÛre d'autres aspects qui sont au moins aussi inli'ressants. Nous allons maintenant examiner révolul'nn du inM|i;igc. .'III point de vue de la situation faite à ki femme, vis-iV^vis de son miiri. A cet égard
aussi, la diversité des roulumes luuuaiiies est grande, soit que l'on envisage l'humanité géographiquement dans l'espace, ou historiquement dans le temps,^ toutefois, il jj'es^ pas besoin d'pne longue considératiqn pourvoir, que de, tous côtés la servitude' tient une ]»lace démesurée, et que la femme a été, et est encore, beaucoup plus souvent |a seivante de l'iiomme que sa compagne. Nulle part cncore^Ilen.' est par-> venue i\ obtenir la complète égalité. N'impovte»:^ tPjU^ pr^çHr; dre, iiiji imnicnse progrès s'est a,c,çpmpli dans l('sconM'4/^s,,qui, pins que les autres iniluf^nl sur la marche générale du mondi'.