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La conception du mariage

S'il est juste de reconnaître, ainsi que nous l'avons pensé, que l'exigence de chasteté pour l'individu non marié repose sur cette conception, que le désir sexuel isolé est infamant parce qu'il comprend trop peu de la personnalité de l'individu, il se trouve dans ce que nous avons déjà mentionné, que le mariage est une vie commune ne devant pas véritablement être regardée comme une union sexuelle, bien qu'il en soit une assurément, mais il est en même temps beaucoup plus. À l'origine, plus encore qu’à présent, on faisait une différence entre le mariage et l'union sexuelle. Il a toujours existé une union sexuelle entre les époux, mais aussi longtemps que l’évolution de la réprobation morale de l’union sexuelle ne fut pas encore très sensible, le désir sexuel ne pouvait être un motif assez fort pour se ma-

rier, c'est-à-dire s'approprier une femme d'une manière durable comme cela est le cas dans le mariage. On trouve des unions durables depuis les temps les plus primitifs dont nous ayons connaissance, et autant que nous sachions il est question de mariage depuis le commencement du genre humain. Mais la durée de ces unions, c'est-à-dire ce qui fait que nous les appelons mariages et non unions libres, n’est pas provoquée par des raisons sexuelles, mais par des raisons économiques, en ce que l’homme prend une femme pour avoir un aide dans les devoirs quotidiens de la vie. À ces intérêts économiques se joint plus tard, aussitôt que surgit l'intérêt d’avoir des descendants, la considération d’avoir des enfants qui vous appartiennent : c’est pourquoi l’on acquiert le droit de propriété sur une femme pour en avoir sur ses enfants. Le mariage devient donc en même temps ce que les Romains exprimaient en disant : uxorem hiberorum quærendorum gratia habes. L’honneur de l’épouse repose sur ce qu'elle est la véritable compagne de l’homme dans le gouvernement de sa maison, et la femme lui donnant des enfants qui perpétuent sa famille. Le mariage se distingue aussi d’une union libre, non par l'étendue de l’amour sexuel existant entre les époux, mais par ses effets juridiques qui assurent à la

femme la fonction honorable qu'elle doit avoir dans la maison de l’homme. Conjointement à cette conception

du mariage, il arrive que dans bien des cas l’union de durée, surtout s’il y a des enfants, d'elle-même, tout d'un coup, se transforme en mariage. Dans des états de choses plus avancés, une telle transition exige en même temps, que l’homme, pendant la vie commune,

ait traité la femme avec l'honneur d’une épouse (1). Mais à tous les degrés de civilisation 1il existe une distinction entre le mariage et l’union libre; la vie commune dans le mariage n’est pas seulement une union sexuelle durable, en même temps elle modifie la position légale des individus. On peut regarder un tel résultat comme l'effet naturel d’une union durable, ou bien exiger que les parties fassent positivement connaitre comment elles veulent que leur vie commune soit regardée ; c'est toujours dans cet ordre d'idées que l’on place la nature du mariage, il est communitas omnis vilæ, divini atque humani juris communicatio. Dans les temps primitifs cette communitas et cette communicatio, c'està-dire l'honorabilité plus grande du mariage, s’accroit de la durée de l'union et de sa nature, de nos jours au contraire on déduit de l'idée du mariage comme une telle communitas et communicatio la stabilité et la nature de la vie commune comme une exigence morale.

Il se joint donc à l'exigence de chasteté pour l’individu non marié, partant de cette conception, l'exigence de chasteté pour les individus mariés comme devoir de fidélité vis-à-vis l’un de l’autre. En même temps la nature de cet amour qu'on doit rencontrer entre l'homme et la femme, trouvera sa définition dans la conception du

(1) Comparer par exemple la Loi Jutlandaise, I, 27. Dans la Constitution de l'Etat de Mississippi de 1868 on s'exprime ainsi : « All persons who have not been married but are now living together and cohabiting as husband and wife, shall be taken and held for all purposes in law, as married, and their children, whether born before or after the ratification of this constitution, shall be legitimate, and the legisla tion may, by law, punish adultery and concubinage » (Art. XII, sec. 92). Cette décision semble donc être plutôt une décision transi-

toire. Voir plus loin l'institution du mariage en Amérique.

mariage que nous avons mentionnée. Et enfin le caractère monogame du mariage, partant d’une telle conception, se trouvera aussi regardé comme une impérieuse exigence de devoir. Plus le mariage est devenu la seule forme valable et reconnue pour une union sexuelle, d’autant plus, par une considération toute naturelle de cet élément sexuel dans la vie conjugale, la sexualité a aussi eu un rôle à Jouer, en ce que la séduction sexuelle par elle-même qu'éprouve l'homme honnête, s'unira de suite avec la pensée d'une union conjugale. Cela se montre entre autres dans l'importance de l'élément érotique dans le sentiment amoureux fondant le mariage.

AL. — Ze sentiment amoureux.

Il n’y a pas si longtemps que l’on regardait encore avec une certaine incrédulité ce sentiment amoureux, que l’on juge à présent comme étant la condition principale dans un mariage. L’amour, pensait-on, vient après

les noces. Il nous semble brutal d’unir deux individus

n'ayant jamais eu l'occasion de se connaître d’une ma-

nière aussi Intime que celle exigée par le mariage. En France et dans d’autres pays latins, il règne encore l’an-

cienne coutume romaine que la jeune fille est élevée loin -

du monde, dans un cloître ou dans un pensionnat, et quitte cette existence retirée et dépendante pour entrer sans transition dans le mariage. Les parents ont tout arrangé pour elle, ils la jettent dans la vie commune avec un homme qu’elle ne connait pas, dans un état de vie qui est dans la plus grande opposition qu'on puisse voir

avec celui qu’elle a connu jusque-là, dans lequel elle a

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