La célébration du mariage
Puisque la communauté de la vie conjugale est une vie commune douée d'effets juridiques en eux-mêmes n'ayant pas besoin de pénétrer dans tous les rapports entre l'homme et la femme, mais exigeant une intimation formelle de la volonté des parties que leur vie commune ait ces effets juridiques, cela conduit nécessairement, étant donnés les rapports organisés de la société, à ce qu’on doit fixer une forme déterminée sous laquelle a lieu cette intimation. L'’incertitude concernant ce fait si un mariage est conclu ou non, intervient si profondément et d’une manière si troublante dans les rapports privés de la bourgeoisie, que cela doit être considéré comme un important mal social. Conformément à la loi romaine, la fondation du mariage n’y exigeait pas un acte officiel déterminé. L'existence du mariage devait être démontrée comme un fait quelconque, et il s’agissait surtout de prouver qu'il avait existé « viri et mulieris conjunctio, individuam vitæ consuetudinem conti-
nens. » Mais une telle situation amenait des difficultés importantes, et dans tous les États modernes civilisés les mariages sans formes ont été supprimés, sauf en Ecosse et dans les Etats-Unis de l'Amérique du nord, où les sentiments du peuple tiennent tellement à ce que la seule chose fondant véritablement le mariage, soit le consentement réciproque des parties, qu’il n’a pas été possible d'amener la considération du bien public à prévaloir sur ce point.
L'introduction d'un acte établissant officiellement le mariage est en réalité un des points où l'opposition entre la considération du bien public et les sentiments privés de l'individu peut arriver à se présenter très nettement. Ce doit, en effet, être constamment le devoir éthique de l’individu de soutenir que c’est l’amour réceiproque qui établit la morale de la vie commune d'un couple, et absolument pas tel ou tel acte officiel. C’est pourquoi, partout où la vie intime personnelle se fait valoir avec le plus de force, 1l s'élèvera une aversion pour attribuer à un acte officiel une importance quelconque, quant à la valeur morale du mariage. Il serait même naturel qu'une évolution plus subtile de la vie intérieure amenâtune répugnance positive à mettre en vue par un acte public et solennel ce qui se rattache au sentiment de l'amour que lon ressent pour un autre. Quelque chose de brutal pénètre aisément dans un acte semblable, fixant l'heure et le jour où deux individus commencent cette vie commune qu’ils ont le droit de regarder comme leur plus profond et leur plus intime secret, dont la. publicité semble arracher le voile.
La manière publique et solennelle dont autrefois on célébrait les fiançailles ne dénotait pas non plus une