L. — L’aversion pour le mariage
L’aversion pour le mariage, que nous avons constatée dans ce qui précède, a l’une des ses plus profondes raisons dans l’organisation juridique fixée par la législation, en concordance avec les mœurs, les coutumes et les besoins d'autrefois, mais n'étant plus en harmonie avec les exigences de nos jours. En ce qui concerne les hommes, cette dépendance croissante vis-à-vis de l'épouse, les égards qu'ils doivent avoir pour elle, et que la civilisation leur a imposés, deviennent un fardeau qu'ils trouvent d'autant plus lourd, qu'il n’ont pas la loi de leur côté ; dans les unions libres ils se sentent plus indépendants et peuvent davantage agir à leur guise. Quant à ce qui concerne les femmes, l’aversion pour le mariage s'accroît parce que le mariage ne leur offre plus une manière de vivre aussi indépendante et avec autant d'autorité qu'elles pensent devoir exiger. Nous parlerons plus loin et séparément de cette évolution que le mouvement général d’'émancipation de la femme a créée; ici, nous n'avons à nous occuper que des conséquences de ce mouvement, qui s'étendent jusque dans le mariage même, et qui en voulant changer la position de
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l’épouse, arrivent à exercer une influence sur l'avenir du mariage.
Il pourrait sembler que cette influence marche avec les autres menaçant le mariage, mais nous ne croyons pas qu’il en soit ainsi. Au contraire, nous pensons qu’un examen plus exact montrerait que ce mouvement doit être considéré comme un des plus actifs remèdes, dont la civilisation de notre temps, par opposition à ce qui a existé autrefois, puisse conjurer les autres dangers qui feraient disparaitre le mariage.
« Partout, dit Paul Gide, où l’homme a dégradé la femme, il s'est dégradé lui-même, partout où 1l a méconnu les droits de la femme, il a perdu lui-même ses propres droits. Où la femme a conservé son indépendance, mais a perdu sa pudeur, où la licence des mœurs et la facilité des divorces ont déshonoré le mariage, on a vu bientôt le sentiment de la dignité personnelle s’effacer chez le citoyen comme chez l’homme privé, et la corruption, cachée d’abord au sein des familles, envahir de proche en proche le corps social tout entier. Partout, au contraire, où les institutions ont assuré à la femme sa liberté, sa capacité civile, sa dignité morale, on a vu fleurir, comme sur un sol propice, les vertus domestiques et les vertus civiques, les libertés de l'homme privé et les libertés du citoyen (1). »
Les rapports juridiques des époux dans le mariage doivent être regardés sous deux points de vue, qui assurément en pratique ne sont pas sans relation l’un avec l’autre, mais qui cependant à l'égard purement juridique peuvent être distingués et qui seront mieux compris
(4) P. Gide : Ætude sur la condition privée de la femme, 1867, D,
lorsqu'on les considérera séparement. Il faut distinguer entre l'autorité de l'époux sur la personne de l’épouse, et son pouvoir sur ses biens. Nous regarderons d’abord la question de l'autorité du mari sur la personne de la femme.