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La nature de la femme

Incontestablement la faiblesse physique de la femme fut un facteur d'une importante décisive, aussi longtemps que la société avait un caractère guerrier prépondérant, mais dans l’état juridique cela ne joue plus aucun rôle, parce que sa base est que le pouvoir ne crée pas le droit. |

C’est pourquoi la question devient uniquement de savoir si la femme est moins intelligente, et douée de qualités morales plus défectueuses que l’homme. Qu'en ellemême la réponse à cette question puisse être douteuse, . celane viendra plus à l'idée de personne ; aussi la loi a-telle déjà donné sa réponse absolument mdubitable, car en donnant à la femme non mariée la même autorité qu'à l’homme, le législateur a irrévocablement fixé sa conception que la femme en elle-même n'est pas incapable de diriger ses propres intérêts (1). Il s’est nécessairement montré impossible de soutenir l'opinion contraire en face des expériences faites dans une société où tous les hommes lorsqu'ils ne sont pas atteints d'aliénation mentale, et pour cette raison irresponsables, sont considérés comme pouvant agir de leur propre autorité, et où l'on regarderait comme un brutal empiètement de la loi, si elle voulait se constituer la tutrice des hommes faiblement doués ou inexpérimentés et légers de carac-

(1) Voir Laurent, Code civil international, NV, p. 83. « Pourquoi la femme, capable au moment où elle se marie, devient-elle subitement incapable par le mariage ? Ce que Portalis dit est étranger à la question : « La force et l'audace sont du côté de l'homme, la timi-

dité et la pudeur du côté de la femme ». Eh ! qu'importe ? N’en est-il pas ainsi en dehors du mariage, aussi bien que pendant le mariage? »

tère. Que bien des hommes se montrent très peu aptes à gouverner leurs propresaffaires, c'est malheureusement un fait reconnu, mais la justice et l'humanité n’enjoi- gnent pas à la société de s’en occuper ; au contraire, la possibilité d'amener en eux une évolution intellectuelle, et celle de la conservation de leur dignité personnelle disparaïtraient, si on ne les laissait pas gouverner leur vie comme bon leur semble. Ils doivent supporter les heurts que leur propre incapacité et leur inexpérience leur préparent. ct apprendre à vivre de leurs déceptions. Quelle est ici la raison pouvant faire qu'il soit plus juste que la loi s'occupe de la femme d'une autre manière qu’elle le fait pour l’homme, ce n’est pas facile à voir (1). [ln est pas nécessaire d'examiner cette question très subtile et selon notre opinion absolument oiseuse, si les femmes pourraient atteindre un aussi haut degré d'intelligence et d'évolution intellectuelle que les hommes les plus remarquables (2). Il ne s’agit que de cette question beaucoup plus simple, si la femme peut se maintenir au niveau des hommes les moins doués, que la loi considère cependant comme ayant un droit d'autorité personnelle absolue, et si les conditions de son évolution intellectuelle, pour arriver à l’expérience et à la maturité de la pensée, sont pour elle

(4) « On répondra peut-être que les femmes n’ont pas à se plaindre, car si la loi les prive de leur crédit, c’est précisément par intérêt pour elles et de crainte qu’elles n’en abusent à leur propre détriment. Loin de nous ce détestable sophisme à l’aide duquel on a justifié tous les esclavages. » P. Gide, £tude sur la condition privée de la femme,p. 518 ss. C'est dans la connexion entre le manque d'autorité et celui de dignité que l’essence de la conception de Stuart Mill doit être cherchée.

(2) Voir sur ce sujet Lourbet, La femme devant la science contemporaine, 1896. .

les mêmes que pour les hommes. Et sur cela aucun doute ne peut plus subsister. |

Nous ne disconviendrons nullement qu'en général, il y à plus de femmes que d'hommes qui sont sans expérence de la vie pratique; ceci n’est pas un résultat de l'imperfection de leurs forces intellectuelles, mais seulement la suite de leur manque de pratique, de l’insuffisance de leur éducation, et de leurs habitudes de vie. Il faut surtout convenir que les femmes qu'on marie de bonne heure n'ont généralement guère d'expérience, et dans les circonstances actuelles ces femmes ne peuvent aller de pair avec leurs maris exercés dans les côtés pratiques de la vie. Nous croyons que c'est de là, et non d’une envie égoïste de conserver le pouvoir, que remonte l’opposition des hommes à partager leur autorité avec les femmes. Il va sans dire qu'ils sont en très petit nombre, ceux qui prennent leur position d'après des considérations théoriques et abstraites ; la plupart la prennent, d’une manière pratique, d’après leurs expériences propres, et ces expériences n’aboutissentque tropsouvent à démontrer l'injustice et l'iniquité de l'exigence, que les maris doivent partager leur autorité avec un être auquel font défaut toutes les conditions nécessaires pour juger les choses dont il s’agit. Si les épouses exigent une autorité personnelle et les mêmes droits que leurs maris, dans tout ce qui concerne les affaires de La famille,il ne sert à rien qu elles s'en rapportent, à ce que leur nature en elle-même les place au même niveau que l’homme, elles doivent d'abord perfectionner leurs capacités et démontrer leur habileté par des arguments pratiques. Que la question de da position de la femme ait pu s'élever de nos jours comme une question de prin-

cipe, cela ne s'explique point par la connaissance croissante de la nature de la femme, mais par les expériences quise sont multipliées sous l’ancienne organisation existante, les femmes ayant trouvé l'occasion de prouver leurs forces, et par là de démontrer l'injustice fondamentale de cette organisation vieillie. Si ardent qu'on soit pouraméhorer la situation de la femme, et quelque intérêt qu'on puisse apporter à reconnaitre l'influence destructive que l’ordre juridique actuel exercerait sur.la vie de famille s'il continuait à subsister, l’on ne peut donc pas absolument méconnaïitre la légitimité des scrupules du législateur à modifier les rapports d'autorité personnelle entre les époux, aussi longtemps que les femmes seront moins instruites et moins expérimentées que les hommes. Car dans de telles circonstances une réforme de cette sorte n'aurait aucun autre motif raisonnable, que celui de protéger l'épouse contre l'abus que peut faire l'homme de son autorité, et alors 1l se montrerait nécessaire, comme dans l’ancienne Rome, de placer la justice ou le magistrat entre les époux, et aujourd'hui comme dans ces jours lointains une telle organisation ne servirait qu’à rendre la consolidation de la vie commune des époux plus difficile. [1 y a cependant une grande différence entre la situation de l’ancienne . Rome et celle des Etats modernes, car à Rome l’émancipation des femmes, primitivement privées de toute capacité, commença dans le mariage, la loi s’occupant de séparer les intérêts des époux pour protéger l'épouse. Du mariage l'émancipation s’étendit jusqu’à la femme non mariée, mais d'une manière extrêmement incomplète. Le résultat en fut qu’on continua à la considérer comme incomplètement à même de se gouverner elle-

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même, conformément à sa nature comme femme, et pour cette raison on créa un ordre de choses qui paralysa sa liberté d'agir, et dont le résultat devint qu'elle fut séparée des intérêts de son mari, et que la vie commune entre eux disparut. Mais dans notre société le mouvement s'est produit dans un sens contraire. Îei c’est la femme non mariée qui est arrivée à gagner son : ° 0 { , Q LE Qi 4 LR émancipation et de là l'exigence s'étend jusqu à l'épouse, elle aussi doit être émancipée et ne pas perdre par le fait de son mariage la capacité et la liberté qu'elle possédait auparavant, et qu’elle s’est montrée capable de mettre à profit (1).

Il est donc constaté dans la loi, que ce nest pas comme femme que l'épouse est incapable ; les expériences multipliées qu’elle est à même de diriger ses propres affaires, forcent le législateur à chercher le fondement de l'incapacité de l'épouse, dans cette raison absurde que le mariage est une affaire tellement difficile, qu'iei les qualités nécessaires pour se gouverner elle-même font défaut à la femme. Les expériences de la capacité de la femme libre rendront le maintien de l'incapacité de l’épouse impossible. Seulement deux raisons pourraient être imaginées pour justifier les dispositions de nos lois

(1) « Le contraste entre l'incapacité de la femme mariée et la capacité de la femme libre est l’un des traits les plus originaux et les plus caractéristiques du droit moderne. .... L'incapacité du sexe ne commence qu'avec le mariage, et elle finit avec lui ». P. Gide, Etude sur la condition privée de la femme, p. 415. Ce contraste entre ce qui existait à Rome et ce qui existe dans les Etats-Unis et en Angle: terre semble avoir échappé à l'attention de M. Lawrence. Il mentionne seulement que les expériences d’autrefois et celles de nos jours semblent marcher dans des directions opposées. B. E. Lawrence, The

history of the laws affecting the property of married women in England, 1884, p. 15. |

actuelles. L'une, d'une nature éphémère, donnerait à notre organisation de la famille l'empreinte de n'être qu'un état transitoire ; l’autre, au contraire, d'un caractère fondamental, servirait à présenter cette organisation comme une organisation nécessaire etinaltérable.

Les raisons de la première catégorie se résument en ce que le sexe féminin est encore dans un état d'éducation, qui avec le.temps remédiera aux suites fâcheuses des conditions sous lesquelles les femmes ont jusqu'ici été placées. Plus les femmes libres entreront dans la-vie pratique et acquéreront les connaissances et l'expérience qui y sont exigées pour se tirer d’affaires, plus elles recevront une éducation ayant pour but de les rendre capables, s'il devient nécessaire, de remplir une mission quelconque dans la vie pratique, et plus on pourra compter aussi sur ce que l'épouse deviendra l’égale de son mari, et alors la prépondérance de l'époux sur l’épouse disparaitra sans inconvénient. Mais en attendant, il ne peut être question de cela, l'émancipation de la femme libre est de trop nouvelle date, on ne peut encore, en pratique, tirer la conséquence que l'épouse dans des conditions semblables, serait l’égale de l’homme en connaissance et en expérience. L'incapacité de l'épouse vis-à-vis du mari doit donc encore être maintenue provisoirement, car 1l est possible de laisser la femme libre et le plus souvent n'ayant à pourvoir qu'à ses propres besoins, supporter les fâcheuses conséquences de son incapacité, et en acquérir un jugement plus sûr et une expérience la mettant à même de savoir se guider ; mais quant à l'épouse, il serait injustifiable d'exposer toute une famille à souffrir des suites de son manque de connaissances et de pratique.

Nous ne trouvons aucun motif particulier pour nous arrêter davantage sur cet argument provisoire, concernant le maintien de la prépondérance de l'époux. C’est notre conviction, que le changement dans cet état de choses ne se fera que lorsque la femme prouvera qu'elle est capable d’être l’égale de l’homme dans la direction des affaires, et lorsqu'elle exposera ce qu'elle exige avec une énergie suffisante, et avec persévérance. Tous ceux mettant en avant l'argument provisoire conviennent que l’évolution future marchera vers une émancipation de l’épouse : il ne peut être question ici que du temps, et de la manière dont le changement s opèrera. Il nous semble certainement ici y avoir trop de lacunes dans les raisons suffisantes, pour laisser durer longtemps cet état provisoire. Il ne peut aucunement être question d'attendre une évolution pouvant donner aux femmes de plus grandes aptitudes naturelles, cela ne pouvant s'accomplir que très lentement; il ne peuts’agir que de leur créer d’autres conditions pour développer leur capacité etcecl n'exige qu'un court espace de temps. Si la législation ne se fait pas un scrupule d'exposer, sans aucun moyen de résistance, toute une famille aux malheurs pouvant découler de l'incapacité et de la légèreté de son chef, l’on ne peut avoir beaucoup de respect pour la sollicitude qu’elle montre pour la famille en mettant l'épouse en tutelle.

Bien plus important est l'argument a À que la prépondérance de l'époux doit être conservée comme une organisation durable, parce que l'unité de la famille doit toujours exiger que ce soit une seule volonté qui gouverne en dernier ressort, et que cette volonté doit toujours être celle de l’homme, comme étant celui,

quel que soit le résultat de l’évolution, sur lequel repose le soin de pourvoir aux besoins de la famille, parce que l'épouse en devenant mère se détournera des intérêts extérieurs, pour se consacrer davantage à ceux du foyer.

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