La näture de l'amour
L'incapacité personnelle de l'épouse ne peut donc se baser sur les nécessités de l’unité de la famille, n1sur le caractère de sa nature. Il y à pourtant encore une raison possible pour concevoir cette incapacité. Cette raison, assurément, entre dans le domaine de la considération de sa nature, mais d’une manière tellement particulière, qu’elle mérite d'être mentionnée séparément. Il pourrait se faire que les caractères distincts des époux comme êtres sexuels, établissant sous bien des rapports une profonde différence entre eux, aient une importance dans la question de l'autorité de l'épouse, par la manière dont elle détermine l'amour chez l’un comme chez l’autre. La nature de l’amour sexuel pourrait être d'une substance si particulière que l'homme fût forcé de conserver la prépondérance pour qu'elle puisse avoir la totalité de son développement. L'amour conjugal diffère d'une simple amitié, en étant un amour sexuel exprimant une entière vie commune. Nous venons de voir que l’idée d’une semblable vie commune ne peut être déduite de la prépondérance d’une des parties ; peut-être une telle organisa-
(1) Gide : Etude sur la condition privée de la femme, page 523.
ton s'accorde-t-elle avec le caractère particulier de la vie commune entre des individus de sexes différents. Nous avons vu plus haut que le sentiment de protection, aussi loin que remonte l'amour entre l’homme et la femme, a été un élément dans l'amour de l’époux, et a contribué à le distinguer du simple sentiment érotique qu'on ressent pour une maitresse. Ce sentiment de protection se développa certainement à l'origine dans le cours du mariage comme le reflet des souvenirs de protection donnée, etde l'appréciation dela compagne comme un être digne de protection. Mais par l'influence des mœurs, 1l vient tout naturellement, dans la perspective inconsciente des rèves d'avenir planant devant les yeux du fiancé, avant d'amener l'épouse dans son foyer. Et chez la femme, la confiance et le tendre dévouement correspondent à ce sentiment de protection chez l'homme. En accordant la capacité personnelle à l'épouse on apporterait assurément un changement dans ces sentiments, et l’on ferait que l'amour se formerait différemment ; l’on ne peut nier que l'amour en perdrait un des facteurs les plus précieux l’ayantsoutenu jusqu'ici. Sans doute lesentiment de protection n'aurait jamais été à même de créer le mariage, mais l’on ne peut se refuser à constater que le sentiment de protection à puissamment contribué à soutenir les mariages créés par d'autres raisons, et que le sentiment de bonheur qu'on ressent en donnant et en recevant la protection, joue un grand rôle dans le rêve de bonheur qu’on se forme avant le mariage, en pensant à sa vie future comme époux oucomme épouse. Il est douteux qu'on puisse trouver quelque moyen de mesurer la perte dont souffrira l'amour, lorsque les rapports de protection disparaitrontlors del’anéantissement de l'autorité
de l’époux, ou en donner un pour mesurer les rapports entre cette perte, et l'avantage qu'on pense obtenir, en faisant du mariage une union entre des personnalités placées à un même degré d’égalité.Le sentiment de protection a de la valeur, parce qu'il est un sentiment d’égoiïste pouvoir uni à une sanction morale de la manière dont on exerce son pouvoir. Le sentiment de se sentir protégé est de son côté un sentiment de sécurité, uni à l’idée que sans la protection l’on ne pourrait vaincre les difficultés de la vie, à l’aide deses propres forces. Pour que ces sentiments unissent plus étroitement Ja vie commune entreles époux, il doit exister véritablement chez l'épouse ce besoin de protection, qui exige de l’homme la protection, comme un devoir moral. Que la nature de la femme se prête à ce que son amour se manifeste comme une soumission, et que celle de l’homme se manifeste comme une protection, sont des idées complètement irrationnelles.
L'expérience nous prouve seulement que l'amour de la femme s'exprime comme dévouement et comme soumission quand elle ressent le besoin d'être protégée, et que celui de l'homme est un désir de protéger où 1l se voit le plus fort. Mais si l’homme maintient son désir de protéger où il n’est plus le plus fort, ce désir se transformera en une jouissance égoïste de pouvoir ; et1l deviendra comme à l’époque la plus brutale, un besoin de dominer et d’agir selon son bon plaisir, non un résultat de la tendresse. Et si la femme continue de se soumettre et de chercher la protection sans nécessité, cela ne formera plus une partie de sa tendresse pour l’homme mais seulement un manque d'énergie, une lâcheté, qui avilit son caractère. C'est pourquoi 1il faut reconnaitre que psychologiquement, il ne sera possible de maintenir la valeur du sentiment de
protection, et du dévouement qui en dérive, là où les qualités de l'époux et de l'épouse, et où la nature des rapports en font en réalité un acte arbitraire, de le laisser figurer comme protecteur et elle comme protégée. Si l’on veut essayer de maintenir ces sentiments lorsqu'ils ont perdu leur véritable valeur et leur réelle conformation, on affaiblira les possibilités de la vie commune au lieu de les affermir. Les rapports du protecteur et de la protégée,et toutes les relations qui y correspondent, sont, sans nul doute, pour le mariage, des valeurs impossibles à remplacer aussi longtemps que l'épouse aura réellement besoin d’être protégée ; mais où ce besoin réel n'existe plus, forcer le mariage à rester sous la dépendance de cet ordre d'idées, ce serait s’en servir comme d'un but pouvant plaire à l'égoisme de l’un ou de l’autre des époux, mais étant tout à fait étranger au mariage même considéré comme une vie commune.
Au contraire, dans des circonstances où les rapports réels contraignentl'individu à reconnaitre chez l’homme et chez la femme d'aussi grandes aptitudes pour figurer et pour agir, l'amour pourraitavoirun puissant soutien dans la réunion de leur volonté, de leur énergie, si chacune séparément se sentait incapable en agissant seul d'atteindre un entier résultat de sa vie. Plus chaque individu a le sentiment de sa force, en pensant pouvoir absoluments’aider lui-même, moins naturellement le besoin du mariage se fera sentir. Évidemment ce danger n’est pas étranger à l'évolution quise prépare. L'épouse cherchant à se délivrer de son incapacité, conçoit facilement l’idée que c’est l'indépendance envers l’homme qu'elle veut obtenir,ou en tout cas qu'il s'agit pour elle de prouver qu'elle peut vivre sa viesans autre secours que celui de ses
propres forces, et qu’elle n’a pas besoin de la protection de l'homme. Très facilement elle confondra l’indépendance, qualité de savoir se suffire soi-même, avec l’égalité vis-à-vis du mari. Mais ces deux choses n’ont en réalité rien à voir ensemble : on peut très bien être absolument à un même niveau d'égalité avec.un autre sans être indépendant de lui, justement lorsque la dépendance est réciproque.
La femme se trompe en croyant qu'il s’agit pour elle de montrer qu'elle peut se passer de l’homme, et sur cette erreur repose en grande partie l'opposition contre le mouvement d'émancipation qui dans ces derniers temps s'est produit du côté des femmes y ayant pris part elles-mêmes, ou en tout cas qui ont été les représentants
de l'émancipation intellectuelle de la femme (1). C'est
une opposition qui soutient que la femme par son émancipation ne deviendra pas uniquement une répétition de l'homme, mais qu'elle conserveraun caractère distinctif comme femme, et que ce caractère distinctif trouvera son expression la plus typique dans ce à quoi son sexe la destine, c'est-à-dire à être épouse et mère. Mme Marholm-Hansen exprime ceci d'une manière assez paradoxale,en disant que la femme n'existe que par l'homme. Ceci est vrai en tant que la vie de la femme ne trouve son entière réalisation que lorsqu'elle est vécue avec l’homme, dans une union basée sur une affection réelproque. Sans l'homme elle peut acquérir de quoi vivre, agir au service de grandes idées, bref atteindre tout le bonheur qui se trouve dans le fait d'agir, et de contri-
(1) Ellen Key: Ævinno psykologisch kvinnelig logik. Laura Marholm-Hansen : Modern Women, Boston, 1896. Vi Ævinder 0gq vore digtere. Copenhague, 1896.
buer à résoudre les questions humanitaires. Mais elle n’atteint en général le bonheur personnel d'une manière absolue que dans le mariage. Nous n’hésitons pas même à aller Jusqu'à dire, que si un mariage malheureux est pire qu une vie isolée, un mariage tant soit peu tolérable vaut mieux qu'une existence solitaire, parce que même où le mariage n'atteint pas l’idéal dans la profondeur du sentiment et dans la tendresse de l'attraction mutuelle, il rend la vie plus sérieuse et plus personnelle qu’il n’est possible dans une existence isolée.
Une femme peut aussi sans être mariée exercer son dévouement et répandre son affection, mais il lui manquera ce que la vie dans son foyer donne à l’épouse, même si cette vie n'est qu un glissement banal et uniforme sur la plus modeste surface de la terre, cette chose unique et précieuse que le foyer est «le mien ». Elle peut ici se servir de ce petit mot « mon», «mon foyer», «mon mari», «mes enfants ». Et cela signifie beaucoup, car tout sentiment de tendresse n’atteint son caractère distinctif absolu que lorsqu'il devient concret, Et les rapports de l'individu à l’idée ou la cause qu'il sert, soigner les malades,s'occuper des enfants ignorants et abandonnés, conserveront toujours quelque chose d'abstrait. Sa propre existence ne se fond pas absolument avec celle de ceux pour qui l’on vit. Si dans la nature de la femme, en vertu de sa nature nouvelle, et de son rôle de mère pour lequel la nature l’a destinée, il existe une disposition particulière de tendresse, il existe en cela pour elle un besoin de donner à cette tendresse une direction concrète, et cela ne peut avoir lieu d’une manière absolue que dans le mariage. Un mariage ordinaire ne satisfera peut-être pas les exigences intellec-
tuelles de la femme intelligente, mais il deviendra seulement pour elle une souffrance intolérable, si son mari lui est par trop inférieur. Plus l’intelligence de la femme se développera, plus assurément elle sera influencée dans le choix de son amour, par la considération des aptitudes et des mérites intellectuels de son prétendant. Les mariages malheureux, dus à ce qu'une femme s’éprend d'un bel homme lui étant intellectuellement inférieur, seront d'autant plus rares que la maturité de son esprit acquerra plus de développement. Mais ici vient s’a- Jouter que même si une grande différence s'établit entre les besoins intellectuels de son mariet les siens, ce ne sera pas nécessairement un obstacle pour les côtés essentiels de l'amour conjugal. La tendresse de la femme se conservera, si seulement l'harmonie dans la vie intime des époux continue à exister. Ce qui tue sans retour la tendresse d'une épouse, c’est la trivialité et la grossièreté dans les sentiments et dans la manière de penser de l'homme, parce que cela la blesse dans ses sentiments à elle. Mais aussi longtemps que les choses n'en sont pas arrivées là, pouvoir dire «'mon foyer », « mon mari », sera d'une si grande valeur pour le sentiment de bonheur féminin, que l’on peut volontiers admettre, comme Mme Marholm-Hansen, que la femme n'existe que par l’homme.
Mais cette phrase ne se comprend complètement que si l’on y oppose cette autre phrase : que l’homme n'existe que par la femme. Il n'acquiert jamais le bonheur personnel et caractéristique de sa vie, qu’en devenant époux et père.
Ce n’est peut-être pas autant chez lui le besoin de témoigner de la tendresse que celui de recevoir les mar-
ques d'affection et de sympathie, qui déterminent le sentiment de bonheur qu'il éprouve en ayant un chez Jui, un foyer. Ici en général c'est lui qui reçoit, et la femme qui donne.
Partant de cette conception, ce serait elle qui devrait avoir conscience d'être la protectrice, lui qui devrait ressentir une reconnaissance pour la protection, et dans cet état de choses il serait juste que l'épouse commandât et que l'homme se conformät à sa volonté. Dans les bons ménages, nous pensons que les relations des époux se formeront en conséquence. Le sentiment de protection de l'homme a eu sa base dans les relations du foyer avec le monde extérieur ; il protégea son épouse contre les attaques de ce monde, et c’est cela qui à déterminé sa position Juridique vis-à-vis d'elle. C'est pourquoi il s'accoutuma à regarder l'aide, la sympathie et l’encouragement qu'il reçut d’elle dans son foyer, comme une récompense qui lui était due pour le remercier de sa protection. Mais c’est en réalité considérer ceei sous un point de vue trop étroit : le foyer devient ainsi seulement l'endroit où l’homme se délasse des fatigues du jour, afin de réparer ses forces pour recommencer le lendemain. Et sicette considération était juste, le foyer, d'après le point de vue de l’homme, n’existerait qu'à cause de cette vie et de ce travail du dehors. I devait en être ainsi dans les temps barbares, il en est encore ainsi aujourd'hui, mais il n'est pas nécessaire qu'il en soit ainsi plus longtemps. Pour beaucoup d'hommes, le besoin qu'ils ressentent d’avoir un foyer ne signifie encore autre chose que le besoin d’avoir un endroit de repos, où une main habile et tendre prend soin d’eux, et leur assure le calme nécessaire après le
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trav ail. Mais ce besoin n'exprime pas l'essence du fover, où l'homme se rencontre avec une épouse personnellement son égale.
Déjà dans les temps barbares, le foyer remplissait aussi un autre rôle que de servir comme base pour la vie au dehors. Le foyer représentait en somme les buts de l'existence de l'individu, les valeurs pour qui il continuait sa lutte dans le monde extérieur. Dans ces tempslà, ces idées ne s'exprimaient pas dans les rapports de l'époux vis-à-vis de l'épouse, mais dans ceux vis-à-vis de ses parents ; le foyer représentait ce devoir religieux qui donnait à sa vie une raison d’être, la conservation et le soutien de la maison, la considération de la parenté et les sacrifices offerts aux ancêtres. Mais par la suite ce rôle du foyer a acquis son expression dans l’épouse,dans la vie commune avec elle, dans la conservation et dans le développement de tous Les côtés de la nature humaine que le monde extérieur ne peut satisfaire, mais que celui pour qui le sentiment de sa vie personnelle devient fort regarde presque comme un devoir religieux de protéger. Pour l’individu civilisé ce sentiment de sa propre existence ne consiste plus seulement dans les sentiments de pouvoir se reposer, de pouvoir étendre ses men:ibres, etc., mais dans le sentiment d'être un caractère, de pouvoir vivre dans ce qui donne à son existence sa couleur distinctive, de pouvoir utiliser les forces dont la société n’a pas directement besoin, mais dont elle tire indirectement profit par l’évolution personnelle que ces forces donnent à l'individu. ; |
Ce sentiment généralement humain qui se trouve dans le besoin de tendresse, d'avoir quelqu'un à qui l’on s’intéresse et avec qui l’on partage le fruit de son travail,
l’homme le possède aussi bien que la femme. Seulement il n'est pas chez lui aussi fort que chez elle au point de vue physiologique, et cherche à s'exprimer d’une manière tant soit peu différente. Que l’homme généralement soit moins apte à prodiguer des soins que la femme, est en grande partie le résultat du manque d’habitude ; cela ennuie l’homme parce qu'il n'y trouve pas une occupation intellectuelle suffisante, mais il cède à ce sentiment d'ennui, parce qu'il pense être plus utile à celle ayant besoin de son aide, en laissant ces soins entre les mains féminines, et en procurant par son travail le nécessaire. Son rôle comme celui de pourvoyant aux besoins, le détourne du véritable travail consistant en soins à prodiguer, et amoindrit par là ses capacités à s’en charger le cas échéant.
Mais même si une grande partie de son imaptitude à s'occuper des soins du foyer peut véritablement venir, à l’origine, de son rôle de pourvoyant aux besoins de tous, et ne repose pas sur des particularités appartenant à sa nature comme homme, il existe probablement une telle différence dans ses dispositions originaires et celles de la femme, quant à la manière d'exprimer sa tendresse, que dans le cas où il devient nécessaire que l’un se charge des soins, l’autre du travail consistant à pourvoir aux besoins, ce sera toujours l’homme à qui celui-ci incombera, et la femme qui se trouvera chargée de ceux-là. Et les rôles seront ainsi distribués parce que l'épouse est, par sa nature, plus apte à prodiguer des soins, et non parce que l’homme est plus apte à pourvoir aux besoins de la famille. C'est la femme qui prime l’homme dansle foyer, et par là lui indique qu'il doit agir et travailler au dehors, plutôt que lui parsa supériorité ne
s’approprie le travail de pourvoir aux besoins, en rejetant sur son épouse celui moins important de prodiguer des soins. Des dispositions naturelles donnentle premierchoe, les coutumes sociales les développent d'une telle manière que le jeune homme laissant ses pensées chercher à approfondir l'avenir, se rendra compte que c'est en grande parie sur lui, si ce n’est exclusivement sur lui, que reposera le soin de pourvoir aux besoins de la famille. Et pour cette raison, naturellement ce qu'il attend trouver dans le mariage, dans la vie commune avec l'épouse, sera déterminé d'une manière particulière. Dans son épouse il s'attendra à trouver quelqu'un pouvant l'aider à conce- Voir des résolutions, qui peut-être difficilement lui viendraient à l'esprit, une personne pouvant l'aider à résoudre des difficultés qui pour lui seul seraient un obstacle, lui donner des conseils, les examiner avec lui, choses qu'il ne peut s'attendre à trouverchez personne autre au monde, parce que personne autre n’a le temps de l'aider, n1 1 mtérêt pour le faire de cette manière, non-seulement aujourd'hui, mais jamais.
Si les rôles dans le foyer se partagent ainsi différemment pour les deux époux, ceci n’entraine donc pas une supériorité morale de l’un vis-à-vis de l’autre. Mais l’égalité morale entre les époux ne peut être exprimée sans” l'intermédiaire d’une égalité juridique. Des différents rôles que chacun doit remplir, ilne pourrait résulter une classification juridique, quisubordonneraitl’un des époux à l’autre, sans que cela amenât une différence morale dans leur position. Il serait possible qu'il s'ensuiviticidifférentes exigences juridiques de rôles différents, mais ils devraienten tout cas réciproquement se compenser (1).
(1) Comparez Goos: Doctrine générale du droit, 1, pag. 453.
La loi ne peutprescrire auxépoux lafacon dontils doivent se partager les rôles dans leur vie commune réciproque, c’est à la vie que cette tâche incombe, sans celailne peut être question du développement de personnalités, mais seulement de les former plus ou moins artificiellement. Puisqu'il en est ainsi, la loi ne peut plus donner d’avance à l’un des époux une position juridique déterminée soit inférieure soit supérieure, ce n'est que la liberté absolue dans les rapports d'autorité qui peut être l'expression de la pensée morale, formant la base du mariage.