Ze mariage el les enfants
La morale du foyer n'est pas seulement déterminée par les rapports entre les époux. L'exposé précédent a souffert de l’abstraction que nous avons faite, des rapports entre les parents et les enfants ; ces rapports deviennent, par les sentiments qu'ils font mouvoir, et par les devoirs qu'ils imposent, non seulement un facteur à côté de la vie commune des époux, mais au plus haut degré ils l’influencent aussi et la déterminent. Autrefois, on a donné une place si importante aux rapports entre les parents et les enfants, parmi les considérations d’après lesquelles on jugea de la valeur de la vie de famille, que les propres rapports personnels des époux presque s’effacèrent. Comme une protestation à cela, nous avons jugé utile de rechercher principalement les valeurs que le mariage représente pour les époux eux-
mêmes. Le mariage stérile a le même droit moral que celui riche en enfants; ce n’est pas l'espoir d’avoir des enfants qui prévaut lorsqu'on choisit une épouse dans les véritables sentiments d'amour ; les enfants ne sont pas la condition du mariage, mais un surcroit, le rendant encore plus riche. Le mariage stérile peut plus
difficilement atteindre l'idéal, parce que les rapports avec les enfants offrent aux parents une tâche commune, dont l'accomplissement leur facilite de se trouver, de se connaître et de se tenir l’un à l’autre. Cette crainte pour l'avenir du mariage, si fondée dans les conditions actuelles de la civilisation, cette aversion croissante du mariage trouvent dans les rapports avec les enfants, et des motifs encourageants et un contrepoids très effectif. La crainte de l'éducation coûteuse et onéreuse des enfants a une influence décourageante ; le désir d’avoir autour de soi des êtres qui sont à vous et pour lesquels on peut vivre, conduit au mariage. Auparavant, les facteurs décourageants étaient sans grande importance, tandis qu'au contraire les autres facteurs possédaient une grande force ; les relations entre parents et enfants, pour cette raison, se formèrent autrefois tout autrement qu aujourd'hui. Autrefois, il était possible de voir dans le désir d’avoir des enfants le plus puissant motif du mariage, mais en même temps les relations avec les enfants étaient en elles-mêmes d’une nature particulièrement abstraite et spéculative. De nos jours, on doit assurément reconnaitre que c'est plutôt le mariage qui est la base solide du désir sérieux d’avoir des enfants, et qui, en même temps, donne aux rapports avec eux un caractère plus personnel et plus positif
La grande importance que possédait autrefois le désir d'avoir des enfants n'a pas ici besoin d'être prouvée. Les cérémonies du Phallus ayant lieu lors du mariage, le droit ou plutôt le devoir de se séparer d’une épouse stérile, etc., sont des choses connues (1). Cet intérêt
(1) Les Romains disaient formellement : Uxorem habes liberorum quærendorum gratia.
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d’avoir des enfants ne découlait pas de l’amour quon ressentait pour eux, mais était exclusivement un intérêt pour son sang. L'homme sans enfant n'avait personne pour le défendre pendant sa vieillesse, personne pouvant apporter des offrandes sur son tombeau, son nom disparaissait de la terre, et son âme et celle de ses aïeux ne trouvaient aucun repos après la mort. C’est pourquoi d'avoir des enfants était un devoir de piété vis-à-vis des morts, une sollicitude pour le bonheur futur de sa propre àme : l'enfant ne comptait pas en soi, mais seulement par relation à ses parents. Si la nature refusait à un homme des enfants, cela était regardé comme un malheur auquel on devait remédier d'une manière quelconque ; l'adoption, le lévirat, le myoga, etc., émanaient seulement de cette idée, que c'était un devoir religieux de prendre soin que la famille ne disparüt pas.
Le christianisme apporta un intérêt plus personnel et fit prévaloir la cause des enfants ; chaque enfant était une âme qu'il fallait sauver, et la Réforme fit même de cet intérêt un motif principal pour le mariage. Le mariage était, d'après cette conception, institué par Dieu pour procurer de nouveaux corps aux âmes chrétiennes, et l'amour conjugal devint, en grande partie, regardé comme émanant du sentiment religieux qu'on devait éprouver pour cet être avec lequel Dieu vous avait permis d’engendrer des enfants pour la gloire de son nom. C'étaient toujours les intérêts de la famille qui se dissimulaient sous cette pensée religieuse. À travers tout le moyen âge, l'idée de la famille joua un grand rôle ; Je principal but des individus était de la maintenir dans une position satisfaisante, de prendre soin de sa consi-
dération, même si ce n'était que dans un dessein tout à fait mondain. Aussi longtemps que ces intérêts de la famille conservèrent leur force, le désir d’avoir des enfants continua à garder une place prédominante comme motif pour le mariage et la vie commune per- . sonnelle entre les époux n’occupa que le second rang, le mariage continuant à être le moyen de conserver le sang. Ce n’est que lorsque ces intérêts du sang ont disparu, que l'individualité s'est fait une place dans le monde, que le mariage s’est fait apprécier par soimême, et en repoussant à un plan secondaire le désir d'avoir des enfants, a donné à l'amour des parents son véritable caractère comme un amour pour les enfants comme individus. |