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Les relations sociales el privées de la famille

De cette manière, on constate un double point de vue pour chaque évaluation de l'institution de Ia famille : le point de vue juridique, ayant pour but de ranger la famille dans le cercle des autres institutions de la société, et qui exige principalement qu'elle se conforme aux exigences civiles et politiques ; puis le point de vue privé, partant de la fanulle, la regardant pour l'homme comme une organisation de vie indispensable, et qui veut dé- terminer son organisation avec l’idée de la famille comme point de départ, afin que les institutions civiles et politiques agissent pour elle autant que cela est nécessaire, pour lui procurer une place suffisante. Dans cette organisation privée on peut encore faire valoir deux tendances, en ce que d’un côté on peut essayer de regarder la famille comme une vie commune entre plusieurs personnes, et exiger que chacun de ses membres se conforme à ses préceptes, ou bien en ce que de l’autre côté l’on peut partir de l’idée de personnalité. et déterminer l'organisation de la famille, ou le’ caractère et l'extension de la vie commune, par rapport avec ce qu’une telle personnalité libre semble devoir exiger.

Tantôt l'une, tantôt l’autre de ces considérations à dans tous les temps été particulièrement mise en lumière, Jamais aucune n'a été complètement laissée de côté. Si l’on regarde l’évolution par laquelle a passé la famille. on pourrait peut-être la résumer en ce que de

plus en plus elle à maintenu son indépendance, laissant

Ja société organiser tout ce qui peut avoir rapport aux

choses civiles et politiques, gardant pour elle-même le

principe comme la forme de vie renfermant la personnalité de la manière la plus profonde et la plus inépuisable. La société, dans l'intérêt qu'elle avait à se servir de la famille comme un exemple, pour la formation des caractères dont elle pensait avoir le plus besoin, s’est souvent trop avancée dans ses essais de lui imposer ses lois. Il a donc toujours été nécessaire de reculer en arrière, parce qu'un tel empiétement amenait une dissolution et un affaiblissement de la vie de famille. D'un autre côté, la famille s’est souvent trop isolée de la société, et a trop maintenu l'indépendance de son autorité pour organiser des choses qui, en réalité, appartenaient à la société, elle a donc fini par perdre son importance morale comme un état de vie pour la personnalité, et est entrée au service d'autres desseins d’un ordre intéressé.

Pendant cette évolution, la famille est devenue une

institution embrassant les intérêts humains les plus variés, elle est entourée d'évaluations de morale ayant leurs sources, tantôt dans les sentiments les plus intimes

et les plus profonds de la personnalité, tantôt dans les

choses civiles et politiques les plus extérieures. La

famille exige par là une régularisation de la vie des

sentiments privés de chacun, depuis les instincts les plus élémentaires jusqu'aux sentiments les plus com-

pliqués de la civilisation. Elle intervient à sa manière dans l’idée de la propriété, comme elle se développe dans la société civile pendant la lutte pour la vie, et elle intervient dans ce qui a rapport à l'autorité personnelle, qui du reste ressort de l’organisation juridique civile.

De nos jours nous nous éloignons d'un temps où les institutions étaient tout, et les individus presque rien, pour aller vers un autre, où les individus semblent devenir tout, et les institutions très peu de choses, si toutefois elles servent les personnalités. On réformera l'Etat et la société, de façon à ce qu'ils donnent aux personnalités la plus grande liberté possible, comptant par 1à obtenir un maximum de richesse et de force dans la vie individuelle. Tandis qu'auparavant dans l’organisation des différents états de choses on se laissait d’abord guider par la considération de l'Etat et que l’on ne prenait ni d'autres égards, n1 plus d’égards pour les intérêts individuels privés que ceux qui semblaient s’accorder directement avec cette idée, on pense à présent que la

plus durable et la meilleure considération de l'Etat est en réalité le soin le plus juste et le plus équitable des intérêts privés de chacun. Une considération de l'Etat, laissant de côté la justice quant à l'individu, paraïtra insuffisante et trop restreinte. La famille s’est trouvée in- ‘fluencée par ce mouvement, c’est pourquoi les tendances de ce temps cherchent autant que possible à faire de son organisation une affaire privée, décidée par les individus eux-mêmes, seulement protégée et non régularisée par l'autorité de l'Etat, Ce sens de la valeur per- -sonnelle, et le caractère distinctif personnel qui toujours provient d'une culture croissante, parce qu'il est le ré-

sultat d'une plus ample compréhension, d'une plus grande sécurité, d’une confiance en ce que les grandes tendances éthiques seront celles qui prédomineront, cesens se montrera en ce que dans le cercle privé de la famille on attachera plus d'importance à la vérité et à la sincérité des sentiments qui rapprochent les membres: de la famille, qu’au maintien des lois juridiques déterminées qui devraient être une expression de la vie collective, et que la famille devrait avoir en vue. Mais plus. l’on attache d'importance à la sincérité des sentiments comme décisive pour la valeur et le droit de la vie de famille, plus on renonce aussi au contrôle public et à son intervention dans ce qui a rapport à la famille. Car l’autorité publique n’a rien à voir avec les sentiments, elle peut seulement prescrire les actions, non les motifs.

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