Bizarrerie el originalité
Ce sens, pour les caractères distinctifs personnels, qui est un avantage de la vie civilisée, peut facilement dégénérer en un sens pour ce qui est étrange, bizarre, fantasque ; les traces s’en laissent même démontrer avec une clarté croissante, plus le courant de l’individualismedevient fort. On les constate dans une opposition, non seulement contre des exigences et des règlements entravant la personnalité capable et originale, et voulant retenir la vie dans les cadres une fois établis, mais: aussi, contre les exigences qui résultent de ce que la vie ne peut être vécue sans efforts avec ordre et stabilité, et principalement sans l'éducation que l'individu se donne lui-même. Plus cette éducation par soi-même est mise:
LE MARIAGE ga
de côté, plus le désordre des idées et des états d’âme remplace l'ordre et l'effort constant vers un but déterminé, plus la personnalité perd en réalité son caractère. fondamental, et devient incapable et désorganisée. C’est pourquoi, si enthousiaste que l'on soit pour la liberté et l'émancipation, 1l ne faut jamais perdre de vue la ligne de démarcation qui sépare ce qui est un affranchissement des forces capables, et ce qui est une faiblesse maladive pour le fantasque sans valeur. Et la valeur ne se mesure jamais sur la place du sentiment dans l'individu même, mais sur la portée des actions vers lesquelles ces sentiments sont motivés. Des états d'âme bizarres peuvent avoir une assez grande valeur de sentiment pour celui qui les ressent ; leur manque de valeur, c’est-à-dire le fait qu'ils sont bizarres, se constate en ce qu'ils n'accroissent en rien, mais amoindrissent la force de l'individu à se jeter dans la vie qui l'entoure, et à savoir tirer partie des conditions dans lesquelles. il se trouve placé. Devant les relations personnelles et intimes qui constituent la famille, il faut particulièrement remarquer cette tendance, que le maintien de la personnalité cherche à se transformer en une prédilection pour ce qui est étrange et sans frein. Si l’on insiste, ce qu'on a sans nul doute le plus grand droit de faire, sur ce qu'un état de choses aussi restreint et aussi intime que celui de la vie de famille ne reçoit son cachet de vérité que des sentiments qui amènent les individus. eux-mêmes à évaluer leurs relations mutuelles, il s’ensuit nécessairement que l’on doit restreindre le droit autoritaire de l'Etat d'exiger le maintien des relations. familiales, même lorsqu'elles ont perdu leur vérité intérieure. Mais d'autant plus, il faut remarquer que ce-.
qu'on laisse exiger à ses sentiments n'en exclut pas un choix, et ne rejette pas l'individu dans des états d'âme variant à l'infini, mais fait toujours supposer qu'il essaie jusqu'où son éducation par lui-même peut le conduire, dans la transformation des sentiments opiniâtres, et dans la culture des sentiments conformes à la vie familiale. C’est une expérience psychologique très ordinaire, que, pour se sentir libre, ce n'est pas assez de rejeter toute considération et de suivre ses impulsions. Pour se sentir comme une libre personnalité, et ressentir ce bonheur consistant à respirer à pleins poumons, il est absolument nécessaire d'exiger qu'il règne uu certain plan et un certain ordre dans ces impulsions, afin qu'on puisse se reconnäitre comme la même personnalité dans toutes ses actions. Plus l’on est instable, plus les sentiments dans lesquels on vit sont bizarres, d'autant plus il devient difficile de se reconnaitre soi-même, et un sentiment de ce manque de confiance, de cette division, de cette dissolution intérieure encore plus pénible que celui pouvant résulter de la contrainte extérieure, avilit à la longue toute la vie intérieure. Plus on est une personnalité, plus on est conséquent et stable. Les meilleurs voiliers tanguent toujours le moins. |
On est moins disposé à oublier cette vérité vis-à-vis du monde extérieur, qui de tous côtés vient au-devant de vous avec son autorité et ses exigences impérieuses. Au contraire, dans la famille on peut facilement croire qu'on a le droit de secouer le joug et d’être « soi-même », <omme on dit dans ce sens, que l'on n'agit que selon son bon plaisir. Il semble que l’on puisse justement ici regarder comme le droit de la personnalité l'expression ‘sans réserve de chaque sentiment, parce que la vie chez
so1 perd sa valeur lorsque l’on doit se montrer autrement que l'on est en réalité. C’est pourquoi dans la famille on est particulièrement tenté de se méprendre sur les exigences de la personnalité. Personne ne peut ou ne doit changer le type de sa personnalité, c’est-à-dire les déterminations fondamentales essentielles dans un caractère. C’est Justement cette personnalité que l'on offre à la communauté ; si elle choque l’autre partie, ou si elle est rejetée ou incomprise telle qu’elle est, c’est soi-même qui s’est trouvé rejeté et la base de la vie en commun n'existe plus. Ceci est la vérité et le privilège du droit de la personnalité. Mais toutes ces eftilures flottant autour du cœur de la personnalité, et qui font les états d’âme variants à toute heure du jour ou les habitudes accidentelles, nous pouvons les retrancher, et plus nous le faisons, plus il y a de force et d'unité dans notre caractère. Le danger pour la famille, c’est que faute de comprendre l'exigence de la personnalité, on néglige l’éducation de soi-même, et l'on voit une offense du droit de la personnalité dans chaque petite restriction, dans chaque transformation qui se montre nécessaire. À ce principe assez ordinaire derrière lequel se cache cette confusion de la bizarrerie avec la personnalité, cet individualisme monstrueux : « on ne peut être maitre de ses sentiments », nous opposons, comme un résultat de toute la manière de voir sur laquelle nous avons édifié notre conception de la vie morale, cet autre principe : « On peut dans une très large mesure changer ses sentiments en y travaillant avec patience, et l’on n’a le droit de protéger aucun de ses sentiments, seulement parce qu’il est fort et agréable pour soi-même. On n'a que le droit de défendre ce sentiment qui peut en même
temps être regardé par la conscience comme un devoir »..
Partant de cette considération fondamentale, dans ce: qui va suivre, nous voulons examiner la valeur morale de la vie de famille, et les conditions dans lesquelles elle peut en acquérir une. Dans cet examen il s'agira surtout des sentiments qui soutiennent la famille, et les formes juridiques extérieures en qui elle ressort se-
ront toujours évaluées d’après l’état de choses dans le-.
quel elles sont en rapport avec ces sentiments. Le plus: naturel sera donc de commencer avec le mariage comme étant le lien de création de la famille.