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L'amour des parents el le foyer

Dans l’évolution juridique moderne, il est souvent assez difficile de reconnaitre le point de vue d'où le législateur a déterminé les relations entreles parents et les enfants ; l'évaluation morale de l’enfant comme personnalité libre et de son bonheur individuel comme le seul

but admissible de ses éducateurs, a rendu les législa-

teurs des différents pays très homogènes. La conception romaine que le pouvoir des parents était fondé sur celui du chef de la famille, a été très modifiée dans les pays latins, et particulièrement dans ce qui touche àlafortune ; la légitimation du peculium de l'enfant a eu pour conséquence que le père peut seulement comme un tuteur sauvegarder les intérêts pécuniaires de l'enfant, mais ne peut disposer librement de ses biens. Dans les pays comme l'Autriche, qui ont été très influencés par l’idée juridique romaine, la conception germanique du pouvoir des parents a maintenu sa place comme un mundium ou un rapport de protection, reposant sur la parenté (1). Le pouvoir des parents ne peut donc être en substance considéré que comme le moyen mis par l'Etat entre les mains des parents, afin qu'ils soient à même d'accomplir le devoir de protection, et de prodiguer les soins qui reposent sur eux.

Mais il continue néanmoins à exister une différence entre la conception latine et la conception germanique, en ce que la première sur bien des points, plus encore dans les mœurs que dans l’ordre juridique, considère le pouvoir des parents, surtout le pouvoir du père, comme un droit qu’il a sur son enfant, droit devant lequel l’enfant doit s’incliner à jamais, sans avoir égard à son âge et à sa propre volonté, tandis qu’au contraire la conception germanique se base sur l'idée que le pouvoir des parents, c’est-à-dire ici et celui du père et celui de la mère, est une charge imposée aux parents, et qui pour cette raison doit cesser quand les enfants ont atteint l’âge de majorité. Vu théoriquement, une fois majeur, l'enfant

(4) V. Anders, Das Familienrechl, 1887, pag. 176.

est beaucoup plus libre chez les Germains que chez les Latins, mais, en revanche, chez ceux-ci les parents vivent davantage pour leurs enfants que chez ceux-là. . Cela ne veut pas dire que les parents latins s occupent plus personnellement de leurs enfants, le contraire serait plutôt Le cas, le foyer étant d'une importance moindre chez les Latins, et l'éducation des enfants s'y trouvant souvent confiée à des étrangers. Cela veut dire seulement que les parents latins regardent avec plus de conscience et plus généralement comme leur devoir, de s'occuper de l'avenir de l'enfant, en lui assurant une dot et un héritage. C'est pour la famille que les parents travaillent en travaillant pour leurs enfants, et leur sollicitude devient en substance la même vis-à-vis des enfants qu'ils élèventsousleurs propres yeux commede ceux qui, élevés dans des internats chez des: étrangers, leur sont restés inconnus comme personnalités. Il résulte de cette adoration de la famille, que dans les choses intéressant particulièrement la famille, par exemple le mariage de l'enfant, les parents conservent toujours une certaine autorité sur l'enfant, mais, d'un autre côté, il en résulte aussi que les parents ne s attendent pas à être particulièrement remerciés de ce qu'ils font pour l'enfant, et que celui-ci peut suivre librement ses inspirations et ses penchants personnels.

Chez les Germains, au contraire, ce devoir d'assurer l'avenir de l'enfant dans le sens purement économique n'existe pas. Rien n étonne plus un Francais dans les mœurs anglaises que de voir les filles se marier sans dot, et les fils ne compter que sur eux-mêmes pour se créer une position (1). Ce qu’on exige des parents chez les Ger-

(1) Taine: Notes sur l'Angleterre, 1872, pag. 194, etc.

mains est un minimum, parce que c'est une charge qu’on leur a imposée. C'est pourquoi, là où l'amour des parents donne plus que d’après la loi, ils sont en droit d’exiger quelque chose en retour, et ceci est généralement le cas, 1l peut facilement naïtre l’idée que les enfants doivent leur être reconnaissants, et, pour cette raison, les rapports personnels entre les parents et les enfants ont ici une plus grande signification que chez les Latins. L’étendue et la force de l’amour des parents dépendent essentiellement du degré d'intimité dans lequel ils ont vécu avec leurs enfants. Mais il peut aussi résulter de cela, que tandis que l'enfant devient absolument libre juridiquement aussitôt qu'il est majeur, il continue à être lié par tous ces liens personnels qui souvent tiennent l’âme dans un esclavage plus dur et sont plus difficiles à rompre que les liens juridiques. C'est ici qu'apparait la différence très nette existant entre les Latins et les Germains, car, tandis que la famille domine davantage chez les Latins, le foyer est pour eux d’une moindre importance.

La famille signifie l'union des membres vis-à-vis de la société ; le foyer, qu’ils continuent à travailler dans les voies accoutumées. C’est pourquoi où règne le culte de la famille, l'individu jouit d'une assez grande hberté pour choisir sa route,et il peut s’éloigner bien loinsans s'apercevoir du lien qui le retient ; mais le lien ne cesse jamais d'exister. Où c’est le foyer qui détermine Îles mœurs, l'individu peut avoir le champ libre, des liens “invisibles l’'empêchent d'en faire usage. La famille semble arrêter la marche du temps et paralyser l’originalité de l'individu. Les Latins connaissent rarement ce

sentiment très ordinaire chez les Germains, que les parents ressentent une certaine douleur de voir leurs enfants devenir indépendants, non seulement en se mariant et en s’établissant eux-mêmes, mais en s’éloignant. dans leurs opinions, dans leurs actions, dans toute leur manière d’être des coutumes du foyer paternel. Ce péril pour la liberté de l’évolution des enfants est essentiellement fondé, sur ce que les parents croient que l’enfant leur est particulièrement obligé. Le foyer est exposé à périr de vétusté, et cela presque en raison directe de l'intimité des sentiments qui y ont régné. Les parents ont derrière eux toute une vie d'habitudes et ne comprennent que difficilementles nouveaux temps,et plus ils. aimentleurs enfants, plus 1l leur est pénible que ce soit eux qui les contredisent. Les nouvelles idées et les nouveaux problèmes du temps trouvent souvent leur plus forte résistance dans le conservatisme des foyers. Ce danger n’est pas aussi grand chez les Latins où le foyer a moins de pouvoir, le sentiment de la famille qui y règne peut isoler les individus devant les problèmes de la société et les rendre indifférents pour leur solution. Mais il leur laisse une plus grande liberté dans le choix de lamanière et des moyens de maintenir la famille dans. la société. Même si les mœurs latines semblaient l'emporter, ilexiste donc un motif tellement en faveur du foyer dans la forme germanique, que nous n’hésitons pas à la préférer, et ce motif est la reconnaissance absolue de la valeur de l'individu. Comme tel, plus on reconnaitra cette valeur, plus le. sentiment de la famille succombera, car l'influence restrictive de ce sentiment sur la position de l'individu vis-à-vis de la société est mévitable: renoncer à cette influence sera pour la famille cesser

d'exister ou au moins s’effacer. Au contraire, l'influence stagnante du foyer n’est pas une conséquence nécessaire de l'amour du foyer, mais seulement de ce qu'ilnest pas assez éclairé et assez affranchi des restes. non encore disparus de l’égoïsme des parents. La douleur de voir ses enfants suivre leur propre route disparaitra, à mesure que les parents s’arrangeront dès le commencement à regarder les enfants comme des êtres indépendants, et à mesure qu'ils apprendront par les soins constants qu'ils leur prodigueront à connaitre leur manière de penser. Le foyer, qui si souvent aujourd’hui peut être regardé comme la grande école des préjugés, de cette manière se transformera en l’éducateur de la véritable liberté d'esprit : Comme le type de l’évolution qui s'opère dans nos sociétés, et comme le but que moralement nous devons aussi approuver et trouver le plus juste, nous devons considérer le foyer dans lequel le pouvoir du père s’est trouvé réduit à n'avoir qu'à protéger celui dont l'intelligence n'est encore qu'imparfaitement développée. Le père de famille anglais peut être chez lui un tyran, ses rapports avec ses fils sont autoritaires et peu chaleureux, cependant la base de toute la conception est la reconnaissance de l'indépendance personnelle de l'enfant. Lorsqu'on à donné à l'enfant la protection que demande son jeune âge, il n’a plus le droit de rien exiger, le père et le fils se trouvent placés dans des rapports d'indépendance réciproque. Si le Français se loue que dans son pays les rapports entre les parents et les enfants sont plus amicaux et plus tendres, il faut faire remarquer qu'en France, le père a le droit de faire enfermer l'enfant qui lui est rebelle dans une maison de correction jusqu'à sa majorité,

chose dont il ne peut être question en Angleterre (1).

En Amérique le pouvoir du père a absolument disparu, parce que l’importance de l'indépendance personnelle y à été reconnue sans réserve et a pénétré partout dans ce pays.Tocqueville présente formellement cet état de choses comme une opposition à l’organisation aristocratique de la famille dans les pays romans, où le père gouverne la famille parce qu'il en est l'auteur et le soutien. En Amérique, dit-il, le père se regarde comme le protecteur de l'enfant, non comme son maitre, le fils s'approche de la virilité et devient maitre de sa conduite, sans que cela soit la suite d’une lutte intérieure dans la famille, car dès le commencement on a prévu l’époque, où devait expirer l'autorité du père. À mesure que l'aristocratie perd son pouvoir dans les sociétés, le pouvoir du pète disparait aussi, et si l'on peut supposer que la société y perde quelque chose, l'individu y gagne assurément. La démocratie détend peut-être les liens sociaux, on devrait ajouter les faux liens sociaux, mais elle resserre les liens naturels (2). Les parents et les enfants ne se trouvent pas placés réciproquement, comme des personnes exigeant que la vie des unes soit vécue à cause des autres: leurs existences se touchent d'une manière plus intime que celles des autres individus, mais elles ne se confondent pas absolument. L’enfant est aussi peu mis au monde à cause des parents, que ceux-c1 existent à cause de l’enfant.Ce point de vue, qui est celui des rapports entre personnes jouissant d’une

(1) En Danemark un droit analogue a été aboli en 1774. (2) Tocqueville : Démocratie en Amérique, 3° éd., 1840, IV, pag. 60-70.

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indépendance réciproque, est le seul pouvant donner aux rapports entre les parents et les enfants une valeur incontestable.

>. — Le foyer comme centre d'éducation.

Nous pensons done que le droit des parents de diriger l'enfant jusqu'à son âge de virilité, n’est pas institué à cause des parents, mais pour les enfants. On doit aux enfants des soins constants, ce devoir est reconnu par la société, mais elle cherche à le rejeter entièrement sur les parents, en ce qu'elle n'apparaît elle-même qu'à leur mort, ou quand ils ne se trouvent plus en état de remplir leurs devoirs; puis la société se réserve le droit de veiller à ce qu'on prenne’soin de l'enfant d’une manière satisfaisante. C'est le fond des dispositions du législateur. Mais à côté de ces dispositions vient se placer la considération morale, en vertu de laquelle les parents demandent comme leur droit naturel qu'on leur laisse l'autorité sur leurs enfants et le droit de veiller sur leur enfance. Il se présente ici différentes questions concernant d'abord les limites des soins et de l'éducation que les enfants sont en droit d'exiger, puis si la famille est plus apte à se charger de cette mission que tout autre organe de la société.

S1 nous examinons d'abord la grande question des limites des soins et de l'éducation que l'enfant peut exiger, nous nous heurtons à des considérations contraires, en ce que d’un côté l’on soutient que la société ne doit à l'enfant que le strict nécessaire, tandis que d’un autre

côté on exige que l'éducation soit la même pour tous. Et encore, ce qui est le strict nécessaire peut être déterminé différemment, et, à différentes époques, ceci s'est trouvé être le cas. Mais l'éducation ne deviendra une tâche de la société que parce que c’est pour elle un avantage que les individus en deviennent des membres aussi capables et aussi utiles que possible, cela ne peut pas être à l'égard de l'individu lui-même. Il en est de l'éducation considérée comme une tâche de la société, comme il en est de la charité publique ; la société a seulement organisé ce qui était l'intérêt de tous les individus particulièrement ; que les faibles et les indigents puissent trouver aide et secours, est une organisation efficace pour remédier aux malheurs qui frapperaient la société si elle ne prenait pas à cœur cette mission. Ce ne peut être la tâche de la société d'assurer le bonheur de chacun, elle peut seulement protéger les individus pendant la lutte pour le bonheur, et l’on ne pourra soutenir qu'il faille instituer une éducation égale pour tous, avant qu'on ait pu démontrer que c’est la condition nécessaire pour lutter pour le bonheur. Cependant, il n’est pas possible de soutenir que la différence dans l’éducation détermine à présent la place de l'individu dans la société ou la prospérité qu'il sera à même d'acquérir. IE y à un certain minimum de connaissances indispensable pour que l’individu ne se trouve pas placé en dehors de la société civilisée et de ses éventualités ; et même si J’on soutenait que ce minimum est déterminé pareimonieusement dans nos écoles élémentaires, il y a loin entre demander l’amélioration de l'instruction dans ces écoles et demander l'éducation égale pour tous. La société gagnerait à ce que la distance quisépare les écoles

élémentaires des écoles supérieures fût diminuée, afin que les unes deviennent davantage le complément des autres et cessent de représenter de différentes espèces ; mais ceci ne touche pas à la question de l'instruction égale pour tous, qui exigerait que tous les individus passassent par tous les degrés de l'instruction, ou au moins que ce fussent les capacités des élèves et non leurs moyens pécuniaires qui déterminent s'ils peuvent continuer leur intruction. C’est une erreur de croire que ce sont les capacités seules qui doivent déterminer le degré d'instruction dont un enfant doit profiter. La vie pratique n’exige pas un si grand nombre de connaissances théoriques que la carrière administrative, mais il faut prendre garde de donner plus d’aliment à ce préjugé que la carrière administrative est la seule convenable pour les intelligences d'élite. Si la vie pratique demande moins de connaissances théoriques, elle exige assurément des capacités aussi grandes et une intelligence plutôt supérieure. Puis, il: faut ajouter à ceci que les positions auxquelles l’éducation supérieure peut faire prétendre, semblent plus élevées que celles offertes par la vie pratique ; cela repose aussi sur un préjugé qui . s’est développé à une époque où l’on avait une déférence particulière pour tout ce qui touchait à la carrière administrative. L’exigence d’une instruction égale pour tous ne peut être établie sur la base de ce préjugé qu'on doit faire tous ses efforts pour déraciner. Et làdessus, ce n'est pas seulement l'éducation universitaire qui, de nos jours, dépend des conditions pécuniaires dans lesquelles on se trouve, c’est aussi le choix d’une

î position qui en dépend. Il faut avoir une famille qui

puisse vous aider à vivre pendant de longues années

avant d'arriver dans la carrière administrative à une position pouvant vous permettre de vivre honorablement. Il faudrait d'abord détruire toute l’importance que péut avoir la fortune pour toutes les relations de la vie avant de pouvoir obtenir le moindre résultat en donnant à tous la même faculté de pouvoir s’instruire. C’est pourquoi la société ne peut considérer comme un devoir de donner à tous la même instruction, ceci regarde le foyer, c’est aux parents de décider quels sont les sacrifices qu'ils peuvent faire pour l'enfant. |

Mais en dehors de l’instruction qui met à même d’acquérir des connaissances, l’éducation cherche aussi à développer le caractère. La société trouve son intérêt à ce que la jeune génération soit animée des idées morales sur lesquelles repose la vie de la société. Il paraît difficile ici de parler d’un minimum et d’un maximum, la société semble devoir exiger de tous le même degré de développement du caractère et, en conséquence, devoir en faciliter l’accès pour tous. Sur ce point, nous croyons trouver presque l'unanimité, mais on est encore loin d’avoir réalisé l’idéal ; car le côté moral de l’éducation est encore si négligé qu'il y a beaucaup à faire à cet égard.

Quelqu'un peut objecter à cela que ce que la société a le droit d'exiger de l’individu, n’est que l’cehéissance aux lois et point du tout la moralité intérieure de ses pensées ; nous admettons volontiers que la société n'a pas le droit de juger la moralité des citoyens adultes si leurs actions sont en harmonie avec les lois, mais nous ne voyons pas que cette concession doive exclure que la société puisse se proposer le but de développer le caractère moral de la jeunesse. Et justement

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sur ce point, l’on peut s’apercevoir que la société n'est pas à même d'accomplir cette tâche sensiblement aussi bien que la famille.

Toute éducation morale se fait principalement par: l'exemple et les habitudes que crée la vie journalière. Ici le foyer l’emporte sur une maison d'éducation, en ce qu'il est une partie de la vie vivante qui se manifeste pour l'enfant. L'enfant n'a devant les yeux, dans une maison d'éducation, qu'une machine artificielle, et les habitudes d'ordre, de ponctualité et de travail qui peuvent y être apprises, sont donc basées sur quelque chose n’appartenant pas en somme à la vie même, et pour cette raison ne pouvant peut-être se maintenir lorsque l'enfant plus tard y entrera. Les professeurs et les. pérsonnes avec lesquelles les enfants sont en contact dans une maison d'éducation ont leur véritable vie au dehors. Au contraire, dans le foyer, l'enfant vit avec ses parents dans leur véritable vie, et c'est pourquoi les habitudes qu'il y contracte deviennent bien plus fortes, plus directement suggestionnées, et plus aptes à régir sa propre vie. Aussi l'éducation la plus imefficace est celle que l'enfant reçoit dans un foyer où les parents vivent une vie extérieure, c’est-à-dire vivent en ayant leurs principaux intérêts en dehors du foyer, ou plus. strictement, l'éducation, dans ce cas, peut aussi devenir efficace, mais dans un sens mauvais; ce que l’enfant s’approprie, ce ne sont pasles remontrances que de temps. en temps les parents peuvent lui faire, mais l'exemple de ces intérêts pour les choses extérieures que donne leur vie. L'enfant, dès l’âge le plus tendre, grandit dans les idées et dans les sentiments qui l'entourent ; il apprend à penser et à sentir de la même manière ; ce

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sont les habitudes qui l’entourent et non les remontrances qu'il reçoit qui déterminent son caractère. Les remontrances n'ont sur lui qu'un effet passager, mais l'harmonie durable avec son entourage le pénètre. Même si, à vos yeux, un foyer n'est pas absolument le modèle de ce que vous désireriez, et que vous exigiez que l’on inculquât à l'enfant les plus belles maximes, cependant c'est un foyer, c'est-à-dire le centre de la vie véritable des individus qui ont leur rôle dans la société ; c'est pourquoi, par ses habitudes, il peut être plus profitable à l’enfant que toutes les belles maximes du maître. Si ce n'est pas le cas, si le foyer est tellement divisé qu'il n’est plus à même de satisfaire la société, il ne vaut plus rien pour élever l'enfant, et la société doit alors se charger de trouver à l'enfant un autre entourage. Mais être forcé d’en arriver Îà est toujours un malheur, et il est douteux que l’on y puisse remédier. Un sage a dit que l’enfant apprend à agir juste avant de devenir juste. C’est cette vérité que nous répétons en disant que ce sont les habitudes qui déterminent le caractère de l'individu. Les habitudes fondamentales qu’il s'agit de créer sont surtout l'amour de l’ordre, l’activité soutenue, l'amour de la vérité et la compassion ; mais ces habitudes sont justement toutes les conditions pour qu'un foyer devienne une heureuse vie commune entre

les époux. Si l'on attache aussi de l'importance à l'obéis-

sance, ceci est un reste de ce culte ancien de l'autorité. Evidemment, l’enfant doit obéissance, mais l’obéissance ne doit pas pour lui être une habitude à cause même de l’'obéissance ; il vaut mieux que l’obéissance soit provoquée au moyen de la suggestion, c’est-à-dire que la vie -dans le foyer serve tellement d'exemple à l'enfant qu'il

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