EURE. EU
naire que l'enfant tout en aimant sa mère de préférence avait plus de respect pour son père et prenait davantage sa manière d'être. Plus il grandissait, plus ses rapports avec la mère devenaient moins importants, la fille se sentait comme sa camarade, le fils se regardait comme son protecteur. Si l'éducation de l'enfant doit véritablement être une tâche commune pour les parents, 1ls ne doivent pas seulement s'aider mutuellement pour parvenir à l’accomplir, mais leur position dans le foyer doit être égale ; comme nous l'avons déjà dit, c'est une illusion de croire que l'on peut placer l'éducation comme quelque chose d’indépendant en dehors des autres choses concernant la vie dans le foyer, c’est justemment la vie dans le foyer qui se trouve être le facteur le plus important de l'éducation.
Les deux époux contribuent au même degré à donner à cette vie du foyer sa forme caractéristique. Quels que soient les rapports dans lesquels la loi les place réciproquement, leurs personnalités se feront valoir, et celui qui vit dans le foyer s’apercevra bientôt de ce qu’elles y apportent, et remarquera particulièrement si elles agissent de concert vu s’il existe dans la maison deux volontés contraires. L'enfant, avec la finesse de son instinct, sera particulièrement influencé ; justement parce qu'il n'a pas encore lui-même une personnalité entièrement déterminée, il sera plus susceptible de ressentir ce qui vient de son entourage. C’est une erreur lorsque l'époux croit, en abusant de son autorité vis-à-vis de son épouse, pouvoir déterminer seul l'esprit et le ton devant régner dans le
foyer ; mais ce n’est pas plus juste lorsque l'épouse se
figure comme mère pouvoir particulièrement influencer l'enfant : le père a certainement une aussi grande part
dans la détermination de tous les facteurs les plus importants dans l'éducation. Il y a donc quelques côtés particuliers de l'éducation que ceci ne regarde pas et dans lesquels la mère a l'influence prépondérante. Ce sont les détails de l'éducation, que, par ses soins plus constants et plus intimes, elle se trouve davantage.avoir entre les . mains. Si elle confie l'enfant à des étrangers, parce qu'elle est forcée comme l’homme de gagner sa vie, et que ses occupations absorbent la plus grande partie de son temps, cette personne étrangère à qui l'enfant est confié, et qui aura à s'occuper de tous ces détails, s'emparera aussi de la direction de ses premières fantaisies, de ses premières conceptions du monde, de sessympathies, de ses antipa- thies, et tous ces germes contribuent assez à former sa personnalité et à déterminer l'influence qu'auront les habitudes du foyer en les réglant et les systématisant. Les premières années de la vie de l'enfant sont à cet égard particulièrement importantes, et un homme ne sera presque jamais apte à les diriger, car par sa nature ou par ses occupations dans le monde en dehors du foyer, sa main est devenue trop dure. On sera donc forcé de choisir, pour soigner l’âge tendre de l'enfant, entre la mère et une femme étrangère.
On entend assez souvent les mères se plaindre de ce qu'il y a d’ennuyeux, dans les soins qu’il faut prodiguer à l'enfant pendant ses premières années, soins semblant simplement consister à donner le sein et à laver les couches. Si l’on considère ainsi les choses il ne faut pas s'étonner que la mère trouve ces occupations sans intérêt, et ne peut en somme les supporter que lorsque son intelligence est imparfaitement développée et que par conséquent l'instinct maternel a un pouvoir sur elle plus
direct et plus irrationel. Mais si son intelligence ne se développe pas seulement pour comprendre la physique, l'histoire, les questions politiques et sociales et s’y intéresser, si elle le fait aussi à l'égard desindividus afin de comprendre les conditions pour le développement de leur âme, les simples soins dictés par un amour maternel acquerront à ses yeux une si grande importance, qu'il lui semblera très difficile d'y renoncer. Plus un jardinier est capable, plus 1l s'occupe des moindres soins dont dépend absolument la réussite de ses fleurs, chose qu’un autre moins expérimenté trouve ennuyeuse, et laisse faire à d’autres s’il est possible. Il est très compréhensible que le premier résultat d'un rehaussement dans Ja condition de la femme soit une restriction de l’instinct maternel, et se montre dans un désir de connaitre le monde dans lequel vit l’homme et d'y pénétrer. Ce rehaussement dans la condition de la femme est non seulement dû aux femmés non mariées, mails aussi à ce vide que doit faire ressentir la tâche dans le foyer, depuis qu’elle n’a plus la grande importance économique qu'elle avait autrefois. Le développement industriel de nos sociétés a été nuisible à nos épouses ; elles ne trouvent plus une occupation suffisante dans les soins de leur maison, et elles sont presque forcées de mener une vie oiseuse quoique très occupée, vie malsaine pour leurs sentiments. Pour ces épouses mondaines les soins de l'enfant sont un dérangement dans leurs habitudes, et une peine qu'elles ne désirent pas prendre, et les épouses qu'une telle vie oiseuse ennuie se révolteront très naturellement contre ce d’où vient la pauvreté de leur existence ; elles désireront une occupation sérieuse et la. trouveront de suite dans ces travaux qui ont si longtemps
captivé l'esprit de leurs maris. C’est leur intelligence, leurs facultés intellectuelles qui sont affamées de nourriture, mais de la trouver dans les soins que demandent un enfant nouvéau-né, suppose une évolution intellectuelle ou très inférieure ou tellement supérieure qu'il n'est pas singulier que pour commencer l’on dédaigne de s'en occuper. De là provient ce phénomène que les femmes émancipées, les plus intelligentes et les plus courasgeuses de leur sexe, deviennent souvent des mères si mauvaises. Cela n’est point la suite nécessaire et inévitable de l'émancipation des femmes ; la raison de ces. suites déplorables est au contraire que l’affranchissement et les progrès intellectuels des femmes ne sont n1 assez. complets n1 assez étendus. Que des femmes puissent considérer comme une tâche importante, d’instruire les enfants des autres dans une institution, mais ne trouvent pas qu'il vaille la peine de s’occuper elles-mêmes de leurs: propres enfants pendant leurs tendres années, est une: chose si étrange,que ce ne peut certainement être qu'un phénomène transitoire, dû au manque de compréhension pour l'importance que l'éducation première a plus tard sur l'individu. Cette importance est plus cachée, et la substance de l'éducation ne peut intéresser l'éducateur lui-même comme elle le fait lorsqu'il s'agit d'instruire des écoliers, et c’est pourquoi il n’est pas étonnant que cette première éducation de l'enfant ne soit pas au commencement considérée par la femme émancipée.
Mais ce n’est pas seulement un entendement psychologique que la mère doit avoir pour prendre intérêt aux soins de l'enfant, et pour être à même de résou- . dre les problèmes qu'ils renferment. Elle doit avoir aussi une assez grande connaissance du monde en général,
pour continuer plus tard à pouvoir aider et guider ses enfants. Dans l’état de choses actuel, il arrive assez souvent que surtout les fils perdent de bonne heure la confiance dans leur mère, parce qu’ils s'apercoivent qu’elle ne connait rien de ce monde dans lequel ils vivent en dehors du foyer. Ils n'écoutent pas ses remontrances et font moins attention aux soucis qu'ils lui causent, en ce qu’en eux-mêmes ils se disent: «elle ne comprend pas ce qui en est », et pour cette raison la mère perd peu à peu l'influence qu elle avait sur ses fils. Les rapports d’affection qui existent entre eux ne disparaissent pas pour cela. Les fils apprennent par leurs relations avec la mère à regarder la femme, avec la sollicitude que le plus fort. et le plusintelligent doit avoir pour la plus faible, c'està-dire avec une nuance de supériorité. Ce n'est pas seulement pour devenir l’égale de son mari, que la femme doit être affranchie et développée intellectuellement, qu'elle doit acquérir les mêmes connaissances que l’homme, et avoir le même entendement que lui dans les différentes conditions de la vie sociale ; c'est aussi nécessaire pour elle, si elle veut conserver sa mission éducative comme mère. Plus elle sera capable de la remplir, plus elle sera prise par la vie du foyer, et l'époux et l’épouse trouveront chacun leur place d’après leur personnalité respective. Nous voyons ainsi que chaque élément dans la vie du foyer contribue à déterminer tous les. autres.