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Le caractère moral de la vie sexuelle

Dans l'évolution humaine, l'idéal que l’on poursuit habituellement est qu'on doit juger aussi sévèrement les erreurs de l’homme que celles de la femme. L'autre possibilité, que l’on pourrait amener une évaluation proportionnée en regardant moins sévèrement qu'auparavant la femme qui se donne librement, et de cette fa-

con créer un intermédiaire entre l’indulgence que l’on accorde à l’homme et la dureté que l’on montre pour la femme, arrivera certainement bientôt à se réaliser, mais elle ne trouve que de rares et de prudents avocats. Ses conséquences seraient justement, non pas l'insuffisance de montrer une indulgence proportionnée pour l’un comme pour l'autre, mais de donner toute liberté de s'abandonner sexuellement. Elle trouve son appui dans les considérations qui cherchent la seule justification de l'union de l’homme et de la femme dans le sentiment de l'amour qui les jette dans les bras l’un de l’autre. Derrière la tendance de relâchement et celle de tension, il se trouve en réalité des considérations infiniment complexes. Tandis que l'individu, en général, dans son évaluation considère les choses au point de vue d’une seule considération fondamentale quelconque, à laquelle tout le reste doit être subordonné, c'est l'affaire du moraliste de prouver le rapport entre toutes ces considérations différentes et par là de leur restituer leur valeur relative. Ce n’est pas assez, comme cela arrive Journellement dans le choc des opinions, de laisser le jugement sévère l'emporter. sur l’autre. Il s’agit bien plus de comprendre comment des gens qui, en somme, sont à un même degré de civilisation, et que l'on peut regarder comme ayant une aussi grande aptitude et une volonté aussi sérieuse de vivre honnêtement d’après la loi de la conscience, peuvent arriver à regarder ces états de choses de manières si différentes.

Les avocats de l’amour libre cherchent presque toujours leurs hypothèses, dans une opposition à la manière de regarder la vie humaine que le christianisme catholique fait valoir. Il voit, comme nous avons déjà

dit, un caractère coupable et une chose impure dans le désir même qui attire l’homme et la femme l’un vers l'autre. L'ancienne Eglise, en réalité, ne permettait le mariage que parce qu'il aurait été impossible de le supprimer ; par une sorte d’infidélité envers ses propres principes cachés dans un rehaussement mystique du caractère sacramentel, il fut représenté comme une chose sainte, instituée par Dieu pour le bien de ceux qui ne pouvaient rester continents. On trouve aussi en dehors du christianisme l’ascétisme comme l'idéal de la pureté, et comme une preuve de force de renoncement à soimême, mais 11 cela n’a pas d'intérêt pour nous, car ce fut le christianisme qui introduisit ces idées en Europe, et sa manière de regarder l’union sexuelle ne fut pas. seulement déterminée par l'effort ascétique général, mais ‘en même temps et au plus haut degré par son opposition contre les mœurs dissolues quis’étaient développées dans la société romaine, surtout dans la haute société. Et cette opposition n’a pas besoin par elle-même d’avoir pour base hypothétique une tendance ascétique générale, elle peut aussi bien s'expliquer en ce que le libertimage relâché du temps produisait une impression profonde, où la puissance dissolvante, déshonorante et sans contrôle de l'instinct sexuel agit entièrement sur tout l’état intellectuel et moral des individus et sur l'état social en général. À la rigueur, ce que le mouvement moral, qui était la substance dans le triomphe du christiamisme et une des causes principales de sa victoire, voulait combattre, c'était l’avidité de plaisir sans frein et ses conséquences, l’étroitesse d’Ame la plus prononcée et l’égoisme du caractère le plus absolu, dont les excès de la vie sexuelle étaiehñt l'exemple typique. Mais,

comme cela arrive souvent pendant de grands mouvements semblables, on mit le but plus haut que cela n’était absolument nécessaire, on eut des exigences plus. exclusives que celles que peut-être véritablement l’on avait en vue, et de cette manière on laissa l’anathème atteindre tous les instincts desquels pouvait émaner l'avidité des plaisirs. On condamna l'instinct sexuel par luimême, non pas, comme l'intention véritablement en était, seulementses excès, toutes les limitesde démarcation dans. l'état de chose donné paraissant trop difficiles à établir. La Réforme renonca au point de vue ascétique exclusivement idéaliste, et replaça les instincts naturels dans. leur droit, de sorte que ce ne furent que leurs excès qui devaient être atteints. Mais dans la manière dont la Réforme détermina ce que l’on devait regarder comme les excès de l'instinct sexuel, et ce qu'il fallait regarder comme une chaste et sainte obéissance au commandement divin qui se fait entendre aux humains à travers ce puissant instinet,il y avaitencore des points qui devaient se montrer comme peu satisfaisants. Contre les assertions des réformateurs.que la détermination de l'instinct sexüel dans l'idée de Dieu,c'est d'amener les humains à contracter le mariage chrétien, d’avoir des enfants et de former de nouveaux corps pour l'âme chrétienne, la : conception humanitaire objecte de nosjours,qu'une telle union entre l’homme et la femme peut être profondément immorale, en ce que justement il peutmanquer de cet amour personnel entre l'époux et l'épouse sans lequel la vie commune entre eux devient sans droit moral. Aussi longtemps qu'on est chrétien et que l’on met toute sa vie | sous l'influence de l’idée d’une Providence divine et . d’une bénédiction divine,'il est bien naturel aussi que:

l’on cherche à amener une chose aussi importante que l'amour sous la bénédiction divine ; et celui qui,dans ses rapports avec un autre, est pénétré du sentiment de la sainteté que Dieu donne à cette union, ne manquera Ja- -mais tout à fait de ces sentiments pouvant élever l’union sexuelle au-dessus de ce qui est brutal et condamnable. L'époux n'ayant pas d'amour personnel pour son compagnon peut,dans l'idée d'accomplir l'ordre de Dieu, trouver un soutien, qui dans tous les cas adoucit la brutalité dese donner sans amour.Mais si la croyance en Dieu disparait, 1l faut avoir d'autres marques distinctives pour ce qui est de s’adonner moralement ou immoralement à l'instinct. Et l'on suppose que l'on ne peut les chercher que dans le caractère même de ce sentiment qui attire les époux l'un vers l’autre. Si ce sentiment disparait, il nya plus de vérité dans l'union ; sile sentiment existe, alors elle possède sa vérité et sa valeur morale, tout à fait indépendantes de ce qu’elle ait reçu ou non une sanction publique. à Il s'agit donc surtout de savoir ce que c'est que ce sentiment qui peut ainsi donner une valeur à l'union sexuelle, à quoi on le reconnait, en quoi il se sépare de l'instinct sexuel élémentaire lui-même, et des séducüons sensuelles de toutes sortes qui y sont adhérentes. On reconnait partout que la véritable institution du mariage se trouve dans le sentiment même des époux l’un pour l’autre, dans leur volonté de se donner l'un à l’autre, même là où l’on exige une consécration déterminée pour laisser le mariage entrer en vigueur avec tous ses effets juridiques. La consécration de l'Eglise qui primitivement n'était qu'une visite à l’église après le mariage, repose sur ce que des chrétiens ne doivent pas commen-

cer un état de vie aussi important que lemariage, sans le placer sous la bénédiction de Dieu ; dans la sûite elle est aussi devenue l'acte officiel par lequel le mariage se confirme juridiquement. Mais elle n'est pas elle-même

Pr Vi EE

l'action qui fonde le mariage dans un sens moral. Ce

n'est que la propre déclaration des époux qui le fait et leur volonté. Lorsque le mariage doit amener des effets juridiques, ne résultant pas immédiatement de là vie commune entre l'homme et la femme, 1l semble qu’une telle confirmation officielle sous une forme civile ou religieuse soit indispensable ; mais cela est une considération utilitaire, le principal est la considération morale, celle fondant véritablement le mariage. Nous allons rechercher dans ce qui va suivre s'il est nécessaire et raisonnable de conserver la distinction que nous venons de mentionher entre des unions, l’une ayant pour conséquence des effets juridiques (le mariage) l’autre, n'en ayant pas (le concubinage). Mais cela ne peut pas se faire d'une manièresatisfaisante avant que nous connals-

sions parfaitement les marques distinctives de la volonté

fondant véritablement le mariage, des sentiments dont

elle émane et qui en font une union morale, tandis que

leur absence ferait du mariage aussi bien que du concubinage des unions immorales. |

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