‹ La famille dans les différentes sociétésChapitre 7 sur 41 · L’exigence de chasteté chez les individus · texte numérisé non relu

L’exigence de chasteté chez les individus

non Mariés.

Ce que l’on accentue en général lorsque l’on met en.

contraste le mariage et le concubinage, c'est que le pre-

mier est une union sexuelle régulière. Le catholicisme

et la Réforme tiennent cette considération comme véritablement décisive. Mais il nous semble que cette conception est loin d'être complète, et ce qui lui manque se trouve dans ce que l’on faittrop ressortir l'union sexuelle comme base dans le mariage. Ce qui est vrai à présent et depuis très longtemps, c'est que l'évaluation morale existante part de ce que l’on peut seulement dans le mariage fonder une union sexuelle morale. L'exigence de chasteté semblait pourtant contraster singulièrement avec cette conception qu'en même temps l’on fait valoir, que l’instinct sexuel est naturel et par conséquent un instinct autorisé. C'est pourquoi, selon toute apparente, cette conception ne peut vraisemblablement sembler plus qu’une protestation contre la conception précédente, que l’instinct sexuel est par lui-même coupable et impur. Puisque l’on soutient par là que tout état de vie dans lequel l'instinct sexuel entre en ligne de compte perd quelque chose de sa valeur morale, on pourrait concevoir une protestation contre ceci, partant de ce quel'instinctsexuel est pur par lui-même, de sorte que toute union où il existe a pour cette raison un droit quelconque. Mais cela ne serait pas absolument Juste. Nous ne pouvons expliquer ce quel'instinetsexuelest parlui-même quand nousnesavons pas ce que l’on veut dire avec cette expression. Cela signifie-t-1l l'instinct comme motif isolé de s'unir, nous ne doutons pas que l’on doive conserver l'idée de son immoralité. Lorsque nous approuvons la protestation contre l'ancienne condamnation chrétienne de cet instinct comme en lui-même impur, nous voulons par là seulement nier que toute union dans laquelle il entre devient par cela même impure. Tantôt l'instinct sexuel peut devenir un élément d’une union morale, tantôt celui d'une union

immorale. Dans l'évaluation existante de la vie sexuelle et dans son résultat, l'exigence de chasteté, on peut discerner trois moments déterminants : la considération de ce qui est brutal, de ce quiest intempérant, de ce qui est isolé, et cette dernière nous semble être celle qui, à un degré prépondérant, fixe la ligne de démarcation morale entre le mariage et le concubinage. :

Tout instinct naturel peutse dénaturer dans la manière dont il se manifeste,et dans l'étendue où 1l se fait valoir. Les deux cas renvoient à la conception que l'instinct ne doit pas devenir le maître de l'individu. L'évaluation de la manière de se manifester d’un instinct est essentiellement de nature esthétique ; ce quiestbrutal estcontraire aux règles de la beauté. Mais dans ce sens ce que l'on comprend par le beau, doit être exactement déterminé, parce que l'évaluation esthétique sur chaque point en particulier où il en est question, peut supposer différents

éléments. Ce qui estcommun pour toute évaluation du

beau est purement formel, il s'agit seulement de la manière dont les éléments entrant dans l'évaluation sont ordonnés, mais les éléments eux-mêmes sont différents. Les couleurs et les lignes sont évaluées comme belles à cause de leur conformité avec la nature de fonctionne-

ment des sens, l'objet est évalué comme beau à cause :

d'associations vagues et passagères, mais conformes et

réciproques avec leur utilité (1). La manière d’être d’un -

(1) Dans une critique de l'emploi que le D' E. Westermarck fait de l'instinct pour expliquer les évaluations de beauté dominantes au lieu de démontrer les associations passagères dont elles résultent, j'ai relevé ceci : que « the ideal of beauty in any community depends upon the qualities which fit the wife to fulfil the functions which soc'ety iays upon her at that time and place » —et«a man is only beautiful when his appearance suggests thas he is fit to fill the place

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individu est évaluée comme belle pareillement, en ce que les associations qui naissent de cette manière d'agir, de la situation et des autres qualités de sa personne,son extérieur, Sa capacité, sa position sociale, etc., s’harmonisent mutuellement.

C’est pourquoi l’on appelle convenable une telle manière d’être (1). Pour la personne même cette évaluation esthétique de sa manière d’être devient une évaluation morale, en ce que l’on exige d’un individu qu'il se conduise convenablement.Un des points les plus importants qui devient significatif pour l'évaluation de sa propre -conduite est qu'elle doit être Le témoignage du respect et de l’estime qu’on a pour celui qui en est l'objet. Et ce qui nous semble brutal est sur tous les points à un degré prononcé, ce qui montre l'absence d'une telle considération. Cela se montre aussi par, rapport à l'instinct sexuel : une grande partie de la pudeur n'est pas aufre chose qu’une horreur de ce qui est brutal, violent, sans égard et par conséquent sans voile.

. Mais si importante que soit cette considération, elle ne that belongs to him in society » (/néern. Journal of Ethics, IT, 1892- 93 p. 461). Dans sa réplique le Dr W. pense réduire ceci à l'absurde par un mot d'esprit : « D' Starcke meight have carried his interpretation of beauty a little further, and said that, according to modern ideas, a beautiful man is one who as got much money » (/bid, IV, 1893-94, p.99). Mais le D' W. ne remarque pas d’une part qu'un seul cercle d'associations n’est pas assez pour déterminer la beauté et d’une autre part non plus qu'il setrouve un grand nombre d'exemples où les individus, dont la passion dominante est l'argent et la puissance sociale, justement en font la base de leur évaluation de ce qui est beau, de sorte qu’un homme qu'ils savent riche ou puissant atteint pour cette raison une beauté et un charme qu’ils ne trouveraient pas en lui sil était pauvre.

(4) Voir l'analyse de ces choses dans Jhering: Der Zweck im Recht, 2. Ausgabe.

peut done expliquer ce côté de l'exigence de chasteté,qui sépare le mariage du concubinage, car cette exigence veut qu'on reste absolument continent en dehors du mariage. Cette pudeur qui consiste à éviter ce qui est brutal, peut au contraire se montrer dans l’union libre aussi bien que dans le mariage, et le mariage peut aussi bien devenir sans pudeur que le concubinage. L’horreur de ce qui est brutal crée une exigence de chasteté qui doit aussi être observée dans le mariage même,mais elle ne peut établirune différence entre le mariage et le concubinage.

Et quelque chose d'approchant concerne ce qui est intempérant. L’intempérance est choquante parce qu’elle montre l'impuissance des individus contre l'instinct, et si l'on condamne l’action de s'abandonnersexuellement,ce n’est que parce que celaoccupe une trop grande partie de toute la vie consciente de l’individu.L'intempérance peut aussi bien se rencontrer dans le mariage que dans l’union libre et l’on n’a pas besoin de la trouver ni dans l’une ni dans l’autre de ces unions. A cet égard les deux. unions peuvent être aussi pures etaussi impures. L’intempérance peut se rencontrer dans des rapports avec. une seule personne et dans des rapports avec plusieurs, mais elle n'exclut pas la fidélité envers un seul individu. Et tandis que l’on peut très bien rencontrer l’intempérance dans les rapports avec une seule autre per= sonne, l’inconstance de l’union et Le changement fréquent. d'objet n’ont-pas besoin d'être la même chose que l’intempérance: l’un est le besoin de changement, l’autre est l'insatiabilité. C’est pourquoila condamnation morale de. l'imntempérance, sijustifiée qu’elle soit, ne peut expliquer Ja différence entre le mariage et l’union libre. |

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