‹ La famille de BeéthanieChapitre 10 sur 19 · LES QUATRE JOURS D'ÉPREUVES. — LES PREMIÈRES CONSOLATIONS · texte numérisé non relu

LES QUATRE JOURS D'ÉPREUVES. — LES PREMIÈRES CONSOLATIONS

« Jésus, y étant donc arrivé, trouva que Lazare était déjà depuis quatre jours au sépulcre. Or, Béthanie n'était éloignée de Jérusalem que d'environ quinze stades , et plusieurs Juifs étaient venus vers Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère. Et quand Marthe eut oui dire que Jésus venait, elle alla au-devant de lui; mais Marie se tenait assise à la maison. Et Marthe dit à Jésus : « Seigneur ! si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort; mais maintenant je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. »

Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera.»

Dans notre dernière méditation , nous avons laissé Jésus s’acheminant vers Béthanie avec ses .disciples, à qui il donne, sur ce qu’il va faire, de sérieuses et salutaires instructions. Le temps de l'épreuve va finir pour Marthe et Marie, qui, depuis {trop long-temps ; marchent dans une voie

124 | obscure, au sein de l’affliction et de la douleur, attendant en vain des consolations, et ne comprenant pas la conduite de leur céleste Ami. Il va à elles ; il va leur parler de foi, de consolation, de vie éternelle. Ainsi l’Évangéliste nous ramène auprès de la famille de Béthanie ; il va nous apprendre ce qui s’y est passé depuis que son Maitre a reçu le message des sœurs de Lazare : « Seigneur! celui que tu aimes est malade. » Écoutons donc notre historien ; suivons Jésus à Béthanie, et puissionsnous, en considérant les afflictions des sœurs de Lazare, les consolations que leur offrent les Juifs et celles que leur donne Jésus, apprendre à ne

chercher la paix et le bonheur que là où ils se trouvent |

Jésus, étant arrive, trouva que Lazare était depuis quatre jours dans le sépulcre. X faut supposer ici que Lazare mourut le jour même où ses sœurs envoyèrent à Jésus ; et comme Jésus « resta encore deux jours » dans la Pérée, éloignée de Béthanie d’une journée de chemin, il n’y arriva que le quatrième jour après la mort de Lazare, qui, selon l’usage des Juifs de son temps, avait été mis au tombeau immédiatement après sa mort.

Il s’est endormi dans la foi de ses pères. Il a fermé ses yeux aux scènes de cette vie de misère, avec la ferme espérance de les rouvrir un jour

aux grandes scènes de Péternité. Comme Siméon, il à pu dire, en quittant ce qui lui était cher sur la terre: « Seigneur, tu laisses maintenant aller ton serviteur en paix; car mes yeux ont vu ton salut. » Il est entré dans le port où il avait jeté Vancre de son espérance ; mais , hélas ! ses sœurs, qu'il aimait, restent après lui et combattent encore contre les flots et la tempête. Saint Jean ne nous parle ni de leurs combats, ni de leur douleur ; mais nos CœUrs pourront, en sympathisant avec elles, nous dire ce qu’elles éprouvèrent durant ces quatre jours de deuil et de souffrances. Leur frère, leur ami, le compagnon et le soutien de leur existence terrestre , a cessé de vivre. Toute leur affection pour lui n’a pu l’arracher des bras glacés de la mort. Elles ont reçu son dernier regard, son dernier adieu, son dernier soupir... Il ne leur reste, de ce frère tant aimé, qu'un souvenir, qu'un regret, que sa place vide dans leur demeure. Déjà sa dépouille mortelle est descendue au tombeau ; déjà elle devient la proie de la corruption. Oh! douleur des misères humaines ! oh! fruits amers du péché, qui a apporté de tels ravages dans l’Eden de YEternel! Un vide immense se fait sentir dans la demeure de Béthanie et dans l’ame des deux sœurs affligées. Le silence de la mort, troublé par leurs seuls soupirs, règne où l’on entendait naguère les doux épanchemens d’une pure amitié. Tout est changé : le bonheur domestique a pris fin et n’a laissé que des larmes. « Une

voix dit : Crie! et l’on a répondu : Que crierai-je? Toute chair est comme l'herbe, et toute sa grace est comme la fleur d’un champ. L’herbe est séchée , la fleur est tombée, parce que le vent de l'Éternel a soufflé dessus! »

Frères et sœurs, parens et amis, qui avez autour de vous des êtres qui vous sont chers, aimez-les, mais gardez-vous de placer sur leur tête fragile vos espérances de bonheur! aimez-les pour le Ciel et non pour la terre! aimez-les pour Dieu et non pour vous-mêmes | Écoutez la lecon de ce disciple de la charité, qui nous a conservé l’histoire que nous méditons, et qui, après de longues années d'expérience de la vie, après avoir vieilli dans l'exercice de cet amour qu’il recommande à chaque page de ses écrits, trace ces mots de sa main , affaiblie par les ans : « Mes petits enfans, gardez-vous des idoles! »

Cependant, ces quatre longues journées se sont écoulées, une à une , sans que Jésus arrivât à Béthanie. Jésus qui, seul, pouvait apporter du secours aux sœurs éplorées ; Jésus, dont elles ont imploré l'assistance ; Jésus, qui jamais n’est resté sourd aux plaintes d'aucun être souffrant ; Jésus n'arrive point! Que va devenir la foi et la confiance des deux sœurs? que peuvent-elles attendre encore’ Une seule parole du Sauveur aurait pu les tirer de leurs angoisses ; elles le savent ; elles

connaissent sa Toute-Puissance. Et pourtant il ne leur a donné qu’une réponse obscure, à laquelle elles ne peuvent plus rien comprendre : « Cette maladie n’est point à la mort, mais pour la gloire de Dieu! » Etleur frère est depuis quatre jours descendu au sépulcre , et déjà son corps tombe en dissolution !

O mon frère bien-aimé, qui, doué d’un cœur naturellement incrédule et d’une ame facilement découragée , ne trouvez au-dedans de vous, dans de tels momens d’épreuve, que défiance, que faiblesse, qu’abattement, apprenez de Marthe et de Marie à connaitre les voies souvent obscures du Seigneur. Apprenez d'Abraham et de tous les enfans de Dieu, qui n’arrivèrent à la victoire qu’à travers les combats, à « espérer contre toute espérance ! » Si votre cœur est vide de confiance; si votre ame est un désert aride ; si votre foi n’est plus victorieuse ; si votre espérance ne vous montre plus une meilleure patrie; si la Parole de Dieu ne dit plus rien à votre cœur; si la prière n’est plus pour vous la source des eaux vives, quand même vous savez qu’il n’y a pas d’autres remèdes à vos maux; sitout ce que vous avez encore de force suffit à peine à sentir vos miséres et à en souffrir; si votre œil ne voit partout qu'abimes et que ténèbres , oh! ne frémissez pas à la vue de ces profondeurs ! C’est là , à même que va naître dans votre cœur une foi inébranlable ; c’est

là que les liens de votre communion avec Dieu vont devenir si puissans que rien ne pourra plus les dissoudre. Jésus est là; il s'approche. C’est sa main puissante qui vous a placés dans cet abime ; et quand vous y aurez appris à désespérer de vous-mêmes , de vos forces, de vos mérites, et à attendre tout de lui, tout de sa fidélité, tout de son amour, cette même main puissante vous en tirera , pour vous placer sur les sublimes hauteurs de la foi, où vous le bénirez de vos souffrances , qui vous auront appris tant de choses. Les sœurs de Lazare nous apprendront la louange et les actions de graces, après nous avoir appris à nous humilier sous la main du Seigneur.

. Cependant, Marthe et Marie n’avaient pas manqué, durant les quatre jours de leur rude épreuve , de ce que le monde appelle des consolations. « Comme Béthanie n’était éloignée de Jérusalem que d'environ quinze stades, dit l'Évangéliste (c’est-à-dire, environ une demi-lieue), plusieurs Juifs étaient venus vers Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère. » Il était en effet d'usage, chez les Juifs, dès que la mort apportait le deuil dans quelque famille, que les amis s’y rendissent en grand nombre, pour pleurer avec ceux que la mort venait de priver d’un parent. C'était là un bel usage, sans doute, s’il eût été rempli dans l'esprit de « Celui qui console.» Mais, hélas! tout, dans la main de l’homme,

tout, jusque dans le deuil et les larmes, tout dégénère en formes sans vie, j'allais dire en formes hypocrites. Les Juifs, réunis chez les parens d’un mort, loin de rechercher, dans le recueillement et la prière, cet Esprit qui est appelé le Consolateur, faisaient retentir l'air de cris lugubres et de bruyantes lamentations. Si celui qu'on pleurait avait été un être aimé de sa famille; si sa mort était pour eux une perte douloureuse, alors les lamentations dont retentissait son tombeau prenaient le caractère d’une frénétique violence. On s’arrachait les cheveux, on déchirait ses vêtemens, on se revêtait d’un sac, on se couvrait de cendre, et tout cela, en faisant entendre des cris perçans, qui redoublaient à mesure qu’on voyait les parens du mort se livrer à une profonde douleur. Il y avait mème, dans certains cas, pour augmenter le lugubre de ces fêtes funèbres, des femmes dontle métier était de pleurer et de se lamenter sur les morts, ‘et qui étaient payées pour offrir aux parens etaux proches ce genre d’étranges consolauons ! Enfin, on voyait des hommes accompagner du son d’instrumens de musique ces tristes cérémonies, que Mathieu nous peint d’un seul trait en racontant la résurrection de la fille de Jaïrus : « Et quand Jésus fut arrivé à la maison de ce seigneur , et qu’il eut vu les joueurs d’instrumens, et une troupe de gens qui faisait grand bruit, il leur dit : Retirez-vous! »

Ce n’est plus de cette maniere, sans doute , que

le monde de nos jours console ses affligés. Mais, hélas! combien de « consolateurs facheux, à qui le Seigneur dirait éncore avec indignation ou avec pitié : « Retirez-vous ! » Qu’entend-on dans une maison de deuil où le Seigneur n’est pas connu et invoqué ? On y voit faire ce qu’on appelle une visite de condoléance. On fait un long étalage des vertus de celui qui n’est plus ; on répète à ses parens aveuglés qu'il est bien heureux , quels qu’aient été d’ailleurs ses principes , sa foi, sa conduite , ses espérances. Il a merite le ciel, ou, si l’on avoue qu’il ait eu « ses furblesses, » on se rejette sur un vague sentiment de la bonté de Dieu, derrière lequel disparaissent sa sainteté et sa justice. Du resté, comme il n’a laissé aucune tache à sa famille, elle peut être orguerlleuse de sa mémoire. « Et enfin, ajoute-t-on, il faut se soumettre à ce à quoi on ne peut rien changer ; c’est la loi de la nature ; nous sommes tous mortels ; il y aura un monde meilleur, une vie future. » On peut entendre encore quelques autres trivialités semblables, arrosées de quelques larmes; et voilà, pauvre monde, tes consolateurs et tes consolations ! |

Ah! « retirez-vous, » consolateurs facheux! où si votre ame est réellement touchée de ma douleur, parlez-moi avec vérité des desseins deDieuen m'affligeant; parlez-moide mhumilier sous samain, qui frappe pour me rendre sérieux à salut; parlez-

moi de mon Sauveur, de celui qui est mort pour détruire l'empire de la mort, la cause de la mort, le péché. Parlez-moi de l’oblation qu'il a offerte, pour obtenir mon pardon et ma gracé; parlez-moi des invitations de son amour, et de ces nouveaux cieux'et de cette nouvelle terre où la justice habite; parlez-moi de foi, d'espérance et d’amour; donnezmoi une seule promesse de Celui qui a vaincu la mort et le sépulcre ; ét si Jai le bonheur de pouvoir l'appliquer à moi-même et à celui qui n’était cher, et dont je pleure le départ, je serai consolé ; ét si je verse encore des larmes sur son tombeau, ce ne sera pas « comme ceux qui n’ont point d'espérance.» Mais si vous ne pouvez me parler de ces choses , 1l vous reste un puissant moyen de donner essor à la compassion dont votre ame est pénétrée pour moi : priez pour votre ami! Demandez à Dieu de sanctifier pour mon ame immortelle lépréuve qu'il m'envoie; demandez-lui que ma tête se courbe avec adoration, que mon cœur fléchisse avéc amour sous les coups de sa sévérité, qui ne sont que les coups de sa grace ; demandez à Dieu d'appliquer Iui-même à mon cœur, par la puissance de son Esprit, les consolations inéffables de sa Parole. Et si vous restez ainsi recueillis auprès de moi, je senürai que votre silericé même parle à mon ame et me console. Le chrétien seul, quel que soit d’ailleurs son degré d'instruction ét de culture, le chrétien seul trouve dans ses principes et dans ses séntimens

celte tendre délicatesse qui va à lame, cet art

divin de consoler par une parole , par un regard, par le silence même!

Cependant Jésus s'approche de Béthanie; suivons-le, et voyons la puissante influence de sa seule présence sur les cœurs affligés. Æ4 quand Marthe eut ouï dire que Jésus venait, elle alla audevant de lui ; mais Marie se tenait assise à la maison. Nous voyons encore ici les deux sœurs agir en conformité avec leur caractère. L'une et l’autre désirent avec ardeur les consolations de leur céleste ami; mais tandis que l’active Marthe cède aussitôt à la première et vive impulsion de son cœur et vole au-devant de Jésus, Marie, bien que sentant plus vivement encore le besoin de sa présence, parait trop accablée de la douleur de son ame sensible. Il semble qu’elle veuille attendre que Jésus vienne ôter, lui-même, de sa main compatissante , ce fardeau de douleur, cette croix si pesante qui accable son cœur. Il ne faut pas observer long-temps les hommes pour apercevoir dans leur caractère religieux ces nuances diverses d’impressions et de conduite, alors même qu'ils partagent la même foi, le même amour, les mémes espérances. Et chaque trait de ces détails si vrais, si minutieusement caractéristiques , si évidemment donnés par un témoin oculaire, sous la direction de cet Esprit qui sonde les cœurs, nous fournirait, $’il élait nécessaire, une preuve

bien puissante de la vérité du grand fait historique que nous méditons.

Mais tandis que Marie attend, dans le silence d’une profonde douleur, les consolations de son Sauveur, suivons sa sœur, qui déjà a volé au-devant de lui, comme le cerf altéré se précipite vers les eaux courantes. Elle est à ses pieds; elle s’est prosternée devant Celui qui, seul, peut verser sur les plaies de son cœur un baume salutaire. Elle l’a attendu quatre jours ; mais maintenant elle le voit. « Jésus est la ! » Ces mots n’ont pas plus tôt frappé ses oreilles , Jésus ne s’est pas plus tôt présenté à sa vue, que sa foi presqu'éteinte se ranime ; un doux rayon d’espérance a percé le sombre nuage qui enveloppait son cœur. Tous les Juifs venus de Jérusalem , pour la consoler à leur manicre, ne lui sont plus rien ; elle les a laissés pour aller se jeter aux pieds de Jésus, et là, cédant au premier mouvement de son cœur, qui est de s’ouvrir pour déposer aux pieds du céleste consolateur le fardeau de sa peine, sûre qu’il va y compatir comme le meilleur des amis : « Seigneur, s’écrietelle , St lu eusses éle ici, mon frere ne serait pas mort! »

Il y a sans doute une grande douleur dans ces paroles, il y a même une sorte de découragement ; elle re sait que regarder vers le passé, vers le tombeau d’un frère aimé; il lui semble que Jésus arrive

trop tard pour la secourir; qu’il ne lui reste , pour. le présent, que ses larmes. Mais il y a toutefois en elle un reste de foi qui parait se ranimer, se réchauffer et grandir, en la présence de Jésus. Elle croit encore que si Jésus « eût été la, » il aurait pu guérir son frère, mettre un terme à sa maladie, arracher, d’un mot, à la mort, sa proie ; au sépulcre, sa victoire. Et, comme la plante battue et froissée par l'orage se relève insensiblement sous l'influence des bienfaisans rayons. du soleil, ainsi, ce germe de foi, qui reste dans le cœur de Marthe, se développe et grandit sous le regard compatissant et majestueux du Sauveur. Elle a devant elle ce «souverain sacrificateur qui sait compatir à nos infirmités. » Sa foi s'élève plus haut, à chaque instant qui s’écoule, à chaque regard de son Rédempteur ; son ame se rouvre à l'espérance; son cœur n’est plus serré par la douleur; les ténèbres de son esprit se dissipent ; son ame, déjà pénétrée d’une ineffable consolation, s'élève au-dessus des maux qui l’accablaient naguère; elle sent que Jésus, qui vient à son aïde, trouvera, dans son amour infini et dans sa puissance sans bornes , toute la bénédiction qu’elle. implore : « Mais maintenant, dit-elle avec abandon, mnaintenant je sais que tout ce que, tu demanderas a Dieu, Dieu te l'accordera !»

O triomphe de la foi! 6 bonheur de la présence de mon Sauveur! Elle est bien près la

ÉD consolation et la paix de cette ame affligée qui s'ouvre ainsi à la confiance! De la foi à la paix ét au bonheur il n’y a qu’un pas, ou plutôt la paix de Dieu, « qui surpasse toute intelligence, » et qui vaut mieux que la vie, est le premier et le plus doux fruit de la foi.

O vous, disciples de Jésus, qui savez que ce bon Sauveur est toujours près de vous! vous, qui n'avez jamais à vous écrier avec douleur: Seigneur | si tu eusses été ici, parce que vous savez qu'il est toujours présent, toujours prêt à vous entendre, toujours prêt à vous bénir, d’où vient que votre foi reste si souvent au-dessous de celle de Marthe’? pourquoi ne pouvezvous pas, comme elle, vous abandonner à la puissance et à l’amour de Jésus” D’où vient que si souvent on vous voit abattus dans vos maux et dans vos épreuves? d’où vient que votre ame, accablée. de ses misères , languit dans les profondeurs du découragement et de l’affliction? d’où vient que votre ame ne peut pas prendre son essor vers les régions de la foi, de l'espérance, de la paix, de la joie? Ah! cela ne vient-il pas de ce que vous ne croyez pas, de ce que vous n’avez point de foi’ La défiance et le doute serrent votre cœur , ferment votre ame aux ineffables consolaüons de votre Dieu; vous rendent sourds à la voix de sa grace, à la voix de ses promesses , à la voix de son amour. Au lieu de sortir, comme

Marthe, du milieu des consolateurs fâcheux, pour aller au-devant de Jésus, dont la présence fut toujours et sera éternellement « un rassasiement de joie, » vous allez demander aux hommes des consolations qu’ils ne peuvent vous donner. Au lieu de puiser à la source des eaux vives des rafraichissemens pour votre ame altérée de paix, vous allez creuser au désert « des citernes crevassées » qui, vous le savez bien, ne « contiennent point d’eau; » ou bien, vous ne regardez qu’à vous-mêmes, qu'à Vos maux, qu’à vos misères.

Au lieu de croire Dieu sur parole, de ui présenter ses promesses comme des titres irrécusables, et de lui dire, avec une pleine certitude de foi; comme Marthe à Jésus : Maintenant, (oui mème MAINTENANT, Où tout semble perdu pour moi, où tous les objeis de mes plus chères espérances. semblent avoir disparu pour toujours) mainte- : nant. je sais que tout ce que tw demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera; au lieu, dis-je, d’agir ainsi, n'est-il pas vrai que vous n’ouvrez votre Bible qu'avec défiance et une répugnance secrète, comme si elle n’était pas la Parole de Dieu, comme si les invitations de cette Parole ne s’a-. dressaient pas à vous-mêmes , à vous-mêmes, qui la lisez avec tant d’indifférence? Puis , après cela, si vous vous mettez à genoux pour prier, dans le sentiment de vos misères, de vos douleurs, de vos péchés et de vos souillures, n'est-il pas vraï que vous vous adressez à Jésus comme sil n'était

plus « puissant pour sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui; » comme s’il ne vous avait pas donné « fhéritage qui ne peut se souiller, ni se corrompre, ni se flétrir, et qui est conservé pour vous dans les cieux; » comme si son bras était raccourci pour qu’il ne püt plus délivrer, ou comme si son amour du point assez grand pour le faire” O insensés ! pourquoi sommes-nous si « tardifs de cœur à croire » ce qu’annonce la Parole de notre Dieu? Ne savonsnous pas, ne savons-nous pas tous, aussi bien que Marthe , et mieux que Marthe, que tout ce que notre puissant intercesseur demandera à Dieu , Dieu le lui donnera? et ne pouvons-nous pas nous rendre à cette invitation de son amour :

Quiconque a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive! » Oh! c’est de la foi qu’il manque sur la terre. & Je crois, Seigneur! subviens à mon in-

crédulité ! »

Ainsi la présence de Jésus a tiré lame de la sœur de Lazare d’un abime de douleur et de découragement, et l’a rendue à la foi, à la confiance, à la paix. Aussi Jésus ne tarde-t-il pas à répondre à cette foi, et cela de manière à l’exercer, à l’'élever encore , tout en y attachant la plus précieuse promesse, qui surpasse tout ce que Marthe pouvait attendre ou espérer; tant il est vrai qu il est « puissant pour nous accorder plus que nous ne savons penser ou demander. » Marthe ne s'attend

point à la réponse de Jésus, Elle est privée d’un frère tendrement aimé ; son ame souffrante ne parait demander au Seigneur que la force et la soumission nécessaires pour supporter une telle épreuve; ou plutôt, elle ne lui demande rien ; elle s’abandonne sans réserve, sans condition , à. sa compassion et à son amour. Je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera. Et Jésus lui promet un bonheur auquel elle n’osait plus aspirer dans ce monde. Yon frère ressuscitera ! Ah !'ce n’est donc pas par des phrases que Jésus console lame affligée , et qu'il répond à la foi; non, c’est par une promesse qui doit l’élever au-dessus de sa misère; car une promesse. de « Celui qui ne peut mentir » équivaut toujours à un don. Ton frère ressuscitera! Quand? comment? par qui? sont autant de questions auxquelles la foi de Marthe doit répondre. Et c’est ainsi que Jésus, en répondant à la foi, trouve, comme déjà nous l’avons fait observer, un moyen dé l’exercer, de l’élever, de l’affermir. Eh! qu'importe à Jésus les temps et les momens? Celui à la voix de qui tous les morts briseront un jour les liens du tombeau ne peut-il pas, sil le veut, tirer Lazare du sépulcre, et le rendre à l’amour. de ses sœurs? Ton frère ressuscitera ! que cela suffise à ta foi , confie-toi en ma puissance. Tu cesseras de verser des larmes sur la séparation d’un être si nécessaire à ton affection et à ton bonheur. Aussi bien ce n'était pas pour les courts instans

d’une existence terrestre que leurs âmes étaient unies. Non ; le lien qui unit les amis de Jésus ne saurait être brisé par la mort même. Ce lien est éternel; ce lien, qui avait fait leur consolation pendant leur pélerimage terrestre, contribuera encore puissamment à leur bonheur dans cette céleste patrie où il n’y a plus de mort, plus de séparation, plus de deuil, plus de larmes. Mais ce n’est pas même à ce Jour, qui comblera la mesure de la plus pure félicité dont des êtres immortels soient susceptibles, que Jésus renvoie de répondre à; la foi de Marthe. Nous le verrons bientôt s’ayancer, en Prince de la vie, vers le tombeau de Lazare, et faire usage de la toute-puissance qui lui a été donnée au ciel et sur la terre, pour remplir plus promptement la promesse qu’il vient de faire à Marthe. Et, bien que la foi de la sœur de Lazare ne s'élève point encore à la hauteur de cette promesse , Jésus ne lui dit pas, comme il dit dans une autre occasion : « Qu'il te soit fait selon ta foi! » mais il fait pour elle infiniment plus « qu’elle ne sait penser et espérer. »

Oh! que ces promesses du Seigneur, qui toutes sont our et amen en lui,soient donc notre éternel refuge dans le naufrage auquel nous exposent sans cesse les vents changeans de notre incrédulité, de notre faiblesse, de nos passions, de, nos misères! Ses promesses seules, à mes bien-aimés frères , Ô mes compagnons de voyage sur les

mers orageuses de notre vie terresire , ses promesses seules nous découvriront ce rocher des siècles du haut duquel nous pourrons contempler sans crainte les flots etles tempêtes. Ses promesses seules seront pour nous ce qu'est pour le matelot, égaré au sein des mers, l'étoile qui le dirige au port. Ses promesses seules feront paraïtre à notre vue « cette nouvelle terre où la justice habite. » Ayant donc pris dans nos mains et dans nos cœurs ses promesses, allons à lui, et, les lui présentant comme nos seuls titres, demandons-lui, « avec une pleine certitude de foi, » la lumiere, la force, la vie de nos ames. Alors nous pourrons trouver, comme les sœurs de Lazare, sur le tombeau même des êtres que nous avons le plus aimés sur la terre, une ineffable consolation. Alors ces scènes douloureuses de séparation et de deuil perdront leur amertume, et disparaitront pour nous laisser entrevoir les scènes des éternelles délices, que déjà nous possédons, par « une espérance qui ne confond point, » car elle a pour bases les promesses de Dieu.

Y a-t-il, parmi ceux à qui je m'adresse, de la part de Dieu, quelqu'un qu’ait atteint la maladie ou la douleur , ou qui ait eu quelque être cher à son cœur qui en soit devenu la proie? qu’il n’hésite point; qu'il s'approche du trône de la miséricorde avec confiance, avec abandon, pour dire, comme les sœurs de Lazare : « Seigneur, ce-

lui que tu aimes est malade! » Mais voici ta promesse : « Tu frappes, et tu guéris ; tu fais la plaie, et tu la bandes; tu fais mourir, et tu fais vivre! » « Je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te L'accordera. » Y at-il parmi vous quelqu'un qui soit exposé aux privations, à la pauvreté , à l’indigence (1)? qu'il se hâte d’apporter à Jésus les titres qu’il lui a donnés à sa compassion : « Celui qui revêt les [ys des champs, qui nourrit les petits des oiseaux, ne vous revêtira-t-il pas beaucoup plutôt, 6 gens de petite foi? » « Je ne te laïsserai point ; je ne t’'abandonnerai point. » « Et je sais maintenant que lout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » Y a-t-il sur ces bancs quelqu'un dont lame soit troublée par le péché, par sa misère spirituelle , par des doutes douloureux sur son salut? qu’il se hâte de présenter à l'amour d’un Dieu-Rédempteur sa requête et ses titres : « Tu as porté mes péchés en ton corps sur le bois; tu es venu chercher et sauver ce qui est perdu. » J'ai entendu ta voix : « Venez à moi, vous tous qui êtes travaillés et chargés, et je vous soulagerai , et vous trouverez le repos de vos ames. Je ne mettrai dehors aucun de ceux qui viennent à moi. Et quand vos péchés seraient rouges comme le cramoisi , ils seront blanchis comme la neige. O vous tous, qui êtes altérés , venez aux eaux! »

(1} Et qui ait la douleur de voir des enfans, des êtres qu’il aime, dévorés de besoins auxquels il ne peut satisfaire,

| 142 | « Des mêmes compassions dont un père est ému envers ses enfans , dés mêmes compassions l’Eternel est ému envers ceux qui le craignent.» «Quand mon père et ma mère m'auraient abandonné, toutefois l'Eternel me recueillerait. » « ÆE maintenant je sais que tout ce que tu demanderas a Dieu,

Dieu te l’accordera. »

Et si nous sommes appelés à la douce, mais difficile tache, d'offrir à nos frères des consolations , gardons-nous de leur présenter des paroles d'homme ou des considérations terrestres. Approchons- nous d’eux avec une affection toute chrétienne; qu’ils sentent que nous souffrons avéc eux, que nous partageons leurs peines, que nous sommes disposés à écouter leurs plaintes, que nous lés comprenons ; puis, dès qu’une sympathie douce, intime et surtout sincère, nous aura ouvert Rü£ cœur , oh! que la Haroé de Dieu soit le baume sittate que nous versions dans leurs plaies. Ils croiront et sentiront cette Parole qui va si bien a leur cœur ; et bientôt vous verrez leur ame sortir, comme celle de Marthe, de Pabime où elle était plongée, et s'élever au-dessus’ des doutes , ‘au-déssus du péché; au-dessus des souffrances et des misères de la vie! Et vous verrez se renouveler en eux l'expérience du Psalniste’, qui s'approche de Dieu avec ce cri de déteste -

O Éternel ! je invoque du fond d’un abimé! »

et qui le termine par ce chant de triomphe : « TIs-

raël ! attends-toi à l'Éternel, car l'Éternel est miséricordieux ; il y a rédemption en abondance auprès de lui , et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités! »

Oh ! qu'heureux est l’homme dont Jésus est la consolation et l’espérance ! Qu’heureux est l’homme qui, au sein de toutes les misères dont notre vie abonde , peut, par la foi, en regardant à son Sauveur , répéter, plein de confiance et d’abandon , ce chant de triomphe d’un serviteur de Dieu qui l’a précédé dans les combats : « L’Éternel est ma lumière et ma délivrance ; de qui aurais-je peur: L’Eternel est la force de ma vie; de qui aurais-je dela crainte ? Quand toute une armée se camperait contre moi, mon cœur ne craindrait point; s’ils’élève une guerre contre moi, j'aurai confiance ! »

Mon frère bien-aimé! si vous ne trouvez au fond de votre cœur , dans l’épreuve, ni cette foi, ni cette confiance, ni cette paix, souvenez - vous qu’elle est un don de Dieu. « Demandez, et vous recevrez; heurtez, et l’on vous ouvrira; cherchez, et vous trouverez. » | |

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