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vous pas sans cesse dans vos cœurs les faiblesses et les misères que Jésus combat chez ses disctples’ Combien de fois le simple pressentiment de lépreuve et de la souffrance n’a-t-il pas fait frissonner votre ame , au point de la rendre sourde aux paroles les plus puissantes du Seigneur, et inaccessible à ses plus ineffables consolations ? C’est là, peut-être, le plus grand écueil du chrétien dans l'épreuve. Au lieu de nous courber avec adoration, et jusque dans la poudre, sous la main qui nous frappe, et de demander, avec la soumission d’un enfant respectueux : Mon Dieu, que veux-tu de moi’ nous nous agitons, « nous nous travaillons plus qu’on ne saurait dire ; » notre cœur inflexible rebondit sous chaque coup qui l’atteint , et, au sein de ces mouvemens tumultueux, qui pourrait entendre cette voix, qui s'adresse à nous comme à de chers enfans : « Mon enfant, ne méprise point le châtiment du Seigneur, et ne perds point courage quand tu es re. pris de lui. » Les mêmes causes, l’incrédulité , la défiance, qui remplissent lame de trouble dans l'épreuve, la remplissent de terreurs et d’angoisses aux- approches de la mort. Si un ange de Dieu descendait en cet instant, en présence de nous tous , et venait vous annoncer , de sa part, que ce jour est le dernier de vos jours; que demain, vos yeux ne s’ouvriront plus à la lumière; que votre corps sera sans vie ; que votre ame sera entrée dans l’éternité, je vous le demande, qu’é-
prouveriez-vous ? Ne sentiriez-vous pas l'angoisse et la terreur, les regrets et les craintes, agiter tour à tour votre ame? Probablement la plupart d’entre vous répondent oui, dans leur cœur agité. Que devez-vous en conclure ? Hélas! c’est que votre foi est encore impuissante; votre amour, sans chaleur et sans vie; c’est que le Dieu-Sauveur, que vous faites profession d’aimer, et que vous venez adorer dans ces temples, n’est pas le tout de votre ame ; c’est que la terre a, pour vous , des chaines plus puissantes que son amour; c’est que vous n’êtes point encore « passés de la mort à la vie; » c’est que l’esprit d'adoption ne crie pas dans vos cœurs : Abba ! tendre père!
Ah! si vous étiez disciples de Christ; si vous aviez trouvé en Jésus le sauveur de votre ame; s’il avait expliqué à votre cœur, encore craintif, le redoutable mystère de la vie et de la mort; si vous vous sentiez rachetés par son sang de tous vos péchés et de l'esclavage du péché; si vous pouviez voir dans cette éternité, dont le nom seul vous effraie, une éternité de bonheur, parce qu’elle est une éternité d'amour, en la présence de Celui qui vous a tant aimés, qu’auriez-vous à craindre! T’infortuné qui a gémi long-temps sur une terre d’exil, d’où il regarda, si souvent, en soupirant , vers la patrie où vivent tous les objets de ses plus chères affections , craint-il de voir arriver le moment qui lui permettra de: franchir la
distance qui le sépare d’eux, de rentrer dans la maison d’un père tendrement aimé, de presser. sur un cœur palpitant de joie ceux dont labsence lui a fait verser tant de larmes? Et vous, étran- | gers et voyageurs sur la terre, craindriez-vous de franchir la barrière qui sépare le temps de léternîté ? Craindriez-vous de voir, dans une meilleure patrie , ce tendre Père céleste qui vous a tant aimés ; ce Sauveur charitable , digne de tout votre amour , qui vous a rachetés au prix de son sang ; qui voulut être votre frère, votre ami, voire consolateur ? Craindriez-vous de voir ce lieu d’éternelle réunion de tous ceux qui eurent un cœur pour aimer le même Dieu-Sauveur; de tous ceux qui, après avoir partagé ici-bas votre foi et vos combats, vos espérances et vos craintes, savoureront avec vous, durant l'éternité, les délices d’un même amour? Craïndriez-vous de déposer ces chaines de corruption que vous trainez encore péniblement à votre suite, pour être mis en pleine possession de la liberté glorieuse des enfans de Dieu, là où il n’y a plus de maux, plus de douleurs, plus de séparations, plus de misères, parce qu'il n’y a plus de péché? Non, non!
« Christ , Christ est ma vie, et la mort m'est un gain. »
Les disciples n’ont pas compris Jésus. Il faut qu'il leur parle avec plus de patience encore, plus clairement encore. Il faut qu'il leur dise pourquoi
re)
il veut retourner en Judée, malgré leurs craintes. Jesus leur. dit donc ouvertement : « Lazare est mort!» À ces mots, le cœur des disciples, déjà abattu, est saisi de tristesse. Ce mot de mort,
que pu Maitre a prononcé malgré lui; ces sombres idées de séparation, de sépulcre, de dissolution , se présentent à leur ame, et la troublent jusque dans ses profondeurs. Ce Lazare qu’ils aimaient, cet ami de Jésus et leur ami, n’est donc plus pour eux! Ils n'iront plus recevoir, sous son toit hospitalier, l'accueil de sa cordiale amitié! Sa maison ne sera plus un asile pour leur Maitre et pour eux! Ils n’iront plus avec Jésus se réfugier à Béthanie, pour éviter la persécution de ses ennemis! Toutes ces tristes pensées se présentent à la fois à l’ame des disciples. Et vous savez de quelle douleur de telles pensées vous pénétrèrent, à vous qui, comme les disciples, avez vu mourir et descendre au tombeau quelque Lazare tendrement aimé, quelqu’ami, quelque parent auquel votre ame était étroitement unie. Vous savez quel vide immense, quel désert solitaire une telle perte laissa el votre ame affligée. Vous savez, dans ce frémissement involontaire que nous cause une séparation sans retour sur la terre, par quels élans votre ame voudrait suivre dans un autre univers l'être aimé que la mort y a transporté.
Eh bien! 6 disciples de Jésus, qui pleurez sur
PL
Lazare, écoutez votre Maitre; écoutez le Prince de la vie, parlant de la mort, et réjouissez-vous avec lui, ou du moins prenez courage : J’ai de la joie, dit Jésus, j'ai de la joie, à cause de vous, de ce que je n'étais pas la, afin que vous croytez. Quelle manière de consoler, mes frères! J'ai de la joie! et cela, en parlant de la mort d’un être qu'il aimait! Ah! ceux qui, dans leurs épreuves, vont chercher du secours auprès des consolateurs fâcheux du monde, ne regarderaient-ils pas une telle parole de consolation comme une amère et cruelle ironie? Combien souvent, tandis que l’homme mortel, ignorant des voies de son Dieu envers lui, pleure et se lamente sur des événemens douloureux de sa vie qu'il ne comprend pas, Jésus qui, du haut des cieux, veille sur son enfant, qu’il veut sauver, dit avec amour: « J’ai de la joie, à cause de vous. » Et les anges de Dieu, parmi lesquels il y a de la joie, » à la vue d’un pécheur qui va être sauvé à travers le feu de l'épreuve, répètent, dans toute l'étendue des cieux, la parole de Tous « J’ai de la joie! »
« J'ai de la joie, à cause de vous, de ce que jen'etais pas la, afin que vous croyiez. » Jésus aurait pu, en effet, étre la, se rendre promptément à Béthanie avec ses disciples entourer avec eux le lit de douleur où souffre Lazare, le rendre à la santé, en prononçant sur lui un mot de sa
116 “6 DR Toute-Puissance. Mais non ; ce n’était pas assez pour la foi de’ses disciples. Ou bien encore, ül aurait pu permettre, en étant là avec eux, que Lazare devint, en leur présence, la proie de la mort; qu'ils fussent les témoins de cette scène de douleur; qu’ils eussent la triste consolation d'accompagner leur ami au tombeau, d’où la puissance de Jésus allait le rappeler. Mais non ; Jésus se réjouit de ce qu'il n’était pas la, de ce qu’il a épargné à ceux qu’il aime ces heures d’épreuve et de tristesse; de ce qu’il n’amène ses disciples au tombeau de Lazare, que pour les rendre les témoins de la plus éclatante manifestation de sa puissance et de sa divinité; que pour voir Lazare brisant, à la voix de Jésus , les liens du sépulcre; que pour partager le triomphe glorieux de leur Maitre et la consolation et la joie de Marthe et de Marie; que pour croire, en un mot, plus qu’ils ne l’avaient fait jusqu'alors, à celui qui est venu du sein du Père, à ce Dieu manifesté en chair, que « les anges adorent. »
O heureux disciples d’un Maitre si puissant et si bon; vous qui avez été les objets de tant d'amour , de tant de soins, de tant de tendresse, élevez votre voix dans tousles siècles et dans tousles climats ! Venez nous instruire , remuer nos ames, toucher nos cœurs, et nous apprendre à aimer aussi un tel Sauveur, à croire aussi en lui, plus que
nous ne l'avons fait jusqu'ici, et à vivre eta mourir dans son amour ! de
Mais allons vers lui, ajoute Jésus. 11 semble craindre , tandis que par unesainte joie il console ses disciples, de paraitre insensible aux affictions de la famille de Béthanie. Et comme il embrasse tous les siens dans son cœur aimant, il presse le pas tardif de ses disciples, trop lent pour son zèle,.en leur disant: 4/lons vers lui! Mais quoi! Lazare est mort; ilest descendu au tombeau ; pourquoi Jésus et ses disciples iraientils vers lui’ Eh! qu'importe? Y a-t-il au ciel et sur la terre, dans la vie et dans la mort, quelque chose qui puisse séparer l’ami de Jésus de l'amour de son Sauveur? La pierre glacée qui recouvre le tombeau de Lazare et qui le sépare du monde des vivans serait-elle un obstacle à l'amour brülant de Jésus? Non! « En toutes ces choses, s’écrie Paul, nous sommes plus que vainqueurs par celui quinous a aimés! »
Cependant Thomas, l’un des disciples, doué d’un caractère sombre et mélancolique, d’un esprit naturellement incrédule, ne peut goûter la consolation que lui offre Jésus. Ce n’est pas sans raison que le poète fait dire à l’ange gardien de ce disciple: « Son esprit déroule pensées sur » pensées, jusqu'à ce qu’elles étendent devant ? » Jui comme un océan sans rivage ; dans lequel il
» se serait abimé, si les miracles puissans du: » Messie ne l’avaient sauvé. 1} a cessé d’errer » dans les labyrinthes de sa pensée; il est venu » à Jésus. Ét pourtant, ajoute l'ange, il serait » encore l’objet de ma vive sollicitude, si, avec » cette ame méditative, Dieu ne lui eût pas » donné un cœur droit et vertueux (1). » Les sombres pensées de la mort ont rempli son cœur jusqu’au dégoût de la vie. « Lazare est descendu au tombeau, pense-t-il; mon Maitre retourne en Judée où Pattendent des souffrances cruelles , lopprobre, la mort; après cela, que m'importe la vie? Pourquoi resterais-je sur cette terre? Qu'y ferais-je sans Lazare, sans mon Maitre?
Cette terre serait un désert, où je ne rencontrerais plus que l’amertume des séparations et la fatigue des combats. Ællons-y aussi, ajoute-t-il en se tournant vers ses condisciples ; allons-y aussi, afin. que nous mourrions avec luil » |
Chose étonnante! dans la première partie de ce discours Jai combattu la crainte de la mort, et me voici appelé à combattre , en finissant, le dégoût de la vie! tant il est vrai que toutes les plus extrêmes misères se rencontrent chez l’homme, cette étrange créature. Hélas! il y a quelque chose qui n’est que trop naturel à Vhomme, dans cette parole, dans ce cri de l’ame
(1) Kropsr, Le Messie, chant IL.
que lui arrache le découragement, Mais c’est l'expression d’un sentiment que Dieu réprouve, et que nous devons combattre. Quoi! pauvre mortel! parce que Dieu vous a placé au creuset de lépreuve; parce qu'il a brisé votre volonté rebelle ; parce qu'ila présenté à vos lèvres une coupe amère, la vie vous est à charge! vous voulez mourir! Parce que cet être trop cher à votre cœur, et dont, peut-être, vous faisiez une idole, vous a été enlevé, la vie est pour vous un désert aride, et vous voulez mourir! Parce que vous êtes soumis à des infirmités, à des privations ; parce que celte espérance qui, d’un Jour à l’autre, souténait votre foi en adoucissant vos larmes , parait s’évanouir, l'abattement a rempli votre ame! vous voulez mourir ! Parce qu'il vous semble que Dieu ne réponde plus à vos prières et à vos supplications, vous pensez n'avoir plus rien en partage que le désespoir! vous voulez mourir!
Ah! ne vous faites pas illusion! Le sentiment qui vous anime n’a rien de commun avec la sainte impatience qu'éprouve Paul de voir face à face celui pour qui il a tout souffert, quand il s’écrie: « Mon désir est de partir du monde pour être avec Christi » Non; ce que vous éprouvez au sein des maux auxquels vous expose la providence de Dieu est une coupable révolte conire sa volonté suprême. Vos murmures ou votre découragement sont une làche infidélité
envers ce Dieu-Sauveur qui vous a dit qu'il ne permettrait Jamais que vous fussiez éprouvés audelà de vos forces. Si vous aimiez le Seigneur ; si sa volonté vous était chère, si votre cœur y était soumis avec adoration , avec amour , aucun sentiment de cette nature ne pourrait trouver place dans votre cœur (1). Etsi vous ne laimez pas; si votre ame n’a pas trouvé en lui un Sauveur, le pardon, la réconciliation avec Dieu, la paix, qu’attendez-vous d’une autre vie où vous voudriez passer’ qu’attendez-vous de l’éternité? Pourquoi voulez-vous vous hâter avant le temps au-devant de ces scènes redoutables du ‘dernier jour? Pourquoi voulez-vous paraitre à la barre du jugement éternel? Pourquoi voulez-vous mourir? Etes-vous prêts à paraître devant le juste juge? Etes-vous prêts à rendre le compte redoutable de toutes les actions, de toutes les paroles, de toutes les”pensées d’une vie qu’a souillée le péché ? Allez à Christ comme Sauveur; et vivez jusqu'à ce quil vous appelle à lui comme juge.
Et mème, si vous n’avez rien à craindre de l’éternité ; si vous savez par le témoignage de la Parole de Dieu et par celui du Saint-Esprit dans votre cœur que Jésus a sauvé votre ame, qu'il a expié vos péchés, que son sang a lavé toutes vos souil-
(1) Car vous sauriez par expérience que « toutes choses: contribuent ensemble au bien‘ de ceux qui’aiment Dieu.» ,
lures , qu'il a fait votre paix avec Dieu, pourquoi voudriez-vous hâter par des vœux indiscrets le terme du temps de l'épreuve? Pourquoi voudriezvous déposer, aVant le temps, le fardeau de souffrances qui vous a été imposé?” Pourquoi voudriez-vous devancer la volonté de Dieu’ Pourquoi voudriez-vous mourir ? N'y a-t-il plus rien à faire pour vous dans la vie? N'y a-t-il plus autour de vous de pauvres à secourir, de malheureux à consoler, d'ignorans à instruire? Non, dites-vous, ma position est telle que je ne suis utile à aucun être vivant ; et c’est ce qui m’afflige plus encore que mes maux. Je ne puis que gémir sous le poids de ma misère et de moninutilité. Ah! mon frère bien-aimé, avez-vous donc oublié que vous êtes à l’école de l'Esprit de Dieu, qui veutagrandir et purifier toutes les facultés de votre ame, pour la rendre capable, toujours plus capable de savourer à longs traits les délices de l’amour infini qui sera, dans un autre univers, l’élément de notre être? Oui, tout en édifiant ceux qui vous entourent, par votre soumission , votre patience à souffrir, votre abandon à la volonté du plus tendre des pères, vous entrerez dans les vues de Dieu, qui sont d’accomplir en vous ce vœu que saint Paul faisait pour ses frères de Thessalonique : « Or, le Dieu de paix veuille vous sancüfier entièrement, et faire que l’esprit entier, et lame et le corps soient conservés sans reproche en la venue de notre Seigneur Jésus-Christ ! Celui qui vous ap-
pelle est fidèle; c’est pourquoi il fera ces choses. en VOUS. )
Ce jour de Christ, ce jour marqué par la sagesse et l'amour de notre Dieu, ce jour viendra bientôt pour chacun de nous, et alors. oh! que nous aurons honte, quels que nous soyons , quel que soit le degré de satisfaction et d’amour que nous ayons atteint, que nous aurons honte de notre lâcheté, de notre peu de courage à souffrir et à renoncer à nous-mêmes, de notre peu de zèle pour Île service d’un si bon Maitre, de notre peu d’amour pour un si bon Sauveur ! |
O mon Dieu! donne-nous plus de foi, plus d'espérance, plus d'amour! Fais-nous la grace d'employer plus fidèlement ces courts instansde l'épreuve ! Que notre ame vive, afin qu'elle te loue! qu’elle te loue dans le temps ! qu’elle te loue dans l'éternité!
RARDATATHION VAH