LAZARE | SORS DEHORS
« Et quelques-uns d’entre eux disaient : « Celui qui a ouvert les yeux de l’aveugle ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourût point?» Alors Jésus , frémissant encore en lui-même, vint au sépulcre. ( C'était une grotte, et il y avait une pierre mise dessus.) Jésus dit: « Levez la pierre.» Mais Marthe, la sœur du mort, lui dit : « Seigneur, il a déjà de l'odeur, car il est là depuis quatre jours. » Jésus lui dit : « Ne V'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? » Ils levèrent donc la pierre de dessu le lieu où le mort était couché, et Jésus, levant les yeux au ciel , dit : « Père! je te rends graces de ce que tu m'as exaucé! Or, je savais bien que tu m'’exauces toujours; mais je l'ai dit à cause du peuple qui m'environne, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. » Et, ayant dit ces choses, il cria à haute voix : « Lazare ! sors dehors! » Et le mort sortit, ayant les mains et les pieds liés de bandes , et son visage était enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez:le et le laissez aller. »
… Le rôle que joue l’homme mortel dans le drame de la vie finit avec son existence. Tout ce qui, dans l’histoire des plus grands, des plus puissans
d’entre les hommes, est purement terrestre , expire avec eux, excepté peut-être leur nom, qui passe de siècle en siècle, comme la trace légère que laisse un navire et qui se communique quelque temps de vague en vague, jusqu’à ce qu’elle s’efface dans l’immensité. Au-delà de ce terme fatal, l’homme est impuissant. Il rend à la terre ce qu’il en avait reçu , et tout, pour lui, quant à cette vie, a pris fin. Ceux qui écrivent son histoire nous racontent ses actions Jusqu'à sa mort , portent un jugement sur son caractère , sur l’influence bonne ou mauvaise qu’il a exercée sur son siècle ; puis leur tache est finie : tel est également le sort du héros, célèbre par ses actions, et de l’infortuné, illustre par ses malheurs.
D’où vient donc que l’histoire que l’apôtre Jean offre depuis quelque temps à nos méditations prend, précisément sur le tombeau de celui qui en est l’objet, un caractère d'intérêt plus vif, plus grand, plus sublime? D’où vient qu’au lieu de déposer sa plume sur le tombeau de Lazare, et de se contenter de donner une larme à sa mémoire, notre historien réveille ici surtout notre attention, et semble vouloir commander notre admiration par ce qu'il a encore à confier aux générations futures? Ah! c’est qu’il y a ici plus que des êtres mortels ; c’est qu'ici se présente le Prince de la vie qui, par la toute-puissance qui lui a été donnée au ciel et sur la terre , refoule devant ses pas
OI l'empire ténébreux de la mort ét les limites de la puissance humaine. Jésus, le Seigneur de gloire, va agir : quel obstacle le sépulcre pourrait-il mettre à son action ? Recueillons-nous en sa divine présence ; humilions-nous avec adoration devant son pouvoir. Ecoutons notre Evangéliste.
Jésus a demandé où l’on a déposé la dépouille mortelle du frère de Marie. Il s’avance vers ce séjour de la mort, en répandant des larmes de compassion et de douleur. Hélas ! les dispositions de ceux qui l’entourent sont bien peu propres à lui offrir quelque consolation. Il voit Marie en pleurs ; il voit les Juifs, qui, déja si souvent, avaient été témoins des œuvres de sa puissance, tirer, de ces œuvres mêmes, un argument pour appuyer leur incrédulité et demander, avec intérêt peut-être, mais aussi avec défiance : Celui qui a ouvert les yeux de l’aveugle ne° pouvait-il pas faire que cet homme ne mourüt point? Quel raisonnement ! On aurait dù s'attendre à les entendre ürer une conclusion directement opposée, et dire : Celui qui a ouvert les yeux d’un aveuglené (1), et qui a ainsi manifesté une puissance toute divine , non-seulement aurait pu, s’il l'avait trouvé bon, faire qüe cet homme ne mourüt point ; mais encore , il a la puissance, sans aucun doute , de le rappeler hors de son tombeau. Mais,
(1) Jean.
non ; l’homme charnel ne raisonne pas ainsi; il ne conclut pas, d’une des perfections deson Dieu, à d’autres perfections ; de sa puissance, à son amour ; de son amour, à son infinie bonté. Il faut lui déduire une à une toutes les conséquences de ces manifestations de grace que son Dieu daigne Jui montrer ; et si un Jour il ne comprend pas les dispensations de l’éternelle sagesse, à son égard, il en tire une ingrate conclusion contre les bienfaits mêmes qu'il en avait reçus la veille. « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil; » c’est cette même logique injurieuse de l’incrédulité qui se retrouve dans nos cœurs , sinon sur nos lèvres , quand, après les milliers de bienfaits et de graces que nous avons reçus du Seigneur, nous retombons dans la défiance, oubliant ses dons et ses promesses, dès qu'il nous laisse un jour dans l’épreuve. C’est ainsi que raisonnaient les disciples allant à Emmaüs : «Jésus le Nazaréen était un prophète puissant en œuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple. Or nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël ; mais avec tout cela, c’est aujourd’huile troisième jour...»« O gens dépourvus de sens ! » leur dit le Sauveur ressuscité , «.gens dépourvus de sens et tardifs de cœur à croire les choses que les prophètes ont prononcées ! »
Cependant Jésus ne s'arrête plus à raisonner avec l'incrédulité ; il fremit encore en lui-méme, en
voyant et en entendant tout ce qui l'entoure. Mais 2! va au sépulcre; 1 va confondre l’incrédulité et la défiance; il va consoler ceux qu’il aime, en leur accordant plus qu’ils ne savent désirer ou demander. Hélas! faut-il que les graces les plus éclatantes de notre Dieu soient le seul argument qui puisse nous convaincre de son amour! Et pourtant il consent à nous accorder ces graces. O disciples de Jésus , qui pleurez, comme Marthe et Marie , sur les pertes que vous avez faites , votre puissant Rédempteur peut et veut aussi aller avec vous au tombeau de ces êtres chers à votre cœur, que vous y accompagnez en répandant des larmes. Il saura tirer de ce tombeau même votre consolation , sice n’est en vous rendant sur la terre ceux que vous regrettez, du moins en vous montrant, par une foi vivante, ce jour glorieux où ils vous seront rendus pour toujours, purs, saints, heureux. Cette froide poussière dont on recouvre à vos yeux leur dépouille , et qui conserve le germe sanctifié de leur glorieuse résurrection , ne peut pas plus les séparer de Dieu et de vous que la lourde pierre qui fermait l'entrée de la grotte où reposait Lazare ne put metire une barrière entre lui et la puissance de Jésus. L'amour du Sauveur est comme son pouvoir : il ne connait point d’obstacle. Zl vint au sépulcre.
Or, c'était une grotte, et il y avait une pierre mise dessus, ou, comme on peut traduire : Æ/ y
avait une pierre à l'entrée de la grotte, qui, selon l'usage, était taillée dans le roc, et où l’on descendait par quelques degrés d’un étroit escalier. Que va-t-il faire auprès de ce sépulcre? devaient penser en eux-mêmes les Juifs incrédules et peutêtre aussi les sœurs de Lazare. Y va-t-il, pour y pleurer? Veut-il avoir lui-même la triste consolation de voir au moins le lieu où repose son ami? Veut-il dire à cette froide dépouille un dernier adieu, et témoigner ainsi aux sœurs affligées sa sympathie et l’affection qu’il eut pour leur frère? La curiosité qui suscite ces questions est rendue plus vive encore par cet ordre grave et solennel de Jésus : Otez la pierre ! Quelle attente! quelle émotion pour les deux sœurs! Faut-il qu’elles revoient les restes glacés de ce frère qu’elles ont tant aimé? Quel est le dessein de Jésus? Marthe, qui, tandis qu’on ôte la pierre, est frappée de cette sinistre odeur de la mort et de la corruption qui s’exhale d’un corps qui iombe en dissolution , frémit en elle-même. Hélas! c’est son frère! Elle ne peut supporter la violence de ses émotions; sa secrète espérance s'échappe de son cœur; elle semble vouloir supplier le Seigneur de laisser reposer en paix ce corps inanimé : Sezsneurl s’écrie-t-elle d’une voix tremblante, il a deja de l'odeur; ily à quatre jours qu’il est la! Quatre jours ! I] n’y a donc que quatre Jours qu’elle pouvait encore presser sur son cœur ce frère qu’elle aimait; que quatre
jours que Lazare répondait encore à son affection; que quatre jours qu’elle reçut son dernier regard et son dernier adieu. Et déjà... une masse de corruption ! Oh! vanité de tout ce qui est humain! Redoutable malédiction du péché: « Tu es poudre , et tu retourneras en poudre! :» Hommes du siècle! femmes mondaines! est-ce donc à ce corps périssable, à ce peu de boue que vous voulez consacrer votre temps, vos soins, vos talens, vos fortunes, votre vie? Ah! insensés ! il y a en vous une ame immortelle ; jusques à quand la négligerez-vous” jusques à quand la sacrifierez-vous à ce qui, dans quatre jours, va tomber en corruption, et devenir la päture des vers ?
Ces paroles de Marthe nous donnent une autre lecon. Les gens de l’art ont décidé que la seule marque certaine de la mort est la corruption. Eh bien! pour vous , incrédules, pour vous, qui demandez follement aux vérités religieuses une certitude mathématique, il fallait ce dernier trait à notre récit. Il fallait qu'il ne restàt aucun prétexte pour ne pas croire à la réalité du miracle qui va s’opérer, et à Celui qui en est l’auteur; il fallait que, si vous rejetez la divinité de sa mission, ia responsabilité de votre incrédulité restat tout enüère sur votre tète coupable; il fallait que Dieu eüùt tout fait pour vous convaincre et vous sauver, et qu'il füt trouvé Juste quand il con-
ho).
damne! Un de vos maïtres, Spinosa, a dit au monde que « sil avait pu se persuader de la » résurrection de Lazare, ilaurait brisé en pièces » tout son système, il aurait embrassé sans répu- » gnance la foi des chrétiens (1); » mais nous ne l'en croyons pas; son esprit n’a pu douter; c’est son Cœur qui n’a pas voulu croire :« ous nevoulez pas venir à moi pour avoir la vie! »
Jésus, qui n’a pas voulu argumenter avec Marie, parce qu'elle était trop exclusivement sous linfluence de sa douleur; Jésus qui s’est contenté de pleurer avec elle, parce qu'il connait la consolation qui est propre à chaque ame, veut bien encore, dans son infinie compassion, s'arrêter un instant pour fortifier la foi défaillante de Marthe: Ve lai-je pas dit, lui répond-il, n° l'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? Oh! combien souvent ce charitable Sauveur n’aurait-il pas le droit de nous faire ce reproche : Ve lai-je pas dit? Quand notre ame dans l'épreuve n'ose plus regarder Jésus pour en obtenir la délivrance ou la soumission ; quand notre cœur, serré par la douleur, desséché par le doute, laisse s’évanouir sa ioi, disparaitre ses espérances; quand, dans les ténèbres qui nous entourent, nous ne pouvons plus élever nos regards en haut , et y voir encore un ciel étoilé; quand, cédant au doute, nous
(rn) Dict. de Bayle, art. Spinosa.
sommes prêts à nous écrier avec Marthe: Sergneur! il a déja de l'odeur; il est la depuis quatre jours, tout est perdu, il n’y a plus d'espérance pour cette vie. Où sont alors les promesses de notre Dieu? Pourquoi ces promesses ne disentelles plus rien à notre ame? Faut-il que Jésus s'approche de nous avee ce reproche de ses tendres compassions : Ve t’ai-je pas dit que situ crois, tu verras la gloire de Dieu? Dans Vabattement de ton cœur , ne comprenant pas cette dispensation sévère de ma sagesse, ne sentant que ta douleur, tu es prêt à « t'abattre en perdant courage ; » mais Ze l'ai-je pas dit que « toutes choses contribuent au bien de ceux qui aiment Dieu? » Dans le sentiment de tes faiblesses, de ta misère profonde, tu ne trouves plus en toi que la force de gémir de ce que tu n’avances pas dans mes voies; tu doutes que je sois ton Sauveur; trouvant en toi si peu d'amour , tu doutes que tu m’appartiennes, que JjJaie racheté ton ame, que tu sois un enfant de Dieu! Mais ne Paije pas dit que « celui qui croit au Fils a la vie éternelle? » Ve lai-je pas dit que tu es sauvé « gratuitement par ma grace; » que « le don de Dieu, c’est la vie éternelle? » Ne f'ai-je pas dit encore que je « ne brise pas le roseau froissé ; que je n’éteins point le iumignon qui fume ; que des mêmes compassions dont un père est ému envers ses enfans, des mêmes compassions l’Eternel est ému envers ceux qui le craignent”? »
Crois, et tu verras la gloire de Dieu l’La gloire de Dieu : tel doit être le but unique de ta vie ; voilà cé que tuÿdois chercher, même au sein de tes souffrances , au lieu de ne soupirer qu'après ton bienêtre et l'intérêt du moment. Oh! quand le vieil homme avec sa force, qui n’est que faiblesse, avee sa sagesse, qui n’est que folie; quand le vieil homme, avec tous ses doutes et ses angoisses, avec toutes ses craintes et ses commotions se tait, rentre dans le silence de son néant; quand, dans le calme de l’ame, la foi perce les nuages et contemple les cieux; quand l'espérance étend ses ailes, en secoue la poussière de la terre, prend son vol au-dessus de tout ce qui est mortel; quand le cœur se dilate pour sentir et pour aimer ; s’élance vers son Rédempteur, vers Celui « qu’il aime, quoiqu'il ne le voie point; » quand nos lèvres s'ouvrent pour laisser s'échapper le cri de Marie: Rabbonil mon Maitre! ou le cri de Thomas : Mon Seigneur et mon Dieu! quand un saisissement de vénération, un attendrissement nous pénètre et nous remplit de l’éternelle majesté de Dieu, alors l'Esprit du Très-Haut, cet Esprit qui conduit Ezéchiel au désert, pour lui montrer la gloire de Dieu dans des os desséchés, cet Esprit travaille en notre ame ; et nous croyons, et nous voyons la gloire de Dieu, la gloire de Dieu au sein des épreuves, la gloire de Dieu auprès d’un tombeau !
Cependant la pierre est ôtée; Lazare, couché dans sa froide demeure, enveloppé de bandes, parait aux yeux de tous. Quelle vue! quel tressaillement de crainte , d’étonnement , d'horreur, d’inquiète attente, de secrète espérance, dut s’emparer de tous les spectateurs , selon les dispositions de foi ou d’incrédulité dont chacun d’eux était animé! Un morne silence règne autour du tombeau ; on dirait des ombres dans ce séjour de la mort qui parait avoir glacé tous les cœurs ; à peine ose-t-on détourner ses regards de dessus le mort, pour chercher à lire avec anxiété sur la figure de Jésus quelle peut être son intention. Le Prince de la vie, seul, est rempli de cet Esprit par lequel « il appelle les choses qui ne sont point, comme si elles étaient; » il s’avance majestueusement sur le bord du tombeau; il s'arrête, eleve Les yeux au ciel... Ah! il ne veut pas que les pensées et les regards de ceux qui l’entourent s'arrêtent et rampent sur ces ruines sinistres de mort et de destruction ; Jesus leve ses yeux au ciel! c’est dire assez que sur la terre il n’y a ni secours, ni consolation ; qu’il faut « regarder vers les montagnes d’où nous vient la délivrance ; » qu’il ne faut pas «chercher parmi les morts celui qui est vivant ; » qu'il faut que notre ame prenne son essor, s'élève sur les ailes de la foi, au-dessus de la mort , audessus du sépulcre, au-dessus de laffliction et des larmes, au-dessus du monde et de nousmêmes. Oh! pourquoi donc sentons-nous que
dans l’épreuve nous retombons douloureusement sur nous-mêmes, avec tout le poids de nos souffrances ? pourquoi notre ame s’enveloppe-t-elle dans sa douleur, comme dans un sombre nuage?
pourquoi, lorsque nous voyons descendre au tombeau un être aimé , suivons-nous avec toutes nos pensées, toutes nos affections froissées , sa froide dépouille dans la poussière de la terre, où nous ne pouvons puiser que la douleur et les regrets? Hélas ! c’est que , êtres charnels, nous ne savons pas élever, comme Jésus , nos regards vers les cieux, d’où nous viendrait la foi, l’espérance, la consolation ; c’est que notre cœur incrédule et appesanti retombe de tout son poids vers la terre, et ne sait point s'élever au-dessus de la mort, et étancher, auprès de Celui qui est vivant et éternel, cette soif d'immortalité qui le dévore. O mon Sauveur, apprends-nous à élever aussi vers les cieux nos regards et nos pensées , nos affections et nos prières!
Jésus veut aussi, en dirigeant les pensées de . tous vers les cieux, montrer d’avance l’éternelle puissance par laquelle il va opérer un éclatant miracle. Il ne veut pas qu'aucun de ceux qui l’entourent puisse rester dans le doute à cet égard; il veut rendre sacrée l’action qu'il va faire ; il veut qu'on ne puisse latiribuer qu’à Dieu seul. Il a prédit que la maladie de Lazare devait servir à la gloire de Dieu... T va donner, par le fait le plus
éclatant, un commentaire à ses paroles ; mais, pour que personne ne détourne de Dieu la gloire qui lui est due, il montre d'avance son bras puissant qui va opérer.
Père, je Le rends graces de ce que tu nas eœaucé ! Quoi! de ce, dit-il, que tu m'as exauce! et cependant il n’a point encore vu sa prière exaucée! et Lazare est encore couché dans son tombeau , la proie de la mort, de la dissolution! Tu m'as exaucé! et aucune étincelle de vie n’est encore rentrée dans le sein de Lazare! Tu m'as exauce Î et tous ceux qui l'entourent n’ont sous les yeux qu’un cadavre infect!
O mes frères bien-aimés! voila la foi; voila la prière ; voilà la confiance dans les promesses du Dieu qui ne peut mentir! Pour la vraie foi, une promesse de Dieu est un don ; une prière, élevée vers le trône de Dieu, dans « l'Esprit de supplication, » est une prière exaucce. Jésus a prié dans le secret dè son cœur, en s’approchant du tombeau de Lazare; et pour lui, sa prière est exaucée ; pour lui, Lazare est vivant, ses sœurs sont consolées , la foi des disciples est affermie, Dieu est glorifié , le Fils de l’homme est glorifié. Oh! que nos prières seraient différentes, si nous savions recevoir ainsi les promesses de notre Dieu comme autant de dons déja reçus! C’est par cet Esprit, cette foi, que lapôtre Paul voit, pour
lui et pour les fidèles auxquels il écrit, toutes les difficultés surmontées , toutes les tentations vaincues, tous les combats victorieusement terminés, toutes les ames purifiées du péché, et qu’il s’écrie triomiphant : « Nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a tant aimés. » Traversant les temps et la vie, la mort et la tombe, il s’écrie encore : « Il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les cieux, en Jésus- Christ. » Embrassant par cette même foi tous les dons de Dieu, encore en promesse, il parle ainsi aux disciples de Corinthe : « Soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir, toutes choses sont à vous, et vous à Christ, et Christ à Dieu! » Je te rends graces ! s’'écrie Jésus à l’avance; et nous, alors mème que nous avons vu nos prières exaucées , avec combien de peine nos cœurs glacés s’élèvent au ciel pour rendre graces ! O gens de peu de foi, de peu de reconnaissance , de peu d'amour!
Je savais bien, ajoute Jésus, je savais bien que tu m'exauces toujours; mais je l'ai dit à cause des troupes qui sontautour de mot, AFIN QU'ELLES CROIENT que tu m'as envoyé. Qui ne voit dans ce langage familier de la confiance Celui qui est un avec le Père, Celui qui, de toute éternité , a pris part à son conseil, Celui « qui était au commencement avec Dieu, qui était Dieu! » Je savais bien que tu m'exauces toujours |! Et comment en serait-il au-
trement de Celui que le Père a annoncé à la terre en ces mots : « C’est ici mon Fils bien-aimé , en qui j'ai pris mon bon plaisir! » Qui ne voit encore, dans cette tendre sollicitude pour les troupes qui l'entourent, le bon Berger qui donne sa vie pour ses brebis, qui parcourt avec anxiété les montagnes et les vallées , pour chercher celle qui s’est perdue ? O mes frères! si jusqu'ici nous avons apporté si peu de confiance dans nos prières, prenons courage ! Jésus est toujours le même. Aujourd’hui encore, comme aux jours de sa chair, devant le trône de Dieu, comme devant le tombeau de Lazare , il dit à son Père, avec la même confiance, en priant pour nous : Je savais bien que tu m'exauces toujours ! Souverain sacrificateur, il offre à Dieu, son Père, nos faibles prières, purifiées de toute souillure, brülantes du feu de son amour. Et... à douce pensée, consolante assurance , Dieu l’exauce toujours !
La prière de Jésus à fait succéder dans l’ame dé ceux qui l’entourent un saint recueillement à la terreur dont les avait pénétrés la vue du mort. Tout est ainsi préparé, dans l’ame de ceux qui vont être témoins du plus grand des miracles, et dans le tombeau qui est ouvert sous leurs yeux. Il ne faut plus que le mot de la toute-puissance ; l’'Honime-Dieu va le faire entendre : Æt ayant dit cés choses, Jesus cria à haute voix : Lazare ! sors dehors ? O surprise! 6 terreur! ce seul mot qui a
pénétré l’ame de tous les assistans, a fait pénétrer aussi la vie dans le sein du mort ; les liens du. sépulcre sont brisés; la mort, rendant sa proie,
s'avoue vaincue à la voix de Jésus; les yeux de
tous voient les membres glacés de Lazare se mettre en mouvement; il se lève, il sort, encore lié
des bandes du sépulcre. Quelle vue! quel spec-
tacle ! Alors le mort sortit, ayant les pieds et les mains lies de bandes; et son visage etait enveloppe d’un suaire. L’étonnement, la terreur saisit. tous les esprits ; tous restent muets de surprise et de crainte. Marthe et Marie n’osent encore embrasser leur frère ; elles ne peuvent en croire leurs sens; le doute, la crainte impose encore silence à. l'affection; on dirait que la mort a saisi tous les cœurs pour se venger de sa défaite. Jésus seul rompt ce silence : Deliez-le , dit-il, avec calme et, majesté; deliez-le et le laissez aller !
O puissance! à divinité de mon Sauveur! Je me prosterne, je t'adore dans le silence de l’admiration. Oh ! que je reconnais bien là la voix. puissante qui dit, au commencement : « Que la lumicre soit let la lumière fut ! » Oui je la reconnais, c'est la voix qui appelle les choses qui ne sont point, comme si elles étaient, et quiressuscite les. , morts. Que nos genoux se ploient devant toi, à: Dieu-Sauveur, Dieu sur toutes choses, béni éternellement ! Qui est semblable à toi, au ciel et sur la terre? Tu as dit; et la chose a eu son être; tu
as commandé; et la chose a comparu ! La
tombe rend ses morts à ta voix; la corruption
du sépulcre s'enfuit devant ta face! Qu’y a-t-il au
ciel et sur la terre qui puisse opposer un obstacle
à ta puissance ? Oh ! que nous sommes heureux de
savoir que c’est dans tes mains que repose notre
sort pour l’éternité. Si tu nous aimes; si nous
sommes tes rachetés ; si tu es pour nous, qui, qui serait contre nous? qu’aurions-nous à craindre?
La mort? mais, devant toi, elle n’a plus d’empire.
Le sépulcre ? mais , à ta voix, il devient le théâtre d'une glorieuse résurrection , et la vie fleurit dans le champ même dé la mort. Notre ame s'attend à toi, soit dans la vie, soit dans la mort. Du sein même de la poussière nous balbutierons ta louange;
nous unirons nos faibles voix à la voix des intelligences célestes, pour célébrer ton nom glorieux,
Ô notre Dieu-Sauveur, Ô notre Rédempteuret notre. Roi ! Nousredirons desiècle en siècle ta gloire, ta
force , ta louange. Tu es Dieu sur toutes choses :
ta domination n’a pas de bornes. Tous les anges
de Dieu tl’ado-ent. Oh! que tes rachetés de toute
langue, de tout peuple, de toute nation célèbrent
aussi de siècle en siècle ta louange !
Que vous dirai-je encore, à mes frères bienaimés ? Vous peindrai-je les transports de reconnaissance et de joie des sœurs de Lazare? vous les montrerai-je tantôt pressant sur leur cœur avec des farmes de bonheur un frère bien-aimé qui va
encore partager sur la terre leurs combats, leurs espérances et leurs craintes’ Tantôt se prosternant aux pieds de Jésus, pénétrée d’une vive et éternelle reconnaissance, vous peindrai-je la famille de Béthanie recouvrant ses Joies domestiques, et plus que jamais se consacrant entièrement à l’Auteur de sa félicité ? Vous dirai-je toutes les lecons que les sœurs de Lazare retirèrent de l'issue de leurs épreuves, leçons de foi, de reconnaissance, d’amour pour Jésus, mille fois plus précieuses encore que le bonheur de posséder un frère tendrement aimé? Vous montrerai-je toute cette heureuse famille possédant encore Jésus au milieu d’elle, six jours avant la pâque, c’est-à-dire six jours avant sa mort (Jean XII, 1-8), et Marie saisissant avec empressement cette première occasion qui se présente de témoigner publiquement au Sauveur sa reconnaissance et son amour, en ui rendant publiquement les honneurs dus à son Seigneur et à son Roi, dont elle a vu toute la majesté sur le tombeau de sonfrère ? Vous montrerai-je Marthe le servant avec bonheur, comme aux jours de sa précédente prospérité, et Lazare, assis à table avec son divin Sauveur, comme un témoin vivant de la puissance et de la divinité de Celui qui l’a rappelé d’entre les morts? Quel tableau! quelle issue de tant d'épreuves, quand Jésus est là pour consolateur ! Vous parlerai-je enfin de ce qui dut se passer dans lame des disciples, pour lesquels aussi Jésus avait voulu donner celte manifesta-
tion éclatante de sa puissance et de son éternelle divinité, et auxquels il avait dit : « J’ai de la joie de ce que je n'étais pas là, afin que vous croyiez ! »
Non, nous ne nous arrêterons pas à ces méditations, quelque intéressantes qu’elles soient ; nous les laissons à vos propres réflexions , et nous reporterons nos pensées sur nous-mêmes; car la résurrection de Lazare nous concerne aussi; et s’il sortit du tombeau à la voix de Jésus, c’est pour nous apporter , à nous aussi, de grandes consolations, de puissans encouragemens, de salutaires instructions. « Encore un peu de temps, » et cette voix de la toute-puissance divine qui se fit entendre à Béthanie, retentira, avec le son de la dernière trompette, dans toute l’étendue des cieux, et nous tous, qui que nous soyons, sortirons de la tombe, comme Lazare en sortit, aussi bien que toutes les générations qui se sont succédé sur la terre. Quel moment! quelles scènes ! Oh ! que bienheureux alors seront les amis de Jésus, les Lazare, les Marthe , les Marie, qui reverront avec des transports de bonheur ceux qu'ils avaient tant aimés en Dieu sur la terre, ceux dont le départ leur avait coûté tant de larmes, ceux à qui ils vont être réunis pour jamais là où il n’y a plus de misères, plus de maux, plus de séparation, nide mort ni de deuil, ni de larmes, parce qu’il n’y à plus de péché ! Le bonheur de la famille de Bé-
thanie n’est qu’une faible image de cette félicité , puisque, hélas lelle était encore sur la terre danses combats, les épreuves, les infidélités, et que, après avoir joui bien peu de temps de son bonheur, ses membres devaient encore se dire un adieu sans retour pour ce monde. Oh ! si nous appartenons à ce Jésus, qui est la résurrection et la vie, que sa puissance, laquelle rien ne saurait égaler, si ce n'est son amour, que sa puissance soit notre consolation, notre appui, notre haute retraite ! Que rien ne nous effraie , que rien ne nous abatte! Traversons , par «l’espérance, qui ne confond point , » les temps et la tombe ! réalisons, par une foi inébranlable, les glorieuses promesses de notre Dieu-Sauveur, et la félicité si pure de voir, tel qu'il est, Celui qui nous a tant aimés, Celui qui a pleuré sur nos misères el nos épreuves, Celui qui veut que là où il est, nous y soyons aussi. Approprions-nous Îes tendres compassions qu’il a témoignées à la famille de Béthanie! Que les larmes qu'il a répandues sur le tombeau d’un ami coulent aussi sur les plaies que la mort peut faire à notre cœur! qu’en entendant sa voix puissante appelant Lazare hors de la tombe nous nous souvenions qu’il a vaincu pour nous le monde, le démon, la mort, le sépulcre, et que, désormais, nous sommes en toutes choses, « plus que vainqueurs , par Celui qui nous a aimés ! »
J’allais terminer ici cette méditation; mais,
vous le dirai-je? au milieu des douces pensées qui nous ont occupés, une crainte s’empare malgré moi de mon cœur. Oui, Je veux vous la communiquer ; elle nous ferait tressaillir d'horreur, si nous devions nous y livrer. Je me représente encore le moment solennel où , à la voix de Celui « qui ressuscite les morts, » nous sortirons de nos tombeaux ; où nous nous verrons, nous nous reconnaïîtrons , nous tous qui sommes ici dans ce temple, comme Lazare et ses sœurs se virent, se reconnurent, s’embrassèrent avec transport , sous les yeux de Jésus. Et si, alors, prêts à voir décider pour jamais notre sort éternel, quelquesuns d’entre vous, ou même un seul de vous que je vois assis sur ces bancs , écoutant mes méditations , se trouvait n’appartenir point à Jésus, n’avoir point reçu de lui le pardon pour avoir la vie, étant encore dans ses péchés, sous le poids de la condamnation qu'ils ont méritée, s’étant déçu par de vaines illusions, par une apparence de christianisme, en ün mot, étant sans Dieu, sans Sauveur, sans espérance, mayant « ni lot, ni portion dans cette affaire !... » Oh! terreur! oh! désespoir ! nous ne pouvons supporter un instant cette foudroyante pensée; elle accable notre cœur, elle tombe sur notre ame, comme ces rochers et ces montagnes que les réprouvés invoquent et qu’ils supplient vainement de les anéantir devant la colère de Celui qui est assis sur le trône. O êtres immortels! êtres responsables ! nous vous en
conjurons par les compassions de Dieu, détournez, détournez dé nous et de vous cet horrible pressentiment , en vous hâtant, dès aujourd'hui, dès cette heure , de fuir en Golgotha , de chercher un refuge au pied de la croix de Christ, d’y être arrosés, purifiés par le sang de la nouvelle alliance! Et vous qui avez, dans vos proches, dans vos familles peut-être , quelque Lazare, quelque être cher à votre cœur par les liens de l'amitié ou de la nature, mais qui ne connait point encore le Sauveur, qui n'a point encore invoqué le seul nom par lequel il nous faille être sauvés ; oh! priez, suppliez le Dieu-Rédempteur de toucher le cœur de cet être que vous aimez, de l’arracher à sa ruine certaine , comme le tison qu’on retire du feu ; de le sauver, comme malgré lui-même , tandis qu’il y a encore un salut possible , un pardon possible , une réconciliation possible! Mon Dieu! mon Dieu! y aurait-il parmi ces ames qui écoutent ta Parole , qui voient ton amour et tes compassions; y aurait-il dans ceux que je connais, que jaime sur la terre, quelque être qui, au grand jour, dût devenir un monument de ton immortelle justice, ne pas être , au contraire, un momument de ta grace, de ton éternel amour?
- Dieu-Sauveur! si jamais tu entendis une prière; si jamais tu te laissas fléchir par une ardente supplication, ou par le cri d’une ame angoissée , ôte, Ôte de dessus mon cœur le poids accablant de cette crainte déchirante! Oh! il faut, il faut que