‹ La famille de BeéthanieChapitre 16 sur 19 · LES SUITES DU MIRACLE · texte numérisé non relu

LES SUITES DU MIRACLE

« C’est pourquoi plusieurs des Juifs qui étaient venus vers Marie, et qui avaient vu ce que Jésus avait fait , crurent en lui. Mais quelques- uns d’entre eux s’en allèrent aux Pharisiens, et leur dirent les choses que Jésus avait faites. Alors les principaux sacrificateurs assemblèrent le conseil , et ils dirent: « Que faisons-nous ? car cet homme fait beaucoup de miracles. Si nous le laissons faire , chacun croira en lui, et les Romains viendront, qui nous extermiineront, nous, et le lieu, et la nation. » Alors l’un d'eux, appelé Caïphe, qui était le souverain sacrificateur de cette année - là, leur dit : « Vous n’y entendez rien! Et vous ne considérez pas qu'il est de notre intérêt qu'un homme meure pour le peuple , et que toute la nation ne périsse point. » Or, il ne disait pas cela de lui-même; mais, étant souverain sacriicateur de cette année-là , il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation ; et non pas seulement pour la nation, mais aussi pour assembler les enfans de Dieu , qui étaient dispersés. »

S'il y a une prophétie à la vérité de laquelle tous les siècles, depuis Jésus-Christ jusqu’à nous, aient porté un témoignage éclatant et irrécusable, c’est celle que prononça Siméon dans le temple

x TO s de Jérusalem en pressant, dans ses bras affaiblis par l’âge, l'enfant dans lequel il voyait lespérance et le salut d'Israël, le Désiré des nations : « Voici, dit-il, celui-ci est destiné à être une’ occasion de chute et de relèvement à plusieurs en Israël, et pour être un signe auquel on contredira. » Cette prophétie, en effet, fut accomplie dans tout le cours du ministère de Jésus-Christ ; elle fut accomplie sur le tombeau de Lazare, où les uns croient , et les autres s’en vont exciter la haine des Pharisiens ; elle fut accomplie dans sa mort, où les uns crient: « Crucifié ! que son sang soit sur nous et sur nos enfans! » tandis que les siècles futurs devaient voir, dans la croix et dans le sang de la nouvelle alliance, le signe de leur éternel salut; elle fut accomplie dans la première prédication des apôtres, qui sont battus de verges par les uns, tandis que des milliers d'autres se convertissent , pour avoir la vie; elle fut accomplie pendant dix-huit siècles , dans tous les lieux où fut proclamé l'Evangile de Christ, qui fut pour les uns « une odeur de mort, » et pour les autres « une odeur de vie, » et « la puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient ; » elle est accomplie, de nos jours ,où la doctrine du Crucifié excite les haïnes, les perséculions, tandis qu’elle fait la consolation, la joie, la vie de tous ceux qui croient.

Que les ennemis de l'Evangile le sachent donc;

ils font, avec toute leur inimitié et leur colère, une œuvre qui les trompe. Ils sont des témoins vivans de la vérité de ces doctrines mêmes qu’ils combattent ; ils affermissent avec puissance notre foi en Christ crucifié ; ils accomplissent une prophétie pleine d'importance; ils édifient ce qu'ils voudraient renverser jusqu'aux fondemens; ils ont le malheur d’être les instrumens aveugles dont Dieu se sert, malgré eux, pour établir un royaume dont ils ne seront pas citoyens; ils sont semblables à ces ouvriers étrangers à Israël, qui préparaient à grand’peine les matériaux d’un temple magnifique où jamais il ne leur serait permis d'entrer.

Le but du miracle de Jésus-Christ fut atteint pour la famille de Béthanie, qui fut consolée, et sortit de ses épreuves pleine de joie, de confiance, d'amour ; il fut atteint pour les disciples, qui virent la gloire de Dieu; il fut atteint pour plusieurs des Juifs qui, ayant vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui; fut-il atteint pour les autres témoins? fut-il atteint pour le corps des Pharisiens et des sacrificateurs et des Scribes”? Hélas! oui; mais dans le sens de la fatale prophétie de Siméon. Écoutons pour la dernière fois notre historien , et « que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ! »

Plusieurs des Juifs qui etaient venus vers

Marie, hommes d’un cœur simple et droit, préparé par la grace de Dieu, ayant vu ce que J'esus avait fait, crurent en lui. I était si naturel, pour des hommes sincères, de conclure, de la grandeur du miracle, à la grandeur de Celui qui Pavait opéré par un seul mot de sa toute-puissancel Ils virent de leurs yeux cette manifestation de la puissance divine ; ils eurent le bonheur d’en conclure que ce ne pouvait être que le Christ, le Messie promis à Israël, le Libérateur annoncé par les prophètes, à qui une telle puissance avait été donnée. Ils virent de leurs yeux, et ils crurent de leur cœur. Et, bien que nous ne puissions pas supposer que cette foi füt encore éclairée de toute la vérité que Jésus avait apportée au monde, dès qu’ils en crurent la divinité, leur cœur fut ouvert, tout prèt à recevoir avec soumission, avec une pleine confiance, toute parole qui sortirait de la bouche de cet Envoyé du Très-Haut. Que fallait-il de plus? Le but de Jésus était atteint: « Je l'ai dit, à cause des troupes qui sont autour de moi, afin qu’elles croient que tu m'as envoyé. » Les miracles seuls ne convertissent pas; mais ils disposent le cœur, par la foi, à la conversion et à la vie. Nicodème croit les miracles de Jésus ; il y voit une preuve de sa divinité: « Maitre, dit-il, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire les miracles que tu fais, si Dieu n’est avec lui. » Cependant Nicodème, malgré ce degré de foi, et bien que maitre en

Israël , ignore encore les premiers élémens de la doctrine de la régénération; mais il vient à Jésus , poussé par la foi qu’il porte en son cœur, et il demande avec avidité à être instruit dans la science du salut qu'il est disposé à recevoir. Telle était la foi produite dans le cœur des Juifs par le miracle de Jésus. C’est un premier pas, mais un pas qui conduit infailliblement plus loin: Tel est encore le but pour lequel saint Jean nous a laissé , avec les plus minutieux détails, cet admirable récit de la résurrection de Lazare. Pour quiconque le lit avec attention , il y a une puissance d’évidence aussi grande que pour ceux qui en furent les témoins oculaires, comme le fut saint Jean lui-même. « Est-ce donc là ce Sauveur que me prèche l'Évangile? » doit s’écrier celui qui cherche sincèrement la vérité, « Oh! je vais ouvrir à un tel Maitre, à un tel Sauveur, mon ame tout entière. Je sais qu'à sa suite, je ne puis marcher dans les ténèbres ; je vais étudier, ligne après ligne, la Parole de l’éternelle vérité qu’il a apportée des cieux ; je sais que cette Parole ne peut faire errer ni mon esprit, ni mon cœur; je la médite avec pleine confiance ; j'en salue l'Auteur comme mon Guide, mon Roi, mon Rédempteur ! » Puis, cette ame, ainsi disposée, ne tardera pas à trouver que cette doctrine et cette Parole du Crucifié « est plus douce à son cœur que le miel ne l’est à la bouche. » Et de la foi à un miracle , elle s’élèvera à la foi de l'expérience,

elle verra, sentira plus‘de divinité dans une seule ligne de la Parole éternelle, que les Juifs n’en virent sur le tombeau de Lazare. Voilà la place fort belle, fort utile, que doit occuper le miracle, dans Péconomie divine. Aïnsi, pour le dire en passant, nous croyons, avec la plus profonde conviction, que ceux qui attendent la restauration des miracles dans l’Église, avant qu’elle puisse atteindre à la gloire qui lui est promise, font un pas rétrograde. Ils veulent redescendre sur le dernier degré, au lieu de s'élever, comme les anges, sur l'échelle de Jacob, et de contempler les cieux. Ils veulent revenir et attirer les autres à la foi de Nicodème, la foi de miracle, la foi qui peut exister sans la connaissance de l’amour de Dieu et de la nouvelle vie , et qui ne peut faire autre chose qu’y acheminer, au lieu de s'élever, par la foi du cœur, la foi de l'amour, la foi de la confiance, jusques aux sublimes hauteurs de la spiritualité et dé la vie chrétienne. Ils veulent le lait des enfans, au lieu de se nourrir de viande solide. « Dieu est amour ; et celui qui aime, demeure en Dieu. » Or, celui qui demeure en Dieu, par lPamour, qu’a-t-il à faire d’une manifestation visible, matérielle, de la puissance ou de l’amour de son Dieu ? Lequel est le plus près de Jésus ? saint Jean, couché avec confiance sur son sein, ou la foule qui le suit, demandant à grands cris des miracles? Jésus a répondu : « Cette génération méchante et adultère demande un miracle; mais il ne lui en

sera point donné d’autre que celui de Jonas, le prophète ; et les laissant, il s’en alla. »

Cependant Jésus, dans son infinie condescendance, a souvent employé le moyen des miracles, pour attirer à lui les cœurs légers d’une génération « méchante et adultère ;» et nous sommes bien loin de conclure, de ce que nous venons de dire, avec quelques chrétiens à système, qu'il ne peut plus y avoir de miracles dans l'Eglise, attendu qu’ils ont cessé. Nous ne voulons pas nous arrêter à cette question, oiseuse s’il en fut jamais. Nous allons considérer, pour notre instruction , comment les autres Juifs de Béthanie profitèrent du plus grand miracle qui jamais ait été opéré aux yeux des hommes. Hélas ! qu’auraient dit les disciples ; qu’auraient dit les sœurs de Lazare, si, au milieu de leur joie , de leur bonheur et des épanchemens de leur vive affection , on leur eût annoncé que cette œuvre de puissance et d’amour, que cet appel puissant qui devait retentir dans toute la Judée et dans toutes les générations futures, que la résurrection de Lazare allait devenir la cause seconde des souffrances et de la mort du Saint et : du Juste ? Auraient-ils pu le croire? Et pourtant, oh! mystère d’endurcissement et de dépravation! c’est ce qui arriva; c’est ce que « le disciple que Jésus aimait» va nous raconter ! Comment sa plume, après nous avoir dépeint, en traits si attendrissans l'amour et les compassions de Jésus; ne

ALES 219 s’est-elle pas refusée à nous dévoiler ces abimes d’iniquité ? Ah! c’est qu’il fallait que nous sussions bien que «celui qui aime est né de Dieu, » et que «le monde est plongé dans le mal. »

Mais quelques-uns d’entre eux s’en allerent aux Pharisiens , et leur dirent les choses que Jesus avait faites. Quoi ! ils sont venus à Béthanie «pour consoler Marthe et Marie ; » ils ont vu leur douleur ; ils ont vu leur céleste Ami s'approcher en pleurant du tombeau de Lazare; ils l’ont vu élever au ciel ses regards majestueux ; ils ont entendu sa prière ; ils ont entendu sa voix puissante : Lazare ! sors dehors ! ils ont vu le mort sortir de la tombe ; ils ont vu les transports de joie, de bonheur , de reconnaissance qui s’emparèrent de tous les cœurs ; et, au lieu de « voir la gloire de Dieu » et de se prosterner aux pieds de Jésus, ils vont avertir ceux qu'ils reconnaissent pour ses plus mortels ennemis ! Voilà l’homme! Voilà ce qu’il est ou ce qu'il peut devenir , dès qu’il est livré à son endurcissement où à sa haine de Dieu ! Et vous dites qu’il est naturellement bon ! qu’il aime la vérité! qu’il se rend à l'évidence! Je vous croirais plutôt si vous me disiez que le rocher cède aux vagues qui, depuis des siècles, viennent se briser et expirer refoulées à ses pieds. Si l’évidence accablante qui sortit du tombeau de Lazare ne put convaincre un homme ; si l'amour que Jésus y montra ne put toucher son cœur, apprivoiser sa

haine, (pardonnez Pexpression) , alors cherchez dans vos systèmes de religion et de morale quelque moyen plus puissant, et prouvez-nous la bonté et la tendresse naturelledu cœur de l’homme: Mais nous vous prévenons que nous voulons des faits, et que nous ne nous ,contenterons ni de vos mots, ni de vos phrases, ni de vos assertions. Ah! reconnaissez-le plutôt, il n’y a que la puissance de la grace de Dieu qui soit capable de persuader, de toucher, de changer le cœur de l’homme. Ne dites pas que, s’il y avait dans la révélation plus d’évidence, ou, dans l'Evangile de Christ, moins de choses qui surpassent sa raison, il croirait plus aisément. Non; les Juifs qui, sur le tombeau de. Lazare , restent incrédules et ennemis de Jésus, portent contre vos raisonnemens un témoignage irrécusable, et nous fournissent un commentaire de fait sur ces remarquables paroles de Jésus. : « S'ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seraient pas non plus persuadés, quand même quelqu'un des morts ressusciterait. » Voulez-vous encore une preuve? écoutons les sacrificateurs et les Pharisiens.

Alors les principaux sacrificateurs et les Pharisiens, ayant oui le rapport qui leur fut fait par les témoins oculaires de la résurrection de Lazare, assemblerent un conseil spécial , pour délibérer sur cette importante affaire. Ce sont les principaux sacrificateurs , les ministres de la religion, ceux à

qui Dieu a confié le soin de travailler à sa gloire et à l’avancement de son règne, ceux qui doivent s’efforcer , de tout leur pouvoir, de toute leur influence, de répandre la vérité dès qu’ils la connaissent, et quoi quil puisse leur en coûter. Or, comment répondent-ils à ces obligations sacrées? Que ferons-nous? demandent-ils eux-mémes. Outre la connaissance qu’ils ont de leur devoir, comme ministres de Dieu, ils ne peuvent ici être dans l'erreur, pas même dans le doute; ils sont persuadés des miracles de Jésus; c’est leur propre aveu : Cet homme fait beaucoup de nuracles ! et cette connaissance, cette persuasion est un talent précieux qui leur est confié, et dont ils rendront un compte redoutable, quel que soit leur jugement. Or, avec tant de connaissance, tant de lumières, tant de persuasion, s’élève-t-il au milieu d'eux quelque Gamaliel, qui fasse entendre avec force la voix de la vérité et de la justice? Y a-t-il dans ce corps ecclésiastique quelque « Israélite sans fraude » qui dise : Cet homme fait beaucoup de miracles ! donc il est de Dieu, donc nous devons l'écouter, et nous ranger humblement à l’'obéissance de sa doctrine? non! Tout , au contraire, dans ce conseil, est passion , égoisme , orgueil. Idolätres d'eux-mêmes, de leur orgueil, de leur vanité, de leur influence, de leur argent, «la gloire de Dieu n’est point devant leurs yeux, » et dès-lors , que pouvons-nous attendre d’eux ? pas davantage que de tout homme dont le cœur n’a pas

été changé, sanctifié. Vous ne nous direz point ici que nous prenons un exemple de la dépravation du cœur humain dans la classe la plus dépravée de la société. Ce sont , au contraire, les hommes les plus éclairés, ceux chez qui l'éducation doit avoir le plus efficacement développé le sens moral, en un mot, les ministres de la religion. Eh bien! écoutons-les ; cherchons en eux ces sentimens de droiture, de justice, de vertu , que vous soutenez être dans le cœur de l’homme. Voici leur raisonnement; voici comment ils répondent à cette question naturelle : Que ferons-nous ?

St nous le laissons faire, chacun crotra en lui , et les Romains viendront, qui nous extermuineront , nous , et le lieu, et la nation. St nous le laissons fatre ! Ainsi, dès l’abord, il ne s’agit pas même de savoir s’il est de Dieu, s’il annonce la vérité; s’il est le Messie promis à Israël ! La question de vérité, de justice est, dès l’entrée, foulée aux pieds! on n’y donne pas même un instant ; on ne la prend pas même en considération ! Il ne s’agit donc que de ne plus laisser faire, que d’empècher par la force brutale, que de condamner ! Oh! profondeur d’'iniquité! dégradation effrayante du cœur de l’homme! mépris inconcevable des principes les plus simples et les plus sacrés de la justice et de la vertu! Ce seul mot nous a dévoilé tout l’abime de corruption qui remplit l’ame de ces juges en Israël, de ces faux prophètes , qui,

« possédant la clef de la science, non-seulement n’entrent point eux-mêmes, mais empêchent ceux qui voudraient entrer !» Sznous le laissons faire !.Insensés! faibles vermisseaux de la poussière ! vous discutez dans votre misérable orgueil si vous larsseres faire Celui qui vient de commander en maitre à la mort et au sépulcre, Celui qui vient de nous révéler une puissance toute divine, Celui qui a fait les mondes, Celui qui, d’un mot, pourrait vous faire rentrer dans le néant d’où il vous a tirés ! C’est ainsi qu'un déplorable aveuglement est toujours le compagnon de l’inimitié contre Dieu, et de la passion, C’est ainsi que, de nos jours, comme aux jours du Christ , on voit « les grands de la terre, » les P harisiens et Les principaux sacrificateurs «projeter des choses vaines, et consulter ensemble contre l'Eternel et contre son Oint, » contre l’éternelle vérité de Dieu, à laquelle l'univers entier est promis pour conquête. Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil. Et puisque le Christ luimême, puisque ses disciples après lui et ses serviteurs de tous les siècles, ont rencontré des ennemis acharnés dans ceux mêmes qui devaient, par leur vocation, les seconder de tous leurs efforts, les témoins fidèles de la vérité, telle qu’elle est en Jésus, s’étonneraient-ils de rencontrer, de nos jours , la même inimitié , les mêmes obstacles, les mêmes persécutions , portées contre eux, au nom de la religion et de l’autel? On peut s’en affliger, mais non s’en étonner ; on peut en souf-

22/ frir, mais non cesser d’invoquer Celui qui est tout-puissant pour « ouvrir les veux des aveugles. »

Mais poursuivons ; écoutons les argumens des principaux sacrificateurs ; car il faut des areumens, ou du moins des prétextes ; de quelque part qu’on puisse les tirer, il en faut ; en voici donc :

St nous le laissons faire, tous croiront en lui, et es Romains viendront, qui nous extermineront ; nous, et le lieu, et la nation.Voïlà deux raisons bien puissantes ; deux considerans bien concluans ! Tous crotront en lui; et les Romains viendront. Mais pas un mot de ce que Jésus a fait de condamnable! pas un mot de principe! tout l’argument repose sur des conséquences imaginaires ; et pourtant il faut condamner! Tous croiront en lui! Quel témoignage rendu à la puissance de [a vérité que Jésus annonçait ! Eh! s’ilest de Dieu, s’il fuit beaucoup de miracles, s’il est le Messie, le Libérateur promis à Israël, réjouissez-vous donc de la foi qu’on a en lui; soyez les premiers à le montrer au peuple comme le Docteur qu’il doit suivre, comme le Sauveur qu'il doit aimer, et en qui il doit placer toute sa confiance! C’est vous qui devez connaïtre les prophéties qui l’ont annoncé à la terre ; c’est vous qui êtes placés, comme des sentinelles, en Israël; c’est vous qui devez connaître les temps et les momens du rétablissement du règne spirituel

de David; que n’êtes-vous à votre poste ! que ne proclamez-vous , du haut de la chaire de Moïse, le Roi- Messie , le Sauveur! Maïs si {ous croient en lui , que deviendront notre influence sur le peuple, nos honneurs, notre considération, nos places? Voilà le mot de la question ; voilà le véritable argument ; voilà ce que vous redoutez bien vlus que les Romains; voilà votre idole : lorguetl. Il faut que devant cette idole, tout fléchisse le genou, fut-ce même le Roi de gloire qui vient de rappeler Lazare de son tombeau, et que quatre mille ans de prophéties avaient annoncéà la terre! Les Romains viendront! Et qu'importe! Vous, enfans d'Abraham, vous qui vous glorifiez ‘de votre liberté; vous qui, bien que vaincus par les maitres du monde, vous vantez de n’avoir jamais courbé la tête sousle joug humiliant des Césars auxquels vous refusez obstinémentletitre de seigneur, vous voilà tremblans quand il s’agit de la cause de l’éternelle vérité , de la gloire de votre nation, du salut éternel des ames immortelles dont Dieu vous a confié la charge ! Qu'est devenu votre courage ? Mais non; ce n’est qu'un vain prétexte; car les principaux sacrificateurs savent très-bien que les Romains tolèrent, par politique , toutes les religions des peuples qu’ils ont conquis, et que la nation juive ne sera pas plus exterminée pour croire en Jésus que pour croire à Moïse. Et toutefois, quel puissant argument, si l’orateur pouvait inspirer à ses collègues cette crainte de voir ex-

terminer eux, le lieu (le temple), et la nation. Plus de temple , plus d’honneurs, plus de places, plus de revenus... Nous voici arrivés à notre première conclusion : il faut condamner !

Cependant, oh! aveuglement de l’homme qui s'élève contre Dieu! il fut éternellement vrai que « le méchant fait une œuvre qui le trompe. »

Les sacrificateurs condamnent Jésus, de peur que tous ne croient en lui; et c’est précisément cette mort du Saint et du Juste qui ira réveiller, dans le cœur des hommes de toutes les généraüons futures, la foi en Jésus ; c’est précisément cette mort qui, à la première prédication de Pierre, qui la reproche à la nation, touche de componction et convertit à la foi en Jésus cinq mille personnes! Les sacrificateurs condamnent le Christ, de peur que les Romains ne viennent exterminer eux, et le temple, et la nation; et c’est précisément par cet acte que, mettant le comble à leurs forfaits, ils attirent sur eux le dernier jugement d’un Dieu saint,et Juste, et les Romains vinrent en effet, et exterminerent les sacrificateurs, et le lieu, et la nation T Oh! s’il y avait encore dans les ennemis de la croix de Christ, de tous les temps et de tous les lieux, quelque reste de sagesse; si le bandeau qui recouvre leurs yeux était moins épais , ils trembleraient de s’exposer à tre trouvés « faisant la guerre à Dieu! »

Tels étaient les argumens. que lon considérait dans l’assemblée , lorsque Caïphe, qui présidait, par sa dignité de souverain sacrificateur, ce conseil inique , se lève, impatienté par une délibération qu’il trouve déjà trop longue , et s’écrie d’un ton de colère : F’ous n’y entendez rien ; et vous ne considérez pas qu’il est de notre interét qu’un homme meure pour le peuple . et que toute la nation ne périsse pas. Notre INTÉRET | Voilà donc le motif qui doit faire disparaitre tous les autres! voila donc le honteux considérant qui doit imposer silence à la justice! Il y va de notre intérét ; donc il faut condamner! Que ce mot nous dévoile bien la vraie pensée de tous ces juges! Quelles lecons ce mot va donner à toutes les générations futures ! IlLest probable que les autres juges n’auraient pas eu l’impudeur de mettre ainsi à la lumière du jour la turpitude de leurs pensées ; car, à défaut de vertu, on veut du moins de l’hypocrisie; mais Dieu permit que le souverain pontife, que le successeur d’Aaron apprit au monde quel est le vrai mobile des actions de celui qui déclare la guerre à la vérité éternelle. L’intérét, Vignoble intérêt , avoué ou caché sous le manteau de l’hypocrisie, : voila le dieu de ce siècle, le prince de ce monde, lidole impure à laquelle tout doit être sacrifié! Et pour préserver le temple de cette divinité de l’homme inconverti, il ne s’agit pas seulement de ne plus laisser faire, comme le proposaient d’autres membres du sanhédrin ; il faut étouffer la

vérité, et non la combattre ; il faut, non pas prouver que Jésus a tort, mais le faire mourir : // est de notre intérét qu'un homme mEuRE pour le peuplelEt qui s’en étonnerait’ qui ne sait que l’impiété lèche le frein à cette inimitié, qui est au fond du cœur de l’homme non régénéré, et que «celui qui hait son frère est un meurtrier, » de fait ou d'intention, peu importe aux yeux de Dieu’

Mais , dira-t-on, c’est l’intérêt de la nation que Caïphe a en vue. Il parait donc, en effet, que ce principe, qui permet d’immoler l’innocent pour l'intérêt général, ce principe, d’après lequel on commande un assassinat au nom de la justice, n’est pas nouveau sous le soleil; Caïphe en avait lame remplie ; c’est pour lui un axiôme politique; c’est la raison d'État, qu’on ferait mieux d’apseler raison d'enfer et politique des démons. Les milliers de victimes sacrifiées à ce principe crient de la terre vers les cieux , et proclament la dégradation morale de l’espèce humaine, plus hautement que tout ce que l’on pourrait en dire. Mais non ; nous avons déjà montré que le salut de la nation n’était nullement impliqué dans la foi du peuple en Jésus. Tout ici est passion aveugle; tout ici est de notre iNTÉRÈT! Triste découverte! humiliante vérité! Oui, à Jésus! meurs, meurs pour ce peuple, meurs pour le‘relever de cette profonde dégrada- Uon; meurs pour produire en nous une nouvelle vie | |

Chose étonnante! c’est cette mort de délivrance et de salut que Caïphe prophétise ! comme Balaam , il veut proférer la mélédiction , et il prononce la bénédiction ; il commande un meurtre, et il va accomplir le sacrifice de propitiation qui sera la rédemption du monde! Écoutons le commentaire de saint Jean : Or il ne dit pas cela de lui-même; mais, étant souverain sacrificateur de cetle année-la, il prophétisa que Jesus devait mourir pour la nation. Caïphe est souverain sacrificateur, président d’une cour ecclésiastique suprème; il faut que sa prophétie involontaire vienne de haut; qu’elle en recoive la plus grande importance; qu'elle retentisse solennellement aux oreilles de ceux qui lentourent; qu’elle parvienne aux siècles à venir. /{ ne dit pas cela de lui-méme. Hélas! sa pensée impie , sa proposition unique est bien de lui-même, ou plutôt du démon; mais, oh! profondeur de la sagesse et de la puissance de Dieu ! Caïphe croit n’obéir qu’à sa passion; il croit servir les intérêts du royaume des ténèbres , et Dieu fait de lui, à: son insu, un prophète de la vérité, un apôtre de la bonne nouvelle du salut! Dieu aurait pu faire tomber sur cet ennemi de son Christ quelqu'un de ces jugemens signalés, par lesquels souvent il punit l’impiété aux yeux de tous; ilaurait pu lefaire tomber, comme Hérode, rongé par des vers. Mais non ; l'ennemi de Dieu même doit servir à la gloire de l'Eternel; l'instrument aveugle de Satan doit annon-

cer les desseins de miséricorde de Dieu envers un monde déchu ; les mêmes paroles qui émanent d'un cœur rempli de haine et de colère doivent être pour la suite des âges un cantique de louanges et de bénédictions. Qui s’opposera désormais aux desseins de notre Dieu? Les ennemis de Christ s’assemblent , et c’est du sein de leur conseil que Dieu va tirer l’accomplissement de ses promesses concernant le règne glorieux de son Fils, et c’est leur chef qui doit annoncer au monde l’acte par lequel toutes les puissances des ténebres vont ètre foulées aux pieds ! Si Dieu n’anéantit pas ses adversaires , il peut en faire des instrumens de sa volonté ; il pourrait tirer sa louange de l’enfer ; il pourrait contraindre les puissances des ténèbres à s’écrier , comme les anges du ciel : Gloire ! gloire soit à Dieu dans les lieux très-hauts !

Condamnez donc, mettez à mort le Prince de la vie! et, si sa mort devient le signal de votre ruine éternelle, c’est autour de sa croïx que viendront se rassembler, non-seulement la nation , mais les enfans de Dieu qui étaient dispersés , pour parler avec notre évangéliste. Ge n’était pas seulement pour ce peuple d'Israël, dont le conseil des sacrificateurs affecte de prendre à cœur les intérêts, que Jésus devait mourir, mais pour les enfans de Dieu; pour les rachetés de tout peuple , de toute naüon , de toute langue, de toute tribu, lesquels

lui appartiennent par l'élection de son éternelle miséricorde.

O vous donc, enfans de Dieu! vous, qui êtes encore dispersés au sein des épreuves , au milieu des combats, considérez la volonté de Celui qui mourut pour vous ; il veut vous assembler; il veut d’abord amener toutes vos pensées et vos affec- Uons captives au pied de sa croix ; il veut vous séparer du milieu du monde, vous recueillir dans son bercail : et qu’auriez-vous à craindre ? Écoutez sa prière qui monte pour vous vers les cieux : « Père, mon désir est, touchant ceux que tu m’as donnés , que là où je suis, ils y soient aussi avec moi. » Et cette prière est exaucée. Il n’est aucun de vos ennemis qui ne doive, en dernier lieu, contribuer à votre éternel salut , et donner gloire à Celui qui vous a sauvés. Être rassemblés de notre dispersion , habiter dans la réunion éternelle des enfans de Dieu : tel est votre glorieux partage, telle est la volonté de votre Père céleste ; et qui s'y opposera? qui nous ravira de sa main ? « Je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni les choses élevées, ni les choses basses , ni aucune créature, ne pourra nous séparer de lamour de Dieu , lequel il nous a manifesté en Jésus-Christ! »

Oh ! si ma faible voix, qui n'a pu s'adresser,

dans le cours de ces méditations, qu'a quelques ames affligées que Jésus invite à goüter les « consolations du Dieu fort ; » si ma faible voix pouvait parvenir à ceux qui, de quelque manière que ce puisse être, s'opposent encore aux desseins de miséricorde de Dieu à leur égard, comme je les supplierais avec larmes d’avoir pitié d'eux-mêmes, de venir, pendant qu’il en est temps encore, à la source unique de la vie, à Jésus, au Sauveur des pécheurs ! Quelques jours encore, à ames immortelles , et vous verrez de vos yeux ce Seigneur de gloire, qui viendra , non plus pour répandre des larmes de compassion sur le tombeau d’une ame, ou pour gémir sur la folie de ceux qui le rejetèrent, mais pour exercer la justice et le jugement, et pour « punir d’une peine éternelle ceux qui ne connaissent point Dieu et qui n’obéissent point à l'Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ.» Oh! aimez Jésus sur le tombeau de Lazare, pour que vous puissiez l’aimer encore quand il viendra sur un trône de gloire!

Mais, toi seul es puissant, Ô mon Sauveur !

pour nous tirer, comme Lazare, du tombeau de notre corruption, pour rendre la vie à ces desséchés, pour nous donner un cœur nouveau, capable de Vauner, une vie nouvelle pour nous dévouer à ton service ; oh! que ta Parole puissante retentisse donc en nous! que notre mort spirituelle, que noire corrupiion ne puisse mettre aucun obstacle

a cette Parole par laquelle tu appelles les choses qui ne sont point, comme si elles étaient! Que ton amour infini embrâse nos cœurs encore glacés, en déracine l’égoisme, en banrnisse l’inimitié! T’aimer, à Rédempteur charitable, t'aimer de tout notre cœur, de toute notre ame , de toute notre pensée : tel est le but de notre être, telle est la destination pour laquelle tu nous as donné l’existence, pour laquelle tu nous as rachetés à grand prix. Fais-nous atteindre ce but, avant qu’il soit trop tard! Arrache-nous à la perdition, sauvenous, comme malgré nous-mêmes! Mais non, Seigneur , nous voulons t'aimer, comme un peuple de franche volonté; nous voulons te consacrer notre cœur , nos affections , notre vie, notre dernier soupir! N’es-tu pas l’Étre souverainement bon , souverainement aimable” Eh! à qui nous en irions-nous! tu as seul les paroles de la vie éternelle !

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