‹ La famille de BeéthanieChapitre 3 sur 19 · LAZARE , MARTHE ET MARIE · texte numérisé non relu

LAZARE , MARTHE ET MARIE

« Or, 11 ÿ avait un certain homme malade, appelé Lazare; il était de Béthanie, le village de Marthe et de Marie , sa sœur. » JEAN XI, 1.

« Chose admirable! la Religion chrétienne, qui ne semble avoir d’objet que la félicité de l’autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. » Cette vérité, qui faisait ainsi l'admiration d’un grand homme (1), est trop méconnue des gens du monde, ct trop peu appréciée de ceux riêmes qui ont eu le bonheur d’en faire l'expérience. Sans doute, que des êtres de quelques jours, « des étrangers et des voyageurs, » font bien, très-bien

(1) Montesquieu.

de ne pas attendre le bonheur sur une terre qu'a souillée le péché. Ce n’est pas ici le lieu du re= pos; l’y chercher serait une pure déception. Et ce n’est pas à nous, ministres de celui qui n’eut pas, sur cette terre, un lieu pour reposer sa tête, ce n’est pas à nous qu'il appartient d’encourager dans les ames auxquelles nous nous adressons de sa part, la disposition que nous avons tous à vouloir jouir avant le temps, nous reposer avant d’avoir achevé la course, moissonner avant d’avoir semé. Mais c’est une grande erreur que celle dans laquelle tombent tant de gens qui, ne connaissant de l'Évangile que le nom, s’imaginent que, pour y soumettre son cœur sans réserve, 1l faut s'imposer des sacrifices sans compensations, des renoncemens sans jouissances. Bien loin de vouloir étouffer en nous nos plus nobles sentimens ou paralyser nos plus nobles facultés, l'Évangile du Christ les élève, les sanctifie en les rendant à leur destination primitive, dont le péché les avait détournés. Cet Évangile, bien compris, satisfait à tous les besoins de notre esprit et de notre cœur, et prouve ainsi, par un fait, cette vérité sortie d’une plume inspirée : « La piété a les promesses de la vie présente aussi bien que celles de la vie à venir. » — La vieentière du Rédempteur met en évidence cette vérité. Bien que le but de sa mission füt, avant tout, de « chercher et sauver ce qui était perdu, » il n’est aucune de nos misères temporelles dont la vue ne le fit frémir de com-

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passion ; aucun de nos maux qu’il ne se hâtät de soulager; aucune de nos infortunes ou de nos souffrances, pour laquelle il ne trouvàt, dans son ardente charité, quelque adoucissement.

Or, ministres de sa parole, désireux « d’annoncer toutle conseil de Dieu, » devons-nous négliger dans nos méditations, en public ou en particulier, cette partie de la mission divine de notre maitre? Non; nous ne le pouvons, nous ne le devons pas. Nous devons, mes bien-aimés frères, vous montrer son œuvre tout entière, sa vie tout entière. Et si, en vous parlant de Jésus- Christ, qui doit être toujours le sujet principal, et comme le texte habituel de toutes nos instructions, nous sommes le plus souvent appelés à vous le montrer descendant du ciel pour nous guérir du mal moral qui dévore notre ame; expiant sur une croix les péchés de notre vie; mourant pour nos offenses ; ressuscitant pour notre justification ; passerons-nous sous silence cette touchante partie de sa vie terrestre qu'il employa à soulager nos humaines misères, à consoler tous les êtres affligés qui se présentèrent à lui? Non; encore une fois, nous ne le pouvons pas, nous ne le devons pas. D'ailleurs, mes bien-aimés, vous montrer Jésus-Christ consolateur, ce sera vous montrer Jésus-Christ sauveur; car il ne console qu’en sauvant ; il ne délivre des suites amères du péché qu’en en détruisant la cause, le péché.

Nous ne pensons p5s qu'il y ait dans toute l’his-

toire évangélique de trait plus touchant, plus instructif, plus propre à nous peindre tout l’amour , toute la tendresse de Jésus pour de pauvres créatures qu'il venait de sauver, que l’histoire de la maladie, de la mort, de la résurrection de l’un de ses disciples, rapportée dans le chapitre d’où nous avons tiré notre texte.

Or, vous qui avez un cœur capable de sentir ce qu'il y a de grand, de noble, de divin dans un amour tel que celui de Jésus ; — vous, qui avez appris la souffrance ou qui gémissez encore sous quelque rude épreuve, vous aimerez à venir méditer avec nous sur le tombeau de Lazare, l'ami de Jésus. Vous aimerez même ce sombre séjour de la mort , quand Jésus est là pour y répandre la lumière et la vie. Vous aimerez même les malheurs de la famille de Béthanie, quand Jésus est là pour consoler. Vous aimerez mème les misères de notre pauvre vie terrestre, quand Jésus est [à pour y apporter un remède. Peut-être que quelquefois , après avoir pleuré avec Marthe et Marie sur la tombe d’un frère tendrement aimé, vos larmes, comme les leurs, se changeront en chant de triomphe : « O mort ! où est ton aiguillon? O sépulcre! où est ta victoire? » Vous ne trouverez peut-être dans votre vie que trop d'occasions de vous appliquer les leçons que recoivent ici deux sœurs affligées. Qui de vous a été exempt des misères, des peines, de la douleur inséparables de notre pélerinage terrestre ? Ou,

qui de vous peut se flatter d’en être long-temps exempt? Hélas ! s'adresser aux êtres souffrans , n’est-ce pas s'adresser à l'humanité tout entière ! C’est donc pour vous-mêmes que nous aimerions à vous faire connaitre le seul vrai consolateur, Jésus-Christ.

Mes bien-aimés, nous vous conjurons, avant tout, d’implorer avec nous la bénédiction de Dieu sur les méditations que nous commencons aujourd'hui, afin que ce que nous vous dirons ne soit pas les chétives paroles d’un homme mortel et pécheur, mais des paroles de vie éternelle, accompagnées d’une démonstration d’esprit et de puissance.

C’est saint Jean qui parle dans le trait historique que nous voulons méditer ; saint Jean, « le disciple que Jésus aimait; » saint Jean qui, à la dernière cène, reposait sur le sein de son maitre ou plutôt de son ami, et qui parait y avoir puisé à si longs traits l’amour du Dieu sauveur; saint Jean qui, au pied de la croix, recut le plus précieux héritage, celui de la mère de Jésus mourant. — Tout l'Évangile, pour ce disciple, est compris dans un seul mot : l’amour. C’est de cet amour qu’il tire tout ; c’est à cet amour qu’il rapporte tout. « Celui qui n'aime pas, n’a pas connu Dieu, car Dieu cst amour. Dieu est amour, et celui qui aime demeure en lui. Voyez quel amour le Péêre nous a témoigné, que nous soyons

appelés enfans de Dieu! Dieu a tant aimé le monde , qu'il à donné son fils unique, afin que quiconque croirait en lui ne périt point, mais qu’il eût la vie éternelle. » Tel estle langage de ce disciple; telle est la pensée constante de son cœur. Jésus, Jésus seul est pour lui plus que l'Univers ; Jésus est l’ame de son ame. Aussi, observons-nous que ce disciple, qui vivait dans la plus intime union avec son Sauveur, et qui, par-la même, comprenait toujours si bien ses pensées , est toujours frappé de ce qu’il y a de plus tendre, de plus intime dans les paroles ou dans les actions de Jésus. Chaque page de ses écrits en est la preuve. Dans l’histoire même que nous nous proposons de méditer , nous voyons le besoin qu’il a éprouvé de nous conduire sur le tombeau de Lazare, de nous montrer son Sauveur mêlant des larmes de compassion aux larmes de Marthe et de Marie, et faisant renaître, dans ces cœurs déchirés par la douleur , la paix et la joie. Pour cela il interrompt sa narration; il introduit ce touchant épisode avant de nous faire assister aux dernières souffrances de son maitre bien-aimé. Et quelle introduction à l’histoire des souffrances de Jésus que ce trait historique, d’où ressort si bien son amour pour ceux qu'il allait sauver !—Saint Jean raconte la résurrection de Lazare comme témoin oculaire ; bien plus, il raconte comme ayant compati avec toute la puissance d’une ame sensible et aimante aux afflictions d’une famille qu’il connaissait ,

qu'il'aimait, puisqu'elle aussi aimait son Maitre. C’est pourquoi nous le voyons entrer dans les plus minutieux détails : nous le suivrons donc avec intérêt. Il nous introduit sans préambule dans la paisible demeure de Béthanie : &/{ y avait un homme malade appelé Lazare; il était de Bethanie , le village de Marthe et de Marie, sa sœur. Et Marie était celle qui oïignit le Seigneur d’une huile odoriférante , et qui essuya ses pieds de ses cheveux; et Lazare, qui était malade, était son frère. »

Béthanie était un petit hameau agréablement situé sur le penchant oriental du mont des Oliviers , et éloigné de Jérusalem de quelques milles seulement. C’est là que Jésus avait des amis dont le cœur lui était toujours ouvert aussi bien que leur maison. C’est là qu’il venait souvent passer les nuits avec ses disciples; c’est là qu’il venait oublier, au sein des communications de l’amitié et de la confiance, les fatigues de ses voyages et la douleur que lui causait sans cesse la vue de lingratitude et de l’endurcissement de ceux qu’il venait appeler au salut. C'était, pour Lazare , et ses deux sœurs, une fête toutes les fois que Jésus honorait de sa présence leur humble demeure. Ils appartenaient de cœur à ce petit nombre de vrais Israélites qui attendaient, dans le Messie , « la consolation d'Israël. » — Quelle ne fut pas leur joie quand il leur fut donné de reconnaitre et d’aimer

en Jésus ce sauveur après lequel soupirait leur ame « comme le cerf brame après les eaux courantes !» Quel ne fut pas leur bonheur, quand ils virent que Jésus les aimait, qu’il venait souvent, au sein de leur heureuse demeure, leur parler de son royaume de paix et d'amour! O, mes bienaimés ! vous, qui connaissez par votre propre expérience les douceurs de cet amour fraternel que le Seigneur permet à ses enfans de goûter sur la terre, comme un rafraichissement ; vous , qui avez appris de l'Évangile à sentir, à aimer , vous comprendrez quelque chose du bonheur que devaient éprouver Lazare et ses deux sœurs dans ces paisibles et affectueux entretiens avec Jésus qui les aimait, qui leur ouvrait son cœur, qui les avait admis dans les doux liens d’une sainte amitié. Si vous trouvez déjà tant de bonheur dans le commerce de ceux que vous aimez en Dieu, quel ne devait pas être le sentiment ineffable de paix, de félicité, que Jésus laissait toujours dans la demeure de Béthanie, et dans le cœur de ceux qui l’habitaient ! Aussi, voyons-nous que Lazare et ses sœurs aimaient Jésus par-dessus toutes les choses, et s’honoraient de son affection, malgré l’'opprobre du Nazaréen et les persécutions que la haine des principaux du peuple avait déjà soulevées contre Jésus, et ceux qui se reconnaissaient pour ses disciples. Et quand la foule de Jérusalem, excitée par les Pharisiens et les Scribes, « prenait des pierres pour le lapider , » Lazare et

ses sœurs étaient heureux de donner un asile à celui qui, bien qu’il eût créé les mondes , n’avait pas un lieu pour reposer sa tête. Nous avons lieu de croire que Jésus se-retira souvent à Béthanie, jusqu’au dernier moment de ses souffrances , jusqu’au moment où il laissa sa vie pour la rançon des pécheurs. O mon Sauveur ! puisséje ainsi te témoigner mon amour! Mes frères bien-aimés , votre maison est-elle un lieu de refuge pour le nom du Sauveur blasphémé dans le monde ? Le confessez-vous sans crainte, avec amour , au milieu de la génération infidèle ? Son nom est-il connu, prononcé avec vénération , invoqué dans vos familles ? Vos maisons sont-elles des Béthanie quand Jérusalem , quand le monde se prépare à « crucifier, autant qu’il est en lui, le Seigneur de gloire ?’» Ceux qui sont encore étrangers à Vamour du Christ, trouvent-ils dans vos demeures un « autel du témoignage » élevé à sa gloire? Respire-t-on dans vos maisons la paix de la présence du Sauveur? Y voit-on briller la lumière de sa vérité? Oh! sil en est ainsi, mes bien-aimés , vous trouverez Jésus au jour de l’espérance , comme Marthe et Marie le trouvèrent au temps de laffliction. |

Quelle douce union devait exister entre Lazare et ses deux sœurs, malgré la diversité de leurs caractères! L'amour de Jésus était le solide lien qui les unissait, et là où est ce lien, là est le bon-

heur. Ils vivaient sans doute retirés d’un monde qui toujours fut ennemi de Dieu. Jésus et ses disciples, et quelques fidèles Israélites, étaient peutêtre les seuls amis qui vinssent, de temps en temps, interrompre agréablement le silence de la solitude de Béthanie. Jésus aimait Lazare, nous dit saint Jean. Il trouvait en lui une de ces ames si rares dans le monde, qui, ayant reçu et compris sa parole, savent s'ouvrir aux impréssions nobles et pures d’une sainte affection. Cet ami de Jésus était, même au sein de son obscure retraite, bien plus grand, aux yeux du Sauveur, que les héros du siècle dont le nom brille sur les pages des fastes du monde. Lazare était encore dans la force de l’âge, puisque la tradition nous apprend qu’il vécut encore trente ans aprés sa résurrection. On pourrait donc demander comment il se fait que Jésus ne l’appelle pas à le suivre dans le ministère de l’apostolat; comment il laisse son ami dans la solitaire retraite de Béthanie, tandis qu’il appelle Pierre à quitter sa barque et ses filets, et Mathieu, le bureau des impôts, pour en faire des messagers de sa bonne nouvelle? Cette conduite du Seigneur avait sans doute de bonnes raisons. Il sait quelle est la place qui convient le mieux à chacun de ceux qu'il aime, et il l’y appelle. Sa sagesse et sa bonté ne furent point révoquées en doute par Lazare ; qu'il comprit ou non la volonté de son Maitre , il s’y soumettait de bon cœur. « Que m’importe, » pensait-il, « la manière dont il m'appelle

À à lui témoigner mon amour ? Ne voulüt-il de mei d'autre service que celui de lui offrir de temps en temps une humble hospitalité,je me soumets, Voulüt-il même m'appeler à ne le glorifier que par la souffrance, à ne lui rendre gloire que sur un lit de douleur, je sais qu’il ne m'aime pas moins que ceux qui iraient porter son nom el sa vérité devant les gouverneurs et devant les rois. »— Sont-ce là vos sentimens, à vous que le Seigneur appelle à des œuvres de charité et de dévouement, obscures aux yeux des hommes”? Si vous n’êtes appelés qu’à donner un verre d’eau froide, en son nom, ou à partager votre pain avec quelque infortuné qu’il vous présente, ou à dire quelques paroles de consolation à une ame souffrante et ignorée du monde, vous croirez-vous aussi honorés de lui que ceux dont le monde publie les noms en lettres d’or, et qu’il proclame les bienfaiteurs de l’humanité? Ou bien, si le Seigneur vous appelle à le servir par « l’œuvre de la patience » dans quelque grande affliction ou sur une couche de douleur, vous croirez-vous aussi honorés de lui que ceux qu’il appelle à proclamer son nom et son Evangile du haut des chaires ou dans de brillantes assemblées? Ah! souvenez-vous que Dieu regarde au cœur ; qu’il n’a point égard à ce à quoi l’homme a égard. Combien de serviteurs du Christ, ignorés du monde, passent inaperçus le désert de la vie, et ne seront connus que quand celui qui sonde les cœurs déposera sur leur tête, à la face des

honimes et des anges , la couronne incorruptible de gloire!

Marthe , probablement l’ainée des deux sœurs de Lazare, avait, à en Juger d’après quelques traits qui nous sont restés dans l'Évangile, un caractère entièrement différent de celui de son frère ei de sa sœur. Elle était un saint Pierre dans son sexe. Pensée, sentiment, action, tout se confondait en elle dans un même et rapide mouvement. Dès qu'il s’agit de témoigner à Jésus son affection, nous la

voyons active, inquiète, préoccupée, courant à la.

recherche de tous les moyens de bien recevoir un hôte si digne de sa vénération et de son amour. Dès que Jésus arrivait, il fallait que tout fût en mouvement dans la maison ; il fallait que tout fût mis en œuvre poursa réception. Elle ne comprenait pas que lon püt négliger un instant de le servir pour s'asseoir à ses pieds, écouter ses instrucions, le faire parler, le fatiguer, avant qu'il se füt reposé, rafraichi, avant qu’on lui eüt présenté un repas composé des meilleurs mets, Elle était loin encore de comprendre la pensée et les désirs de Jésus; mais elle était sincère et droite dans sa manière de lui témoigner son attachement.

Aussi saint Jean la compte-t-il avec les autres membres de cette famille que «Jésus aimait; » et le Seigneur se contente de lui donner une lecon affectueuse en lui disant avec douceur : «Marthe, Marthe, tu l’inquiètes et tu l’agites pour bien des

sÀ

choses ; mais une seule chose est nécessaire, et Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée (1). »

Marie, en effet, sentait et agissait tout différemment. Elle était le saint Jean de son sexe. Tous ses vifs sentimens étaient imprimés jusque dans les profondeurs de son ame sensible. Elle sentait que son Sauveur seul pouvait satisfaire aux besoins immenses de son cœur aimant. Quand elle le voyait, l’entendait, le monde entier disparaissait pour elle. Étre assise à ses pieds, serrer dans son cœur avec avidité chaque parole qui sortait de sa bouche divine, c'était pour elle le bonheur. Les visites du Sauveur à Béthanie étaient toujours trop éloignées, toujours trop courtes, au gré de ses désirs. Les heures de sa présence s’envolaient avec trop de rapidité ; Marie n'aurait pas voulu en perdre un instant. Comme Marthe, elle aurait bien voulu lui offrir tout ce qu’elle avait de plus précieux, tout ce qu’elle possédait; mais elle savait que Jésus venait bien plus pour donner que pour recevoir , et que celui qui avait méprisé « tous les royaurnes du monde et leur gloire, » ne demandait qu’une seule chose, le cœur de ses disciples. Elle ne se croyait pas capable de lui offrir rien qui füt digne de lui; pas même de

(x) Luc X, 38 ct suiv.

lui témoigner, par des paroles, sa profonde vénération etson amour. Son regard attentif, quelques larmes qui s’'échappent de ses yeux en entendant celui « qui parlait comme jamais homme n'avait parlé; » voilà toute lexpression de ce qu’elle éprouve. Oh! qu’elles sont précieuses à son ame ces heures où elle peut entendre son Sauveur lui parler du grand salut qu'il est venu acquérir à ses rachetés, du pardon de leur Père céleste, de leur réconciliation avec lui, de sa paix, de son amour, de cette meilleure patrie, où il n’y aura plus de misère, parce qu’il n’y aura plus de

péché! | |

Cependant, ce serait se tromper bien grossièerement que de croire que Marie fit consister toute la vie de son ame, tout son amour pour le Sauveur, toute sa religion, dans une oiïsive contemplation, dans un stérile quiétisme. Dans une des dernières visites que Jésus fit à Béthanie , six Jours avant les Pâques, nous dit saint Jean, c’est-à-dire peu de jours avant la mort du Sauveur, il y eut, chez Lazare ressuscité, un souper où était Jésus avec ses disciples. Marthe s’occupait à le servir, selon sa coutume, et Marie, toujours remplie de la pensée de son Sauveur, prit une huile d’un parfum de grand prix, en oïgnit les pieds de Jésus, et les essuya de ses cheveux. Elle en fut blâmée par Judas, qui, disait-il, aurait voulu en donner le prix aux pauvres. « Laisse-la faire, » lui dit

Jésus, « elle la gardé pour le jour de l'appareil de * ma sépulture. Vous aurez toujours des pauvres avec vous ; mais Vous ne m’aurez pas toujoufs. » N’était-ce pas dire assez que celle dont l’ame était si pénétrée d'amour pour son Sauveur, saurait bien trouver dans cet amour la source de toutes les bonnes œuvres? Ah! voilà le principe de toute vie chrétienne, de toute bonne œuvre, de toute sanctification : l’amour d’un cœur régénéré, Pamour pour celui qui nous a tant aimés que de nous sauver, l'amour sans lequel toute religion n’est qu'un mot vide de sens , un arbre stérile qui ne peut porter de fruits, un sol aride qui ne saurait rien produire. « Celui qui n’aime pas ne connait pas Dieu. » Ce serait donc vainement que nous prétendrions être disciples du Christ, parce que nous portons son nom, parce que nous faisons quelque bien, parce que nous prenons même un intérêt actif à l’avancement de son règne, parce que, comme Marthe, nous nous occupons « de bien des choses. » Si nous ne portons pas dans notre cœur cet amour qui nous fait rechercher la communion de Dieu dans la prière, qui nous fait aimer sa parole, comme l’aimait Marie; cet amour qui change notre cœur et fait de nous de nouvelles créatures ; cet amour qui seul déracine l’égoïsme , nous fait renoncer à nous-mèmes ; cet amour qui ne périra jamais , qui subsistera quand tout aura passé, qui sera l'élément de léternelle félicité ; si nous n’avons pas cetamour dans le cœur,

« en vain parlerions-nous toutes les langues des hommes et même des anges, en vain aurions-NOUS le don de prophétie, en vain connaïtrions-nous tous les mystères, en vain distribuerions-nous nos biens aux pauvres, en vain livrerions-nous nos corps pour être brülés; » sans cet amour ( c’est la parole de Dieu qui nous le déclare } « tout cela ne nous servirait de rien; nous ne serions que l’airain qui résonne ou la cymbale qui retentit. » Tout cela ne nous servirait de rien à la grande journée du Christ, là où tout a pris fin, excepté l'amour. O mes bien-aimés! qui que nous soyons,

prenons, de l’exemple de Marie, occasion de nous,

demander sérieusement, devant Dieu, ce qu’est notre religion , ce qui fait la vie de notre ame, le sujet de nos espérances , le motif de nos actions. Si nous aimons le Sauveur, si nous avons en lui la foi opérante par He si notre cœur lui ARPAFHEN ES tout est bien. Si nous n’avons pour lui. qu’une froide indifférence, tout est mal, éternellement mal,

Telle était l’heureuse famille de Béthanie. Tous les membres de cette famille étaient aimés de Jésus ; tous l’aimaient, et tous par conséquent s’aimaient mutuellement. C’est un doux bien des ames que l’amour de Jésus. Dans cette étroite union tout est nécessairement en commun , plaisirs et peines, joies et douleurs , espérances et craintes. Depuis long-temps peut-être cette famille

vivait paisiblement, dans l’heureux sentiment dé l'amour de Jésus. Mais hélas ! elle vivait dans un monde de misères , elle doit s'attendre à souffrir ! Un sombre nuage vient en effet soudainement obscurcir son horizon et lui annoncer un terrible orage. Mais les membres de cette famille ont d’avance soumis leur cœur à l’amour de Jésus, ils sauront donc « porter les fardeaux les uns des autres. » Ils connaïitront aussi que c’est dans l’épreuve que le Seigneur multiplie le plus les témoignages de son amour et de sa grace. Qu’auraientils à redouter? Jésus est leur ami!

Pères et mères de famille, frères et sœurs, vous que Dieu a unis sur la terre par les plus puissans liens, vous qu’il a appelés à accomplir ensemble votre pélerinage terrestre, ne trouvez-vous rien dans lhumble demeure de Béthanie qui puisse être offert à votre imitation, et qui soit pour vous digne d'envie’ Connaissez-vous, par votre expérience, cette affection chrétienne qui, dans la main de Dieu, contribue si puissamment à adoucir tout ce qu'il y a de plus amer? Est-ce en Jésus que vous vous aimez. Son amour est-il le lien sacré et indissoluble qui unit vos ames pour l'éternité ? Sa paix règne-t-elle dans vos familles, comme dans la famille de Béthanie ? S’il en est ainsi, nous n’en doutons pas, vous trouverez du plaisir, de l'édification à suivre avec nous les expériences douloureuses, commetaussi les consolations et les

joies de Lazare et de ses sœurs. Vous y apprendrez comment les amis de Jésus se conduisent dans l'épreuve. Puissiez-vous y apprendre aussi à lui donner votre cœur |

MÉIDIFATEHON AH

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