LAZAPE MALADE. — LA GLOIRE DE DIEU
« Ses sœurs donc envoyèrent vers lui pour lui dire ; « Seigneur , voici, celui que tu aimes est malade. »— Et Jésus, l'ayant entendu, dit: « Cette maladie n’est point à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle.» JEAN XE,3.4.
L'état actuel de l'humanité serait pour nous une énigme incompréhensible, si la Révélation ne nous en eut donné le mot, dans ce peu de paroles : « Par un seul homme , le péché est entré dans le monde , et, par le péché, la mort. Or, la mort a régné sur tous les hommes, parce que tous ont péché. » Telle est l’histoire de la race déchue d'Adam. Voilà le mot de cette inconcevable énigme qu’elle nous présente dans tous les siècles, dans tous les climats. Si j'ouvre les Annales des siècles qui, jusqu’à nous , se sont engouffrés dans le passé, qu'y vois-je? une succession non interrompue d'êtres qui paraissent un instant sur
cette scène qu'on appelle la vie, qui annoncent leur naissance par des cris de douleur, qui terminent leur carrière par l’agonie et la mort... C’est un berceau arrosé de larmes , et, bientôt après, une tombe, funèbre séjour de dissolution ! Et entre ces deux actes de douleur, qu'est-ce qui remplit les scènes de ce triste drame? Hélas! nous n'avons pas besoin, pour le savoir, d'aller consulter les pages de l’histoire du genre humain; nous n'avons qu'à regarder autour de nous, qu’à voir et qu’à entendre. À peine quelques rayons de lumière , échappés comme au hasard, viennent répandre, çà et là, quelque pale clarté sur le sombre tableau qui se déroule sous nos yeux.
Partout nos regards sont frappés par la vue d’êtres souffrans , en proie à mille misères, à mille angoisses, à mille douleurs. Tous les échos répetent la plainte de l’homme afiligé, et le cri de douleur que lui arrache un mal universel qui le dévore. Des volumes suffisent à peine pour indiquer le nom et les symptômes de toutes les maladies qui semblent se conjurer pour répandre l’amertume sur des jours si courts , qui semblent se disputer le sinistre privilége d’entrainer l’homme dans la tombe, de le confondre avec la poussière des sépulcres. Et, comme si toutes ces nmusères ne suffisaient pas, l’homme semble avoir pris à tâche de les multiplier par sa méchanceté, sa dureté, ses crimes. En vain voudrions-nous détourner nos regards de ce triste spectacle pour
nous persuader qu'il n'existe pas ; en vain voudrions-nous , partisans d’un optimisme insensé , voir la lumière là ou sont les ténèbres ; le doux, là où est l’amer ; le bien, la où est le mal! En vain voudrions-nous , armés d’une stoique insensibilité, élever un boulevard entre nous et le mal qui nous entoure , nous en devenons nous-mêmes la proie, ét bien que, peut-être, nous ayons refusé de reconnaitre que « toute chair est comme l’herbe, et toute la gloire de l’homme, comme la fleur d’un champ qu’un même jour voit naître, se faner et périr, » nous tombons nous-mêmes; et (Ô comble de misères! )notre chute est le seul argument qui nous convainque de la vanité de notre être! Si, du moins, nous nous hâtions de reconnaître humblement le mal, d’en étudier la cause , d'y chercher un prompt remède! O folie ! nous marchonssur destombeaux, etnous oublions la mort, et le jugement, et l'éternité! Nous faisons à peine quelques pas dans les rues de cette vaste cité, sans y rencontrer quelqu'un de ces cortéges de la mort qui accompagne à sa dernière demeure l’un de nos semblables, et nous oublions que bientôt notre société la plus brillante ou la plus intime sera transformée pour nous en un tel cortége |
Mais non, va nous dire un de nos compagnons de misères, non, Je ne me fais pas ainsi illusion ;
hélas! je ne sens que trop bien ces maux d’une misérable vie ; j'en suis accablé : mais que faut-il que je fasse?
Mon frère, venez, entrons dans une famille chrétienne affligée. Peut-être y trouverez-vous une réponse à votre question ; peut-être , oh ! veuille le Seigneur qu’il en soit ainsi ! peñt-être, après avoir gémi du mal, vous réjouirez-vous d’avoir trouvé la source du remède. C’est auprès du lit de douleur d’un être souffrant que je vais vous conduire. Approchez sans frémir , et puissiez-vous recevoir instruction |
Nous avons appris à connaître, dans une précédente méditation, la famille de Béthanie, qui vivait en paix, heureuse de l'affection distinguée dont l’honorait Jésus. Nous allons y suivre notre évangéliste. Lazare est atteint d’une dangereuse maladie : c’est tout ce que nous dit saint Jean. Doué d’une ame aimante et compâtissante, il ne juge pas nécessaire de nous en dire davantage ; il pense que nous saurons nous représenter cette famille, intimement unie, frappée d’un coup si sensible ; il sait que nous partagerons l’inquiétude de Marthe et la douleur de Marie. |
Lazare est malade, il souffre. Quoi! lui qui est un disciple bien-aimé du Christ; lui que Jésus appelle son ami; lui qui aime le Sauveur , il n’est
donc, pas plus que les autres hommes, exempt des misères de, la vie, de la douleur, de la maladie! — 11 y a peut-être deux classes de personnes qui font ces réflexions et qui y trouvent «une pierre d’achoppement » pour leur foi. Les unes , semblables à ces disciples égoïstes qui suivaient Jésus, non parce qu’ils croyaient en lui, non parce qu’ils laimaient, mais « parce qu'il avait muluplié les pains, » ne recherchent dans l'Évangile que des avantages et des consolations terrestres , un remède temporel à des maux imévitables, un aliment pour leur sensibilité, une jouissance égoïste des charmes qu’offre la religion pleine d’amour de Jésus-Christ. De tels hommes consentiraient à vivre pour le monde et leurs passions, tant qu'ils se trouvent heureux de ce genre de vie,et ne considérent ce qu’ils appellent « les consolations de la religion » que comme une dernière réserve en cas de malheur, ou comme ces assurances contre l'incendie que l’on achète d'avance, et auxquelles on ne repense guère que lorsque la maison est brülée. Tout sacrifice qui crucifie l’homme charnel leur est trop à charge; toute épreuve, par laquelle Dieu veut les détacher d'eux-mêmes et les sanctifier pour son royaume, n’entre point dans leurs calculs, ni dans leur religion, et aussi ne trouve point leur ame soumise. Insensés! que pensezvous alors trouver à la suite de Jésus? Pensezvous que, recourant ainsi à lui sans lui donner
voire cœur, êt comme à un pis-aller, vous serez délivrés de vos misères terrestres, comme par miracle? Pensez-vous qu’il multipliera les pains, qu'il vous rendra inaccessibles à la pauvreté, à la douleur, à la maladie, à la mort? Ah ! détrompezvous : vous voyez Lazare , ami de Jésus, malade et souffrant. Apprenez, auprès de son lit de douleur, à mieux connaître la nature de l'Évangile, et de ce que vous devez y chercher. Si vous n’avèz pas appris à aimer Jésus comme sauveur, vous ne le trouverez pas comme consolateur. Vous trouverez son joug difficile et son fardeau pesant. Quand, au jour de l'épreuve, vous ouvrirez cette
Bible que vous aviez si long-temps négligée, et
que vous y lirez: « Si quelqu'un ne prend chaque jour sa croix et ne me suit, il ne peut être mon disciple ! » « Si quelqu'un aime son père ou sa mère, ou ses frères, ou ses sœurs plus que moi, il n’est pas digne de moi, » serez - vous consolés ? serez-vous satisfaits ? aurez-vous trouvé ce que vous cherchiez dans l'Évangile? Toutefois, vous n’y sauriez trouver autre chose, tant que vous n’aurez pas appris à aimer Jésus , tant que vous ne lui aurez pas donné votre cœur, tant que son amour ne vous aura pas rendu son joug doux et son fardeau léger , tant que vous ne le suivrez
que par un égoïsme terrestre, et pour qu'il mul-
tiplie les pains. Nous croyons que cette piété égoïste, sans dévouement pour le Sauveur, ne se trouve pas chez les gens du monde, qui mont
qu’une religion de circonstance. Mais nous som mes, de plus, persuadés que de telles « racines d’amertume » bourgeonnent encore däns un grand nombre de chrétiens qui, sans s’en douter, peut-être, ne cherchent dans l'Évangile * que leur propre satisfaction, et qui abandonne= raient leur Dieu sauveur le jour où ils pourraient espérer d’être heureux sans lui, sans sa grace, sans les charmes de sa doctrine, et les consolaüons de sa parole. — Nous étonnerons-nous , après cela, du peu de progrès que nous faisons dans Vamour véritable, dans le dévouement à Jésus et à sa cause, dans la sanctification « sans laquelle personne ne verra le Seigneur? »
D’autres personnes sont exposées à tomber dans une autre erreur , en voyant les amis de Jésus soumis aux souffrances, aux misères de la vie. Semblables à Asaph (r), elles s’en scandalisent. Comment se fait-il, disent-elles dans leur cœur troublé, comment se fait-il que Dieu abandonne son enfant à toutes ces épreuves, tandis que tel homme du monde, qui vit dans loubli de Dieu , et comme sil n'avait pas une ame immortelle à sauver, jouit de ce que les hommes appellent le bonheur? « J'ai porté envie aux insensés, en voyant la prospérité des méchans. Ils ne sont
point en travail avec les autres hommes; ils ne
()aPs.,73.
sont point battus avec les autres hommes. » C’est pourquoi son peuple considère cela, êt ils disent: « Comment le Dieu fort connaïtrait-il’ et comment y aurait-il de la connaissance dans le Très-Haut? Voici, ceux-ci sont méchans , et étant à leur aise en ce monde, ils acquièrent de plus en plus des richesses. C’est donc en vain que J'ai purifié mon cœur , que j'ai lavé mes mains dans l’innocence. Car j'ai été battu tous les jours , et mon châtiment revenait tous les matins ! » Heureux encore si, semblable à la femme de Job, on n’en vient pas jusqu’à dire à l’enfant de Dieu dans la souffrance: « Conserves-tu encore ton intégrité? Bénis Dieu , et meurs! »
Hélas ! tout aussi bien que ces consolateurs fàcheux, nous savons que le sentier que parcourt l'enfant de Dieu , à travers le désert, est dur et épineux; nous savons que souvent, accablé du poids d’un pesant fardeau, il parait soupirer en vain après la délivrance; que, pour lui, la vie est souvent un temps continuel de combats et de douleur. Souvent il lui semble que sa plainte ne peut parvenir Jusqu'à son Dieu, parce qu’une atmosphère accablante , semblable à de sombres nuages, borne sa vue et ne laisse pas même un rayon de bienfaisante espérance parvenir jusqu’à son cœur affligé. Etquand nous l’entendonss’écrier d'une voix affaiblie par la douleur : « O Eternel! je Uinvoque du fond d’un abime ! comme le cerf
brame après les eaux courantes, ainsi mon ame soupire ardemment après toi, Ô mon Dieu! Mon ame a soif de Dieu. Oh! quand entrerai-je et me prosternerai-je devant la face de mon Dieu ? » quand, dis-je , nous entendons cette voix plaintive, qui , si souvent dans la vie, vient frapper nos oreilles , elle arrive au fond de notre cœur et en fait frémir douloureusement toutes les cordes.
Mais, Ô pauvre mortel! être souffrant! ne connaissez-vous donc aucun côté consolant dans la douleur’ Méconnaissez-vous donc entièrement « la verge et la main qui l’a assignée? » Les desseins de Dieu vous sont-ils donc cachés ? Les promesses de Dieu ne disent-elles plus rien à votre ame? Qu'est devenue votre foi? Où est votre espérance? Dieu n’est-il plus amour? Ne voyez-vous pas qu'il veut vous sauver comme « le tison qu’on retire du feu; » qu’il vous demande votre cœur, et que , parce que vous ne voulez pas le lui donner tout entier, il brise à grands coups les chaines qui retiennent loin de lui ce cœur qui lui appartient à tant de titres, et que ce sont ces coups de son amour qui retentissent si douloureusement Jjusque dans les profondeurs de votre ame accablée ? Oh ! que le regard de votre foi perce , comme l’œil de l’aigle, le sombre nuage qui enveloppe votre cœur , et au-delà vous apercevrez ayec bonheur celui qui vous à tantaimés que de vous sauver, et qui vous tend encore les bras de son amour infini.
Voilà précisément l'exemple que nous donne aujourd’hui la famille de Béthanie. Que font Marthe et Marie dans l’affliction ? Sans doute, elles commencent par prodiguer à un frère bien-aimé qui souffre tous les soins qu’une tendre affection est ingénieuse à inventer. Elles n’ont rien de commun avec ces ames insensibles à la douleur des autres, qui s’éloignent d’un lit de souffrance ou d’une maison de deuil, et qui n’ont Jamais frémi à l’ouie des plaintes du malheureux. Non, nous aimons à nous représenter Marthe recherchant, avec son empressement et son activité ordinaires, tous les moyens d'offrir à un frère qu’elle aime quelque soulagement; ne goütant ni jour ni nuit de repos, jusqu’à ce qu’elle ait tout essayé, tout mis en usage. Nous aimons plus encore peut-être à nous représenter Marie assise au chevet de son frère, attentive à prévenir ses moindres désirs, trouvant dans son ame profondément sensible et compatissante mille moyens de lui prouver qu'il ne souffre pas seul, qu’elle partage sa douleur ; saisissant, avec le tact délicat d’un vrai amour, le moment de placer un mot de consolation qui arrive au cœur, parce qu'il part du cœur. Nous aimons à nous représenter ainsi cette famille.
Mais ce ne sont là encore , pour le chrétien, que les moyens humains d’être utile à ceux qu'il aime, lorsqu'ils sont dans la souffrance. Marthe et Marie ne s’en tiennent pas là. Saint Jean ne nous parle
pas même de leur empressement à soigner leur frère; il ne pense pas que l’on puisse supposer ces deux sœurs , que Jésus aimait , agissant envers leur frère autrement que sous l'impression de la plus ardente charité. Mais voici ce qu’il nous dit, ce qu’il parait se plaire à raconter : « Ses sœurs donc envoyèrent vers lui pour lui dire : Seigneur’, celui que tu aimes est malade! » Quelle conduite! quelle prière! « Ses sœurs envoyerent vers lux. » Est-ce ainsi que vous agissez dans l'épreuve, Ô disciples du Christ’ Ne vous voit-on pas, avant tout,raconter vos maux et vous en-plaindre à tous vos proches , à vos voisins, à vos amis , avant que vous en ayez dit un seul mot à Jésus? Ne vous voit-on pas courir çà et là avec inquiétude pour chercher du secours , et oublier la source de toute grace excellente et de tout don parfait’ Ne vous voit-on pas vous agiter, pleurer avec amertume, et oublier celui qui a dit : « C’est moi, c’est moi qui console ! » Ne vous voit-on pas, quand quelqu’un de ceux que vous aimez est malade, attendre tout des talens d’un médecin, des remèdes qu’il prescrit, des soins que vous donnez, et oublier dans votre trouble celui qui blesse et qui guérit; qui fait vivre et qui fait mourir; qui fait descendre au sépulcre et qui en fait remonter, et qui s'appelle le Prince de la vie ? Ah! pourquoi donc, quand la maladie et la mort viennent apporter dans vos familles la douleur et le deuil, pourquoi vous étonneriez-vous de ne trouver au-
tour de vous qu’une amertume qué rien n’adoucit, qu’un vide affreux que rien ne remplit, qu’une misère dont rien ne vous console? Jésus était le seul ami qui, alors, eût pu parler à votre ame de consolation et de paix; mais Jésus, vous l’avez oublié, vous ne l’avez point appelé à votre secours. Oh! n'est-il pas vrai qu’alors on peut dire de vous comme de l’ancien peuple de Dieu
« Mon peuple a fait deux maux : ils ont abandonné la source des eaux vives, pour se creuser au désert des citernes crevassées quine contiennent point d'eaux. » « Eternel ! toi es l'attente d'Israël et son libérateur au temps de la détresse; pourquoi serais-tu en la terre comme un étranger, et comme un voyageur qui s'arrête pour passer la nuit’ Pourquoi serais-tu comme un homme étonné et comme un homme fort qui ne peut délivrer?
Et cependant tu es au milieu de nous, Ô Éternel ! et ton nom est réclamé sur nous ; ne nous abandonne point ! »
Elles agissent bien autrement les sœurs de Lazare; elles envoient à Jésus; et que lui demandent-elles? À peine est-ce une prière qui s’échappe de leur cœur affligé. Elles croient à l'amour de Jésus et à la toute-puissance qui lui a été donnée au ciel et sur la terre ; elles savent que jamais la plainte de laffligé n’est parvenue inutile à son cœur compatissant; elles savent qu'il a tendu , à tous les êtres malheureux qui sont venus à lui,
une main secourable ; c’est assez pour leur cœur : «Seigneur, disent-elles, celui que tu aimes est malade !» — Quelle confiance ! quelle foi ! quel abandon ! quelle touchante prière! — O mes bien-aimés , si vous connaissez ainsi le Seigneur. Jésus ; si vous avez trouvé en lui le puissant sauveur de votre ame; si vous savez que vous lui appartenez, qu'il vous aime; $1 vous savez, par votre foi en sa parole, que rien ne peut vous ravir son ‘éternel amour , vous irez à lui, dans vos épreuves, avec la confiance de Marthe et deMarie. Celui qui est votre sauveur sera aussi voire consolateur; vous serez assurés que «celui qui vous a donné son fils vous donnera aussi toutes choses avec lui; » et, a la pensée de cette éternité de bonheur qu’il vous a acquise et donnée gratuitement, vous aurez honte de « vous abattre Jamais en perdant courage, » et de vous défier de sa fidélité etde son amour durant les courts instans qui vous séparent encore de cette éternité. Alors, dans toutes vos épreuves de corps ou d’ame, vous n'aurez besoin, pour vous-mêmes ou pour ceux que vous aimez, que de ce mot si simple, si touchant, si sublime : « Sergneur , celut que tu aimes est malade! » — Ouvrez ainsi votre ame à Jésus ; exposez-lui simplement vos misères : c’est assez pour toucher son cœur de compassion ; dites-lui, dans tous vos besoins, dans toutes vos souffrances ou dans les maux de ceux qui vous sont chers :« Seigneur, celui que tu aimes »éprouve
une angoisse mortelle ; « celui que tu aimés» est en proie à des tentations, à des doutes; «celui que tu aimes » gémit de sa faiblesse, deson peu d’amour pour toi, de sa lâcheté dans ton service, du péché qui est encore en lui; « celui que tu aimes est malade ! » — Ah! si ce n’est pas ainsi que vous. aimez vos frères ; si ce n’est pas pour les présenter à Jésus, pour les lui amener, comme par la main, pour lui dire, à chaque nouvelle misère que vous découvrez en eux, ou à chaque peine dont vous. les voyez souffrir : «Seigneur, celui que tu aimes est malade ! » si ce n’est pas ainsi que vous aimez vos frères, soyez-en sûrs, vous ne les aimez pas du tout, ou vous les aimez mal.
« Cette maladie n’est pas à la mort, répond Jésus, mais pour la gloire de Dieu , et afin que le fils de Dieu soit glorifié par elle.»
Quelle réponse! quelle mystérieuse réponse ! Nous nous attendions qu’aussitôt après avoir entendu les messagers de Marthe et de Marie, Jésus se lèverait et dirait à ses disciples, comme il ne le fait que plus tard : Montons en Judée ; allons à Béthanie , allons porter du secours à Lazare notre ami. À! n’en est point ainsi. Jésus fait une réponse difficile à comprendre , réponse que les théologiens de tous les temps ont expliquée cha-: cun à sa manière , réponse aussi propre à exercer la foi des sœurs de Lazare que la sagacité des com-
mentatéeurs. Quoi! a-t-on dit, «cette maladie n’est point à la mort !»—Mais Lazare ne mourutil pas de cette maladie ? Jésus se serait-il trompé? et sinon, que veut-il dire? Cette maladie n’est point à la mort, mais pour la gloire de Dieu , et pour que le fils de Dieu soit glorifié par elle... Et Lazare meurt et descend au sépulcre ! Est-ce donc de la tombe que le fils de Dieu veut tirer sa gloire et sa louange ? — Quelle épreuve pour la foi des sœurs de Lazare ! Ne tomberont-elles pas dans le doute , dans la défiance, dans l’incrédulité? La suite de l’histoire que nous méditons nous expliquera tout ce qu'il y a là d’obscur , comme elle Pexplique à Marthe et à Marie ; en attendant, Ô mon ame, recois instruction ; apprends à adorer les dispensations de ton Dieu , alors même qu’elles sont encore enveloppées d’un voile obscur! «Les pensées de l'Eternel ne sont pas nos pensées; ses voies ne sont pas nos voies ; Car autant les cieux sont élevés par-dessus la terre, autant ses pensées sont élevées par-dessus nos pensées, et ses voies par-dessus nos voies. » Marthe et Marie ne parlent à Jésus que de la maladie de leur frère; Jésus, répondant en prince de la vie qui a domination sur la mort et le sépulcre, ne parle que de la gloire de Dieu et de la gloire du fils de Dieu. — Quelle lecon pour nous, 6 mes bien-aimés frères ! Dans nos vues étroites et bornées, nous ne voyons que le moment présent ; Christ voit, dans ses dispensations envers nous, nos
destinées éternelles. Nous ne voyons que les besoins qui nous pressent , la délivrance après laquelle nous soupirons avec larmes ; Christ voit une fin éternelle qu’il nous veut faire atteindre par des sentiers qui nous sont inconnus. Nous ne voyons que notre corps terrestre et mortel ; Christ voit notre ame immortelle. Nous ne voyons que le temps; Christ voit l’éternité , et par-dessus toutes choses , et en toutes choses, la gloire de Dieu. — Qui que nous soyons , quel que soit notre état, notre rang dans le monde, nous ne pouvons avoir, comme l’immensité de la création tout entière, qu'une seule destination pour laquelle tout a été appelé à l'existence : /a gloire de Dieu, la gloire du Fils de Dieu!
Or, si nous pouvions enfin comprendre cette importante vérité; si elle pouvait enfin remplir notre cœur, posséder notre ame tout entière, bientôt nous verrions disparaitre ce petit et misérable égoïsme qui nous fait tout rapporter à nousmêmes , qui fait de nous notre propre idole, qui est la source de toutes nos misères. Bientôt nous sentirions que nous devons nous consacrer, avec tout ce que nous avons , en sacrifice vivantetsaint, à la gloire de Dieu, à la gloire du Fils de Dieu. Bientôt nous renverserions ces idoles que nous avons élevées sur le trône de notre égoisme, et nous en ferions hommage à la gloire de Dieu.
Bientôt nous foulerions aux pieds le monstre hi-
deux de notre orgueil, pour donner toute gloire à celui qui nous a créés et sauvés. Bientôt nous nous hâtérions d’arracher à nous-mêmes et à tout ce qui est humain , jusqu'au dernier fleuron de cette couronne qu'a usurpée notre orgueil , et nous la placerions tout entière sur la tête divine du Fils de Dieu. Bientôt enfin , nous serions rentrés dans l’ordre éternel de Îa création !
Et que nous importe la manière dont Dieu veut nous faire atteindre cette fin sublime? Lazare est couché sur un lit de douleur; c’est là qu’il doit servir à la gloire de Dieu, tandis que saint Jean et saint Paul proclameront cette même gloire en prêéchant le scandale de la croix de Jésus-Christ. Lazare meurt, il descend dans la tombe, et c’est cette mort, cette tombe, qui doit proclamer la gloire du Fils de Dieu, tout aussi hautement que le firent tous les mondes de ce vaste univers, lorsqu'ils jaillirent par torrens de sa main créatrice. Oh! apprenons à connaître Dieu ! Souvenonsnous qu’il n’a pu assigner à notre existence d’autre but que sa gloire , et que, pour nous, ie glorifier, c'est accomplir et adorer sa volonté souveraine, qui toujours est « bonne et parfaite. » Souvenonsnous enfin que nous pouvons accomplir et adorer cette volonté sur un grabat, au sein de la souffrance et des renoncemens, tout aussi bien que dans la carrière la plus brillante. Hélas ! nous sommes si aveugles, nous sommes si accoutumés à
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Quelle pensée solennelle ! Il faudra qu’à l’accomplissement des temps, tout ce qui jamais fut appelé à l’existence proclame , à la face de Punivers, la gloire de Dieu, ou en entonnant, avec toutes les intelligences pures des cieux, l’hymne de son éternel amour , ou en rendant , avec tous les réprouvés de l’abime, le désespérant témoiïgnage que Dieu est juste quand il condamne. O mon Dieu! je me prosterne dans la poudre ; je me hâte, tandis qu’il en est temps encore, de déposer à tes pieds ma volonté rebelle, en m'écriant : Gloire à toi! Et la prière de mon ame est que toutes les pensées, toutes les affections
es,
de mon cœur, comme tous Îles actes de ma vie, répètent devant tous : Gloire à toi! et que le dernier soupir de ma voix expirante aille encore porter au pied de ton trône éternel ce cr1 d’adoration et d’amour : Gloire à toi! Gloire
à toi !!!
MÉDARATEON HHXe