L'AMOUR DE JESUS ET L'ÉPREUVE DE LA FOI
« Et Jésus aimait Marthe et sa sœur, et Lazare. Et après qu'il eut appris que Lazare était malade, 1l resta encore deux jours au lieu où il était. »
« Seigneur, celui que tu aimes est malade! »
Telle avait été la touchante priere de Marthe et de Marie dès que leur frère fut atteint d’une douloureuse maladie. « Cette maladie n’est point à la mort, avait répondu Jésus, mais pour la gloire de Dieu , et afin que le Fils de Dieu en soit glorifié. » Sur cette réponse, les sœurs de Lazare espèrent et attendent. Notre historien nous conduit maintenant au-delà du Jourdain, dans le cercle de Jésus et de ses disciples, où nous allons le suivre et l'écouter, jusqu’à ce que l’Evangéliste nous ramène à Béthanie, sur le tombeau de Lazare.
Saint Jean va continuer son récit en nous ap-
prenant que son Maître, toujours si prompt à répondre au cri de l’affligé, resta, contre toute attente, encore deux jours au lieu où il était, bien qu'il eut appris la maladie de celui qu'il nomme « son ami. » Mais ce disciple bien-aimé du Seigneur connait la pente naturelle de notre pauvre cœur à juger promptement, avec précipitation et témérité, les voies du Seigneur. Il sait combien facilement nous doutons de amour d’un Sauveur qui pourtant nous en a donné tant de preuves. Il sait combien facilement nous nous croyons oubliés de lui, rejetés, délaissés. Il sait combien peu nous sommes persévérans dans la prière et dans la confiance, dès que nous ne voyons pas nos vœux exaucés aussitôt et de la manière dont nous l’attendions ; il connait toute notre ingratitude : voilà pourquoi, avant même de nous apprendre que Jésus reste encore deux jours au lieu où il était, avant de nous dire cette conduite mystérieuse du Sauveur qui pourrait être décourageante pour des êtres si naturellement incrédules, son cœur aimant le presse de justifier l’amour de son Maitre ; il veut nous ôter tout prétexte de jugement téméraire ; il veut nous faire jeter un regard dans le cœur même de Jésus; il nous en dévoile les généreuses affections : «Jésus, dit-il, Jesus aimait Marthe et Marie , et Lazare. » Quelle délicatesse exquise ! quel amour ! quelle connaissance profonde de nos passions, de nos infirmités , de nos misères, nous découvrons chez
ce disciple! Avant même de nous montrer les actions de son Maitre, il voudrait toujours nous en faire pénétrer le motif ; il voudrait que nous connussions le cœur de Jésus comme il le connaissait lui-même, persuadé que nous trouverions dans cette connaissance mille motifs d'aimer, d’adorer ses dispensations envers nous, quelque mystérieuses, quelque tristes qu’elles nous paraissent au, premier abord. Qui aura la témérité d’accuser l'ami de Lazare de négligence envers la famille de Béthanie dans l’affliction, bien qu'il tarde deux jours à leur porter les secours de sa toutepuissance , quand son disciple bien -aimé a eu soin de nous dire à l'avance : « Jésus aimait Marthe et Marie, et Lazare? »
O mon frère bien-aimé , disciple de Christ, qui gémissez dans la souffrance, lors même que vous n’avez pas toujours à vos côtés un saint Jean pour vous répéter que Jésus vous aime , douterez-vous de cet amour, quand, dans les vues insondables de sa sagesse , il ne répondra pas tout de suite à votre prière? Non, vous vous souviendrez qué son amour est toujours le même; que cet amour se manifeste aussi bien dans l’épreuve que dans le bien-être; vous espérerez, vous attendrez! Et pourquoi ne trerions-nous pas ici la même leçon pour ce qui concerne nos amis chrétiens sur la . terre? Il arrive souvent que nous ne comprenons pas leur manière d’agir envers nous; il nous
semble qu'ils nous négligent, qu’ils ne répondent pas à notre affection, qu’ils ne compatissent pas assez à nos épreuves, qu'ils... Ah! gardons-nous de juger leur amour, nous nous en repentirions avec amertume ; ouvrons plutôt notre ame à la confiance , qui est l’élément de toute amitié véritable ; disons-nous qu’ils nous aiment, et attendons !
Jésus aimait Marthe et Marie, et Lazare ! W y à dans cette parole tout un monde de félicité. Ætre aime de Jesus ! tout ce que le monde appelle bonheur päalit devant une telle pensée. Je vois un ambitieux insensé tressaillir de joie quand on lui apprend qu’il est aimé d’un grand de la terre dont il briguait la faveur; il lui semble que tout pour lui change de face, qu’un nouveau soleil de félicité se soit levé sur sa vie et vienne luire sur le jour d’un parfait bonheur... Hélas! un caprice de celui en qui il a placé sa trompeuse espérance a suffi pour le plonger dans les ténèbres du découragement; un instant a suffi pour que la joie de son cœur fit place à l’amertume et à la plainte!
Je vois un autre insensé attendre sa félicité de quelque être trop aimé dont il s’est fait une idole. On lui apprend qu’il en est aimé... Aussitôt il voit tous ses rêves de bonheur réalisés ; il sent son cœur bondir de joie. Jacob ne voyait pas avec plus de bonheur s'approcher la fin des quatorze
années d’esclavage auxquelles il s’étaitsoumispour Pamour de Rachel... Hélas ! l’inconstance du cœur humain ou l'instabilité de la vie va briser son idole, anéantir ses espérances, remplir son cœur d’une amère douleur. Une tombe, qu'il arrosera de ses larmes, sera peut-être tout ce qui lui restera de ses rêves de bonheur ! Je vous appelle en témoignage; n'est-ce pas là l’histoire de votre cœur ? n'est-ce pas là ce que vous pouvez observer chaque jour dans les sociétés les plus brillantes de cette vaste cité, comme on l’observe, avec des dehors plus humbles , dans la cabane de l'artisan et dans la chaumière de l’habitant des campagnes ?
Mais, à Jésus ! 6 mon Sauveur! qu'il est différent le sort de ceux que tu aimes! Tu es toujours le même, hier, aujourd’hui, éternellement. Tu es toujours puissant pour bénir, pour remplir le cœur de ceux que tu aimes, de paix, de joie, de bonheur! Et non-seulemert tu es le Dieu toutpuissant, tu es Sauveur; mais ton amour c’est le salut!' tu es venu acquérir à tes bien-aimés, non pas quelques instans passagers d’un bonheur toujours mélangé d’'amertume , mais une éternité d’une félicité que de pauvres mortels ne peuvent concevoir ! L’amour dont tu m'aimes est éternel comme toi, et c’est ce même amour qui fera, dans l’éternité, l'élément de mon bonheur !
O heureuse famille de Béthanie! heureuse Marthe! heureuse Marie! heureux Lazare! vous êtes aimés de Jésus, que vous faut-il de plus pour le bonheur! Que vous font ces épreuves, cette maladie, cette mort , ce deuil auxquels vous allez être exposés ! vous êtes aimés de Jésus!
Pauvres mortels que nous sommes! nous aimons souvent ce que nous connaissons à peine. Nous ne lisons pas dans les cœurs, nous ne voyons que les dehors. Souvent, quand nous avons donné notre confiance à quelque être qui nous en paraissait digne, toutes nos espérances sont décues, notre attente est trompée; souvent aussi quand nous recevons de ceux qui nous sont chers des témoignages de leur affection, un secret sentiment de notre indignité nous force à dire tout bas : Hélas! s'ils me connaissaient mieux! mais Jésus, mais celui dont il nous est dit qu’il aimait Marthe et Marie , est celui « qui sonde les cœurs et les reins. » Quel témoignage pour eux! Quel privilége que le bonheur d’être aimé de celui qui lit, au fond du cœur, les pensées, les inclinations, les affections les plus secrètes! Ah! il fallait donc que Lazare et ses sœurs eussent, non pas mérité son amour, car hélas! à ce prix, Jésus n'aurait pas trouvé, dans toute la race d'Adam, un seul être qu'il eût aimé; mais du moins il fallait que leur cœur füt réellement ouvert à son amour; il fallait qu’ils aimassent sa communion,
qu'ils aimassent sa parole, qu'ils aimassent son amour.
Mes bien-aimés! vous enviez sans doute l’heureuse famille de Béthanie ; il n’est sans doute aucun de vous qui ne désirât qu’on püt dire de lui qu'il est aimé de Jésus, qu’il est son ami, qu'il est, comme l’étaient tous les membres de cette famille, un objet particulier de son affection. Eh bien, ce bonheur ne vous est pas inaccessible. Il est un sens dans lequel on peut dire que vous êtes tous déjà les objets de Famour de Jésus. N'est-ce pas cet amour qui l’a porté à quitter le séjour de la gloire et de la félicité pour venir partager vos misères et vous en délivrer? N'est-ce pas cet amour qui a accompli l’œuvre de la Rédemption , dont il vous fait à tous proclamer la bonne nouvelle? N'est-ce pas parce qu'il vous aime que nous sommes ici pour vous inviter, de sa part , à croire à son amour pour avoir part aux biens éternels dont cet amour est la source?
Mais, ce n’est point assez, dites-vous ; nous savons bien que «Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils unique, afin que quiconque croirait en lui ne périt point, mais qu’il eût la vie éternelle. » Mais Jésus aimait la famille de Béthanie d’une façon toute particulière; il appelle Lazare « son ami; » saint Jean nous dit, comme en parlant du plus grand privilége : Jesus aimait
Marthe et Marie, et Lazare. Ws étaient donc les amis de son cœur ; leur nom est resté dans les pages sacrées du livre de vie, comme d’éternels monumens de l'affection spéciale de Jésus pour eux.
Tout cela est vrai, mon cher frère; mais nous vous répétons encore que ce bonheur ne vous est point inaccessible. Jésus est le même pour vous aimer, qu'il était il y a dix-huit cents années. Et qu’avaient fait Marthe et ses sœurs pour devenir les amis de Jésus? Nous lavons dit : leur cœur était, par sa grace, ouvert à son amour, à sa communion, à sa parole. C’est là tout ce que Jésus demandait d'eux; c’est la tout ce qu’il demande de vous. Ils ne s'étaient pas distingués par des actions brillantes , ou par une vie qu’ils eussent voulu appeler méritoire. Ils n’avaient pas, comme Paul , rempli le monde de l'Évangile du Christ; ils n'avaient pas, comme saint Jean, été exilés pour la cause de la parole de Dieu ; ils n'avaient pas, comme Étienne, rendu au péril deleurs jours le plus éclatant témoignage à la vérité. Ils n'avaient rien fait de semblable ; ils n’y avaient pas même été appelés ; et pourtant Jésus les aimait. Marthe confessait Jésus par sa foi : « Je crois, Seigneur, que tu es le Christ, le fils de Dieu qui devait venir au monde. » Marie « se tenait assise aux pieds de Jésus et l’écoutait.» Lazare le glorifiait par sa soumission sur un lit de souffrances; et c’est dans cette
humble condition que Jésus les aimait. O vous donc, mon frère bien-aimé, qui voudriez trouver dans votre cœur où dans votre vie quelque preuve que vous êtes aimé de Jésus, comme l’étaient Lazare et ses sœurs, ne recherchez point ces preuves dans des choses grandes et élevées. Venez à Jésus, demandez-lui son amour ; descendez au fond de votre cœur, humilié devant lui. Il vous y parlera, par son esprit, de païx, de réconciliation et d'amour. Ne vous mettez point en peine de ce que la faiblesse de vos moyens ne vous permet pas d'agir dans une grande et brillante sphère d’activité à son service. Ne gémissez pas de ce que votre faiblesse, ou des infirmités, ou des maladies vous retiennent dans cette humble condition où ilne vous parait pas possible que Jésus descende pour vous aimer. Ah! ne l’oubliez pas ; son arnour ést gratuit; on ne le 7nerite pas; il le donne. Demanuez-vous plutôt, si vous voulez parvenir à l'assurance de son amour, demandezvous : Ai-je ouvert mon cœur à la parole dé Jésus? ses promesses parlent-elles à mon ame? est-il bien pour moi un Sauveur? ai-je trouvé en lui le pardon et la paix’ mon ame éprouve-t-elle un besoin de sa présence, qu'aucun homme, aucun ange de Dieu ne puisse remplir, mais Jésus, Jésus seul? Aïmé-je sa parole ? Est-ce pour moi un bonheur d’être assis à ses pieds, comme Marie, et de l'entendre me parler de ma patrie céleste? Mon ame a-t-elle soif du Dieu fort et vivant?
Eprouvé-je un besoin toujours nouveau de m’approcher du Seigneur par la prière du cœur, comme un enfant trouve un plaisir toujours nouveau de venir se jeter dans les bras d'un père tendrement aimé! Et dans mes épreuves, dans mes maladies, dans mes inquiétudes , est-ce à lui que je crie aussitôt pour la délivrance? Mest-il donné de reconnaitre sa main paternelle dans mes douleurs et mes afflictions? mon cœur est-il soumis? ma tête, courbée dans le silence et l’adoration, lorsque cette main s'appesantit sur moi? Où cherché-je alors la consolation” dans sa parole, dans ses promesses, dans les assurances de son éternel amour, ou bien dans des pensées du monde et dans de vaines espérances ? Qu’est-ce qui répand quelque sérénité sur les heures les plus sombres et les plus tristes de ma vie? Suis-je bien persuadé que ce sentier difficile et pénible qu’il me fait parcourir est le meilleur pour mon éternel bonheur”’ et que « toutes choses contribuent au bien de ceux qui aiment Dieu? » Et quand vous ne trouveriez dans votre cœur que le désir sincère de répondre d’une manière satisfaisante à ces questions , dites-vous que Jésus vous aime , et réJouissez-vous de son amour!
Mais ne vous y trompez pas : si C’est dans le monde, dans la créature, dans la satisfaction de votre volonté propre, de vos désirs, de vos passions , que vous cherchez le bonheur, vous ne
pouvez avoir aucune part aux doux priviléges de Ja famille de Béthanie. « Hommes et femmes adultères! ne savez-vous pas que l’amour du mondeest inimitié contre Dieu? et que celui qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu? » —« Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n’est point en lui. » Quoi! vous voudriez, dites-vous, qu’on püt dire de vous, comme de Lazare et de ses sœurs, que Jésus vous aime; et votre cœur, qui devrait sentir cet amour, votre cœur appartient à un monde qui crucifia le Seigneur! votre cœur tient à des péchés qui attachèrent Jésus à la croix! votre cœur ne s’ouvrit jamais à l'amour du Sauveur! Et la pensée de Jésus est la dernière qui se présente à votre ame! et son nom n’est ni dans votre cœur, ni sur vos lèvres, ni dans vos familles , ni dans vos sociétés , ni dans vos salons ! Est-ce ainsi que vous traiteriez une créature pour laquelle vous auriez la moindre affection ? Ah ! renoncez d’abord à vous-mêmes et à toutes les vanités qui captivent votre cœur, et revenez à l’amour de votre Dieu-Sauveur, avant de pouvoir goûter le bonheur d’être aimé de Jésus, le bonheur de la famille de Réthanie.
Si vous possédez l'amour de Jésus, tout est bien, éternellement bien, lors même que vous seriez accablés de toutes les misères de cette vie terrestre; mais si vous êtes hors de cet amour, tout est mal, éternellement mal, lors même que
vous seriez accablés de tout ce que les hommes ont la folie d'appeler le Bonheur.
Jesus aimait Marthe et Marie, et Lazare ! telle est la parole échappée du cœur de saint Jean, parole qui devait prévenir, dans l'esprit de ses lecteurs, tout doute , toute incrédulité, tout murmure sur la conduite mystérieuse de Jésus, qui, nous dit l'Évangile , 'esla encore deux jours au lieu où tl etait, après avoir appris que Lazare était malade. |
Cependant, pourquoi ce retard’ pourquoi Jésus ne vole-1-il pas, comme à son ordinaire, au secours d’une famille affligée qu’il aime ? Pourquoi ne prononce-t-il pas un mot de sa toute-puissance, et Lazare serait guéri ? Quoi ! Jésus aimait Lazare, et il le laisse en proie à la souffrance! Jésus aimait Marthe et Marie, et il les laisse en proie à l’angoisse! La maladie fait des progrès effrayans ; Lazare sent se tarir dans son sein les sources de la vie; ses sœurs éplorées voient le voile de la mort s'étendre sur ses yeux; les armes de tous coulent en abondance, à ls pensée d’une prochaine séparation. et Jésus, et leur céleste ami, qui jamais ne resta insensible à aucune de nos humaines misères, Jésus n'arrive point! Deux jours entiers s’écoulent; Lazare meurt, et Jésus n’est pas la! Serait-ce là une preuve de son
amour ? Est-il vrai qu’il aime Marthe et Marie; et Lazare ? °
Ainsi raisonne l’homme qui ne comprend pas «les voies de l'Éternel ; » qui ne voit dans la douleur que la douleur, dans l'épreuve que lépreuve, et qui n’apprécie la délivrance qu’à proportion de la promptitude avec laquelle elle a été accordée. Mais Jésus, qui veut en toutes choses « la gloire de Dieu , » et le salut éternel des ames , n’épargne point chez ses disciples cette lâche frayeur de la souffrance. Il veut qu’ils apprennent à aimer sa volonté plus que leur bienêtre , à soupirer après le sentiment de son amour dans ses dispensations les plus sévères, plus qu’après la délivrance. Puis-je en appeler à votre expérience’ vos épreuves vous ont-elles appris cette grande vérité, Ô vous , mon cher frère, que le Seigneur a exposé au creuset de quelque affliction ? Quel a été le premier cri qui s’est échappé de votre cœur? Qu’avez-vous éprouvé quand le Seigneur ne répondait point à ce cri; quand il a laissé s’augmenter votre douleur et votre angoisse; quand il vous a fait passer ces longues nuits de cruelle insomnie, ou quand il vous a appelé à veiller au chevet de quelque être cher à votre cœur, que la maladie dévorait? Dites-le, pour notre instruction, et pour nous faire profiter de votre expérience ; ne vous semblait-il pas alors que le Seigneur resterait à jamais sourd à vos suppli-
cations, à vos soupirs? Ne doutiez-vous pas de l'efficace de la prière’ Les promesses de Dieu n’étaient-elles pas sans force pour votre ame’ Dites-le encore , n’avez-vous pas été forcé de reconnaitre qu’il en était ainsi parce que vous ne vous étiez point encore véritablement humilié sous la main de Dieu; parce que vous n’aviez point courbé devant sa volonté une tête soumise; parce que vous ne soupiriez qu'après la délivrance des maux éternels qui pesaient eur votre ame ; parce qu'après vous être écrié : « Ô Dieu! s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi! » vous n’osiez ajouter, avec sincerite « toutefois, que ta volonté soit faite, et non la mienne! »
« Ogens dépourvus de sens et tardifs de cœur à croire les choses que les prophètes ont prononcées ! » Quand apprendrons-nous que « les voies de l'Éternel ne sont pas nos voies : que ses pensées ne sont pas nos pensées! » Quand apprendrons-nous, avec la puissance de la grace de Dieu , à dompter les mouvemens impétueux d’une ame impatiente; à imposer silence aux insinuations d’un cœur incrédule ; à fléchir une volonté rebelle ? Serons-nous toujours gouvernés par l’égoiste intérêt du moment, sans pouvoir Jamais nous élever à la contemplation des plans d’un Dieu de miséricorde qui veut notre éternel salut? « Parlons à la terre; elle nous instruira. » Si
une plante doit pousser d’un sol fertile de profondes racines, grandir et porter des fruits qui parviennent à maturité, il faut que les vents mêmes et les tempêtes y contribuent. Ce n’est que la plante éphémère qui grandit sans obstacle; sa fleur s’épanouit avec l'aurore ; elle étale un instant sa délicate fraicheur et sa naïssante beauté ; elle embellit un jour de printemps qu’elle embaume de son parfum délicieux. Hélas ! le premier rayon du soleil en flétrit la fraicheur; le premier coup de vent en fane la beauté ; elle tombe desséchée, « et son lieu ne la reconnaît plus! » Mais l'arbre, qui doit un jour récompenser celui qui l'a planté, sort avec peine et lenteur du sol qu'il doit un jour ombrager; il lui faut des années pour étendre ses profondes racines et ses fertiles rameaux; les tempêtes l’endurcissent et le fortifient ; il atteint sa sublime hauteur; il brave les orages, et ne trompe pas l'attente du voyageur qui vient se reposer à son ombre et se désaltérer de ses fruits. Il n’en est pas autrement dans le domaine de la grace que dans celui de la nature. Si une ame doit « habiter en la maison de l’Eternel tous les jours de sa vie, pour contempler sa présence ravissante et pour visiter soigneusement son palais, » il faut qu’elle y soit préparée par les combats et les épreuves. C’est une méthode d’éducation dont Dieu se servit toujours envers tous ceux de ses enfans qu'il voulut distinguer et mettre à part pour l'instruction et la lumière des
siècles. Il les fit tous passer par les sentiers obscurs de la souffrance. Il les mit tous au creuset, jusqu’à ce que leur foi en sortit pure de toutes les souillures de l’orgueil et du péché. Abraham, le père des Croyans, marche d’épreuve en épreuve, de combat en combat; il parcourt un sentier obscur, qui lui est aussi inconnu que la montagne de Morija, où il doit immoler l’objet de ses plus chères affections ; il faut qu’il espère contre toute espérance. Il semble, au contraire, que le Seigneur rende ses voies plus faciles pour les objets moins privilégiés de son amour. Un centenier de Capernaüm, qui peut-être connait à peine le Dieu que rejettent les Païens, vient à Jésus, lui demande la guérison de son serviteur, qu’il aime : il en reçoit aussitôt cette réponse : « J'irai, etje le guériraï.» « Et à l'heure même son serviteur fut guéri. » Deux pauvres aveugles entendent passer celui que tout Israël connait par ses bienfaits ; ils appellent à grands cris un regard de sa compassion; il s'arrête, prononce un mot de sa toute-puissance : les aveugles ont recouvré la vue. Mais la femme Cananéenne,une héroïne de la foi, dont la fille unique va lui être enlevée par la mort, vient à Jésus, implore avec larmes sa consolation et son secours. Elle en reçoit une dure réponse, un refus de toute grace! mais elle va, par ce moyen, donner à tout Israël et à tous les siècles futurs l'exemple le plus éclatant d’une foi victoriéuse. Le grand apôtre Paul, lui-même, prie
trois fois pour étre délivré d’une rude épreuve, et ne reçoit pour réponse que ces mots : « Que ma grace te suffise! ma force s’accomplit dans ton infirmité. » Ainsi le Seigneur conduit ses enfans; il semble insensible à leurs cris de douleur ; les ténèbres s’épaississent autour d'eux; la nuit devient plus profonde; mais c’est pour rendre plus brillante l'aurore du jour de la consolation. C’est souvent quand le cœur abattu cesse de pousser vers le ciel des soupirs qu’il croit inutiles; c’est quandle dernier rayon d’espérance s’est éteint dans une sombre angoisse ; c’est quad tout secours parait impossible, quand toute consolation khumaine a disparu, que Jésus-Christ se présente à son enfant, et change pour lui les ténèbres en lumière, et les pleurs en chants d'actions de graces. C’est quand Lazare a été saisi par les bras glacés de la mort; quand il est descendu au tombeau ; quand ses sœurs en pleurs et vétues d’un habit de deuil croient n’avoir plus dans ce monde d’autre consolation que celle d'aller pleurer sur la tombe d’un être aimé, que Jésus parait à Béthanie, qu’il va commander en maitre à la mort et au sépulcre|, et tirer la gloire de Dieu du sein de la poussière des tombeaux.
O sagesse, puissance, amour de mon Dieu!
quand apprendrons-nous à vous connaitre, à vous adorer, à nous soumettre, dans un religieux si-
lence, à tout ce que vous faites pour notre éternel bonheur ?
Les théologiens du siècle, ignorans des voies de Dieu envers ses enfans, dont il veut avant tout la sanctification et le salut, ont imaginé mille hypothèses pour expliquer la conduite de Jésus qui laisse « son ami » pendant deux jours dans la souffrance, dénué de secours. L’un nous dit qu’il fut retenu par quelque occupation indispensable ; l’autre, qu’il ne croyait pas Lazare en danger ; un troisième... Insensés ! perdrez-vous donc toujours de vue la gloire de Dieu, et le salut des ames immortelles ? Ne songez- vous donc qu’à la terre, qu’à ia maladie, qu’à la douleur, qu’à la mort, et jamais au bonheur éternel de ces êtres immortels que Jésus forme pour les cieux, à l’école de son esprit et de l'épreuve? Élevons plus haut nos regards, si nous voulons comprendre les voies de notre Dieu et ses desseins à notre égard. « Il ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie. » Il ne veut pas que ses enfans , déjà convertis à lui, restent encore enlacés dans les chaines serviles du monde et de la corruption. Il brise ces chaines ; et si les coups qu’il frappe retentissent douloureusement dans notre cœur , ne méconnaissons pas la verge et la main de celui qui l’a assignée. Mon Dieu ! que veux-tu de moi? quel sacrifice ai-je à faire? quelle idole à sacrifier sur l’autel de ton éternel amour? Et,
puisque tu m'as sauvé , puisque tu m’aimes , par quelle voie veux-tu me faire arriver à Sion, à l’assemblée des premiers-nés, au lieu de l’éternelle réunion de tous ceux qui eurent un cœur pour Vaimer, et où rien de souillé ne saurait avoir accès ?
MIXIDITA THON HYe