LAZARE, NOTRE AMI, DORT
« Il dit ces choses ; puis 1l leur dit :
« Lazare, notre ami, dort; mais » je vais l’éveiller. »
Ce n’est pas un système de morale ou de philosophie que Jésus est venu apporter à la terre : l’homme avait besoin de tout autre chose. Transgresseur des lois de son Dieu, il n’est pas seulement l’objet de son indignation et de sa colère ; mais encore il devient le misérable esclave du péché et de la corruption, et ce péché produit, dans le temps aussi bien que dans l'éternité, les fruits les plus amers. Et tandis que, dans cet état, une cternelle misère est assignée à son ame * pour dernière fin, un sombre séjour de dissoluüon , au sein des ruines de la mort, a été donné à son corps mortel pour dernière demeure. Oui , c’est la mort , abime insondable, désespoir de
09 « toutes les philosophies; la mort, qu’un auteur inspiré nomme « le roi des terreurs, » la mort, précédée d’angoisses et de souffrances , qui vient prendre possession d’une partie de cet être pécheur , et lui annoncer que ce qu’il y a en lui d’immortel va paraître au tribunal du juste Juge.
Or, la doctrine de Jésus, à laquelle il a donné le titre de Bonne Nouvelle, ne vient pas seulement proclamer l’absolution de celui à qui elle est adressée ; non-seulement elle annule la sentence de la peine voulue par la loi violée ; mais encore les suites les plus terribles et les plus amères du péché, dans le temps, sont adoucies et désarmées de leurs terreurs. L’Évangile, en proclamant le pardon du coupable, en brisant avec puissance les chaines honteuses de son esclavage, arrache à la mort son aiguillon; au tombeau, ses ténèbres; au sépulcre, sa victime. Le libérateur conduit ainsi celui qu’il a délivré sur les sublimes hauteurs de la liberté , d’où il domine, victorieux, la scène de désolation et de ruine où le péché exerce ses affreux ravages, où ce racheté s’écriait naguère : « Misérable que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort? » Et, de cette hauteur, l’affranchi de Christ entonne, à la fois triomphant et humilié , ce chant de victoire : « Nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés ! » C’est ainsi que Jésus veut nous faire envisager la vie et la mort; c’est ainsi qu’en
apprenant à ses disciples que celui qu’il nomme son ami à cessé de vivre sur cette terre , il ne fait plus mention de mort, de destruction, de roi des terreurs , bien que cet ami de Jésus soit, comme les autres hommes , descendu dans la tombe. Non, c’est un repos qui succède au travail, c’est un sommeil qui succède à la fatigue. « Lazare, notre ami, dort, mais je vais l’éveiller. »
O Jésus ! Prince de la vie! souverain dominateur de tout ce qui existe, viens, tandis que nous méditons ces paroles de vie éternelle que tu nous as apportées des cieux, viens parler aussi à nos ames, de repos, de paix, de victoire ! Elève nos ames au-dessus du temps, au-dessus de cette vie de misères , au-dessus de la mort et du sépulcre! Rends-nous capables de te suivre sur ces sublimes hauteurs où tu as élevé nos éternelles espérances ! Brise les chaines qui nous attachent encore à la terre, à la corruption, à la mort, et fais nous jouir pleinement de la liberté glorieuse des enfans de Dieu !
Jésus avait repoussé, par une leçon bien sérieuse, l’objection que lui faisaient les disciples sur son intention d'aller en Judée. Il aurait pu leur répondre d’abord : Lazare est mort, et je vais porter du secours à ses sœurs affligées. Mais non; il veut les préparer à cette triste nouvelle; il veut mème la leur annoncer dans des termes capables d’en adoucir toute l’amertume . Lazare, notre am,
dort. Et comme si déjà Jésus en avait trop dit pour le cœur de ses disciples, qui, aussi , aimaient Lazare , il se hâte d'ajouter, comme pour placer le remède à côté du mal, la consolation à côté de épreuve :, Mais je vais l’eéveiller. Comme Jésus savait, sans avoir reçu d’autres nouvelles de Bé-: thanie , tout ce qui s’y était passé; comme il avait vu tous les progrès de la maladie de Lazare et toute l’affliction de ses sœurs, il aurait pu, de loin, comme de près, en prononçant un seul mot de « la toute-puissance qui lui avait été donnée au ciel et sur la terre, » le guérir, ou le rendre à la vie après sa mort. Mais , ne l’oublions pas, cette maladie « devait être pour la gloire de Dieu, et pour que le Fils de Dieu füt glorifié ; » Jésus « s’est réJoui à cause des disciples de ce qu'il n’était pas là; » it se tournera vers la Judée , et c’est là, sur le bord d’un tombeau, que tout Israël et toutes les générations futures doivent admirer la puissance du Rédempteur du monde : « Mais je vais léverller. » Heureux les disciples d’un tel Maitre ! Heureux ceux qui furent les témoins de sa puissance ! Plus heureux encore ceux qui savent, par leur propre expérience , que son amour ne le cède en rien à son pouvoir |
Mais , qui pourra sentir assez, et apprécier dignement le bonheur d’un mortel que Jésus nomme son ami? Celui «par qui ont été fondés les siècles, » celui « qui supporte toutes choses par sa parole
puissante, » le Seigneur de gloire, donne à un vermisseau de la poussière, à un pauvre pécheur, le titre d'ami! Un de ces hommes mortels qu'on appelle les grands de la terre , bien qu’ils ne soient que poudre et que cendre, dédaignerait de donner ce titre à un de ses semblables, pour peu qu’il lui füt inférieur ; et cependant « celui que les anges adorent » le donne à Lazare! Hélas! un pauvre mortel, plein du sentiment de son néant devant « l’'Homme-Dieu, » n’eüt jamais osé prendre un tel titre ; mais Jésus l’a prévenu; Jésus a porté la condescendance, ou plutôt l'amour, audelà de toutes ses espérances ; Jésus l’a appelé son ami. Qu'il est précieux , qu’il est encourageant ce nom, dans le cœur et dans la bouche du Rédempteur du monde ! Son cœur aussi bien que ses lèvres l’a prononcé ; car celui dont le nom est « le Véritable » ignore ou dédaigne le langage mensonger d’un monde hypocrite, qui a toujours sur les lèvres l’expression des plus nobles sentimens , tandis que son cœur égoiste reste étranger au dévouement et à l’amour. On sait trop ce que vaut dans le monde le titre d'ami; il fait partie du langage à la mode; on le donne au premier venu; on s’en sert comme d’un masque , que l’on conserve tant qu'il peut servir nos intérêts; puis on le jette dès que le vent des circonstances a changé de direction. Où sont-ils ces amis qui savent pardonner une faute à leur ami? Où sont-ils ceux qui se reconnaissent dans l’adversité? C’est une observation
triviale, mais qu’on ne saurait trop répéter, à la honte de tout homme qui n’a pas appris l'amitié à l’école de Jésus-Christ. On voit autour d’un homme dans la prospérité, dans les richesses, dans les honneurs, une nuée de ces prétendus amis qui en ont sans cesse le nom sur les lèvres. Quelques jours ont suffi pour plonger cet homme, ainsi adulé , du sein de l’opulence et du pouvoir, au sein de la misère; au lieu d'occuper une place honorable, d’être recherché dans les sociétés brillantes, il est peut-être souffrant dans une humble demeure, couché sur un lit de douleur, privé de tout ce qui pourrait adoucir l’amertume de sa position... Où sont-ils maintenant ces hommes faux et cruels qui l’entouraient naguère, qui laccablaient de leurs hypocrites démonstrations dattachement? Je n’en vois aucun autour de lui. Ilest pauvre; c’est assez pour qu’ils aient honte d’être appelés ses amis; il est malheureux ; voilà son crime.
O vous, dont une triste expérience de l’instabilité des affections humaines et de la dureté de vos semblables a peut-être déchiré le cœur; vous, êtres souffrans et malheureux, qu'un monde impur méconnait et rejette, venez à Jésus; il sera votre anu ! N'attendez pas des hommes la consolation et la paix dont votre cœur a besoin. « Celui qui s'appuie sur le bras de la chair, s'appuie sur un roseau froissé qui lui per-
cera la main. » Que trouveriez-vous dans les affections humaines, qui puisse remplir le vide de votre ame , répondre à un seul des soupirs de votre cœur, essuyer une seule de vos larmes ? Ah! si jusqu'ici vous n’avez pas osé nommer Jésus votre ami, voyez, lui-même vous prévient ; lui-même vous donne ce titre, si cher à un cœur aimant, et avec le titre d'ami, il en donne tous les priviléges. Que le sentiment de votre indionité, de vos péchés, de votre misère ne vous effraie pas, ne vous éloigne pas de lui! Il est « venu chercher et sauver ce qui est perdu; » il ne s’est pas offensé qu’on l’appelât « ami des péagers et des pécheurs. » Que votre pauvreté, votre dénuement, la bassesse de votre condition ne vous effraient pas non plus. Il est celui qui, « étant riche, s’est fait pauvre pour nous, afin que, par sa pauvreté, nous fussions rendus riches. » Bien différent de vos protecteurs du monde, qui se donnent le nom d’amis, et que vous ne pouvez approcher qu’en tremblant, à travers l’étalage du luxe, de la magnificence , de l’orgueil, Jésus, qui veut être votre puissant ami, est né dans une crèche; quelques pêcheurs des bords du lac de Génézareth composent toute sa suite ; des malades qu’il a guéris, des pauvres qu'il a secourus, des infortunés qu’il a consolés, sont toute sa société. Bien différent encore des amis du monde , qui n’aiment qu’autant qu’ils y trouvent leur intérêt ou leur jouissance , Jésus est toujours
le même, toujours aimant, toujours prêt à bénir. Son amour ne requiert de vous que votre cœur ; il ne veut que donner, jamais recevoir. Plus vous serez malheureux et souffrans, humiliés et contrits, plus il aimera à vous nommer ses amis. Dans son amour, toutest gratuit, tout est libre, tout est don. Je le redis, venez à Jésus ; ouvrezlui votre cœur ; nommez-le votre ami; lui-même vous y invite; lui-même vous presse de venir puiser à la source intarissable et pure qu'il vous ouvre dans son amour infini: « O vous tous, qui êtes altérés, venez aux eaux! Vous tous, qui êtes fatigués et chargés, venez à moi, et Je vous soulagerai, et vous trouverez le repos de vos ames! »
« Lazare, zotre ami, dort! » Jésus ne dit pas mon ami; il ne veut pas exclure ses disciples de cette sainte amitié ; eux aussi aiment Lazare. Celui qui est l’ami de Jésus est aussi l’ami de tous ceux qu'il aime. Elle est donc bien fausse, bien égoïste, j'allais presque dire bien avilissante pour notre cœur, cette maxime du monde : « On ne peut avoir qu'un véritable ami. » Elle montre , plus que tout ce que nous pourrions en dire, ce qu'est l’amitié selon le monde, et toutes les affections dont l’amour de Jésus n’est pas le lien. Loin de nous cet égoisme d’un cœur rétréci!
Si Jésus est notre ami, tous ceux qui l’aiment sont pour nous de vrais amis. « Voyez comme
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ils s'aiment! » disaient les païens étonnés, en contemplant le spectacle inconnu au monde,
que mettaient sous leurs yeux les chrétiens a la primitive Église. IL est une chaine invisible, mais puissante, qui unit en Jésus tous ceux qui portent, dans leur cœur, une étincelle d'amour pour lui. Il est le chef , tous sont les membres. Un tel lien rapproche les distances et les siècles, unit le ciel à la terre. Depuis Abel, jusqu’au dernier des croyans; ici-bas, depuis ces nouveaux frères qui, au sein des iles païennes , donnent leur cœur au Sauveur, jusqu’à ses rachetés que nous aimons autour de nous, et Jusqu'à ceux qui, parvenus à la perfection , offrent au pied du trône de Dieu leurs prières pour leurs compagnons de salut, encore combattant ici-bas, tous, tous forment un peuple d'amis de Jésus, tous « combattent ensemble par leurs prières, » tous marchent ensemble vers Sion, vers « l’assemblée des premiers-nés ,
vers le centre de l’éternel amour. qui. bientôt 2 2 2
les réunira tous. »
Écoutons l’histoire de David dans ses épreuves :
Or, il arriva qu'aussitôt que David eut fini de parler à Saül, lame de Jonathan fut liée à l’ame de David , tellement que Jonathan l’aima comme sa propre vie. Et Jonathan fit alliance avec David, parce qu'il Paimait comme sa propre vie. Et ils s’embrassérent et pleurèrent tous deux ; David pleura beaucoup. Et Jonathan dit à David : « Va-
| 97 de à » Ven en paix! selon que nous avons juré tous » deux, ‘au nom de l'Éternel, en disant : Que l’É- » ternel soit entre toi et moi, et entre ma posté- » rité et ta postérité à jamais ! » Que si mon père a résolu de te faire du mal, je te le ferai savoir, et Je te laisserai aller, et tu t'en iras en paix; et l'Éternel sera avec toi, comme il a été avec mon père (1). » Écoutons l’historien de la première Église, sous le feu de la persécution : « Et toute la multitude de ceux qui croyaient n’était qu’un cœur et qu'une ame; et nul ne disait, d’aucune des choses qu’il possédait, qu’elle fût à lui; mais toutes choses étaient communes entre eux. » Une des colonnes de cette première Église, l’'apôtre Pierre , est jeté en prison par Hérode; le jour suivant doit le voir conduire au supplice que le tyran avait fait préparer : « Ainsi, Pierre était gardé dans la prison , mais l'Église faisait sans cesse des prières à Dieu pour lui. » Et un envoyé du Très- Haut brise ses chaines et le rend aux prières de ses frères en la foi! —L’apôtre Paul est conduit à Rome, prisonnier pour le nom de Jésus. Il y arrive après avoir souffert un naufrage qui avait mis sa vie dans un danger imminent ; il est accablé des fatigues d’un si pénible voyage et du poids des chaines qu’il porte pour Jésus , son Sauveur. « Et quand les frères qui étaient à Rome eurent recu de mes nouvelles, » dit l'historien des Actes, « ils
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vinrent au-devant de nous jusqu’au marché d’Appius ; ét Paul les voyant (probablement il ne connaissait aucun d'eux), #l rendit races a Dieu, et prit courage. »
O chrétien voyageur, qui, peut-être sous le poids de l'épreuve, gémis des fatigues de ton pélerinage terrestre, prends aussi courage, comme Paul! Tu ne marches pas seul dans cette voie de douleurs ; tu y es précédé par des milliers d’amis de Jésus, qui sont aussi tes amis, et qui, comme toi, et peut-être plus que toi, ont souffert dans leur route, et ont été purifiés sous les feux du jour, pour être rendus capables de voir « face à face » ce- Jui qui les à aimés ; tu y es encore accompagné et suivi par des milliers qui, comme toi, prennent chaque jour leur croix poursuivre Jésus. Tous t’aiment; tu es leur ami et leur frère, si tu appartiens par adoption à cette famille de Dieu. Au moment du combat , lorsque tu penses être seul, abandonné à ta faiblesse , un grand nombre de tes frères, près de toi, ou dans quelque contrée lointaine , prennent part à ta douleur, font monter pour toi leurs supplications vers les cieux, et appellent sur ton ame abattue la consolation et le secours. — O Jésus ! qu’il y a de bonheur à être ton ami, à faire parte de ce royaume de paix et d'amour, que tu es venu fonder sur la terre! « Que ton règne vienne ! »
oi.
«Lazare, notre ami, dort ! » Voilà donc le terme du voyage des amis de Jésus! Ce n’est plus cette mort effrayante,avecson sinistre cortége d’angoisses et de terreurs; ce n’est plus « ce roi des épouvantemens, » qui s'annonce à l’ame du pécheur non pardonné, avec une voix de tonnerre qui retentit jusque dans les profondeurs d’une conscience qui, trop tard, se réveille pour le remords et le désespoir. Ce n’est plus ce sombre sépulcre, où viennent s’abimer, pour jamais, au sein de la dissolution, tous ses projets, toutes ses joies , toutes ses espérances. Ce n’est plus cette ténébreuse et redoutable éternité, devant laquelle le néant même, avec toutes ses horreurs,serait encore une consolation. Non; c’est un doux sommeil qui succède aux longues et pénibles veilles de la vie; c’est le repos qui suit les fatigues du voyage. L’ami de Jésus s’endortet ne meurt pas. « Elle n’est pas morte, » s’écrie Jésus, en entrant dans une maison pieuse, où l’on pleure sur le départ d’une fille unique , « Elle n’est pas morte, mais elle dort! » Douce image dont le Sauveur enveloppe les terreurs de la mort, après en avoir brisé l’aiguillon ! Semblable à l’enfant qui s'endort avec confiance et abandon sur le sein de sa mère , l’ami de Jésus s'endort dans les bras d’un père tendre et miséricordieux , jusqu'à ce que le son de la trompette dernière le rappelant à la vie des cieux, it s’éveille à l'aurore du jour éternel de félicité que lui a acquis son Sauveur.
«Lazare, notre ami, dort!» —Hélas ! le pélerinage terrestre n'avait peut-être pas été moins pénible pour l’ami de Jésus que pour tous les autres hommes. Souvent, peut-être, il a été sur le point de s’égarer dans les sentiers tortueux du monde, ou de succomber aux fatigues. Souvent il traversa des lieux épineux qui déchirèrent son pied mal affermi. Il eut à gravir de hautes montagnes, à traverser de profondes vallées. Le plus pesant fardeau, celui de ses péchés et de sa misère, fut souvent près de l’accabler, et remplit son cœur d’amertume, lorsqu'il traversait seul les lieux les plus arides du désert. Souvent, en appuyant dans sa faible main son front chargé d’ennuis, il s’écria, comme un autre des voyageurs vers Sion : « Mes larmes me servent de nourriture nuit et jour. Mon Dieu ! mon ame est abattue en moi-même!
Un abime appelle un autre abime au bruit de tes canaux; toutes tes vagues et tous tes flots ont passé sur moi. » Cependant, il portait dans son cœur une espérance qui ne confond point; il voyait devant lui une meilleure patrie, qu'il ne perdit jamais de vue; et quand bien même le monde entier l’eüt oubliée, elle aurait été l'unique objet de ses vœux. Semblable à Israël, captif à Babylone, ses regards se reportaient d'eux-mêmes vers Sion: «Si je l’oublie, Jérusalem, que ma droite s’oublie elle-même! que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens de toi, si je ne fais de Jérusalem le sujet de ma joie ! » Et avec cet espoir, il
IO1 r’était pas seul , abandonné à sa faiblesse, à voyager vers Sion, cet ami de Jésus. Son céleste ami, tout-puissant, quoique invisible, guidait ses pas, remplissait son cœur d’un nouveau courage , le soulageait de son fardeau accablant, en lui disant avec amour : « Aie bon courage, mon fils, tes péchés te sont pardonnés! » Il touche au terme de sa course ; son dernier combat est le plus pénible; mais il reçoit une nouvelle force; il peut répéter avec le Psalmiste , à la louange de son puissant Rédempteur : « Même quand je marcherais par la vallée de l'ombre de la mort, je ne craindrais aucun mal, car tu es avec moi; c’est ton baton etta houlette qui me consolent. » La nuit s’est abaissée; les ténèbres l’entourent ; mais déjà il aperçoit distinctement l’aurore d’un nouveau jour. Enfin il touche au terme de ses fatigues et de ses douleurs ; il s'endort... Son réveil lui montrera « les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite. » — « Et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux; et la mort ne sera plus; et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni travail; car les premières choses sont passées. »
Oui, « les premières choses sont passées ! »
Ce poids d’une existence que le péché avait empoisonnée de son venin; cette chaine de corruption et de mortalité qui liait lame, et l’empêchait de prendre son essor vers son éternelle destination , sont déposés pour jamais. Une vie nouvelle,
une vie éternelle inonde de pures délices le sentiment divin d’une nouvelle existence. Il ne reste de nos maux passés qu’un doux souvenir, source d’une éternelle reconnaissance pour la sagesse et amour des voies de Dieu, lesquelles, pour la
première fois, nous sont entièrement connues. Tout le reste est passé, comme les songes pénibles de la nuit, quand on s’est réveillé au matin d’un beau jour. Tout est pour jamais confondu dans l’élé- - ment de l'éternel amour de Dieu, dont la présence est un rassasiement de joie. Oh ! qu’à celui «qui a vaincu pour nous, qu'à l’Agneau qui a été immo lé, et qui nous a rachetés de toute langue, de tout peuple, de toute tribu, soient à jamais rendus l’honneur, la gloire , la louange ! Oui, Ô Jésus, gloire à toi! gloire à toi de ce que, sur un tombeau même, tu donnes à nos cœurs de si glorieuses espérances ! de ce qu’à ta voix, les plaintes de l’infortuné se transforment en chants d’actions de graces! de ce qu’en ta présence, les terreurs du sépulcre se transforment en sentiment d’une ineffable et éternelle félicité !
Mes bien-aimés, je voulais terminer ici cette méditation. Mais le dirai-je? une crainte involontaire traverse péniblement mon ame, au milieu de ces douces pensées qui viennent de nous occuper. Je crains que ces réalités éternelles , dont Jésus lui-même nous entretient dans notre beau texte, ne soient, pour plusieurs d’entre vous, que
le rêve d’une imagination qui aime à se promener dans de rians espaces, ou, en d’autres termes, que de la poésie religieuse. Je crains que, si votre ame ne reste pas entièrement froide à la voix du Sauveur , du moins vous ne vous en teniez à une stérile admiration de ladoctrine qu'il aapportée aux hommes. Je crains, en un mot, que votre cœur ne reste le même, aussi éloigné de Dieu, aussi vide de son amour. Ah! s’il en était ainsi d’un seul d’entre vous , il doit en conclure qu’il n’est pas, comme Lazare, l'ami de Jésus. Étant étranger à la vie de Dieu , n'étant point « né de nouveau, » Jésus ne pourrait pas dire de lui après sa mort : « Notre ani dort! » Sa fin n’est point un sommeil ; c’est la mort, la destruction de son corps mortel, suivie de ce que la Bible appelle « la mort seconde. » Oh! pendant que Jésus vient encore à vous, comme un ami, comme Sauveur, et non point comme juge, hatez-vous de croire à sa parole, à ses promesses, à son amour ! demain, peutêtre, vous ne le pourriez plus. « C’est aujourd’hui le temps favorable, aujourd’hui le jour du salut! » Si Jésus est votre Sauveur pendant votre vie, il sera votre ami au jour de la mort. Dieu veuille que vous ayez tous un tel ami! Dieu veuille que les êtres chers à votre cœur, qui pleureront votre départ, puissent écrire sur votre tombeau, au nom de Jésus, et en pensant avec joie à son prochain et glorieux avénement : Lazare , notre ar, dort ; mais je vais Peveiller! »°
MÉDARATEON VE &