‹ La famille de BeéthanieChapitre 8 sur 19 · LA CRAINTE DE LA MORT. ——* LE DÉGOUT DE LÀ VIE · texte numérisé non relu

LA CRAINTE DE LA MORT. ——* LE DÉGOUT DE LÀ VIE

4 # Et ses Disciples lui dirent :« Seigneur; Ps dort, il sera guéri. » Or, Jésus avait dit cela de sa mort, mais ils pensaient qu'il parlait du sommeil ordinaire. Jésus leur dit donc alors ouvertement: « Lazare est mort, et j'ai de la joie pour l'amour de vous de ce que jen’yétaispoint..

afin que vous croyiez. Mais allons vers lui. » Alors Thomas , appelé Didyme, dit à ses Disciples : « Allons -y aussi , afin que nous mourions avec lui. »

Il y a, dans tous les traits de l’histoire que nous. méditons depuis quelque temps , je ne sais quoi d’attendrissant , que l’on sent bien plus qu’on ne peut l’exprimer. Chaque parole que prononce Jésus porte à l'ame un sentiment aussi délicat que profond, qui l’émeut délicieusement, et nous force à dire: « Jamais homme ne parla comme cet homme. » Puis on ajoute : « Jamais historien ne peignit comme St.-Jean. » Jésus, exilé au-delà du

1OÙ Jourdain par la persécution, reçoit la triste nou velle de la maladie de Lazare , qu'il aimait. Il est plus douloureux encore de sentir ceux qui nous sont chers malades ou souffrans, quand nous sommes éloignés d'eux. Eh bien! Jésus paraît éprouver un sentiment de notre humaine nature ; il se hâte de rassurer ses disciples et ceux qui lui sont envoyés par les sœurs de Lazare : « Cette maladie n’est point à la mort, dit-il, mais pour la gloire de Dieu. » Il veut retourner en Judée ; il veut porter à ceux qu’il aime les secours de sa toute-puissance et de son amour. Ses disciples lui objectent la haine des Juifs, le danger de se livrer de nouveau à ces hommes qui, naguère, cherchaient à le lapider. Jésus les encourage avec douceur, par la puissante pensée de la brièveté du temps, de ces « douze heures du jour, » qui s’envolent avec tant de rapidité. Il faut marcher à la lumière : «Celui qui marche la nuit bronche. » Et pour les persuader mieux encore qu’il doit aller en Judée, il veut leur apprendre que Lazare a succombé à sa douloureuse maladie; que ses yeux se sont fermés à la lumière. Mais, au lieu de le leur dire en se servant de termes qui leur rappellent les tristes pensées de séparation, de mort, de sépulcre, il enveloppe cette triste nouvelle de la plus douce image , comme nous lavons vu dans notre dernière méditation, « Lazare, notre ami, dort, » dit-il; et comme sil craignait d’avoir porté , par ces mots, la douleur dans le cœur de

ses disciples, qui aimaïent Lazare , il se hâte d’ajouter avec amour : «Mais je vais l’éveiller.» Cependant ses disciples ne l'ont pas compris ; ils pensent, dit notre texte, qu’il parle d’un sommeil naturel; ils se livrent à l'espoir d’une prochaine guérison. « Seconeur, disent-ils, s’il dort, il sera guéri. » Il faut donc que Jésus les détrompe; il faut qu'il leur dise la triste vérité; mais à peine ces mots : Lazare est mort! sont-ils sortis de sa bouche, qu’il se hâte d'ajouter avec une consolante sérénité : « Je me réjouis, pour l'amour de vous, de ce que je wétais pas la, afin que vous croytez; mais allons vers lui. » Quel langage ! quel amour! quel bon maitre! Seigneur, apprendsnous à sentir, et surtout à aimer, afin que nous puissions comprendre lineffable consolation des paroles qui sortent de ta bouche divine !

Cependant, malgré cet amour de Jésus, malgré ces tendres soins qu’il prend à instruire , à encourager ses disciples, nous ne retrouvons en eux qu’ignorance, que faiblesse ; tant il est vrai que «l’homme naturel ne comprend pas les choses qui sont de l'esprit de Dieu ; » tant il a de peine à s'élever au-dessus de la terre! La parole des disciples : S’:! dort, il sera guéri, témoigne de leur affectueux intérêt pour Lazare ; sans doute , ils se livrent avec bonheur à la pensée qu’il va voir le terme de ses souffrances, puisque, selon la parole de Jésus, mal comprise, il peut goùter un som-

meil restaurant. Mais comme cette parole nous peint bien ces mêmes hommes qui, si rarement, peuvent s'élever jusqu’à lintelligence de la pensée de leur Maitre , et qui, si souvent, entendent d’une manière grossière et charnelle ce qu'il leur disait avec tant de délicatesse et d'amour, pour ne pas blesser leur. cœur! C'était peut-être une des plus grandes épreuves de la vie de Jésus, et une épreuve de tous les jours, que celle de n’avoir pour toute société que des hommes dont l'esprit grossier et ignorant retombait courbé vers la terre, malgré ses efforts pour les instruire , et ne lui offrait aucune compensation à ses peines. Mais il les avait pourtant choisis, comme « des vases d'élection, » et Celui qui voulut n'avoir « pas un lieu pour reposer sa tête » s’abaissa aussi jusqu’à n'avoir pas un cœur sur lequel püt reposer Son Cœur.

Quelle leçon pour nous que cette abnégation, cette patience de Jésus avec des hommes qui, bien qu'ils le suivissent et qu'ils entendissent ses instructions depuis plus de trois ans, ont tant de peine à saisir la plus simple de ses pensées! Qu’éprouvons-nous, nous, pauvres et chréüennes créatures , quand ceux qui nous entourent sont incapables de nous comprendre , et ne peuvent ni penser avec nous, ni sentir avec nous ? Qu’éprouvons-nous, lorsque nous croyons m'être pas compris, même de nos proches, de

nos familles, de ceux que nous aimons? Hélas!

souvent de l’impatience, toujours de la dou-

leur, rarement assez d’amour pour chercher,

comme Jésus, à nous faire comprendre d’une autre manière, à nous mettre à a portée des

autres, à leur faire sentir que nous les aimons,

que leur cœur peut nous comprendre, sinon

leur intelligence. Que de frottemens douloureux, que de discussions amères, peut-être, que daanimosités et de haines seraient épargnées au monde, si nous agissions avec nos proches comme Jésus avec ses disciples! Qu'ils seraient différens de ce qu’ils sont, ceux qui, par leur vocation ou leur influence, sont chargés d’instruire les hommes, s'ils se conformaient à l’exemple de ce divin Maitre! De quelque côté que nous

envisagions ce caractère sublime , il nous couvre d'humiliation et de honte. « A nous, Seigneur,

appartient la confusion de face. »

Mais il y a une lecon plus importante encore à ürer de la parole des disciples. Ils se sont naguère opposés à l'intention qu'avait Jésus d'aller en Judée, et cela, parce qu’ils avaient déjà un vague et douloureux pressentiment des souffrances et de la mort qui l’y attendaient , et auxquelles euxmêmes seraient peut-être exposés. Jésus les leur avait prédiles à l'avance. Cette mème pensée, cette même crainte perce encore à travers leurs dernières paroles : S’7{ dort, il sera guert; « et,

s’il est guéri, » semblent-ils dire à Jésus , « pourquoi irais-tu en Judée ? Pourquoi irais-tu l’exposer à la haine des Juifs qui, il y a si peu de temps, cherchaient à te lapider? » Ainsi, la leçon sérieuse que leur a donnée Jésus sur la nécessité d'employer couragéusement les douze heures du jour, sans reculer jamais devant les sacrifices, ni devant la douleur, ni devant la mort, cette leçon n’a eu aucun effet sur leur cœur « tardif à croire. » Les voilà avec les mémes craintes et les mêmes faiblesses. Ils voient devant eux les sacrifices, la douleur, peut-être la mort avec ses terreurs : c'en est assez pour abattre leur courage, pour appesantir leur cœur, pour les rendre incapables d’énergie et de dévouement. Ah! que je reconnais bien l’ouvrage du péché dans cette mort qui inspire tant d’horreur, parce que devant elle marchent les ténèbres, les douleurs, la destruction ! Oui, c’est le péché qui a imprimé à la mort cette image d’effroi et de terreur; c’est le péché qui a gravé sur son front livide , en si sombres caractères : Le gage du peche, c’est la mort!

Mais qu'il y a peu de foi dans le cœur des disciples, pour être ainsi esclaves de cette crainte, quand, à leur tête, marche le Prince de la-vie, qui commande en maitre à la mort et aux sépulcres ; qui est « la résurrection et la vie! » Quoi! leurs pensées ne peuvent s'élever au-dessus de

la terre, au-dessus de la vie et de la mort, et pourtant celui qui les guide, les encourage, les console, est « Celui à qui toute puissance à été donnée au ciel et sur la terre ; » celui qui a arraché à la mort, son aiguillon; au sépulcre, sa victoire; à l’éternité, ses terreurs! Leur ame ébranlée est inaccessible à ses consolations, parce qu’elle n’est plus recueillie devant lui. Dès que Jésus a repassé le Jourdain pour se rendre en Judée, leur cœur est rempli de crainte et peut-être d'un profond regret de voir Jésus s'avancer au-devant des souffrances et de la mort. Jusqu'ici, ils avaient espéré voir sa mission sur la terre finir d’une manière glorieuse aux yeux des hommes, et compté partager sa gloire. Ils sont prêts encore à s’écrier comme Pierre, lorsqu'il entendait son Maitre prédire ses souffrances et sa mort: « Non, Seigneur! cela ne varrivera point! » Leur rêve d’un royaume terrestre, fondé par leur Maitre, s’est évanoui, et avec lui, leurs plus brillantes espérances. Leur crainte des douleurs et de l’opprobre les a empêchés de comprendre le vrai sens des paroles de Jésus. Ils sont tout préoccupés d’autres pensées, et la parole du Seigneur ne se comprend que dans le recueillement de la foi et le calme de la confiance.

Hélas ! ici encore ; nous n’avons pas le droit de blàmer les disciples ; ils sont de trop fidèles interprètes de ce qui se passe en nous. Ne retrouvez-

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