‹ La famille de BurgauChapitre 8 sur 13 · I.A FAMILLE · texte numérisé non relu

I.A FAMILLE

Monique retourna dans sa chambre, fit à la hâte quelques préparatifs, assembla les effets indispensables dans un paquet qu'elle recouvrit de son manteau. Puis elle sortit du château, descendit les marches taillées dans le roc qui reliaient les terrasses entre elles, suivit toute l'avenue et arriva dans la dernière cour sans avoir rencontré personne.

Quand elle fut devant les tourelles de la grille, elle s'arrêta, se demandant si on la laisserait passer, et, comme le rébarbatif concierge la regardait d'un air interrogateur, elle bégaya les premiers mots qui traversèrent son esprit :

— ^sliss Jessy est au presbytère...

Basile n'avait pas reçu de défense à son sujet, car la grille s'ouvrit aussitôt devant Monique.

Une fois dehors, la jeune fille ralentit le pas. Il ne fallait pas que son allure donnât l'éveil aux nombreuses paires d'yeux perçants qui étaient toujours en observation à quelque fenêtre de Blackhorn. Tant de pensées l'occupaient que la route ne lui parut pas longue; elle fut presque surprise en reconnaissant l'endroit où Harry lui avait coupé une fleur de genêt.

Elle était bien au grand pâturage, mais elle eut beau marcher, elle n'entendit ni aboiements de chiens ni bêlements de troupeaux. Ses regards explorèrent l'horizon dans tous les sens, elle ne découvrit plus les hangars ni la cabane roulante. Seule la hutte de pierre était encore là pour attester à Monique que ses souvenirs ne la trompaient point. Mais la porte et les volets étaient fermés, la poussière s'accumulait déjà sur le seuil ; malgré le froid piquant, la cheminée ne fumait plus. La hutte était abandonnée, le troupeau de Blackhorn avilit ( migré, le père de Monique était parti.

Patrice O'Hara avait dit, Monique se le rappo-

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lait maintenant, qu'il avancerait son départ s'il en trouvait l'occasion afin de prolonger son séjour eh Irlande, et il avait accompli son dessein. Peutêtre n'en avait-il pas pu avertir Monique, ou bien il avait voulu éviter à la jeune fille l'émotion des derniers adieux. En tout cas, il était parti, et sans se doutei' de la poignante situation à laquelle il abandonnait sa fille. Monique ne pouvait plus le prévenir, se mettre sous sa protection. Il était loin déjà, en plein péril, un mot des Burgau arrêterait sa fuite et le perdrait. Si Monique fuyait aussif... Quelle folle pensée... Il fallait au contraire qu'elle rentrât tout de suite, qu'elle leur dit : « Vous êtes les maîtres, vous êtes plus forts que moi. je consens h tout. »

Et elle rentra vite, très vite, craignant que le moindre retard ne fût fatal, qu'ils n'eussent déjii exécuté leur menace. Patrice O'Hara et sa fille étaient pris dans un étau trop puissant; du moins fallait-il qu'en se sacrifiant Monique en fit échapper le vieillard. Mais, par ses délais, elle avait offensé les Burgau, ils étaient vindicatifs, ils la châtieraient en son père, ils dénonceraient Patrice O'Hara, c'était fait déjà peut-être, elle reviendrait trop tard, on ne les bravait pas impunément.

Qu'avait-ello eu besoin de les braver? L'hésitation lui était-elle permise? Elle s'était attardée à réfléchir pendant que la vie de son père était en jeu, elle avait pesé ses préférences comme une fiancée libre de chérir ou d'effeuiller son bouquet.

Elle pressa encore le pas; cette fois la route était interminable. Un arbre dépouillé fit sur l'herbe comme une ombre de potence. Monique étoufïaun cri et se mit à courir. Elle courut jusqu'à Bla^-khorn sans reprendre haleine. Elle regardait de loin le château avec des yeux de déses-

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