‹ La famille de Burgau [microforme]Chapitre 10 sur 11 · OR A OR · texte numérisé non relu

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Monique était bloquée contre le mur de la terasse. Le danger, qui lui avait d’abord semblé

inédiocre, ‘lui apparut plus pressant, plus inévitable à un mouvement de Bruin, qui lui barrait résolument le passage. Tout son être défaillit à la pensée des griffes qui allaient la déchirer. La bête ainsi dressée r°sssmblait à quelque hideux malfaiteur. Monique détourna désespérément son visage sur lequel elle croyait déjà sentir des ongles acérés.

Elle ne pouvait se faire entendre de Célia-Jane. Jean était bien là, elle l’avait laissé appuyé contre la porte fenêtre, regardant aussi la mer avec cette froide indifférence plus déchirante que des larmes. Il voyait sans doute Monique et l’ours devant elle. Mais quel secours aurait-elle espéré de lui qui, l’autre jour, avait eu envie de la tuer.

Elle eut honte de sa faiblesse, s’arracha violemment à l’appui qui l’avait soutenue et voulut se rendre compte de ce qui s’était passé. Il n’y avait plus d’ours sur la terrasse, Jean rentrait en boitant très bas. Monique courut à lui, lui parla d’une voix pressante, lui prit la main qu’un coup de griffe avait labourée, mais elle ne put obtenir de lui une explication ni une réponse.

Elle lava et banda l’égratignure qui était peu profonde ; il n’était pas autrement blessé. En venant au secours de Monique, il avait obéi à un instinct purement machinal et il ne se rappelait déjà plus ce qu’il venait de faire.

Monique eut-une nuit tourmentée ; elle retourna à satiété dans son esprit les phases si courtes de cet incident, de son danger, de l'intervention inopinée de Jean. Comment Jean s’était-il trouvé tout à coup près d’elle ? Comment Bruin était-il venu sur cette terrasse qui n’avait pas

d’issue ? Comment avait-il disparu, englouti dans quelque trappe ?

La réaction de l’ébranlement qu’elle avait subi, l'émotion que lui causaient des circonstances inexplicables lui donnèrent la fièvre. Quand elle finit par s'endormir, Bruin la poursuivit dans ses rêves, elle crut l’entendre déblayer la terre et les pierres pour se creuser un passage jusqu’à elle. Le bruit d=vint si distinct et si réel qu’elle s’éveilla. Elle n’entendit plus rien.

Le service d’inspection qui devait, à dates déterminées, vérifier l’état mental de Jean, avait été maintenu en principe, mais cette surveillance n’avait pas tardé à se ralentir ; il était évident que le pauvre Jean ne serait plus jamais de force à conspirer, et le gouvernement eut bientôt d’autres tracas en tète que la santé de lord de Burgau.

Mais peu de jours avant Noël, un agent muni de pleins pouvoirs se présenta à Blackhorn, et, comme de coutume, y exerça son mandat sans encombre. Le retard d’une pièce importante dont il avait besoin pour terminer sa mission l’obligea à rester un jour de plus, et ce jour se trouva être précisément celui de Noël. Mais un hôte de plus ou de moins ne compiait guère au château où l’on se disposait à célébrer Noël avec pompe ; la grande solennité britannique devait y preñdre des proportions inusitées. On voulait fêter à la fois les fiançailles de Jessy et le mariage de Malcolm, lady Roselyne n’ayant point encore été publiquement présentée par sa nouvelle famille.

Le mariage de Jessy n’était pas un moins bon prétexte à réjouissance : ainsi qu’Amos l’avait fait filialement observer à sir Bear, il valait mieux ne pas avoir l’air de faire la chose à son corps défendant ; quelques égards étaient dus à

la toute précieuse Jessica aussi bien qu’à lui, Amos. On n’avait qu’à s’honorer d’une alliance avec le docteur Amos Heller, savant déjà estimé, apparenté aux Minken, aux Dunach, aux Lorein £t autres familles distinguées à désinence très germanique. -

Il y eut donc à Blackhorn un grand massacre d’oies grasses ; la confection des pâtés et des puddings fut mise sur un pied grandiose ; tante Araminthe employa toutes les mains de bonne volonté et même quelques autres, à couper de l’angélique et du cédrat en menus morceaux, à peler des pommes, à piler des amandes, à fendre des marrons, à extraire insidieusement les pépins d’une prodigieuse quantité de raisins de Corinthe (opération délicate et toute nationale qui réduira toujours à l’exaspération une âme française. )

Pour comble de félicité, des signes précurseurs firent espérer qu’on aurait un “Noël blanc” et, dans la nuit même qui suivit ce pronostic, la neige tombant à profusion vint mettre la touche finale au tcbleau et promettre un Noël aussi blanc que peut le faire une belle couche de neige toute fraîche, haute de plusieurs pouces.

Mais ce mémorable matin, il se trouva que deux caisses indispensables au bonheur de lédy Roselyne manquaient à l’a pel. Malcolm proposa d’a]ler lui-même les chércher à Borough, sur quoi Rosey le paya amplement de ses bonnes intentions en voulant y aller aussi.

Elle demanda à emmener lady Monique. Celleci l’assisterait dans ses dernières emplettes, qui devaient comprendre un cadeau pour sir Bear et un autre pour Célia-Jane. Rosey ne reculait pas devant la perspective déconcertante de faire à sir Bear un cadeau de Noël, et elle offrit, par la suite, avec beaucoup de crânerie et de sang-froid,

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