‹ La famille de Burgau [microforme]Chapitre 6 sur 11 · LE · texte numérisé non relu

LE

— I] le era sans doute, dit la voix languissante de Josiah.

— Je suis heureux d'apprendre que vous avez de ses nouvelles. 1] n’a pas pu s’embarquer à temps pour être avec nous aujourd’hui, dit M. Hobson qui était nouvellement employé par la famille. Il est vrai que, pour l'instant et jusqu’au jour de ses trente ans, ses intérêts ne sont pas en cause.

Puis M. Hoïÿson exprima le désir d'être mis en Tapport avec le solicitor de sir Bear, et le baronnet lui donna des renseignements nécessaires, sur quoi tous les Burgau se retirèrent sans avoir Commenté d’un signe les dernières volontés de lord Archibald, mais emportant un double du testament. : ;

Ils se firent immédiatement conduire chez un fameux homme de loi, discret et impeccable, dont la moindre Parole valait une sentence de juge.

Ils furent introduits dans le temple luxueux — j'allais dire paré de riches dépouilles — où siégeait ce moderne augure,

L’augure n’avait rien de saisissant dans sa Personne ; il était rouge, gros et flegmatique. Sa bouche serrée, était plutôt faite pour le silence que pour l’oracle: elle semblait vous avertir ainsi : “ Je ne m'ouvre qu’à bon escient et je me referme vite : SOÿez Sur vos gardes ou tant pis pour vous. Je dirai peu ou rien, cela vous coûtera horriblement cher et ne sera point assez

payé.”

En voyant ces cinq gentlemen bien cravatés et gantés faire poliment irruption chez lui, le célèbre homme de loi ne se doutait probablement Pas que son cabinet s’ouvrait à cet instant à une si belle collection d’ours. Mais si les Burgau

ici présents lui étaient apparus avec griffes et crocs et sous leur véritable caractère, il n’eût point été autrement surpris. Il avait l'habitude de voir défiler devant son bureau une grande variété de bêtes de proie, la jungle n’assistait pas aux débats de fauves plus sauvages et mieux endentés.

L’éminent M. Rei! prit l’acte qu’on lui tendait. Tout en prêtant une seule oreille aux quelques mots que prononçaient sir Bear, il consacra ses deux yeux à la ,ecture du documeat. Il franchit sans broncher le cap du premier paragraphe, la conclusion du dernier lui fit un peu lever les sourcils. Il reposa le testament en homme dont la conviction est arrêtée.

— 11 faut, dit-il, que l’héritier — nommons-le X — soit marié et sain d’esprit le jour où il aura trente ans pour entrer en possession. Voilà un tettament qui n’aurait peut-être pas beau jeu en France, dit-il, l'intérêt du cas l’incitant à cette débauche de paroles.

— Est-il bon chez nous ? fit sir Bear.

— Je le considère comme bon, répondit M.

Reil dont le ton démontra à lui tout seul l’inanité de toute procédure.

— De sorte, fit sir Bear, que si, à la date indiquée, X... n’est pas marié...

— La fortune ira au musée de... le nom est en blanc.

— Et, reprit sir Bear d’une voix un peu plus sourde, s’il est marié et non sain d'esprit...

— Le texte ne prête pas à deux interprétations. Si X. est marié et non sain d’esprit, ses parents hériteront dans les proportions et conditions irdiquées. Il y aura quelques formalités pour obtenir qu’ils gardent la tutelle. Mais rien de sérieux. S’il n’est pas marié, c’est le musée qui hé-

rite, s’il n’est pas sain d'esprit, ce sont ses parents qui auront la tutelle.

Puis brusquement, heurtant ses clients du regard :

— Pourquoi sain d'esprit ? demandat-il. Cette précaution &-t-elle un fondement quelconque ? Y a-t-il des cas d’insanité dans la famille ?

— Non, dit Malcolm que le regard de M. Reil semblait spécialement interroger.

— Oui, dit sir Bear comme poussé par une suggestion.

Et sa voix couvrit la réponse de su fils.

-— En réalité, dit Josiah avec un regard approbateur de ses yeux mal ouverts, il y a eu des exemples de dé utôt que de.

folie dans la f l’héritier. Le testateur avai pour la raison de

ont nullement cons lettres de X. sont uf erreur de notre rt allègre.

e chemin de Blackau matin.

leurs chevaux, ils ne

ture, ils revinrent à

que tout le monde ne pût entendre,

me après qu’ils eurent ouitté Vidge, ils restèrent muets comme s'ils redoutaient que les haies et les champs pussent les écouter. Même quand ils furent en pleine bruyère, qu’ils n’eurent plus autour d’eux à perte de vue qu’un espace ras où rien n’aurait Pu servir d’abri au plus habile indiscret, l’un d’eax s’accorda de donner libre

cours à ses opinions et cria avec une exaspération pleine de rage : .

— Que le diable emporte les vieux fous... et les autres !

C'était Malcolm-Bear, mon fils, qui venait d’ouvrir le feu par cette exclamation peu dévote. L’indignation de ses frères ne leur permettait pas même la consolation de tempêter, et ils se turent.

— Quand je vous le disais ! reprit Malcolm, que nous nous attachions un boulet et qu’il n’y avait pas dans toutes les armoires d’Angleterre un squelette comparable à celui dont vous nous dotiez. (Le squelette dans l’armoire est un secret soigneusement dissimulé Je

— Oh ! mais, fit Josiah, notre squelette était condamné.

— Et c’est bien pour cela, dit rudement Malcolm, qu’il n’y avait pas d’inconvénient pour nous ni pour lui à en finir.

— À en finir avec Harry ? dit sèchement sir Bear.

— Il s’agit bien d’Harry, s’écria Malcolm avec emportement. Maintenant, quand Jean mourra, nous serons bien avancés.

— D’avoir concouru à la fondation du musée de Burgau-House, acheva J osiah pensivement.

— Aussi, dit Jack outré par la perspective qu'évoquait Josiah, pourquoi le gouverneur s'est-il obstiné à confirmer lord Archibald dans l’idée que nous étions riches !

Sir Bear supporta vertueusement l’effervescence de son troupeau. Soutenu par la conscience de ses bonnes intentions, ou quelque autre pensée plus réconfortante, il tint tête à l’orage.

-— Je le lui ai dit, déclara-t-il, parce que c’était le seul point inébranlable sur lequel pût re-

Poser sa confiance en nous. Lui avouer le contraire, c'était nous placer vis-à-vis de lui sur le pied de parents Pauvres.

— Et de la situation de parents Pauvres à celle de parents avides, il n’y à qu’un pas, comme Je sait fort bisn sir Bear, mon père, fit Josiah dans ses dents avec un regard amusé, Et il ajouta philosophiquement :

— Lord Archibald a

Malcolm bon éperon. Les conseils de son frère ravivaient en Jui une blessure secrète.

— Bien entendu, Malcol

oir d’aristocratiques

ses paupières, une mince la- Le nez de sir Ongeait, se courbait comproie. Sir Bear respirait uelque odeur lointaine,

quelque fumet de haut goût dont la vapeur capiteuse amenait le sang au cou du baronnet.

Malgré leur silence apparent, sir Bear et J osiah avaient dû échanger quelques communica.tions mystérieuses, ils étaient évidemment d’accord comme deux infaillibles limiers lancés en trombe sur le même pied,

Leurs compagnons qui, sous des dehors plus frustes, ne manquaient pas de perspicacité s'en aperÇçurent, car Malcolm et Frañck s’écrièrent en même temps :

— Si vous avez un moyen, dites-le,

Oui, Josiah et sir Bear avaient un moyen, mais ils ne pouvaient le dire que tout bas, même les brins d’herbe et les genêts de la lande deve- | naiïent de dangereux confidents.

Les cinq hommes s'étaient arrêtés ; ils tinrent un conciliabule bref, aux paroles furtives à peine articulées,

Puis ils se remirent en marche. Ils s’avan- Gaient perdus dans leurs réflexions, mais les choses qui les entouraient et qu’ils ne regardaient pas étaient déjà transformées pour eux, la lande n’était plus la même, plus le même non plus le ciel aux lourds écroulements de nuages.

— Mais lui, fit Jack, lui, voudra-t-il ?...

Josiah haussa les épaules. Sir Bear répondit nettement :

— Jean fera absolument ce qu’on lui dira... à condition, ajouta-t-il souriant presque, que ce ne soit pas Josiah qui le lui dise. Et encore...

— Oui, et encore... firent Malcolm et Jack avec un dédain où n’entrait point de pitié.

— Îl est vrai, dit Josiah d’un ton méditatif, Que nous n’aurons plus tard que deux cent mille francs ; mais ce qui est surtout à considérer, c’est que d’ici là les revenus nous appartiendront

ÿ arrangerons pour qu’on le laisse sous notre garde. Tout simple, voyez-vous,

C'était si simple que cela les étourdissait un peu.

— Pour le mariage, le vieux Clenman en passera par où l’on voudra, fit Jack comme s’il pesait le pour et le contre d’une main déjà expérimentée.

de comp 1 est inutile que Harry connaisse Je testament de lord Archibald.

— Pauvre Harry'! soupirèrent les autres, demi- Compatissants, demi-railleurs.

— Ok ! il ne trouvera Pas mauvais qu’on donne à Jean une bonne société.

— Tenez, J osiah, vous ne valez pas le diable ! fit Franck, entraîné par l’impulsion d’une conviction irrésistible.

— Eh ! riposta fougueusement Malcolm, que deviendriez-vous sans Josiah qui ne vaut pas le diable, vous, Francis de Burgau, sans le sou et perdu de dettes, qui ne savez que monter à cheval et chasser ? Allez-vous-en donc chercher for-

IN

tune quand on aura mis Blackhorn à l’enchère, Puisque vous n’avez pas de cervelle comme Josiah et que vous ne pouvez être qu’un outil, soyez au moins un outil sûr et solide.

Franck ne regimba point sous cette algarade : Malcolm entrait dans les nouveaux projets avec une ardeur sombre et aveugle comme s’il se ruait vers la vie, brisant les dernières hésitations, communiquant aux esprits plus prudents que le sien un ressort, un élan, dont Josiah et sir Bear manquaient rarement, à vrai dire.

— Mais, aurons-nous le temps ? dit Jack. Il faudra nous presser avant que cette affaire d’Irlande nous tombe sur les bras et nous paralyse,

— Oh ! fit sir Bear, le danger d’arrestation n'était pas à beaucoup près aussi menaçant Pour votre cousin que pour Patrice O’Hara.

Et ils onblièrent leurs propres soucis, paraît-il, car ils ne s’entretinrent plus que de Patrice O’Hara et de sa fille.

— Je vous avais bien prévenus que, dans une situation telle que la nôtre, il faut avoir des gens dans sa main, fit sir Bear d’un ton paternel et grondeur... Mais vous ne vouliez rien entendre. Nous avions besoin d’une gouvernante sur laquelle nous ayons prise afin que si une malchance, à laquelle je ne croyais guère, lui apprenait quelque chose Et le hasard nous envoie Monique O’Hara. J'ai vu tout de suite le parti à tirer d’elle.…. non comme gouvernante, cela ne valait certes pas la peine que nous nous occupions de son père, mais comme sœur de charité, comme gardienne de Jean plus tard, puisque le vieux Jacob était au bout et vous paraissait à bon droit impossible à remplacer. Débarrassons-nous du père, disiez-vous quand le marché a été conclu avec la jeune fille. Et quelle

era libre, -— nous sommes bons Parents et tâcherons, pour l’amour de Jean, que ce soit le plus tard Possible, — rien ne nous empêchera de la récompenser...

— Oui, dit Josiah, en l'épousant, par exemple.

— Pas moi ! firent ses trois frères avec le plus sincère entrain.

— Moi peut-être, dit Josiah.

Il s’assoupit sur cette honne pensée et n’ouvrit plus la bouche jusqu’à Blackhorn.

Monique était dans une petite pièce où elle donnait quelquefois les leçons de Jessy quand sir Bear demanda à la gouvernante de sa fille un instant d'entretien,

Rien qu’à la façon soigneuse dont il ferma la porte, Monique comprit qu'il allait lui parler de son père, et le cœur toujours alarmé de la jeune fille bondit plus fort sous l'excitation d’une terreur inavouée,

Sir Bear donna à Monique des nouvelles de Patrice O’Hara qu’il venait de voir lui-même,

— Oui, j’ai profité d’une absence du petit ber- £er pour porter à M. O’Hara le prix de son passage ; vous savez qu'il s’embarquera bientôt et qu’il veut d’abord Passer en Irlande, Je lui ai laissé l’argent ot il n'aura pas à vous compromettre en se montrant dans ces paruges, Le moment venu il gagnera aisément Burn et te 13.

Mais c’est alors que le danger commencera pour lui. Il est prudent et les fonds dont il est suffisamment pourvu l’aideront à.

Elle l’interrompit, touchée jusqu'Æux larmes Par cette générosité. Elle dit d’une vrix émue : — Je n’ai point encore gagné cet argent que Vous avancez à mon père. F! quand j'atteindrai le terme de mon eugagement aveu vous, je ne serai pas quitte davanta;x, car rien de ce que je pourrai faire pour vaux u'égalera ce que vous faites. Cette idée m'est parfois pénible. © — Puisque vous envisagez la chose à ce point de vue, dit sir Bear de son air le plus sec et le plus froid, je n’aurai nulle difficulté à vous dire ce que nous attehdons de vous. Quand vous êtes entrée à Blackhorn, nous n'avions besoin que d’une gouvernante pour ma fille, nous nous sommes donc contentés de vos services comme gouvernante. Maintenant, les circonstances sont changées, il nous est donné de mettre à l'épreuve cette reconnaissance que vous exprimez.

Elle l’écoutait, la tête levée, les yeux un peu

\ brillants. Comme elle était belle dans sa fraîche jeunesse, cette fière et pure Monique, au corps

. élancé, à la sombre chevelure semée d’éclairs, aux yeux bleus limpides !.. Quel holocauste royal à offrir en pâture au minotaure affamé, au sombre destin qui la guettait !

— Îl faut dire, reprit sir Bear, que cette épreuve ne sera pas inutile ; qu’elle sauvegardera votre avenir, qu’elle vous mettra pour toujours à l’abri de la situation précaire et dépendante à laquelle vous êtes forcément destinée, il s’agit d’un mariage,

— D'un mariage pour moi ! fit Monique regardant très loin comme si elle ne voyait pas avec qui on aurait pu la marier à Blackhorn.

— Avez-vous des engagements antérieurs ?

Il y eut une courte pause.

— Non, dit Monique.

— Vous ne repousseriez donc pas l’idée en Principe si elle était liée au sort de votre père ?

— Non, dit la jeune fille dans un détachement complet d’elle-même.

Et elle ajouta tout bas :

— Je n’y ai jamais réfléchi ; Quand je pensais à mourir pour lui, je ne pensais pas qu'il pât m'être demandé pire.

J1 ne releva pas l’inconsciante ironie à la fois sanglante et candide de cette réponse.

Ces jalons posés, il commença l'attaque.

— Je dois d’abord vous confier un secret de famille dont la gravité vous Prouvera la confiance que je place en vous. ;

Cette gravité prouvait plutôt à quel point Monique se trouvait au pouvoir de sir Bear.

— Mais je suis contraint de vous imposer le silence sur tout ce que je vais vous dire. Nous avons la douleur de voir Jean de Burgau, notre plus proche parent, le chef actuel de la maison de Burgau, frappé par la maladie mentale qui, sans troubler ses facultés, les à partiellement affaiblies. Des soins constants, un dévouement plein de vigilance lui sont nécessaires non seulement pour assurer les précautions minutieuses que réclame son état, mais encore pour lui rendre son sort plus supportable. Le jeune lord Jean de Burgau.…. Oui, dit-il, il est lord de Burgau depuis la mort de lord Archibald. C’est même d’après les instructions que nous a laissées son oncle, lors de sa dernièrs visite, que nous agissons. Nous sommes couvaincus que des services mercenaires n’entoureraient jamais Jean d'assez de sécurité et d'affection, et en décidant de le marier, nous avons pensé à vous. N’oubliez pas que lord Archibald vous a vue. Je ne vous abuse en rien. Je cherche si peu à vous ca-

cher la nature et la portée des engagements que Vous allez prendre que je veux vous montrer à l'instant mon neveu.

‘* Le vieux Jacob, qui le soignait avec assez d'intelligence, est mort. Célia-Jane ne suffirait point à sa tâche sans une direction éclairée qui sera la vôtre, mais vous n’aurez aucune occupation fatigante. Vous verrez que notre malade n’a rien d’effrayant. Il est très soumis à (C'élia-Jane et, en cas de besoin, notre secours immédiat est toujours à votre disposition. Vos services seront récompensés par un douaire et vous serez lady de Burgau. Si la sagesse et la raison sont vos véritables conseillères, vous accepterez. J’ai cru comprendre que votre père se déchargerait avec plaisir de tout, souci vis-à-vis de vous. Vous me donnerez votre parole de ne jamais ré- Véler les circonstances de votre mariage, de rester muctte sur tout ce qui touche à ce sujet. Inutile de nous exposer tous à des commentaires aussi faux que malveillants. Diverses considérations nous obligent encore à dissimuler la présence de mon neveu à Blackhorn, mais cette précaution sera bientôt superflue.

Monique suivit sir Bear sans rien dire : ne savait-elle pas où il la conduisait ? Avant d’être bien revenue à elle. d'avoir rassemblé ses esprits en déroute, elle était dans le pavillon de l'Etranger, devant Jean de Burgau.

Elle se demanda tout à Coup si Jean n'allait Pas laisser paraître qu’il la connaissait déjà, que ce n’était point la première fois qu’elle venait ici. Mais-il n’en fut rien, et cette indifférence qui pourtant la sauvait, serra le cœur de Monique.

Quand elle fut de nonveau seule avec sir Bear, la jeune fille balbutia :

— Je ne reîise pas. je veillerai sur lui.

Elle fixait son regard effrayé sur le visage sévère du baronnet.

— Je ne refuse pas, répéta-t-elle, jè remplacerai Jacob. Je donnerai au malade tout mon temps, toutes mes peines. Je n'aurai pas peur... non, je vous le jure, je n’ai pas peur de lui. Je le soignerai comme s’il était mon frère.

— Le soigner, c’est bien, mais il faut l’épouser, dit sir Bear d’un ton catégorique.

Elle recula palpitante en murmurant :

— C’est impossible,

Il répliqua froidement :

— Fort bien. Vous en êtes juge. Dans combien de jours passera le bateau qui emmènera votre père ?

— Mais, dit-elle, aiguillonnée par le souvenir que réveillaient cruellement ces derniers mots, mais puisque je resterai près de lui, que je serai sa gardienne, sa servante.

— C’est à mon tour de vous répondre : impossible. Vous êtes trop jeune. Que n’avez-vous trente ans de plus ! Ce n’est ni votre faute ni la mienne. Toute jeune que vons êtes, hous reconnaissons vos qualités, nous vous confierons la santé et le bonheur de notre malheureux parent ; peut-être votre présence, vos attentions ranimeront-elles en lui.

Il hésita, si: Bear lui-même ne pouvait la leurrer de paiiile chimère. Il acheva pourtant :

La reconnaissance peut l’attacher à vous.

Mais, sur ce thème, le baronnet était impuissant à tromper Monique. Qui mieux que la jeune fille connaissait cette insensibilité qui répondait à sa plus chaleureuse abnégation ? Elle consumerait en vain son cœur et les forces de sa jeunesse, elle dessécherait la sève de son âme dans

une épuisante entreprise. Ne s’était-elle pas déjà heurtée à la torpeur glacée de Jean comme on se . heurte du front et des mains contre uné inexorable muraille ? elle finirait par s’y briser.

Sir Bear continua sans miséricorde et sans colère. Josiah comme ses frères s’en étaient remis ‘AU gouverneur du souci de cette négociation et leur. noble foi filiale ne s'était pas égarée.

— Mais ai-je à vous dire que vous êtes libre d’accepter ou de refuser ? È

Et probablement pour mieux imprimer en elle la conviction de cette liberté, il poursuivit. :

— Vous êtes mieux à même que moi d’apprécier la situation de votre père. Si l’arrangement que je vous soumets vous paraît irréalisable, nous devrons nous incliner. Mais il est. juste aussi que notre attitude à votre égard dépende de votre décision. Si vous vous dérobez à notre premier appel, nous jouerions en vous aidant davantage un rôle de dupe. Patrice G’Hara a notre atgent et je n’essaiera pas de le lui reprendre. Mais je vous avoue que, devant cette düreté de cœur, devant votre ingrate obstination à repousser un plan aussi avantageux pour vous qu’au malheureux qui a besoin de vous, je m’abstiendrai de dérouter ce qui est après tout la justice de mon pays et je ne mettrai pas en jeu les influences qui pourraient aider Patrice O’Hara et favoriser sa fuite, Vous n’ignorez pas que la sentence de votre père serait.

Elle couvrit son visage de ses mains pour ne bas entendre le mot épouvantable. Elle gémit d’une voix à peine distincte, d’une voix d’agonie : z

— Par grâce... par grâce...

— Ce n’est pas moi, dit presque doucement sir

Bear, ce n’est pas moi qui ai la grâce de Patrice O’Hara dans les mains.

Elle regarda machinalement ses mains à elle, ses mains effilées et blanches. Etait-il possible qu’elles fussent chargées d’un aussi terrible fardeau !

— Donnez-moi du tenrps, dit-elle.

— Non, c’est tout de suite.

Il fallait bien que cela fût tout de suite, car, peu de jours encore, et Patrie O’Hara serait partiellement à l’abri. tout à fait peut-être.

Sir Bear reprit d’un accent consciencieux :

— Ce mariage qui se fera selon le rite protestant sera, s’il vous convient, une pure formalité. Le passage de votre père chez nov- est resté secret, il n’y aura pas de ce chef une ombre de difficulté. Si je vous donne ces explications, remarquez qu’elles ne modifient rien, et que si je VOUS proposais un mariage musulman, cela ne changerait pas la situation. Quels que soient les détails accessoires ou les motifs de votre décision, si vous acceptez votre père s’échappera, si Vous refusez..

— añ0n ! yous ne ferez pas cela.

— +ontraire, je ne ferai rien et cela reviendra au même, Mais remettez-vous-en complèté ment à nous, et ne tentez pas la moindre restriction, ou n’accusez que vous des conséquences.

“ S'il vous plaît de ne pas regarder cette formalité comme un mariage,continua sir Bear sans qu’il fût possible de distinguer clairement yne note sardonnique dans sa voix,considérez-la comme une promesse de soigner fidèlement Jean de Burgau qui devait être votre protecteur. Vous Vous consacrez à l’allègement d’une infortune. Lord Jean est condamné, vous aurez adouci ses derniers jours. Vous recouvrerez alors votre li-

berté, Patrice O’Hara aura depuis longtemps la sienne... pourvu que vous me donniez votre réponse à temps.

Toute cette nuit, Monique fut livrée à d’indicibles tourments. Si Bear l'avait dit, elle était seule arbitre. Ce qu’elle choisirait allait s’accomplir, il fallait qu’elle choisit... et qu’elle choisit à temps. Les Burgau agissait par affecti tié pour lord

et ce oui, décidât peutrt.

ta.et rapides, que, Mof Dore réqu’elle pût vis-à-vis- e-même

décision, sans que sa bouche pût articuler l’unique mot qui allait condamner ou elle ou son père.

Elle ne chercha point à informer Patrice O’Hara de l'impasse où sir Bear l’avait si dextement enfermée, Elle ne voulait pas que lui du moins connût les affres d’une telle alternative, OU que son refus formel tranchât pour Monique tout espoir de le secourir. :

Et qui sait ? peut-être eût-il consenti pour l'amour de sa cause, Il voulait retournæ au combat à tout prix. À côté du sort de sa patrie, le

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sort de Monique ne lui Paraîtrait sans doute qu’un prix médiocre sur lequel :1 n’v avait pas lieu de marchander.

Monique n’avait jamais été pour lui qu'une entrave et souvent un danger. La#feune fille Îléchissait de nouveau sous cette amère conviction. C'était elle qui avait trahi à Blackhorn l'incognito de son père, c'était son embarras, son inaptitude à mentir qui avaient révélé à jeurs hôtes le nom du vieux Voyageur malade. Elle en avait toujours eu un SoupÇon, un remords, que les Burgau n’avaient rien fait pour dissiper.

Et si, en cette occasion comme en d'autres précédentes, elle avait ainsi contribué à le compromettre, si elle l’avait poussé dans le piège où ils étaient pris tous deux, n’était-il pas juste qu’elle fit tout au monde Pour réparer ?

Le danger de son père lui avait inspiré de si intolérables craintes qu’elle aurait cru souscrire joyeusement à n'importe quel sacrifice pour mettre fin à ses appréhensions. Et voilà pourtant qu’elle reculait.

Mue par elle ne savait quel instinct, elle s’en alla errer dans la direction du pige. nnier de Jacob. .

Hélas ! le vieux Jacob était mort. Que lui eût-

1 dit, du reste, sinon qu’elle devait se soumettre ? Avec quel empressement jaloux, quelle joie attendrie, il aurait jeté Monique dans le caveau de Jean... Corame il en aurait soigneusement muré la porte pour qu’elle n’en ressortit plus.

Mais ce n’était pas au vieux Jacob qu’elle aurait voulu parler : elle avait un vague désir de revoir Jean, de se convaincre que tout était réellement éteint en lui, qu’il ne subsistait ni une lueur dans ces ténèbres, ni une étincelle sous la

cendre. Elle l’interrogerait d’une voix si suppli- ‘ante qu'il finirait par répondre.

Elle avait atteint le pigeonnier, elle se tenait sur la tablette qui restait du balcon, mais la porte était fermée et barricadée de l’intérieur. Monique appela à voix basse, puis plus haut.

Mais. Célia-Jane ne revenait plus ici depuis qu’elle était veuve ; elle habitait entièrement le pavillon de l’Etranger où elle avait un logement. minuscule, à la suite du cabinet d'entrée.

À travers les vitres poussiéreuses, Monique voyait les deux petites pièces en enfilade, l’humble mobilier rustique ; elle croyait presque voir une tête grise s'appuyer au dossier du fauteuil de paille, entendre une voix chevrotante dire avec un accent solennel :

— Le ciel est aux...

Mais non, non, elle ne voulait pas entendre ce que le vieux Jacob aurait à lui dire.

‘Cette impossibilité de parler à Jean acheva .de la troubler, bien qu’elle ne s’abusât point sur l’inanité d’une telle tentative. Puisque la pente de-

‘venait si glissante sous ses bas, puisque tout le monde la condamnait, même les morts, que pas une main ne se téndait pour l’aïder pendant qu’elle luttait encore, qu’elle ne pouvait obtenir de”Jean au’il intervint en dirant : “Je ne vous veux pas, allez-vous-en. Je n’ai que faire de vous...” Monique ne pouvait plus que recourir à son père. Oui, elle irait à lui, se jietterait À ses pieds, le conjurerait de partir avec elle, tout de suite, de fuir n’importe où, sous un déguisement s’il le fallait, de se cacher dans les bois ou dans un hameau de la côte, de gagner la France dans

- un bateau de pêche et de renoncer au voyage

d'Irlande tant que la menace des Burgau serait suspendue sur eux.

Monique retourna dans sa chambre, fit à la hâte quelques préparatifs, assembla les effets indispensakles dans un paquet qu’elle recouvrit dé son manteau. Puis elle sortit du château, descendit les marches .taillées dans le roc qui reliaient les terrasses entre elles, suivit toute l’avenue et arriva dans la dernière cour sans avoir rencontré personne.

Quand elle fut devant les tourelles de la grille, elle s’arrêta, se demandant si on la laissérait passer, et, comme le rébarbatif concierge la regardait d’un air interrogateur, elle bégaya les premiers mots qui traversèrent son esprit :

— Miss Jessy est au presbytère.

Basile n’avait pas reçu de défense à son sujet, car la grille s’ouvrit aussitôt devant Monique.

Une fais dehors, la jeune filie ralentit le pas. II ne fallait pas que son allure donnât l'éveil aux nombreutes paires d’yeux perçants qui étaient toujour: en observation à quelque fenêtre de Balckhorn Tant de pensées l’occupaient q®t la route ne li parut pas longue ; elle fut presque surprise en reconnaissant -l’endroit où Harry lui avait coupé une fleur de genêt.

Elle était sien au grand pâturage, mais elle eut beau mæcher, elle n’entendit ni aboiïements de chiens ni lélements de troupeaux. Ses regards explorèrent l'iorizon dans tous les sens, elle ne découvrit plusles hangars ni la cabane roulante. Seule la huttede pierre était encore là pour attester à Moniq que ses souvenirs ne la trompaient point. Mis la porte et les volets étaient fermés, la pousière s’accumulait déjà sur le seuil ; malgré le foid piquant, la cheminée ne fumait plus. La hüte était abandonnée, le troupeau de Blackhornavait émigré, le père de Monique était parti.

Patrice O'Hara avait dit, Monique se le rappelait maintenant, qu’il avancerait son départ s’il en trouvait l’occasion afin de prolonger son séjour en Irlande, et il avait accompli son dessein. Peut-être n’en avait-il Pas pu avertir Monique, ou bien il avait voulu éviter à la jeune fille l’émotion des derniers adieux, En tout cas, il était Parti, et sans se douter de la’ poignante situation à laquelle il abandonnait sa fille. Monique ne pouvait plus le prévenir, se mettre sous sa protection Il était loin déjà, en plein péril, un mot des Burgau arréterait sa fuite et le perdrait, Si Monique fuyait aussi ?.…. Quelle folle pensée... Il fallait au contraire qu’elle rentrât tout de suite, qu’elle leur dit: ‘ Vous êtes les maîtres, vous êtes plus forts que moi, je consens à tout.” . Et elle rentra très vite, très vite, craignant que le moindre retard ne fût fatal, qu’ils n’aussent

j leur menace, Patrice O’Hara et sa

; Par ses délais, elle

ils étaient vdicatifs,

t en son père, ils dénceraient

Patrice O’Hara, c'était fait déjà peut-être, elle

reviendrait trop tard, on ne les brawit pas impunément.

Qu’avait-elle eu besion de les bravr? L'hésitation lui était-elle permise ? Elle s’éait attardée à réfléchir pendant que la vie de on père était en jeu, elle avait pesé ses préférenés comme une fiancée libre de chérir ou d’effeuller son bouquet.

Elle pressa encore le pas ; cate fois la route était interminable, Un arbre épouillé fit sur l’herbe comme une ombre de tence. Monique Poussa un cri et se mit à court. Elle courut jus-

qu’à Blackhorn sans reprendre haleine. Elle regardait de loin le château avec des yeux de désespoir. Elle aurait voulu crier à ceux qui, de làhaut ne la voyaient pas revenir :

— C'est moi. Me voilà. Attendez-moi !

— Miss Jessy est de retour, lui dit le concierge.

Il n’en finissait pas d’ouvrir cette grille, Monique n’arriverait pas assez tôt, ne la laisserait-on donc point rentrer !…

Elle fut du château en quelques minutes, elle alla au parloir où elle ne vit que sir Bear. Elle dit au baronnet d’une voix entrecoupée : -

— Est-ce encore temps pour moi de vous répondre ?

Il n’eut pas la férocité de la faire attendre sil répondit d’un signe affirmatif.

Elle dit toute palpitante et comme si elle ne pourrait jamais parler assez rapidement :

— Alors, c’est oui, oui, oui Faites ce que vous voudrez,

— Vous consentez au mariage ? ô

— Oui, à tout, j'accepte tout. Vous avez ma parole.

Une lettre d'apparence officielle posée sur la : table attirait magnétiquement ses yeux ; sir Bear prit cette lettre-et la jeta dans le foyer.

Monique s’était retirée dans une embrasure de fenêtre, son animation tombait, elle se remettait un peu. Elle ne regrettait rien, et la lettre qu’elle venait de voir brûler devait être jusqu’au bout le stimulant de sa résolution.

Elle regardait dehors, se tournant dans la direction où le pavillon de l'Etranger <e cachait dans son rempart de roches. Elle cherchait l’emplacement du vieux pigeonnier comme pour dire à Jacob :

— Vous voyez ? Je reviens à lord Jean... Je me donne à lui, je ne laisserai plus.

Et elle s’aperçut que, dans sa réponse à sir

; Sa pitié pour Jean avait parlé en même temps que sa terreur Pour son père.

Quand Monique se fut retirée, sir Bear vit Jessy sortir d’un recoin où elle était demeurée, pendant le bref colloque de son institutrice et de son père.

Elle s’avança jusqu’à sir Bear.

— J'étais là, dit-elle d’une voix inégale, aux intonations saccadées.

J1 la regarda délibérément.

— Mais je le savais, répliqua-t-il. Croyez-vous, Jessica, l'esprit de votre père si affaibli qu’il ne soit plus capable de discerner qui se trouve dans une chambre ou si quelqu'un écoute aux portes ?

Elle reprit avec violence :

— Qu’avez-vous dit ?

— Puisque vous étiez là, vous l’avez entendu comme moi.

— De qui parliez-vous, c’est-à-dire.."Oui, d’un mariage, je sais bien. Qui se marie ?

— Etes-vous si inconsolable de perdre la gouvernante dont vous ne vouliez point ?

— Qui épouse-t-elle ? Pas Jean de Burgau ?

À ce momeut, Malcolm et Josiah entrèrent comme deux chasseurs accourus au son de l’hallali qui viennent constater le carnage et regarder la victime. Mais Monique n’était plus là.

—— Oui, c’est Jessy, fit sir Bear en réponse au regard questionneur de ses fils, et nous causions du prochain mariage. Il n’y a pas d’inconvénient à mettre Jessy au courant de nos affaires. Tous les domestiques sont à Ridge et nous sommes bien en famille.

— Oh ! Jessy est assez avisée quand elle veut, grommela Malcolm. Elle a la tête plus solide que Harry et ce n’est pas difficile.

— Malcolm, ne dites point de mal de votre murs frère, fit l’'équitable Josiah, s’asseyant sur e siège le plus commode de la pièce. Sans Harry, nous aurions peut-être eu le malheur de perdre Jean trop tôt, et il ne nous resterait plus rien à faire aujourd’hui.

Mais l'hommage flatteur que venait de recevoir Jessy par l’organe de son père et de son 2 aîné n’enivra nullement l'irascible jeune ille,

— Cela ne sera Pas, s’écria-t-elle. Et les mots sortaient avec peine de ses dents serrées, Ce serait odieux, ce serait. ce serait.

La voix lui manqua.

— Vous avez des craintes pour le bonheur de Jean ? fit Malcolm avec mépris. Votre cousin vous inspire-t-il tant d'intérêt... ou votre gouvernante si peu de confiance ?

— Jessy, voulez-vous épouser Jean ? fit Paisiblement Josiah.

Tout le visage de Jessy se houleversa sous l’influence d’une agitation passionnée, ses yeux eurent un éclair noir, elle étendit la main comme pour s’entraîner elle-même, se contraindre... mais une sorte d'horreur se peignit sur ses traits fins. Sa main retomba.

— Non, non, soupira-t-elle. Je ne veux pas, je ne veux pas, j’ai peur...

— Et c'est fort heureux que vous ne vouliez pas, dit sir Bear, car ce serait impossible,

— Alors, fit-elle, indignée et rougissante, pourquoi m'avoir imposé d'y réfléchir une seule minute... C’est cruel.

C'était si cruel que cela réveilla Josiah au

point de le faire rire. Jessy reprit rageusement :

— Je peux empêcher vos combinaisons.

— Vous pouvez essayer, voilà tout.

— Voyons, Jessy, fit sir Bear que le succès rendait extrêmement bénin, tandis que ce même succès disposait ses fils à d’aimables taquineries. Vous êtes une fille de sens et vous allez nous donner votre avis. C’est vous qui déciderez en ce qui vous concerne. Si votre cousin ne 8e marie pas et que l'héritage passe injustement en d’autres mains, ne croyez pas que je jette le manche après la cognée. J'ai déjà songé à ce que serait votre avenir le cäs ‘échéant, quand Blackhorn ne nous appartiendra plus et que nous serons tous dispersés.

— Quand Blackhorn ne nous appartiendra plus, répéta Jessica abasourdie.

— Mais oui, j'ai songé, dis-je, que miss Araminthe et vous pourriez monter un pensionnat de jeunes enfants, une sorte de petite école.

— Jamais ! s’écria impétueusement Jessy. Je déteste les marmots.

— Mais rien ne s’opposerait, reprit sir Bear plein de sollicitude, à ce que vous entriez dans quelque grande maison qui sera sans doute moins ancienne que la nôtre — mais l’adversité . ne vous permet pas de ces comparaisons — pour y remplir des fonctions domestiques suffisamment rétribuées.

— Mon père, comment pouvez-vous mentionner une pareille chose ? Est-ce que je suis née pour cela ! fit-elle d’un ton d’orgueil blessé,

-— Alors, fit sir Bear d’un ton sans réplique, il conviendrait de vous faire admettre comme lectrice chez la vieille Mme Moon.

— Je ne veux pas. dit la pauvre -Jessy pleurant presque. Les lectrices de Mme Moon sont

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