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des esclaves blanches qui ne mangent jamais à leur faim. Plutôt que d’entrer chez ce vieux démon en jupes, j’aimerais mieux... :
— Qu’aimeriez-vous mieux, Jessica ? demanda sévèrement le baronnet.
— Eh bien ! oui, fit-elle essuyant ses ycux d’un mouvement vif, oui, j'aime mieux ce que vous allez faire. Mais, dit-elle Plaintivement, cédant à cette humeur fantasque, un peu puérile, qui surprenait dans sa nature très positive, mais moi, j'aurais bien voulu être lady de Burgau… -
. Les connaissances en Sénéral peu intimes de la
e de Blackhorn ne tardèrent point à apprendre que Jean de Burgau, le nouveau lord, allait faire sa réapparition dans l’ancien monde
était encore incertaine, À Il arriva à l’improviste Comme i] avait dit ; le ruit de son retour se répandit dans le comté en
même temps que celui de son mariage. C'était à
. Re Pas savoir si l’on devait plus admirer son
respect pour les volontés de son oncle que son
empressement À s’assurer l'héritage.
Pour le moment, cet héritage ne le concernait
Pas. Jusqu'au jour de ses trente ans, il n’avait
rien à démêler avec la fortune de Burgau-House. Les termes du testament de lord Archibald étaient mal connus. On savait seulement que le marquis prêt à rehier son neveu, avait été détourné de cette mesure absurde par les Burgau de Blackhorn auxquels il ne voulait rien donner non plus, et que, grâce à l'intervention de ces derniers, il s’était contenté d’imposer à Jean un délai. : 5
Le retour et le mariage de Jean justifiaient les prévisions générales, mais on fut surpris d’apprendre que la fiancée de lord Jean était une jeune fille qui remplissait à Blackhorn l’emploi de gouvernante. L'engagement entre eux datait de loin. C'était à la requête de Jean de Burgau que les châtelains de Blackhorn avaient reçu cette jeune lille jusqu’à ce que le mariage fût possible. La fiancée s'appelait Monique O’Hara, elle était peut-être alliée de près ou de loin au patriote de ce nom. Jean de Burgau affirmait donc une fois de plus ces sympathies irlandaises dont on avait beaucoup parlé un moment, mais autour desquelles le ie s'était fait.
Ces différentes nouvelles se répandirent comme si elles avaient émané de l'air qu’on respirait dans le Wildshire et sans que personne pût en citer la source ou nommer qui les avaient mises en circulation.
Lord Jean, n’ayant pas de formalités à remplir pour son futur héritage, put se reposer à Blackhorn ; il était encore un peu souffrant, il s’occupa néanmoins des affaires que comportent les approches d’un mariagé, il donna lui-même quelques instructions à ses fournisseurs d’une écriture très nette et dans un style très clair, l’€ criture et le style des Burgau normands. Il comptait repartir pour les Etats-Unis avec sa
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jeune femme aussitôt après son mariage et passer là-bas les quelques mois qui le séparaient de . Sa mise en possession de Burgau-House. Il était froissé de la situation douteuse où le plaçaient les malencontreuses dispositions de son oncle et avait hâte de repartir. |
11 semblait même aux esprits compétents qu’en pareille circonstance, un mariage strictement privé serait du meilleur goût.
La loi anglaise fait merveille pour hâter la sanction du bonheur des jeunes couples. Lord Jean mit si bien à profit ces facilités que, si rien n’entravait ses plans, fl devrait être uni à Monique avant que personne eût eu le temps de se retourner. j
Les choses prenaient donc à Blackhorn la plus
heureuse apparence, abéissant à une impulsion si savante et si ferme qu’elles semblaient marcher d’elles-mêmes et tout simplement dans la dirt tion favorable sans que rien trahit le calcul ou l'effort.
* N'eût été cette insignifiante indisposition qui abattait lord Jean, les seigneurs de Blackhorn auraient joui sans nuage de cette visite d’un cousin qui ne passait point pour un ingrat. Afin de leur consacrer plus de jours, lord Jean renon- Ça au voyage de Londres qu’il avait projeté.
Et bien lui en prit, commeil fut avéré par la suite.
Durant ces derniers jours, les Burgau eurent cet entrain de hon aloi qui distingue les vrais soldats avant la bataille. Malcolm surveillait même d'un œil de curiosité bienveillante les apprêts discrets et rapides. Ainsi un condamné surveille l’exécution d’un confrère, remarque &gréablement Josiah qui attribuait à son aîné des visées matrimoniales. Malcolm apprenait avec quel cé-
rémonial on est marié, ainsi qu’un criminel étudie comment on est pendu.
Le zèle officieux qui informait si bien le Wildshire des intentions, faits et gestes de lord Jean, négligea de dire à quel point était rapprochée la date du mariage. Mais Monique n’était pas dans la même ignorance, et, tandis qu’elle se promenait un après-midi devant le parloir, elle savait que son mariage serait Tonclu le lendemain même.
Elle marchait sur le large balcon qui longeait les trois fenêtres de cette pièce. Dans sa promenade, inquiète sur cet espace restreint, elle atteignit le tournant du balcon et vit là Harry accoudé sur l’appui de pierre. ‘ ;
Harry changea d’attitude et vint auprès d’:ile; il y avait, dans la tristesse ordinaire du jeune garçon, une nuance désolée que Moniqua perçut , bientôt.
Ils étaient là, comme suspendus sur le vide, dans cette situation vertigineuse qui faisait du balcon un lieu à la fois très sûr et très effrayant.
Mais Monique ne craignait plus le vertige ; elle était à l'épreuve de l’abîme, son regard mélancolique et résolu ne s’en détournait point ; elle avait accepté son sort, mais il lui semblait que de sa vie elle n’aurait plus ni terreur ni joie.
Le vent qui rafraîchissait le front pensif de Monique, soulevait les cheveux de Harry, ces . beaux cheveux fins qui lui donnaient l'air d’un jeune page.
— N’avez-vous pas dit, commença Monique, que vous partiriez dans peu de jours ?
T1 la regarda d’un air timide et doux.
— Oui, répondit-il, à Londres, aussitôt après. après.
Il pencha la tête, mais ses lèvres tremblantes
articulèrent distinctement : Après votre mariage.
Il reprit d’une voix oppressée, et l’on aurait cru entendre battre son pauvre jeune cœur :
— Îl ne faut pas croire, miss Monique, que j'ai de la colère ou même un blâme pour votre mariage. Et que vous importe ? que suis-je pour vous ? i
C'était vrai, elle ne pouvait pas le contredire. De quel poids eût été la pensée de cet enfant à côté des motifs qui avaient garotté Monique? La colère ou la douleur de Harry n'aurait ajouté qu’une bien faible goutte nu torrent amer qui avait submergé la jeune fille,
— Oh ! je ne dispute rien à Jean, murmura Harry. Ne me croyez pas si lâche.
Monique tourna involontairement les yeux vers le parloir ; il n’y avait là que Josiah paresseusement allongé sur ses coussins de prédilection, et
le chat de miss Araminthe qui se chauffait auprès du feu mourant ; on n’entendait que la respiration lente et égale de Josiah qui paraissait aussi profondément endormi que le chat luimême.
Monique rassurée répondit à Harry avec plus d’abandon : ù
— Je sais que vous auriez voulu nous venir en aide.
— “ Nous ” déjà ?... “ Nous,” c’est vous et Jean. Oui, j'aurais voulu. et vous savez aussi que j’ai à peu près autant d’action que cette épave qui flotte là-bas.
Il s’interrompit.
— Oui, reprit-il, je partirai. J’ai mes études à finir, et que ferais-je ici, maintenant que vous serez auprès de lui ?
— Vous occupiez-vous donc de lord Jean ? demanda-t-elle.
— Non, ms. présence l’irritait et mes parents le faisaient entourer des meilleurs soins. .
Elle n’ajouta point : “Alors, pourquoi restiez-vous dans cette maison que vous abhorrez ! Votre présence était-elle une sauvegarde dont lord Jean avait besoin ? Que craignezwous ?
Pas plus que lui, Monique ne voyait le vrai fond des choses. Ils se regardèrent tristement, sans rien se dire, courbés tous deux sous une obscure fatalité. .
— Tout est bien ainsi, reprit le jeune garçon. J’ai été malheureux. Mais Jean vous aura, c’est juste, il n’y a que pour lui que je puisse accepter cela... et m'en réjouir. Je m’en réjouis, Dieu m'est témoin. ;
Mis l’on eût dit que son faible cœur allait se briser.
— Oui, oui, c’est juste, je dois vous laisser à lui sans murmure, vous donner sans partage... et je vous donne quoique vous ne m’apparteniez en rien.
— Harry...
— Je me désolais, je me rongeais de n’avoir rien à lui donner, de ne rien pouvoir faire pour lui, et voilà que tout à la fois... Mais je ne lui refuse pas, je ne lui dispute rien. Pauvre être, pauvre être...
Mais en le répétant d’une voix si navrée, ce n’était plus Jean qu’il avait l’air de plaindre.
— Pardonnez-moi ce que je vais vous dire, vous devez tout me pardonner aujourd’hui, dit-il, avec un mélange de douleur et d’infini respect ; nous pouvons nous parler ce soir comme si nous allions mourir tous deux demain.
— Oui, dit Monique.
* Il reprit sourdement :
— Jean vous a fait pitié, n’est-ce pas ? Mais si... si vous aimiez quelqu'un d’autre, il ne faudrait pas consentir. Ce serait avoir bien mal pitié de lui... Et pour vous, mon Dieu ! quel supplice. C’est trop affreux de se voir à jamais séparé de ce qu’on: aime.
— Mais, Harry, fit Monique avec douceur, je n’aime personne,
— Oh ! répliqua-t-il, on est quelquefois contraint de se montrer cruel pour rester miséricordieux ; est-ce cette miséricorde que vous avez pour moi ?
— Harry, mon cher enfant, dit-elle d’une voix altérée, que Dieu me pardonne si je suis cruelle pour vous...
— Vous ne m’avez pas répondu.
Mais avant qu’elle eût parlé et comme s’il redoutait cette réponse, il dit fiévreusement :
-- Vous me rendrez ma fleur de genêt. L’avezvous gardée ?
— Oui, Harry.
— C'était la dernière. Vous rappelez-vous, dit Harry tout frissonnant, comme il faisait froid et sombre ce jour où je vous l'ai cueillie 2... Et comme il faisait beau et doux cependant à côté d’aujourd’hui. C'était la dernière fleur, la seule plutôt, car il n’y en avait pas d’autres pour «moi. avant, et, naturellement, il n’y en aura
- plus. Vous me la rendrez... rendez-la moi...
— Non, Harry, je la conserverai par amitié pour vous.
— Ah ! fit-il dans un élan d’affliction un peu enfantine, si votre conscience ne vous dit pas de la rejeter loin de vous comme vous me rejetez moi-même, c’est que réellement vous n’avez rien dans votre cœur pour moi et que vous...
— Et quand je serai votre sœur aînée quand je vous connaîtrez mieux, fit-elle d’un ton de bonté et de noblesse ; Harry, mon enfant, soyez brave.
— Oui, votre enfant, votre enfant... dit-il avec ferveur, puisque vous le voulez, qu’il en soit donc ainsi. Aimez-moi un peu comme votre pauvre enfant puisque... puisque...
I1 n’acheva point, il la laissa seule et rentra. Lord Jean de Burgau donna la preuve de bon goût qu’on avait attendu de lui, Son mariage, sans pompe et sans éclat, fut célébré dans la plus complète intimité, avec une simplicité et une discrétion que ne permettraient ni nos mœurs ni nos lois, Pompe et éclat étaient sagement réservés pour le jour où lord de Burgau ferait en maître son entrée à Burgau-House et prendrait au milieu de ses pairs la place élevée qui conve-
nait à sa naissance comme à sa fortune.
Le mariage eût lieu au château, dans yne sorte de chapelle qui avait été jadis la véritable paroisse des. environs de Blackhorn. Aucun règle- ment ne l’avait dépouillé de ce titre qui était encore parfois revendiqué pour les mariages de famille. - HU TRT DA ESTRS
Cette pièce sombre, humide, délabrée, servait aussi d’oratoire au temps où les Burgau avaient un chapelain et disaient avec leurs serviteurs les prières quotidiennes. Mais l’oratoire de Blackhorn témoignait par sa vétusté que cette pieuse coutume remontait à des temps bien reculés. Les murs noircis s’effritaient, les sièges de l’assistance et le pupitre du pasteur tombaient en poussière. Les fenêtres, que ne protégeaient plus les Contrevents enlevés en l'honneur de la circonstance actuelle, révélaient les brèches nombreuses.
L’oratoire;construit en contre bas, touchait la mer ; par les temps orageux, les vagues éclabous-
saient les murs et rejaillissaient contre les fenétres. Or, il faisait ce jour-là une tempête furieu- - se ; le vent mugissait en une basse rauque que couaient des cris aigus, brefs et stridents, ou prolongés à l'infini comme une plainte surhumaine. Ce vent qui soulevait la mer en tourbillonnements glauques, balayait tout Blakhorn avec emportement, tordait les arbres, arrachait des pierres à l& pesante toiture qui, depuis si longtemps, lui résistait, ébranlait sur leurs gonds les volets et les portes, lacérait le pavillon de soie orange et noire dont la position indiquait que le chef suprême de la maison de Burgau se trouvait à Blackhorn. à
Toute la famille de Blackhorn entourait ‘son chef en cette solennelle occurrence. Sir Bear était là, bean comme un astre et miraculeusement petit entre ses quatre géants de fils. Miss Araminthe, en toilette couleur toile d’araignée, n’était plus qu’une ombre indistincte, sa personnalité affaiblie s’amincissait encore, se fondait à faire croire qu’il ne resterait bientôt plus rien d’elle,
On se serait volontiers demandé comment l’immobilité parfaite des traits, l’absence de toute teinte appréciable dans un visage, de toute expressioh dans des yeux, pouvaient traduire à ce point les dernières limites de la terreur.
Par une de ces fantaisies dont elle gratifiait parfois son entourage, .essy s'était vêtue de noir comme pour un enterrement et avait apporté un bouquet de funèbre apparence, composé d’immortelles et de branches de lierre, en remarquant d’un ton lugubre que le tout était éxactement approprié à la fête.
Le révérend Clenman officiait avec cette ineffable quiétude que possède seul un pasteur anglais.
Grâce aux facilités de la loi anglaise, les Bur-
gau n'avaient eu aucun obstacle à surmonter.
Ainsi qu’il avait été prévu, Clenman s'était mon. tré plein de déférence, mais on avait mis sa complaisance à si légère contribution qu'il avait eu peu de mérite ; il s'était borné à épargner ses attentions et ses avances à lord de Burgau.
Lord de Burgau ne trahit aucune espérance ; sa tenue fut à la hauteur de la correction générale, Son état d'esprit semblait même le disposer à
- souhait pour le rôle qu’il avait aujourd’hui à remplir, ainsi que l’observa J osiah-Bear, mon fils, dans l’oreille de Malcolm-Bear, son frère, en signalant à l’admiration de son aîné ce modèle des bride-grooms.”’
Si quelque esprit chagrin incarné en Jack avait eu peur que Jean, excité par ce changement de décor, ne se rétractât, ne s’émancipât ou ne fit quelque regrettable incartade, il en fut fut pour ses frais de supposition. Les fortes têtes de la famille avaient prévu le cas sans le redouter sérieusement üne minute.
Et Monique ? Monique, calme, pâle, tenait fidèlemeni sa parole, Ses yeux bleus, tour à tour ardents et voilés, n’eurent pas une fois le regard trouble qui annonce le recul d’une volonté ou sa défaillance ; elle était fièrement résignée, elle était consentante sans exaltation et sans fièvre, Seulement, elle n’osait pas prier.
Sur un mur gris à sa droite, son regard rencontra comme un vague rayonnement de couleurs. Elle définit d’abord les contours d’un tableau enfumé par le temps, puis le sujet du tableau lui-même.
Cette toile assez ancienne représentait une petite martyre à peine adolescente, encore enfant et déjà femme, abandonnée seule, morte, dans un
champ par ses bourreaux. Elle était allongée droite dans un sillon, sur la terre qui buvait comme une rosée son sang virginal.
Sa jeune tête aux yeux clos, aux cheveux bruns dénoués, se renversait un peu du côté de Monique.
Et ce corps d’enfant immolée, la dépouille pure et touchante de cette brebis sans tache qui n’était encore qu’un agneau, cette blanche rose du Christ teinte de sang avant de s’être bien éclose, exhadait une paix sacrée, une indicible innocence, une inénarrable paix.
Les bras étendus, les mains ouvertes pour ne rienretenir de la terre, elle reposait, la petite martyre, avec son air d'enfant qui dort et de mystique fiancée,
Une rafale s’engouffra tout à coup dans l’ora: toire avec tant de violence qu’elle dispersa le bouquet que Jessy avait posé devant elle, Les immortelles tombèrent avec un bruissement de feuilles mortes. Deux branchettes de lierre empor-
‘tées par ce souffle impétueux furent projetées contre une fenêtre. Poursuivies, harcelées par le vent, elles tournoyèrent, se débattirent somme deux oiseaux qui auraient voulu s'échapper, frappant à se briser autour d’un carreau béant s l’une tomba à terre et y resta en repos à la fin. L'autre, toujours comme une créature qui se défend, parvint à sortir par la vitre brisée qui la déchira au passage. Le vent du deicr: l’emporta comme un fêtu.
Monique se mit à envier la paix morte de la branche qui gisait sur les €: te martyre, étendue là-bas dans le tableau, avec su figure blanche; ses lignes pures de statuette, avait quelque chose de ce calme souverain, immabile.
Monique se représentait le grand silence, la
tranquillité profonde dans laquelle mourrait le lierre une fois la chapelle refermée. Tandis que avait voulu de force frémissante et fracassée
ontre l’oratoire.
en cet instant le ré rite anglican.
vous adjure, dit le iez au terrible jour s de tous les cœurs nnaît dn motif qui empêche ceux-ci ement unis, de le
confesser à prés ou de se taire pour toujours.
‘* Car soyés assurés que ceux qui sont unis autrement que la parole de Dieu le permet ne sont Pas,unis par Dieu, et leur mariage n’est pas légitime.
“ Veux-tu avoir cette fe