‹ La famille de CurioneChapitre 15 sur 18 · PR RE AE · texte numérisé non relu

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Tel est le pathétique épisode dont quelques lettres, conservées à la bibliothèque de Bâle, nous révèlent le secret.! Ces lettres, qui ressemblent à un journal de famille, étaient adressées par Curione à son fils Augustin, étudiant à l’université de Pavie. De retour à Bäle avec son frère Léon, peu de mois après les douloureux événements que nous venons de retracer, Augustin réunit ces documents précieux et les publia, en un petit nombre d'exemplaires, comme un monument de piété domestique. Il y ajouta lui-même une préface adressée à son beau-frère Jérôme Zanchi, alors pasteur de l'Eglise réformée de Chiavenna, dans le pays des Grisons. Rappelant au cœur de Zanchi de touchants souvenirs : « Voilà, lui disait-il, ta Violanthis et ses sœurs qui viennent te visiter dans ta retraite après tant d'années. Je ne doute pas que tu ne les accueilles avec le même respect, le même amour que tu leur témoignais durant leur vie, et que celle qui fut ta compagne, ainsi que ses sœurs, ne vivent à jamais

1 Voici le titre de cet opuscule: De quatuor C. S. Curionis filiarum vita aïque obitu epistole aliquof una cum diversorum cpitaphiis. Basileæ, 1565.

dans ta mémoire, soit à cause de ton affection pour nous, soit à cause des vertus admirables dont elles étaient ornées. Et c’est là aussi le motif qui m’a porté à publier ces lettres, afin que tant de vertus qui brillèrent du vivant de mes sœurs, comme des étoiles, mais dont l’éclat renfermé dans l'enceinte de la maison paternelle, avant de luire au ciel, n’a pu se répandre au dehors, ne fussent pas entièrement ignorées. » Encore tout meurtri des coups de l'intolérance luthérienne qui l'avait banni de Strasbourg, Zanchi ne se rappela pas sans douceur les jours de paix, de félicités domestiques, dont Augustin évoquait l'image.

Ce récit serait incomplet si l’on n'y joignait quelques détails sur les derniers jours de Curione- L'année 1564, remplie pour lui de tant de deuils, ne marqua pas le terme des épreuves imposées à sa vieillesse. Il avait trois fils, nés en Italie, et l’objet de ses plus constantes sollicitudes. Pour eux il avait composé son livre de P#stitution chrétienne, dialogue familier entre un père et ses enfants, où la doctrine évangélique est exposée avec autant de pureté que de goût. ! Il y avait joint des rimes spirituelles et des prières par lesquelles ils devaient préluder à l'étude en invoquant le Christ, comme le modèle de la jeunesse, le suprême dispensateur de l’élo-

1 Una familiare & paterna institutione della Christiana religione, di M. Celio Secondo Curione. In-12, Basilea, 1550: La première édition de cet ouvrage avait été publiéé en latin et dédiée par l’auteur à ses fils.

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