‹ La famille de CurioneChapitre 4 sur 18 · NAN · texte numérisé non relu

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très-hardi pour le temps, 2% amplitudine regni Dei, dans lequel opposant les conquêtes de l’Evangile aux défaites du paganisme, et abaissant devant les progrès indéfinis de la foi au Christ les barrières des nationalités, des religions et des temps, Curione essayait de démontrer que le règne de Dieu ou des Æus est plus considérable que celui du Démon ou des Aéprouvés. !

La rigide orthodoxie des Eglises suisses fut alarmée d’une opinion qui, élargissant les voies du salut, paraissait en ébranler les fondements, et ouvrait une perspective consolante, mais hardie, sur un des mystères les plus douloureux de la foi chrétienne. Calvin s’émut; Bullinger, consulté à Zurich, n’osa pas soutenir Curione contre le déchainement de ses adversaires qui réclamaient à grands cris la révocation du téméraire professeur. Sans rétracter une opinion qui n'était que le rêve d’une âme tendre aux prises avec la rigueur des symboles, Curione invoqua éloquemment les gages qu’il avait donnés de la pu-

1 «Sitne Antithei regnum, sive tyrannis potius, multitudine major futura quam Dei nostri potentissimi et clementissimi respublica, quam vere regnum et usitato nomine sanctam Ecclesiam appellamus.» C.S. Curionis Æpéstole lib. I, p. 302.

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reté de sa foi par une vie de labeurs et de sacrifices résolûment acceptés pour la cause de l'Evangile. I1 se montra prêt à résigner l’humble salaire attaché aux fonctions qui avaient rendu son nom célèbre dans toute l’Europe, sans accroître sa fortune, et sans même assurer le pain de ses enfants. «Qu’à ce prix, ajoutait-il, il me soit permis de goûter le repos que me rendent si nécessaire vingt-cinq années d’agitations et de douleurs, la perte de mon patrimoine, tant de persécutions et de souffrances endurées pour la profession de la vérité! Que je puisse au déclin de l’âge, et dans le court intervalle qui me sépare de la tombe, vivre en paix, avec ma femme et mes enfants! Le temps n’est pas éloigné d’ailleurs où tous, accusateurs et accusés, nous comparaïîtrons devant le souverain juge pour rendre compte de nos actes et de nos pensées. Ne pouvons-nous, en attendant, vivre dans un fraternel accord, et ne connaître d’autres luttes que celles de la charité ? » !

1,., « Curriculo hoc absoluto, stabimus omnes ad Christi Domini tribunal, ubi unusquisque nostrûm reddet vitæ cogitationumque rationem. Interea amice et fraterne simul degamus, charitate atque officiis certantes....» C. S. Curio Bonifacio

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Dans une autre circonstance, Curione s’unit à deux de ses Collègues, Castalion et Borrhée, pour rendre hommage au principe de la liberté de conscience si douloureusement frappé dans la personne de Michel Servet. Genève avait eu son auto-da-fé, et la cité de l'esprit s’armant du glaive contre l'erreur, avait consacré par cette triste inconséquence le martyre de ses fils dans le monde entier. Quelques hommes en gémirent, mais leur plainte demeura sans échos. Curione fut de ce nombre. «N'était-il pas plus chrétien, écrivit-il, plus conforme à la profession évangélique, d’avertir charitablement l’homme qui était entre vos mains, de le convaincre par la parole, de le ramener à l'unité par la persuasion et la douceur ? S'il eût persévéré dans son erreur, ne pouviezvous le bannir, le retenir captif, en priant Dieu de toucher son cœur, d'éclairer son esprit, ce qui

n'était pas impossible par la voie de la charité. » !

Amerbachio, Cal. déc. 1550. Msc. de Bâle. Ne peut-on conclure de ce passage que le dialogue de Curione avait reçu une certaine publicité académique avant son impression en 1553?

1 Fragment: de la main de Curione. Msc. de Bâle. Le fameux traité De Æeæreticis, œuvre de Castalion, n’était que le commentaire hardi, éloquent de ces pensées. Calvin, Zer/res françaises, t. II., p. 17 et 18.

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Ce noble langage de Curione ne fut pas compris de ses contemporains. Il n’en conserva pas moins jusqu’à sa mort la chaire autour de laquelle se pressaient des auditeurs venus de toutes les contrées de l'Europe, et qui n’appréciaient pas moins la noblesse de son caractère que l'éclat de ses talents. Il se montra reconnaissant à son tour envers sa cité d'adoption, en refusant les offres brillantes que lui offraient des souverains étrangers, Maximilien et le pape Paul IV lui-même, pour l’attirer dans leurs Etats.

Curione n'était pas seulement un humaniste ingénieux, un professeur habile, dramatisant ses leçons par l’éloquence ou les colorant du reflet de la poésie; c'était aussi, comme presque tous les lettrés de ce siècle, un pédagogue humblement préoccupé de guider les premiers pas de l'enfant dans le monde de l'intelligence en l’initiant avec méthode et par degrés à la connaissance du bon et du beau. Le cercle de la famille était à ses yeux la première école de la jeunesse, et le père l’instituteur naturel des enfants que Dieu lui a confiés. L'éducation, dont il s’appliquait à réaliser l'idéal dans l'intimité du foyer domestique, avait été de bonne heure le sujet de ses méditations, et à l’époque même la plus orageuse de sa vie, il avait composé sur cette question un

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traité dédié au précepteur des jeunes princes d’'Este, à son hôte de Ferrare, Peregrino Morato, à l’occasion de la naissance de ce jeune Emilio, dont, la mélancolique existence devait s'associer à toutes les phases de la destinée de sa sœur sur la terre étrangère. !

Selon le langage de Curione et de l’ami auquel ce livre était destiné, le meilleur privilége d'un père instruit dans les lettres, est de communiquer ce trésor à ses enfants, et de les initier à la fois à la vie du corps et à celle de l'esprit. Aucune distraction, même celles que le siècle répute louables et saintes, ne doit le détourner de l’accomplissement de ce devoir sacré. «On ne saurait, dit le pieux docteur, condamner trop sévèrement la déplorable coutume qui règne parmi tant de pères de famille de nos jours qui se disent chrétiens. Voués à de vains pèlerinages, ils désertent leurs maisons et explorent les régions les plus: éloignées. L’un se rend à Jérusalem, l’autre à Compostelle, le troisième à Lorette ou à Rome, abandonnant au logis une femme, des enfants,

1 C. S. Curionis Æpistola de liberis pie christianeque edu- * candis, Ann. 1542.

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