‹ La famille de CurioneChapitre 5 sur 18 · BR MO · texte numérisé non relu

BR MO

sans protecteur et sans guide; ou, par un abus plus condamnable encore, les traînant à sa suite à travers mille périls qui menacent à la fois leur innocence et leur vie. O piété indigne de ce nom! Ne vaudrait-il pas mieux, pour ces pèlerins oisifs, rester à la maison, afin d’instruire leurs enfants, selon le commandement évangélique, dans la connaissance de Dieu et des saintes Lettres?» !

Ce devoir trop méconnu, Curione en fait ressortir la sérieuse beauté, et répondant aux questions de Morato, il trace d’une main rapide le plan de l'éducation à la fois pieuse et lettrée que le grand humaniste du siècle, Jean Sturm, réalisait déjà dans les écoles de Strasbourg. Nourri des exemples de la piété domestique, façonné de bonne heure aux exercices qui fortifient le corps, et à ceux qui ornent l'esprit, l'enfant doit vivre à la fois dans le commerce des écrivains sacrés et dans la familiarité des anciens dont l'influence imprimera de nobles inclinations à son âme. Curione demande plus encore : dans son enthousiasme de lettré pour les chefs-d'œuvre de l’an-

1 «O impiam parentum pietatem!... Longe præstare, domi sedere, dulces liberos in doctrina Dei (ita ut præceptum est) erudire.» Z#idem, p. 147.

TR ON a ES

tiquité renaissante, il en propose également l’étude aux enfants des deux sexes, et, s’autorisant des exemples illustres que lui a offerts la cour de Ferrare, il appelle les jeunes filles au partage de ces connaissances qui élèvent le cœur, embellissent la vie, et s’allient si bien avec la pratique des vertus domestiques. Filer, coudre, broder, vaquer aux soins du ménage, telle est sans doute la tâche principale de la femme, comme nous le montre celle que loue Salomon, dont la lampe ne s'éteint pas la nuit, et dont les mains préparent à son mari des vêtements de pourpre. «Mais à Dieu ne plaise, ajoute notre auteur, que nous interdisions à la femme l'étude des lettres, où elle se montre quelquefois supérieure aux hommes! Je n’en veux pour preuve que l’exemple d'Anne d’Este, fille du duc de Ferrare, que j'ai moi-même entendue parlant en latin, développant les Paradoxes de Cicéron, et répondant aux questions qui lui étaient adressées avec un mérite égal à celui des plus doctes vierges de l'antiquité. La meilleure part de cette gloire ne revient-elle pas à une femme de royale origine et de talents supérieurs, la noble Renée, sa mère, et à l’illustré comtesse de Pons, Anne

Page 1