SONO
trats distingués, s’apprêtait alors à quitter l'Italie pour venir professer librement à Genève les doctrines de la Réformation. C’est dans le cercle de ces hommes graves et polis, qui faisaient revivre dans une des métropoles du Rhin la langue et l'esprit de leur patrie, et dont la maison de Zanchi était le rendez-vous habituel, que Violanthis se vit tout à coup transportée, au sortir de la maison paternelle, et que s’écoulèrent les courtes années de sa vie conjugale, entremêlées de deuils qui devaient la détacher bientôt de la terre, et la müûrir pour une meilleure vie.
Trois ans étaient à peine écoulés quand sa santé ébranlée par la mort de deux enfants, et altérée par de vives souffrances, déclina d’une manière alarmante. Elle ne devint mère de nouveau que pour retomber dans un état de langueur qui inspira les plus vives inquiétudes à sa famille et à ses amis. Nous en retrouvons l’expression dans les lettres de Curione à son élève chéri, Basile Amerbach, et à la docte Italienne dont les talents, épurés par le malheur, après avoir projeté un vif éclat à la cour de Ferrare, allaient bientôt s’éteindre dans une obscure cité de la Germanie. Une des dernières pensées d’Olympia
Morata sur le lit de souffrance où elle était retenue alors à Heidelberg, dut être pour cette jeune sœur dont le message de Curione annonçait le péril: «Ma fille Violanthis, établie à Strasbourg avec son mari, est tombée, à la suite de couches malheureuses, dans un si profond accablement, que durant sept mois elle a été suspendue entre la vie et la mort. Depuis quelques jours seulement elle revit et respire, et j'espère que par la grâce de Dieu elle se rétablira, comme j'ai été moi-même guéri, durant ces derniers temps, d’une grave. maladie. Que si toi aussi, ma chère Olympia, que j'aime comme ma fille et que j'honore comme une des gloires de ce siècle, tu étais rendue à la vie, rien ne manquerait plus à mon bonheur...» ! Ce double vœu dicté par une touchante affection ne devait point se réaliser, et la fille de Peregrino Morato, la Muse chrétienne de l'Italie, n’échappant aux horreurs d’une ville prise d’assaut que pour succomber aux langueurs de l’exil dans le port même qui l'avait recueillie après tant d'épreuves, devait précéder d’un an dans la tombe la fille de Curione! Chargé
1 Olympiæ Moratæ Opera, p. 160.