‹ La famille de GermandreChapitre 10 sur 17 · XII · texte numérisé non relu

XII

Cet avis fut admis à l'unanimité, et madame de Germandre laissa mettre dans la corbeille le nom de sa fille, résolue, s'il sortait le premierf ^lui faire ^^ffer son tour au chevalier ou au capitaine. ny)

— Et le nom de votre sœur ? dit OctaVe au chevaTîS aurait le droit d'y être, et il n'y sera pas !

— Il y sera, répondit le chevalier, et ceux de mes enfants y seront aussi !

Octave suivit les yeux de son cousin et vit que l'on venait d'introduire Corisande, qui, grâce à la diligence rencontrée en chemin, arrivait avec Lucien et Marguerite. Lucien avait babillé en route, et mademoiselle de Grermandre commençait à croire que l'enfant ne déraisonnait pas. Elle alla s'asseoir auprès d'Hortense, qui la mit au courant de ce qui se passait. Corisande regarda comme une fable absurde le prétendu piège tendu aux héritiers, et donna sans hésiter son nom et celui des deux enfants.

Le premier qui sortit fut celui de l'abbé de Germandre. Il salua gracieusement la compagnie, se fit ouvrir la balustrade et alla se placer dans l'intérieur. Son air enjoué rassura tout le monde, et les plus timides sortirent des encoignures pour voir ce qui allait advenir.

L'abbé ne croyait pas au danger dont il avait effrayé les autres. Il avait, depuis vingt-quatre heures, étudié, dans divers traitéSv^e mécanique expérimentale, tous les systèmes possibles appicables à la cijconstance. Il n'était pas plus crédule qu'un autre et sa coi^ance n'était pas jouée ; mais, chose étrange ! à peine fut-il aux prises avec l'objet de sa

odnvoitise, qu'il se sentit faiblir. Il n'en laissa rien pa-

raitre, et, s'abstenant de,.toucher à q^uoi que ce soit, il eut l'air de ne vouloir s'en remettre, pour commencer, qu'à un examen visuel.®

Ceci dura cinq minutes qui parurent un siècle, et durant lesquelles l'abbé se fit le raisonnement suivant :

— J'ai une jolie aisance, je ne manque de rien, je n'ai pas d'enfants et je suis un des hommes les plus libres et les mieux portants qui existent. Pourquoi risquerais-je ma vie pour de l'argent? Il y a quatre-vingt-dix-neuf chances contre une que je ne la risque pas ; mais cette centième chance quij^t la mauvaise ! . . . Kon ! je ^e toucherai à rien I . . .

Cinq minutes s'écoulèrent encore, et un murmure (î'étinnement commença à s'élever. Dans la confusion des voix, l'abbé distingua celle d'Octave, qui étaijriort claire, et qui disait au chevalier : ^r^-^tt^g^jf

— Notre oncle a peur, le diable m'emporte ! ^ ^"^"v? L' abbé avait de l'amour-propre. Il s'arma de réSWution

et allongea une main, assurée en apparence, sur la tête du sphinx ; mais, au moment ^ toucher réellement, il fut ' pris de vertige et se sentit dRaillir.

Trois fois il voulut vaincre son m^aise ; il lui passait des sueurs dans tout le corps. ^iii^^ ^^

Il alla ouvrir la fenêtre avec^meur. Il revint, ppmena

une main désormais visiblement agitée sijtJar-tîfoupe du

sphinx, l'effleurant à pein.a.^-T'Attfrà coup sa vue se troubla,

^Jôs-jambes lui manquèrent, il /fexhala un gémissement sourd

et s'affaissa sur lui-même.

On accourut à son aide. /Octave le porta auprès de la fenêtre, tandis que les vieillards et les femmes effrayés, sortant de leur retranchement s'enquéraient avec angoisse.

— C'est une attaque d'alpoplexie ?

— Non! c'est qu'il a trop déjeuné !

— Bah! ce n'est riei]f, c'est la chaleur, le temps est à l'orage.

FAMILLE DE GBRMANDRE. 99

— Ne croyez pas ça, il a reçu une commotion terrible, je Pai vu!

— C'est Aonc une machine électrique ?

— C'est Aine machine infernale de nouvelle invent:

— Il y la peut-être des lames de poignard qui quand onà ppuj e sur la tête du monstre ?

— N'est-il pas blessé ? Oui, il a du sang sur la poitrine, je le vois !

— Eh! non; on lui a ouvert sa chemise, et vous voyez son gilet de flanelle.

— En tout cas, il a été frappé par quelque chose, il a crié !

— Eh! non, répondait Octave à tous ces commentaires qui yfîntirP"^^^'°"^^'^t ant^"^ de lui: il n'a touché à rien. Sa main a tlissé à peine sur le^fafitftl/i^ vous en donne ma

parole. H"U t t-cCc^ei] ^^ ' jL» ^ /

— Ehbfen,qu'a-t-ildonc? ^^ ** O ^Cyf ^

— Mon Dieu, il a eu peur, voilà tout ! fC \ ^ ç , — Ah! c'est particulier! dit un vieux gentilhomme qur^^JV

,f^^ n'avait pas encore osé quitter son refuge, et qui se hasarda ^^^— ^ en cet instant à montrer sa ^^VAtar^^ gW^,t!?il^*^^ ^ la. - / Henri IV; c'est tout à fait origmafh ^ — Voulez-vous prendre sa place ? dit Octave en riant.

— Ce n'est pas mon tour, répondit sèchement le bonhomme en retournant à son fauteuil.

L'abbé revint à lui-même ; mais il refusa de profiter du temps qui lui restait pour continuer l'épreuve.

— C'est inutile, j'ai bien examiné, dit-il ; je n'ai rien deviné, rien compris, et l'effort de l'attention m'a rendu malade ; en sortant de table ! . . . Non, non, j'en ai assez ; j'y renonce. Qu'un plus habile se présente.

— Le sort en décidera, dit Octave.

On retourna au tirage. Le nom du chevalier sortit.

Un éclair de joie extraordinaire jaillit de ses yeux, et il se plaça dans la balustrade avant qu'elle fût rouverte, en sautant par-dessus.

FAMILLE DE GERMANDRB.

— Vo^ez donc, /ousine, dit Octave tout bas à Hortense; il est agjle comme un garçon de quinze ans !

Mais pourquoi donc, depuis ce matin, répondit-elle, me persécutez-vous de l'éloge du chevalier? Est-ce une nouvelle manière de vous moquer de lui ?

— Hélas! reprit Octave, voilà le châtiment de ma méchante humeur. Quand je dis ce que je pense, vous ne me croyez plus !

— Ce n'est pas cela. . . . Mais je ne comprends pas le changement. . . .

En cet instant, Corisande s'avançait pour regarder son frère, et Octave lui dit avec expansion :

— Cousine, je vous jure que je fais des vœux pour lui, peut-être plus que vous-même!

Hortense vit dans les traita d'Octeve une expression qu'elle n ^eur conna issait pas. //L^t-^A ^"^-^-cx-^-y^

- Ah ! si fait, je comprends, dit-elle eltt lui souriant et er serrant la main de Corisande.

Tous les yeux étaient fixés sur le chevalier. L'accident ridicule survenu à l'abbé n'avait pourtant pas fait rire tout le monde. Plusieurs se faisaient expliquer et d'autres expliquaient de la manière la plus fantastique les effets de l'électricité, la pile de Volta,® la foudre évoquée par des combinaisons métalliques et mille autres choses fort étonnées de se trouver mentionnées à propos d'un coffret en bois

"^evalier cependant était planté devant le sphinx et \le regardait d'un air absorbé, les mains dans ses poches. Cela dura quelques infants.

— Eh bien, lui cm Octave, vous ne touchez pas non plus ?

— Pas encoMfrépondit en souriant le chevalier. Je commence partfémbler.

— Y^ds? Allons donc !

Il faut bien faire ce que l'on me commande, reprit

iomme de campagne avec un air de gaieté extraordinaire.

— Et qui vous commande cela ?

— Ah! c'est mon secret! Mais j'ai assez tremblé. Ne me parlez plus, Octave! Ceci n'est pas la chose la plus facile du monde, et je comprends pourquoi Pf^rf.fcdg Vattention a fait évanouir tout à l'heure. . . . t^X*^^^^

— Ah! mon Dieu! murmura Hortense involontairemeSh" et avec un sentiment de douleur insurmontable, est-ce qu'il a peur aussi ?

— Il a peur de ne pas réussir, dit Octave.

— Voyez ! dit le notaire, sa figure est très riante ! ^

— Moi, dit une douairière, je trouve qu'il serre les lèvres et fronce le sourcil comme un homme qui souffre.

— Et moi, disait Labrêche à ses voisins, je crois qu'il y a un fluide qui asphyxie ceux qui approchent trop de l'instrument.

Corisande ne comprenait pas les divagations prétendues scientifiques à propos du fluide. Elle commença à s'étonner, et, à un moment où la figure de son frère lui parut véritablement contj^^ée, elle s'inquiéta et regarda Hortense attentivement.

Hortense ne s'était pas reFiTee cettS^ ^ois. Malgré l'invitation du juge de paix et les instances de sa mère, elle restait debout assez près du sphinx, au milieu de la dernière arcade du laboratoire et complètement à découvert en cas d'explosion ; elle ne pensait pas à elle-même.

ïout à coup un frémissement d'inquiétude lui échappa. Le chevalier venait de frapper du plat de la main sur la partie du coffret qui lui faisait face. Bien n'avait bougé, mais l'épreuve était commencée, et, comme il avait toujours , les yeux fixés sur la statuette, il semblait qu'il s'attendît à quelque chose d'extraordinaire.

Tout le monde s'émut ; Octave lui-même fit une exclamation d'intérêt et Corisande fut saisie de terreur sans savoir pourquoi.

Elle se leva et retira d'autorité Lucien, qui faisait mine de s'élancer avec joie vers son père, en s'écriant :

— Eh bien, papa ?

— Ouil oui! répondit le chevalier. Mais vous faites trop de bruit. Va-t^en, Lucien. Emmène la petite, ça me distrait. Il y a là une fantaisie ! . . . ajouta-t-il comme en se parlant à lui-même. Ah ! . . . une faute ! une faute énorme ! ou bien . . . c'est un piège !

Le chevalier parlait d'un piège tendu à Pintelligence de l'expérimentateur; mais le mot, interprété par la peur, fit que tout le monde se leva et se précipita en tumulte vers la sortie, excepté Octave, Hortense, que sa mère voulait en vain entraîner, Corisande, qui s'était héroïquement élancée vers la grille, Lucien, qui escaladait la balustrade, et Labrêche, qui était tombé en faiblesse sur son banc.

— AUez-voult-en, allez-vous-en, dit vivement le chevalier à sa sœur et à sènGh^ ^^«aMBM^«4ér^gez, vous all^z tout

r^yy — Mon frère, dit Corisande «rec énergie, en voila aSteez. ^^y Notre oncle n'a pas voulu de ses parents pour hérita, et /*^/ vous n'êtes pas tranquille, puisque vous voulez nous renvoyer. Eh bien, voyez, vos enfants sont là, et moi aussi, j'y suis. Nous resterons et nous périrons avec vous. Est-ce là ce que vous voulez ? Pourquoi donc souhaitez-vous tant aujourd'hui la richesse, quand, jusqu'à cette heure, vous Vavez été un homme sage et soumis au travail ? Non ! non ! je ne vous laisserai pas continuer ; car la raice qui vous a pris, ce matin, de monter sur un cheval méchant et de venir ici risquer je ne sais quelle mort, n'est pas/a'un bon père de famille. Vous avez une autre idée, monlfrêire ! une idée ui ne vaut rien pour vous, puisqu'elle ^usVait oublier

— Oui, s'écria Hortense emportée par un irrésistible mouvement, il a une idée fausse : c'est qu'une ïemme de

f^^ coeur ne pourrait être à lui qu'à la condition d'çpouser la O; fortune, et il se trompe, je jure qu'il se trompe ! <^f^ — Oh ! mon Dieu ! murmura le chevalier éperd

— Vous l'entendez, mon cousin! dit Octave. S'il y a réellement le moindre danger pour vous, n'allez pas plus loin.

Le chevalier hésita un instant. Les paroles d'Hortense l'avaient bouleversé. Il la regardait avâj^^Msse^t^emblait avoir oublié son œuvre. MaisTW^I^Koire lui revint, et il jeta un cri en regardant la pendule, qui ne lui accordait plus que cinq minutes.

— Ah I laissez, laissez ! dit-il en reprenant son examen ; un homme de cœur doit tout faire pour le bonheur de celle qu'il aime, et un père doit à ses enfants de s'exposer pour eux. Donc, s'il y avait du danger . . . , mais il n'y en a pas; croire à cela serait outrager la mémoire de notre oncle. Mon Dieu! tu le vois, s'écria-t-il avec exaltation, j'ai le respect de la mort, j'ai la foi, j'ai l'amour. . . . Donnemoi donc la lumière !

Vaincue par sa conviction et sa volonté, la famille s'éloigna de la grille. Rappelé par la curiosité, le reste de l'assemblée rentra dans la salle. A peine eut-on laissé au chevalier un moment de calme qu'îQjé^ia : ^

;-£ysuis! ^^^^ 'r^^.^£JL..,M^

ijiii 1^ M Lnimlmil 11 il lui minutes qui mi resDHÎ^nt, il toucha rapidement, mais avec méthode, les griffes du sphinx, non pas les unes après les autres, mais comptant à voix basse celles qu'il devait alternativement attaquer, y revenant pour compter encore, €«i touchant quelquefois deux ou trois ensemble avec ses doigts, enfin obéissant à un calcul de nomtres qui semblait lui être dicté par un esprit invisible.

l 'opération terminée, il f rapm légèrement sur le coffret, dort les quatre parois tombèreb^i^ la fois avec le son muî lical d'un accord parfait produit pà»>mi harmonica. La pendule sonna quatre heures, et, le notaîïN^pelé par le chefvalier, ainsi que le juge de paix et tous lesTO^oins, on lut/ au fond du coffre cette inscription gravée sur brorïa A' A toi ma fortune et mes ouvrages, puisque, sur fe^^ mystérieux ornements du sphinx, tu as su distinguer àç^

caractères d^écriture ancienne appartenant à quatre langues différentes et faire le calcul indiqué en formules abrégées.

" Sois libre, si tu étais esclave du travail. Sois généreux, si tu étais avare. Sois mon obligé si tu étais mon ennemi." Y --^^ Le chevalier, sommé de^lire ce qui était inscrit sur les ^ ornements du sphinx, lut : fipemhle I — Espère ! — Che'tçhe7\J:^ — et rendit un compte succinct et parfaitement exact de l'opération mathématique indiquée sur le bord du socle et que tout le monde avait prise pour un ornement. Le nombre 8 étant figuré à diverses repri ses au commencement de chaque opération, le chevalier avait compris qu'il fallait procéder par les huit ongles du sphinx; et, une fois maître du point de départ, le reste avait été une simple question de lecture, facile pour un numismate exercé. Il expliqua ^, modestement que ce qui l'avait embarrassé et distrait provenait de fautes assez graves ou de caprices très arbitraires dans les caractères employés. Le marquis avait voulu être plus savant que la owanoej et il avait fallu deviner ce qu'il avait compliqué narméMP^eo^ système.

Le chevalier Pf(î|kTSc tout rhonneur de son succès au petit Lucien, qui, ne sachant encore aucune langue ancienne, mais ayant souvent regardé les images des cahiers de son père, avait découvert, la veille, la ressemblance de certains signes bizaïxes de la bordure du sphinx avec certaines figures hiéroglypl^iques du ma nuscrite ^e ch eTâlléf, lRiiUi$ jui eeLle voie, avait étudié lemystère sans trop d^AAàatign»

Il referma le coffre pour prouver qu'uneTSPW^aucunement forcé, et le rouvrit plusieurs fois avec une facilité extrême.

C'est ainsi que le chevalier devint marquis de Germandre et fut mis sans conteste à la tête d'une fortune considérable.

Une heure après, il ne restait, de cette nombreuse assemblée, que le nouveau seigneur de Germandre et sa

famille, Hortense, Octave et la baronne. L'abbé lui-même était parti assez souffrant et craignant, disait-il, de tomber malade, loin des soins dont il avait Phabitude. Le châtelain n'avait pas cru devoir retenir les autres personnes ; il ne trouvait pas convenable d'avoir Pair de fêter sa victoire dans une maison dont la porte était encore tendue de deuil. Il supplia seulement sa cousine et son cousin de ne pas le quitter avant deux ou trois jours. Hortense ne jugeait pas la chose convenable ; mais sa mère, qui tout d'un coup avait trouvé M. de Germandre jeune, beau, instruit, parfait, déclara qu'on lui devait, ainsi qu'à sa sœur, d'accepter l'invitation pour ne pas paraître jalouser leur bonheur.

— Et moi, mon cher cousin, dit tout bas Octave, est-ce que je ne devrais pas m'en aller ?

— Non ! répondit en souriant le chevalier ; si vous eussiez hérité à ma place, vous ne me laisseriez pas partir ainsi !

— Non, certes!

— Eh bien, restez; nous avons à causer sérieusement.

— Et moi, monsieur, dit Labrêche, en s'avançant avec une grâce pleine de dignité, dois-je quitter la maison ?

— Jamais, monsieur de Labrêche, répondit le chevalier en riant; ne m'avez- vous pas fait hier l'honneur de trinquer avec moi ? Daignez nous faire servir le dîner, et faites part ^ à M. le capitaine de ce madère que vous connaissez si bien.

Après le dessert, le chevalier passa sur la terrasse avec Octave.

— Mon cher cousin, lui dit-il, êtes-vons toujours décidé à quitter le service si vous vous mariez ?

— Oui, mon cousin, et si la guerre n'est pas déclarée; auquel cas, j'aurais mauvaise grâce à ne pas tenter de gagner mes épaulettes de colonel.

— Voilà qui est bien pensé; allez donc à la guerre s'il le faut; mais, après cette campagne, revenez ici. Ma sœur, ayaut toujours voulu abandonner son pauvre avoir à mes

enfants, a bien droit à une belle dot. Tâchez alors de vous faire aimer d'elle. Je serai heureux si vous y parvenez, et croyez bien que ce ne sera pas difficile si vous êtes toujours ce que vous êtes depuis vingt-quatre heures.

— Eh bien, et vous? dit la baronne, qui s'était glissée derrière eux et qui écoutait ; est-ce que vous ne songerez pas à vous remarier, cher cousin ?

— Ah I madame ! s'écria le chevalier, si j'osais. . . .

— Vous êtes forcé d'oser, dit Octave ; car Hortense vous aime et vous l'a dit clairement en vous suppliant de rester pauvre! \\^

Le chevalier rentra comme un fou dans le M^ïon, où Hortense s'entretenait avec Corisande ; chacune d'elles tenait un des enfants sur se s gen oux.

Le chevalier, voyant sa petite dans les bras d'Hortense, dit à celle-ci d'une voix émue :

— Eh bien, madame, voulez-vous toujours être sa mère ? Madame de Sévigny ne trouva pas un mot à répondre.

Elle était devenue aussi timide avec l'homme de campagne que celui-ci l'avait été, deux jours auparavant, avec elle; elle serra Marguerite contre son cœur en cachant son visage dans les cheveux blonds de l'enfant.

Le chevalier se sentait éloquent. Il allait dire les plus belles choses du monde ; mais il ne les dit pas, car il fondit en larmes en tombant aux pieds de sa fiancée.

Un an après, la vedlle du double mariage des deux cousins

/et des deux cottsinesMes boiseries et les fresques satiriques du château furent enlevées avec soin et transportées dans le musée de la province, lesshommes de la famille de Germandre disant avec raison que ces sujets cruels et sinistres ne devaient

/plus attrister une maison ^^'timour et la ôpnfiance étaient désormais sûrs de\régner.

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