‹ La famille de GermandreChapitre 8 sur 17 · V - jj^gn dont il alMt„^iômparer ; et, commoÔLj^e convenait · texte numérisé non relu

V - jj^gn dont il alMt„^iômparer ; et, commoÔLj^e convenait

£ à sa susceptitoité de marcher derrière l'abbé, il inter-

Yyi^ >lla Sylvain assez brusquement, en lui demandant à voix

I ,8se qui il était ou qui il prétendait représenter.

— Monsieur est le chevalier de Grermandre, répondit vivent M. Guillot, et, par conséquent, parent au degré le plus loche après M. l'abbé de Germandre. y^ On venait de descendre le cercueil dans le caveau et l'on ^^>l^,|^^^ait se retirer après le dernier chant des prêtres, lorsque -^ Guillot, qui avait été investi par le défunt de certains jk dres écrits, déclara, la preuve en main, que, si quelque

JJ -y-^sonne de la famille désirait faire soit un discours, soit la ' Ôture de quelques paroles sur la tombe, cette attention

^ Ult agréable à M, le marquis. -.

--j-y-^J^ "ua rédaction de cette allocution fai l l it foir e partir un ) /^ -^ ^ it de Vire général. Il semblait que tout se combinât V— , ^ Jement pour donner à une cérémonie si grave par elle- \ / "^ 'Y'i^^ "We un caractère burlesque, et Octave ne put se défendre \ y-*^ r élever la bêtise de l'orateur^Ce n'était pas créer à celui serait tenté de se présenter après lui une situation très X/V^-Vl^jrable. J^ussi personne ne s§k présenta, chacun craignant

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de faire éclater uneSnlarité mêlée d'impatience. Et puis que dire d'un homme qu^sj^n avait peu ou point connu, et dont personne n'avait à se louer réellement ? L'abbé seul était assez fin pour trouver quelque chose à dir e quand ^aenagjjnais, ignorant l'intention du défunt, il n'avait rien préparé et ne savait point parler d'abondance. Il se récusa. Octave n'eut même pas la pensée d'essayer, tant il était ennemi de la dissimulation ; et, comme il avait besoin de tourmenter quelqu'un, il s'en prit au chevalier et lui dit, de façon à être entendu :

— Eh bien, voyons, chevalier, n'avez-vous rien à dire, vous, et nous laisserez-vous ainsi dans l'embarras ?

Le pauvre chevalier trembla de la tête aux pieds. Lui, parler en public, quand un mot, un regard, un salut le jetaient dans un trouble inexprimable ! Que faire ? car il se croyait obligé de parler, et sa conscience, profondément naïve et généreuse, le lui ordonnait. Il se recueillit un instant, monta sur les marches du monument, essuya son front baigné des sueurs de l'angoisse, et parla ainsi d'une voix entre-coupée :

— Mesdames et messieurs, si j'ai la hardiesse de prendre la parole devant vous, moi le plus incapable de bien dire, c'est parce que la reconnaissance m'en fait un devoir et que je compte sur votre indulgence. Mon langage sera rustique et simple, mais mon cœur parlera. Je crois que fort peu d'entre vous ont été en relation avec celui qui repose ici, et je dois vous avouer que, pour ma part, bien que vivant fort près de lui, je ne l'ai jamaia ju de prèg ^ Telle était sa volonté; mais j'ai vécu de ses bienfaits autant que de mon propre travail, et j'ai appris dès mon enfance à vénérer et à bénir son nom.

Le chevalier fut interrompu par un ah ! général. Il avait jéiw des bienfaits du défunt, disait-il: il avait donc été l'objet d'une secrète et mystérieuse préférence! seul, il avait donc quelque chance, quelque espoir d'hériter î

Le chevalier, ne comprenant rien à cette interruption, craignit d'avoir dit quelque sottise et f aillit perdre la tête. Il se pencha vers son petit garçon, qui se tenait sur une marche au-dessous de lui et lui demanda ce qui se passait.

— Je n'en sais rien, répondit l'enfant ; mais va toujours, mon papa, tu as très bien parlé !

Le brave homme, ingénument rassuré par le suffrage de son fils, reprit son allocution ;

— Je n'attribue pas, dit-il, cette interruption à la surprise. Je ne pense pas que ma famille, ici présente, ignore ce que mon oncle a fait pouTmôn père ; mais je dois le rappeler,

^ puisque les obligés sont invités à exprimer leur reconnaissance sur cettp tombe.

"Mon père était le cadet de la famille. La loi alors en vigueur ne lui attribuait rien dans l'héritage de mon grand- " père. Il avait du goût pour les sciences. Son frère aîné, qui en ayait aussi, l'admit à travailler chez lui et avec lui à diverses recherches^d^éruditiog^s Mais, au bout de quelques années, une question de science fit diverger leurs opinions sur les sciences. Ils se séparèrent, et mon père, crut avoir blessé son frère aîné et chercha un emploi d'instituteur, pour \^ soutenir son existencQU\Mais le marquis, pensant, qu'un . ■>! emploi subalterne, dans quelque grande maison que ce fût, \ vpo rterait atteinte à la d ignité du nom, oublia généreusement \ une heurede déplt^et fit don à son frère d'un bien de cam- \r pagne qu*il lu/ assura en toute rnryjpiété. Plus tard, mon ^ père fit un mariage qui, à ce qu'oE a prétendu, n'eut point l'agrément da chef de la famille. K Ceci est un bruit mensonger qu'i/ est de mon devoir \lie dét^ire/^Ma mère, pauvre et ajkns aïeux, fut le modèle\c|^ toutes >les vertus, et mon oncle/écrivait à cette époque à BOp frère que c'était là la plus byile dot et la seule noblesseVvëritable : preuve que les idéesr de notre chef de famille ét^i^nt à la hauteur de ses sentiments. . i ^

^"Pïus tard encore, quand j'eus perdu^'mes parents bien-

aimés, j^épousai ma coasine, la nièce de ma mère, pauvre et vertueuse comme elle; j'écrivis à mon oncle pour lui demander son agrément, et je n'ai rien de mieux à faire que de vous lire sa réponse."

Ayant ainsi parlé d'une voix douce qui, par degrés, s'était affermie, et avec undébit touchant par sa simplicité, le chevalier lut la seule lettre qu'il eût jamais reçue de son oncle.

"Entre nous, mon neveu, tu as raison de chercher le bonheur du ménage et le contenteme nt de toi-même dans un mariage de sérieuse inclinatloiT Tu^uis en cela les errements de ton père, qui n'a jamais eu lieu de regretter son choix. Tu ne dois pas te dissimuler qu'entre le monde et toi la porte est désormais fermée ; mais, puisque fu as le bon sens de ne rien demander au mon de et de n'aspirer qu'à l'heureusejaédipcrité où le sort t'a fait n^re, je ne puis que rendre jttSïîce à ta conduite et t'envoyeMa bénédiction d'un parent et d'un ami." ^ ^V

La lettre était signée: "Symphorien, marquis de Germandre," et tout entière écrite de la main du cmfunt, faveur bien rare de sa part, et dont beaucoup de c ollaté raux se sentirent inquiets et jaloux. Ils critiquèrent le naïf discours du chevalier et le trouvèrent du dernier^ piûaaique, pour ne

pas dire du dernier niais. ^ — T^^^-^^-^^^^^^CT?^ j

Hortense n'était pas ïu nombre de ceux qui ignorafeÉt ]a détresse de Sylvain et l'exiguïté de ce prétendu bfen de campagne qu'il avait layéandeur de considérer comme un bienfait sérieux. Elle n© fut pas non plus dupe du sentiment d'égoïste tolérance qui avait digté la lettre du marquis ; mais elle vit bien qu^a première ep la principale dupe était le généreux cœur de son pauvre cousin, et, p rofondém ent attendrie, elle ^ rapprocha d^e /L\ii pour , tâcher de lui pàrferr

Mais le cheValier avait disparu comme par enchantement. Suivi de sa famille, il s'était enfui dans les jardine, et, tout

LA FAMiLl)Ëflt)E! àim^ANÛM. ,-p^ IT

épouvanté de la hardiesse \de son mttitude, assis à l'ombre degjillfîiils, il était près de Ise trouver mal. ^^ A la fatigue de l'émotion s'en joignait une autre dont le chevalier ne songeait pas à se rendre compte. Il mourait de faim.

Il était dans cet état de malaise et de défaillance qu'on subit parfois sans en rechercher la cause, lorsque Labrêche se présenta devant lui et acheva de le démoraliser en lui disant qu'il était envoyé à sa recherche par madame la comtesse.

— Quelle comtesse ? Je ne la connais pas, moi !

— Je parle à M. le chevalier de sa cousine germaine, la fille du baron de Germandre, qui est veuve du comte de Sévigny, une charmante femme moitié Polonaise, monsieur, et qui a beaucoup envie d'embrasser les enfants de "jmionsieur.

C \ — Si cela est, dit Sylvain en s'adressant à (sa cqu tu vas les conduire à leurs parents. Je ne priver des caresses de cette noble personne. Moi, je vous attendrai ici, où je compte rester jusqu'au moment où l'on se réunira pour la lecture du testament.

La villageoise obéit ; mais le petit Lucien voulut rester avec son père, et elle partit seule avec Marguerite, Labrêche ouvrant la marche.

Le trajet n'était pas long.

— Eh bien, dit Hortense en prenant la petite Marguerite dans ses bras, vous êtes donc seule, et monsieur votre père ne veut pas faire connaissance avec nous ? Comment vous appelle-t-on, mon petit ange ? .

— On ne m'appelle pas petit ange, répondit la fillette(Ç«»r m'appelle Margot. // .<f\

— C'est très poétique, dit Octave. Et vous, manuelle, ''V^ ^ ajouta-t-il en s'adressant à la villageoise, comment votrâ^ * maître vous appelle-t-il ? ""^"L

— Mon maître ? répliqua la paysanne avec assurance ;

VOUS voulez dire mon frère ? Il m'appelle de mon nom, qui est Corisande de Germandre.

Labrêche, qui apportait un verre d'eau à madame de i^ Sévigny, faillit laisser tomber le plateau et resta immobile, la bouche ouverte, l'œil égaré.

— Approchez donc un fauteuil à ma cousine, lui dit Hortense sans témoigner aucune surprise désobligeante à mademoiselle de Germandre.

— Et vous, ma cousine, reprit celle-ci en s'asseyant sans aucun embarras, comment vous appelle-t-on, de votre petit nom?

— Hortense.

— Bon ! ça n^est pas laid. Et vous demeurez à Paris, à ce qu'on nous a dit ?

— Depuis un an seulement. Auparavant, j'étais en Pologne.

— Plus loin encore que Paris ?

— Beaucoup plus loin.

— Dame, je ne sais point où ça est. Je n'ai rien appris, moi, qu'à tenir le ménage et à soigner les enfants. Mon frère a été élevé par le père, qui était un homme savant, et, encose qu'il soit cultivateur, il est savant aussi, mon frère ! Il apprend beaucoup de belles choses à son garçon. Mais, moi, j'ai suivi la condition de ma mère, qui était une femme de campagne, et, si je sais un peu lire et écrire, c'est bien le tout ! Si je ne vous parle pas comme il faut, vous m'excuserez ; la bonne intention y est tout de même, ma cousine !

— Telle que vous êtes, vous me paraissez charmante, répondit Hortense; voulez-vous m'embrasser, ma chère Corisande ?

— Oui, jga cousine, et c'est de bon cœur, dit la jeune fille en lui jetant ses bras autour du cou.

Elle était charmante en effet, mademoiselle de Germandre ; avec son parler franchement rustique et sa complète ignorance des choses du monde, elle avait une grâce naturelle

y^ -"M^A^Be, OU plutôt alliée intimement à unergtocherie candide îUe ne cherchait point à déguiser. /^^^S^ 4 ta baronne, qui était foncièrement bonuB/ voulut embras-

ffiy ^ aussi mademoiselle de ^ermandre ; mais, moins délicate

sa fille, elle ne put s'qi^ôcher de lui témoigner de la )rise et de la curiosit^/X ^ ^ Tt^i- Est-ce donc par go^ouVar nécessité, lui dit-elle, que fL^ 3 vous habillez comme au r^Uage ?

A -C'est pour suivre la coutume de chez nous, répondit

X/^yéL'^iÀsB.nde. Le père n'a jamais voulu que la mère changeât ^ ^ à son costume, et je trouve qu'il a eu raison. Ça ne )

3 va pas, à nous autres, les habillements de la ville. ylAyV\yi^s ne savons point porter ça. Nous y sommes empruntées, Qa nous gênerait, d'ailleurs, pour le travail de la camie.^Le frère a bien eu l'idée, quand on nous a fait J2>t/^-C/H4voir® qu'il fallait venir ici, de me faire faire une robe îêue et un chapeau à rubans ; mais, moi, je n'ai point ^ lu. J'aurais fait rire le monde, et nous nous sommes dit

tf^t^-^y^ les deux : " On nous prendra comme on voudra, mais

erait bien sot de nous déguis^

^A Ê -Vous avez agi en n iiji^i njTiil ilM iTiiili iiHf'n^liminliii^

^^-"^T''^'''^^ nous a prouvé, d'dlleurs, qu'il était homme de sens

^ t et de cœur généreux. Quant à vous, vous êtes si jolie

ce charmant bonnet, que^ce serait bien dommage de

k^ ^^lyV^k, affab ^r de nos modes ridicules. Si je pouvais vivre

ours à la campagne, je voudrais m'habiller comme vous

/\Ji^ ^pî 3® suis sûr, dit Octave, que ça vous irait à merveille ; ire est très jolie, cette petite coniêtte ® blanche !

-^.Wnr^ch'^fYnA intéressait par-dessus toute autre. Ça

» /) • Essayez-la donc, Hortense ! dit * la baronne, que la

'y<iyt^ ^»tion-^^4^2^ intéressait par-dessi it un jwi costume de bal masqué !

Porteuse s'y prêta gg-r un sentiment de délicatesse, afin lien prouver à la demoiselle de campagne qu'elle prisait modestes atour^<^in de les dédaigner.

20 LA FAMllXi^ ^ERMANDRB.

— Ah bah ! dit Corisande^en détachant les épingles d'aciei

j^ ^^Y\ym qui relevaient les barbes de sa coiffe, çâTy ous Imir a»

^0 caj^a^^jdîfiïajbous vos beaux cheveux blonds ! '-

^ Et, en tirant un peu "rite, sa coiffure, elle fit, sans aucune

^ préméditation, tombe r^le se rre-tete,^^ d'où s'échappa une ^^ êt

Tl de superbes cheveux bruns naturellement çndé s. ^^*<t/y^

^^ — Eh! mais^ dit Octave, qui avait ^^ât^ de réparer pa^^

idaelquegal^nterie le brutal agcijdl qu'i^avait fait^la

^ jiung^filIeTil me semble, ma chère cousine, q^e vous noîtah-

ca(miez des trésors qui, maintenant, vo nt nous rai^détester

n/ ^^la cornette. "^^

Corisande rougit beaucoup, et pour la première Toîs montra très confuse. Octave crut qu'elle était sensible à son compliment. Il ignorait que, par suite d'un préjugé de sa localité, Corisande regardait l'exhibition de sa tête nue comme une indécence. Elle se hâta de relever sa belle chevelure sous le seîitertêtej pendant qu'Hortense essayait la cornette, et^jjug, sg ms qu'on y prît g arde, Margot s'emparait aâ!!îa' ^

de la mantille de madame de Sévigny, et se drapaix avec orgueil dans les dentelles noires qui lui tombaient jusqu'aux pieds.

— Voyons, là! qu'est-ce qu'elle fait, la petite pie! dit Y Corisande en lui retirant cette parure d'emprunt. Oh!

dame, en voilà une qui s'arrangerait bien des a:5&quets de la ville ! Il xt'y a pas de coquetèe pour être coqueflf^?55mW^«r Dans les champs, elle est toujours après se fa^e des couronnes avec des barj^^^et àut convenir qu^ ça ne lui va point mal. "' ^^^^yK>\/\^ ^

— Et vous, ma cousine, dit Octave, vous Brêtei^ donc pas coquette du tout ?

— Voire si j'avais le temps! répondit Corisande. Je ne ,sais pStBT; mais on a tant d'ouvrage à la maison et au dehors, qu'on n'y saurait songer.

/" — N'avez-vous pas des servantes ^e ferme? deçianda la

baronne. N^^X

— Nous n'avons ferme ni servante, répliqua la campagnarde. Nous vivons chez nous sur notre avoir, qui n'est pas gros, mais bien suffisant à cette heure pour je^monde

. que nous so mmes. Ça n'a pas toujours été si bien. Nous avons eu des mauvaises années et des vieux parents infirmes et des petits enfants tout jeunes à nourrir. J'ai vu que nous étions douze à vivre sur un revenu de cinq cents livres.

— Alors, dit Octave à Hortense, ce fameux bien de ijftut ^ pagne donné par le marquis à son frère représentait un capital de dix mille francs tout au plus. Ce n'était pas trop la £eiii^ .d'en parler sur sa tombe ! ~~

-Le chevalier a eu la suprême délicatesse de ne pas Révéler le chiffre, répondit Hortense, et peut-être ce chiffre art-il plus de valeur à ses yeux qu'aux nôtres.

— Oh ! dame, certainement, reprit mademoiselle de Germandr^. Chacun est heureux qui sait se contenter de ce qu'il a.

— Alors votre frère se trouve heureux ? dit la baronne.

— Il a eu ses peines comme un autre ; mais le voilà content de voir ses enfants en bonne venue, et ses terres amendées.

. — Ma mèise, reprit Hortense, il faut absolument que nous fassions connaissance avec ce cousin philosophe qui paraît si bon. Si vous alliez le chercher, vous, ma chère Corisande ? Vous lui diriez que nous ne sommes pas des loups, que nous nous sentons portés vers lui, et qu'il ne peut se refuser plus longtemps à nos avances ?

— Vous êtes bien honnête, ma cousine, et je lui dirai que vous êtes si aimable, qu'on s^affgle aisément de vous. Mais

v- ça n'est pas la peine que je le\cherche. Il va venir de luimême quand on sonnera la clbche pour le testament. Ça n'est pas que nous prétendions gkquelque chose dans l'héri- ^f-- tage, nous ^tres ! Oh ! non, paV exemple ! nous n'avons jamais vu l'oncle, et il ne pouvait p^int se soucier de nous. Mais on nous a écrit que, si tous les parents n'étaient point

22 LA^AMILL0«DE 6EBMANDBB.

là, ça retarderait les affaires, et, outre que notre devoir était d'assister à l'enterrement, nous sommes venus pour ne point f ajj^-jfl^quer la lecture du testament et ne point contrarier e monde. Aussi mon frère, encore qu'il ne soit point curieux de se trouver en grande compagnie,^a venir d'un moment à l'autre, et vous lui causerez. >^^v^Ns.

— Eh ! sans doute, dit Octave ; vous êtes bien pressée de le voir, ma cousine !

— Oui, très pressée de le voir à mon aise et non devant trente personnes qui nous gêneront avec leurs préoccupations djintérêt ! Octave, allez donc le chercher, vous !

— J'irai, puly^iie vous le souhaitez, dit Corisande en remettant son bonnet blanc. Il n'y a que moi qui pourrai le décider.

— Offrez votre bras à notre cousine, dit Hortense à Octave.

Octave ne se souciait pas de promener la demoiselle en cornette, et, d'ailleurs, ij ^rillajJLdajaa^l'attente d'une explication qu'Hortense s'acharnait à éviter. La baronne comprit ce qui se passait, et, prévoyant bien qu'Octave allait se perdre par son impatience, elle prit résolument le bras de Corisande et se mit avec elle à la recherche du ch^alier. Hortense voulait retenir Marguerite en otagey^mais la ant se prit à pleurer, et il fallut hym la laisser

"^ y?/> )RTEâgE, condamnée au tète-artête I avec son cousin,, ta plus\(ie diatr§;Ction qu'elle n'en éproi^vait, afin de lui ^ner la njortification de se déclarer^iip|lire^gfiïte,^et elle

in,A

A^ It une glande impatience de voir arriver le chevalier. A^llons, oécidément, lui dit Octave avec,4l^it, Vhomme m>x)aqn ^vous tient f^n nr^^^i "^^ belle cousine ! Il n'y a

^ loyen de vo ug^parler, n^est-ce pas? J'avais pourtant

loses sérieuses à vous dire.

Vous, des choses sérieuses ? Allons donc, mon cher y j^l^ e ! est-ce que vous êtes malade ?

l/^'^ T)ui, très malade! malade de colère, d'amour et d'in-^ j ude. ^;-r*^

L^^^^^^^Eh bien, si vous m'en croyez, nous causerons une autre

Le temps qui nous^este avant la réunion pour la re ne suffirait pas pour ce que nous avons à nous dire. Peut-être! On attend une parante en retard. On

^ i ^u.o-t^ox^ i vyxx cfcuutïixvA u.ii^ pa^nte

l'attendre encore^une heure, et moi, d'ailleurs, j'aurai dit en un mot: Hortense, je vous aime! Est-ce ^^JLytC\^\L.'^^ voul^vous me répondre?

<^' ^lors je vous répondrai en un mot. J'ai de l'amitié, loup d'amitié pour vous.

y4^eaucoup d'amitié ? c'est là tout, décidément. .

faut vous en contenter et me payer de la même aie. Je ne vous réclame que ce qui m'est dû.

jave mordit sa moustache et failli t répo ndre avec> r ; mais il prit le temps de la renexion et ^i l'un de nous hérite, et si c'est^ja^ ? j .

^i c'est vous, je m'en réjouirai de tout mon cœur;

mais si c'est moi ? . . .

24 LA^mAlILLE DE GEBMANDRE.

— Je me retire aveb la fierté et la discrétion qui conviennent à un homme san gjesso urces vis-à-vis d'une femme trop

vQgulente ; ça va,aan& aire. " ^

w.^ ^ C Â — ^Et moi qui serais, à^^peu de chose^près , dans la même ^V^ position vis-à-vi s de vous si vous héritiez, j ^aurais la même C^Q fierté, je vous prie" de le croire. Je ne souffrirais pas vos ^"^T dommages, même sous forme de plaisanterie. *^ c ' — Vous me jugez très mal, Hortense! je vous aime sérieusement.

— D'amitié, oui I je m'en flatte et j'y crois avec plaisir.

— C'est plus mue. dei'aimUé ! <

— Ici, je vou^arreWj^it^Hï

'dptens». Il y a autre chose que la passion de la jeunesse et le dévouement de l'amitié. Il y a l'amour vrai, qui ne peut s'expliquer par démonstration, mais qui se sent au fond de l'âme et que je rêve, mais que vous n'épçoiurerez jamais, parce que vous ne le comprenez pas. ^7%?V^

— Voilà des imbtilitésS^supportables, s'écria Octave en colère. Vous avez lu trop de romans, ma cousine, et vous ne serez jamais heureuse ni juste, parce que vous vivez V dans un idéalisme impossible.

— Peut-être I Que voulez-vous ! je suis ainsi,

— Vous ne voulez pas guérir de cette maladie? Alois prenez patience et tâchez de me l'inoculer. Si je m'y prête, voyons, refusez- vous de m'éprouver et de me connaître ? Voilà la première fois que je peux vous parler sans témoins !

— Pour que je vous réponde, mon cher Octave, il faut que je connaisse votre sort. Si vous restez pauvre ... eh bien, le devoir de mon affection est de ne pas vous refuser un certain temps d'épreuve nouvelle. Si vous devenez riche. . . .

— Vous serez charmée d'être débarrassée de moi; car vous avez de la compassion pour ma petite épaulette, et rien de plus ! . . .

Octave parcourut le boudoir en faisant crier ses bottea et

craquer ses doigts. Puis, revenant à la raison par un de ces brusques changements qui lui étaient propres :

— C'est pourtant quelque chose, reprit-il, et je devrais ' vous remercier de votre bon cœur.

— Nous avons bon cœur tous les deux, dit Hortense en lui tendant la main; nous voudrions nous enrichir l'un l'autre, cela est bien évident. Vous voyez donc que c'est une vraie amitié de frère et de sœur. Mais ne nous y

__ trompons pas, ce n'est rien autre chose, et, pour moi, ce ne serait pas assez dans le mariage. Je ne veux pas faire un mariage de raison.

KT Octave garda un instant le silence.

— Tenez, Hortense, dit-il en ouvrant brusquement la fenêtre pour ne pas étouffer, vous devriez- épouser l'homme

^ de campagne ! Justement, le voilà qui passe sur la terrasse.

^11 est tout à fait ce qu'il m'a semblé à première vue: le

modèle des vertus civiles et militaires du garde champêtre !

— Et pourquoi non? dit Hortense; pourquoi ne le sq rait-il pas ? Il est si pauvre ! Pensez-vous à ce qu'il faut^ de courage et de raison pour se trouver heureux avec sept cents livres de rente ?

— J'ai été en plus mauvaise passe, dit Octave; j'ai manqué de pain sous cette belle République que notre cher cousin servait, dit-on, en conscience ; et je ne me suis plaint à personne!

— Je le sais, et je vous estime pour cela ; mais vous ne ■ vous trouviez pas heureux !

— Et vous croyez qu'il se trouve heureux, lui? Vous \ prenez au sérieux la leçon que vous a récitée sa sœur la paysanne ? Tout cela est une *se ; oui ! on pose au village comme ailleurs. Regardez-le 3o^, votre héros de stoïcisme !

j II a la figure la plH3 c^gigggifie qui se puisse voir quand il ne s'aperçoit pas qtTôn i^regarâie.

Hortense, en le regaraant, eut une envie de rire mêlée à je ne sais quelle envie de pleurer. Pour donner le change

ticûT'

à la bizarrerie de son émotion," elle lit à Octaveia concession de se moquer du pauvre campagnard. ^^^^^^-ÛTHf

— Vous l'avez calomnié, lui dit-elle ; il n'a pas la tournure martiale d'un garde ; il a bien plutôt l'air d'un magister de village qui mène tristement promener son unique écolier.

Le chevalier avait disparu ; il s'était décidé à entrer, à la requête de son petit garçon, qui, ayant mangé ^e la gale tte sans boire, criait la soif, sans avouer que la galette était -^iéjà loin et qu'il avait encore faim. C'est alors ^ue le~^ chevalier s'aperçut qu'il avait faim lui-même, et qu'il fut content d'être forcé, par la souffrance de son. enfant, de céder à la sienne propre. (Ia^ ^^ ï'^^^'^V'""^^

Il avait aperçu Labrêche dans la galerie, et, comme il avait un prétexte pour Paborder ^ lu i demandant où était Corisande, il réclama en même temps un verre d'eau pour Lucien. Malgré sa résolution de chercher à déjeuner, il n'osa pas demander dsryanti3<ge^ comptant qu'on lui offrirait davantage, et suivant^en cei^ là coutume de discrétion excès-

sive et f^jojjphe qui caractérise les paysans et même les .petit^.^ûîgeois de campagne.

labrêche, s'empressa de la façon la plus gracieuse à le satisfaire. Il n'avait pas vu sortir Corisande avec la baronne. Il crut qu'elle était encore dans le boudoir et il y conduisit le chevalier en lui disant qu'il y trouverait aussi des rafraîchissements.

Il n'y avait plus moyen de reculer. Le chevalier fut annoncé et introduit dans le boudoir, où Hortense et Octave étaient encore à la fenêtre, cherchant des yeux ce qu'il était devenu, et riant de lui, l'un avec malice, l'autre par complaisance.

Aussi, en entendant Labrêche prononcer le nom du chevalier de Germandre, Hortense se retourna-t-elle avec vivacité, et, craignant qu'iiji^eiût entendu une dernière plaisanterie qu'elle venait de faire sur son compte, elle se troubla et

raccueillit avec une certaine agitation mêlée de frayeur et ^ d^empressement^^A--^

Le pauvre Sylvan^ dfeà inquiet d'avance de son entrée, fut bouleversé en recoiinaissant dans madame de Sévigny la femme charmante dont le regard Tavait fait trembler lorsqu'à l'église elle s'était approchée de son banc. En outre, elle lui parut contrainte, et il se demanda rapidement si ce n'était pas pour se moquer de sa tournure qu'elle l'avait fait demander. Cette idée lui causa une sorte de vertige, et, bégayant des paroles inintelligibles, il ne sut pas même saluer. Il voulut ôter son chapeau ; mais il ne s'aperçut pas que, pour cela, il fallait quitter la main de son petit garçon autour de laquelle ses doigts s'étaient crispés, ou

laisser tomber le missel ^l^'^L ^§Ç2iitj®^^>î2P ^^^ gauche. Aussi le livre tomba-t-il avec^rracasT^Q^oulut le ramasser et lâcha le chapeau, qui tomba aussi. Enfin il se décida à lâcher l'enfant, qui ramassa le chapeau, pendant que Labrêche ramassait le livre. Alors le chevalier fit son salut, fort embarrassé de ses mains qui ne tenaient plus rien, et n'entendant pas les paroles de bienvenue qu'Horten se, p rise A/ d'un rire nerveux, bégayait aussi. ^

Ce fut bien autre chose quand, sur l'invitation de la jeune

I femme, il fallut s'asseoir. Labrêche, voyant TeaaJaaaa* de

I son protégé , lui avançait un siège, et Octave, sô-faisant un. jejj^de cette scène de détresse, lui en présentait un autre.

jtiC chevalier, éperdu, ne savait auquel entendre.

Pourtant, après 5,sxuiL.sué sang et eau, il était parvenu à s'installer sur la plus haute et la plus incommode des

i chaises. Comme il n'était pas grand, ses pieds touchaient à peine à term^Il avait donné dans ce piège tendu par Octave; mais il était bien loin de s'en apercevoir, ne songeant plus qu'à dissimuler son gros livre sous son grand chapeau, le tout posé et retenu sur ses genoux disposés^ pente.

Après avoir épuisé le chapitre des

LA FAMILLB DE GEBHANDBE.

sans avoir pu obtenir de lui une réponse qui eût le moindre sens, HortensejjtâtJAifAEtà de lui parler de la pluie et du beau temps, tout en regardant avec surprise la transparence et la beauté de ses yeux, qui révélaient une Sensibilité extraordinaire. Mais elle fut forcée de s'avouer à elle-même qu'un homme si nerveux et si impressionnable : nettait les autres au supplice, ^^oins que, comme Octave, ils ne fussent décidés à le tourner en ridicule. \ N^

LA FAMILLE bri GERMÂNDRB.

victime

Octave était, en effet, très aise de trouver^ sur Ij^uelle il pût faire tomber le dépit amasse quelques heures. Il jouissait du ridiculgC embarras rhomme de campagne.

— Vous avez là, mon cousin, lui dit-il ^br ûle-pourpoint, un chapeau bien extraordinaire !

Le chevalier, étonné, regarda son cjjtfpeau et parut ^viser pour la première fois de l'étraiig^é d'un pareiP ^^ ble -, mais, à la grande surprise de son interlocuteur, il trouva moyen de répondre sensément.

— Mon chapeau, dit-il, est passé de mode, je le pense bien ; mais ^jji^ns, et je le mets les jours de fête ou de cérémonie, parce que c'est un vieux compagnon qurs^ été au feu avec moi.

— Oui, dit Octave, sous la République !

— Contre les étranges, répondit Sylvain.

— Et contre les ^igrés, par conséquent ?

— Et contre les émigrés, reprit le chevalier. Et, sans songer au père d'Hortense, il ajouta : — Je peux vous dire cela, monsieur, je sais qua vous n'en

é^iez pas-.

Mon père n'était pas de ceux qui se sont battus contre la France, répondit vivement Hortense, pour empêcher Octave de relever la malencontreuse réflexion du chevalier.

Mais le chevalier ngse déconcerta pas trop.

— Vous pensez bienp3îl3l, que je n'entends pas blâmer ceux qui ont fui devant la persécution ; et, quant à ceux qui ont cherché à s'en venger, ou qui ont cru la faire cesser en se jetant dans les armées étrangères, je dis qu'ils se sont trompés de route ; voilà tout ce que je dis I

— Et vous croyez, reprit Octave sèchement, ne pas vous être trompé aussi en servant le gouvernement révolutionnaire ?

— Kon, répondit le chevalier avec une extrême douceur, je ne le crois pas. D'ailleurs, je n'ai pas eu la liberté du choix. L^ réq^uigition m'a pris. Il fallait servir la France

^ ou déserter. Vous ne m'eussiez pas conseillé ce dernier parti, vous, mon cousin, qui portez l'épaulette ?

— Je ne sais pas ce que j'eusse fait à votre place, dit Octave.

Et il changea de conversation, sentant que le chevalier était de force à défendre son opinion, et voulant l'attaquer par son côté faible, celui du ridicukL auquel sa personne doQiiait4uâse^ ryvv.*iA-^**-X/ «A^-t-.-fl-^t^-vp y Le chevalier, en parlant de son chapeau, avait eu Pheu- / reuse inspiration de s'en débarrasser. Kestait le gros livre, qu'il eût bien voulu faire disparaître. Lucien s'en aperçut et le prit dans ses mains comme pour regarder les images. Mais Octave s'en empara et s'amusa ainsi à le remettre en évidence.

— Vous avez là, dit-il, un curieux missel ! une précieuse antiquaille !

— Oui, répondit Sylvain : c'est comme mon chapeau.

— Est-ce que ça a été aussi au feu avec vous ?

— Non ! ce livre m'a ^ donné par ma mère à sa dernière heure, et j'y tiens S!Rorej)lus qu'à mon chapeau.

Il n'y avaiâdonc plus moyen pour Octave de plaisanter *\ yAle missel. ^

^ Alors, le chevalier se leva, disant qu'il allait chercher sa

sœur, puisque madame de Sévigny désirait la voir, et ne se souvenant pas ou n'ayant pas seulement entendu qu'Hortense lui avait déjà parlé trois fois de Corisande avec éloge et sympathie^ Octave eut alors l'idée jje rendre au chevalier la malice ^ que la baronne lui afaiîijait^^^^ujjijjfltême de le laisser seul

avec Hortense, et il le força de se rasseoir, en lui disant qu'il allait chercher mademoiselle de Germandre et la baronne.

A peine fut-il sorti, qu'Hortense se sentit plus maîtresse de son émotion ; mais le chevalier eut un tel^redoublement pour s on compte , qu'il n'eût jamais su rompre le silence si madame de ISévigny ne l 'en eû t dispensé en s'occ de Lucien. ^^^^-^

L'enfant n'avait pas voulu suivre Octave. Il ^^it mis le temps à profit en mangeajiLiQrce^^teaux aux confitttrçs, et il s'approcha d'IîorEêiiye, qill demftadait à l'embrasser. L'homme de campagne, voyant son fils un peu barbouillé, se hâta de vouloir l'essuyer avec son mouchoir ; .mais Hortense, qui s'était levée, commença par baiser l'enfant au front ; après quoi, elle trempa dans un vase d'eau le coin d'une serviette e t fit la toilette du garçonn et, qui s'y prêta sans cérémonie, et lui dit familièrement : '""^^

— C'est bien, ma cousine ; me voilà propre, et c'est à moi tour de vous embrasser.

Le chevalier la regarda faire, du coin de l'œil, et ne sut

^ pas la remercier ; mais il fut profondément touché de cette

simplicité de manières, et il fut sur le point de lui dire ce

qu'il y eût eu de mieux à dire, en effet : " Ma cousine, vous

êtes une bonne femme ! "

Dites-moi, mon cousin, dit Hortense, nous voilà seuls, et vous pouvez me parler comme à une amie : vous, êtes bien pauvre, n'est-ce pas ?

— Bien pauvre? . . . C'est selon, répondit le chevalier embarrassé. Par comparaison . . . car'tout est relatif en ce monde. . . . Moi, je me contente de mon sort. . . .

— Oui, je le sais, vous êtes très résigné ou très sage. Mais vos enfants . . . quand vous pensez à leur avenir? A présent, ils sont bien portants, aimés, choyés, par conséquent

/heureux ... ; mais, un jour. . . .

, // — Si Dieu me fait la grâce de me laisser vivre un peu.

â2 Mtf I^ FAMILLE DE GÊRMANDRÉ.

1>^ celui-ci, cSt le chevalier en prenant Lucien entre ses jambes, 0^ sera capable de se tirer H^fiffa.i]»ft p.(]npipft ^a^><^|^j:pnHra. Il

C^ est studieux et coïaprend assez bien ce qu'on lui enseigne^ ^

— Et qu'est-ce que vous lui enseignez ? / /

— J'ai quelques notions . . . quelques livres qui me viennent de mon père. Je tâdhe de lui apprendre ce qu'on m'a appris. . . . Voyons, Lucien, ajouta-t-il, dis à cette bonne dame que tu es un brave garçon et que tu feras de ton mieux pour que ta famille n'ait jamais à rougir de toi.

— Oui, mon beau garçon, dit Hortense en reprenant l'enfant à son père et en l'attirant vers elle ; dites tout ce qui vous passera par la tête ... à propos de votre papa surtout j ça m'intéresse infiniment.

— Oh 1 mon papa ! reprit Lucien, vous avez raison de l'aimer, d'abord. Il vaut mieux que tout le monde qui est ici !

— Allons, tais-toi! dit le chevalier, qui ne savait plus où se mettre : on ne parle pas comme ça.

— Il parle très bien, dit Hortense, et il a probablement raison !

Tu vois bien ! répondit Lucien en s'adressant à son père ; je suis sûr que notre cousine est ennuyée de toutes les cérémonies qu'on se fait ici ! Je les ai bien vus, moi, tous ces messieurs et toutes ces dames, qui se serrent les mains, qui se disent de belles paroles et qui se moquent par derrière quand ils croient qu'on ne les regarde pas. M. Octave . . . il ne vaut pas mieux que les autres, lui ! Voyez-vous, ma cousine, chez nous, ça n'est pas comme ça. Tout le monde s'aime bien. Vous y viendriez, vous seriez contente tout de suite.

On joue, on rit. Il y a un beau ruisseau qui coule tout au travers de l'herbe, et on y fait des moulins, des ponts ; et, moi, j'invente un tas de machines pour amuser la petite Margot. . . .

— Ta ta ta, j'espère qu'en voilà assez ! dit le chevalier en l'interrompant ; heureusement pour toi, madame ne retien-

LA FAMILLE DE GERMAKDRB. 8â

dra pas toutes les niaiseries que tu viens de lui dégoiser ! Et moi qui faisais Véloge de ton babil I J'ai eu là une belL idée!

— Son babil a porté juste, reprit Hortense ; il m'a donné envie d'aller vous rendre visite. (à^J^/^/yy'l.C!Uirl£^

— A nous ? s'écria le campagnard ^éperdu. AtfS-mon Dieu, ma cousine ! mais nous vivons dans une chaumière I

— Raison de plusl j'irai, je vous en avertis; d'autant plus que j'ai un service à vous demander.

— A moi, un service ? est-ce possible ?

— Oh 1 vous pouvez demander tout ce que vous voudrez à mon papa, dit Lucien. Il est très complaisant et il aime à obliger et à consoler tout le monde. Au village, aussitôt qu'il y a une pauvre famille sans pain, c'est chez nous qu'on vient tout de suite ; et nous sommes contents de ça, nous autres, parce que ça fait qu'on aime mon papa et ma tante.

4\ — Eh ! bien, puisque M. Lucien m'encourage, reprit Hor- ^tense, voilà une idée qui m'est venue et que j'irai vous L^ supplier d'examiner, mon cousin ! Je n'ai pas beaucoup de \^ f^rtunf j mnifl j'ai dpi quoi viv re. MiTmère est dans la même ^^ jf ' situation, et nous sommes seujes au monde, je vous l'ai dit. /"V -

\ Cette solitude m'effmya^j»^ le mariage m'effraye davan- \ y

tege. Si j'avais une jiolie petite fille à élever et à chérir . . . /?\ une petite fille comme la vôtre ... je me trouverais si heu- O*^ j / reuse, que je resterais litoe ; ce qui me vaudrait probablement beaucoup mieux. Et c'est pour vous proposer de m'assurer ce bonheur. . . .

— Je comprends, ma cousine, répondit sans hésiter le chevalier ; merci . . . oui, merci du fond du cœur 1 Vous êtes bonne, et vous me voyez si pauvre, que vous avez pitié de moi ; vous voulez me soulager en prenant un de mes enfants à votre charge ! C'est très généreux . . . , mais cela ne se peut pas. Je ne dois pas accepter. Ne me croyez pas ingrat, ni fier avec vous mal à prgços ! Mais j'ai besoin de

ti

. voir mes enfants, moi ! C'est cela qui me titone du cou- V^C rage et du bonheur au milieu dç mes peines lo5^ lA ^^ — Oh ! oui, papa ! s'écria Lucien, qui av^lïtemmté avec inquiétude; tu as raison, il ne faut pas donner ma petite sœur. Je ne veux pas, moi !

— Prenez garde, mon cousin, dit Hortense au chevalier ; on doit aimer ses enfants pour eux-mêmes et non pour soi. Marguerite ne se trouvera peut-être pas toujours aussi heureuse chez vous que sa tante ! Si elle avait des goûts différents ! si elle regrettait, un jour, de n^^y^ir jjs^j ^ça tion et les relations auxquelles sa naissance midSnnearoit ! Tenez ! vous y réfléchirez ; ne me dites pas en core non ! En retournant à Paris, je passerji chez vo us et nous reparlerons de mon idée. Tout ce que je vous demande dès aujourd'hui, c'est d'avoir confiance en moi et de m'accorder votre amitié. ^^

La grande cloche ^Aala en cet instant l'arrivée de la personne que l'on attendait, et Labrêche entra bientôt d'un air empressé. /jfZ^^ rVO^'^ \é^

— maaame la baronne de Germandre fait savoir à madame la comtesse, dit-il, que voici l^annonce pour se réunir dans la salle des audiences. Dans un quart d'heure, on j nnng jca connaissance du testament. Mademoiselle de j&ermandre et sa pe tite n ièce attendent aussi M. le chevalier pour prendre

y, ' — J^y vas, répondit le chevalier agité. J'irai ... j'y

jC- cours !

'■ . Et il s'assit, comme s'il se fût juré à lui-même de ne rien '^ C faire à propos.

^ Hortense, voyant qu'il ne songeait pas à lui offrir son bras, et qu'en le lui demandant elle l'exposait à une nouvelle cri^e, prit son voile en lui disant :

— Vous viendrez tout à l'heure, n'est-ce pas, mon cousin ?

— Y aller ! répondit Sylvain sortant d'un rêve. Pourquoi faire ? à quoi bon ? Je ne suis pas (ie ceux qui espèrent, et je ne me permets pas de désirer. . -

— ïu sais, mon père, dit Lucien en le secouant un peu, qu'il faut être là par égard pour les autres, et pour qu'on n'attende pas.

— Oui, oui, c'est vrai! reprit le chevalier, j'irai certainement. 'Va, Lucien, accompagne ta cousine ; je vous suis.

Lucien ne se le fit pas dire deux fois, et offrit son bras à Hortense avec une comique gentiRegse.

Le chevalier, resté seul, eti?etant plus soutenu par la lutte contre lui-même, s'affaissa sur un fauteuil et se sentit baigné d'une sueur froide. La faim, la fatigue et l'émotion l'avaient brisé, et il ne pensait pourtant plus du tout à manger pour reprendre des forces. Il était tout entier à un âmme silencieux qui le rendait presqi^e fou. ^.

— Qu'est-ce donc? se disait-il dans un monologue intérieur qui se ressentait du désordre de ses facultés. Mon Dieu ! mon Dieu! c'est un" ange que cette jeune femme, et je n'ai pas su trouver un mot du cœur pour la remercier ! . . . Mais lui donner ma fille ? . . . Non, jamais ! La pauvre petite prendrait des goûts au-dessus de son état, et il faudrait que sa mère adoptive renonçât au mariage. . . . Elle s'en repentirait un jour ou l'autre, je reprendrais l'enfant, et l'enfant se trouverait malheureuse de retomber du luxe dans la détresse. Non, je ne consentirai pas ! . . . Mais, si je refuse, ce sera donc fini ? Je ne la verrai plus jamais, cette jeune dame ? Si j'avais l'air d'hésiter aujourd'hui, elle viendrait pourtant che z m oi . . . passer un jour, une heure peut-être seulement. ... * Et, d'ailleurs, à quoi songestu là, malheureux ? Elle voit bien un peu ta misère, tu ne l'as pas cachée, et la déguiser serait bien inutile ; mais elle ne la voit pas tout à fait. Quand elle te trouvera labourant toi-même ton misérable champ de seigle avec ta vache et ton âne, elle rira. La faire rire ! j'en mourrais de douleur !

Le chevalier s'aperçut qu'en pensant à cela il pleurait comme un enfant. Honteux de lui-même, il essuya son visa aM gempé de larmes, et, se levant avec effort :

— Ahl j'ai faim! se dit-il. C'est cela! Je n'y pensais plus.

Le chevalier jeta des yeux hagards autour de lui, et, se voyant seul, il se précipita sur une pile de brioches que Lucien n'avait pas attaquée. Il trouva ce régal fort médiocre.

Il commençait à se remettre quand Labrêche rentra et le trouva la bouche pleine. Ce fut une grande mortification pour le chevalier d'être suçygis par ce valet en flagrant délit de voracité ^od^gçr^. ^ ^y^

Mais Labrêch^qui aidait essuyé de tous les autres hommes beaucoup de rebulSades, et que la douceur cérémonieuse de celui-ci consolait ^ttn peu, le traita avec des bontés particulières.

— Je demande {gardon à monsieur de l'interrompre, dit-il ; mais je venais dire\à monsieur que, dans dix minutes. . . .

— Dix minutes, rçpondit le chevalier résolu à vaincre sa mauvaise honte au Woins vis-à-vis d'un laquais, c'est plus qu'il ne m'en faut pour apaiser ma faim t a^t bien que ma l avec ces.tr

"mon Dieu ! estsce if^e monsieur n'est pas entré au buffet aujourd'hui ? i /

— Ma foi, non ! i» AJy ai pas pensé du tout.

— Alors je cours (î^rcher à monsieur. . . .

— Non, non!/^'est trop tard, je n'ai plus faim; seulement, si vous fiouviez me procurer un peu de cidre ou de bière. . . .

— Pi, .monsieur I cela ne vaut rien après la pâtisàerie ! mais monsieur n'a donc pas vu le madère ?

— Le madère ? où ça ? dans cette carafe ? J'ai pris ça pour du sirop !

— Groûtez, monsieur, goûtez ! s'écria Labrêche en remplissant le verre du chevaHérT c'est le meilleur de la cave, celui que je préfère, moi ! \. v

Et il remplit un verre poui^i-même, machinalement et

par habitude. Le chevalier, tout aussi machinalement, choqua son verre contre le sien. Tous deux étaient diversement, mais vivement préoccupés.

— Ah! monsieur le chevalier, quelle journée! dit Labrêche ; quel événement cge celui qui va s'accomplir I Je comprends bien que monsieur ait oublié de déjeuner. Moimême . . . je n^i j^it que battre la campagne toute l a nuit dernière ! "^^

— Quoi ! qu'est-ce que vous avez ? dit le chevalier. Ah ! le testament ! j'oubliais. Eh bien, votre maître vous aura sans doute légué quelque chose ?

— Je l'espère, monsieur, je Tespère ! mais vous, monsieur le chevalier, ça vous serait donc égal d'hériter d'une grande fortune ? .

— Egal, non ! Mais je ne compte sur rien, et je n'y veux pas du tout penser. On a assez de peines dans la vie sans se faire des illusions ridicules !

— Ah ! voilà ce que je me dis aussi ! je me fais peut-être des illusions ! M. le marquis peut m'avoir oublié. ... Et, dans ce cas-là, si c'était un effet de la bonté de monsieur de me garder à son service . . . dans le cas où monsieur hériterait. ... Je pourrais être fort utile à monsieur ; j'ai reçu de l'éducation, j'ai une belle main, et je sais rédiger toute espèce de lettres.

— Merci, merci, dit le chevalier en souriant, vous êtes bien bon ! Mais. . . .

— Mais monsieur se méfie peut-être de mon dévouement? monsieur croit peut-être que je protège le capitaine de chasseurs ? T'

— Qui? M. Octave ? Et qu'est-ce que ça me fait, mon cher, que vous le prjîjjégiez ?

— Cela n'est pas, monsieur, je ne protège personne contre monsieur! Je le disais encore tout à l'heure à la jeune dame.

— Qui ? madame de Sévigny ?

— Oui, la jeune daine qui épouse, à ce qu'on dit, M. Octave.

Le chevalier garda le silence ; mais sa main trembla en reposant son verre sur la table. Il venait de recevoir en plein cœur une profonde blessure.

— Mais je dis, moi, reprit Labrêche, que ce mariage-là n'est pas encore fait. Je sais ce que je sais ! . . .

— Que savez-vous ? dit le chevalierj^avec/^hiyneu?> Yous ne savez rien !

— Pardon, monsieur ! . . . Vous êtes peut-être la eau que ça ne se fera pas.

— Moi ? comment ça ? Vous rêvez !

— Non, monsieur; tout à l'heure, dans la galerie, j'ai entendu des mots. . . . Madame de Sévigny était fâchée contre lui et lui défendait de se moquer de vous.

— De se moquer ?

— Oui, monsieur, oui ! M. Octave est un mauvais plaisant qui s'est moqué de monsieur toute la matinée, et qui s'est permis de lui donner un sobriquet déjà passé, grâce à lui, de bouche en bouche.

— Vraiment ! Quel sobriquet ?

— On appelle monsieur V homme de campagne.

— Voilà tout ? Ce n'est pas bien m éphan t.

— C'est mauvais, c'est plat ! mais ça veut être dénigrant, et, si ce petit capitaine n'était pas un si grand duelliste, je conseillerais à monsieur de ne pas se laisser ^aeiûfii. par un traîneiy de sabre ! Avec ça, il taquine la jeun^ dame en lui 3isant qu'elle est éprise de monsieur. . . .

— Taisez-vous ! dit le cSevSCtier' d'un ton f ernle. Voilà de sots propos que je ne veux pas savoir. Tenez, àjouta-t-il en lui offrant une pièce de monnaie, voilà pour /vos bons offices ; mais je vous prie d'e n rootog - là T de vos/ commentaires.

Non, monsieur, merci, dit Labrêche un pei^ piqué de a fierté de son protégé, ce n'est pas pour de l'argent ! Ceci,

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