I . A ntiquités nationales , t. II, art. ix
Il est à propos d^ajouter que la ville conservait encore la superbe bannière peinte de }a procession du 8 mai, dont elle était redevable à Ja libéralité de Louis XII, qui y avait fait pieusement figurer son père, le duc d^Orléans, en face de la Pucelle. C^tte bannière, actuellement exposée au musée d'Orléajïs, nous montre Jeanne avec la même pose et dans le même appareil militaire que nous lui voyons dans le monument du pont d^Orléans. Il nous semble, autant qu^on en peut juger par Texamen des gravures dont nous avons parlé et de la figure peinte sur la bannière, bien que cette dernière ait dû être l'objet de restaurations importantes, qu'il existe une frappante analogie entre l'attitude et les traits du visage des unes et des autres. On peut en conclure que Tartiste, chargé de peindre la bannière, était tout naturellement allé s'inspirer de la statue du pont, comme d'un modèle authentique d'une fidélité hors de doute.
Or, cette analogie n*est pas la seule que nous ayons à constater. Elle ressort également de la comparaison de la tigure d'Orléans avec celle de Domremy.
La tradition du pays attribue le don de cette statue au roi Louis XI. Il est évident que sur ce point la tradition se trompe. Les détails de Par-
mure et du costume le prouvent surabondamment. Il est probable que Terreur de la tradition consiste à avoir opéré un rapprochement trop intime entre la statue, le nom royal et la date 148 1 qui figurent sur le tympan de la maison. Quant à nous, il nous semble que Tépoque approximative où elle fut exécutée est bien visiblement déterminée par son style et aussi par une série de faits que nous allons exposer brièvement.
La cathédrale de Toul possédait jusqu^à la Révolution une effigie de Jeanne d^Arc, que la tradition invariable du pays rapporte avoir été toute semblable à celle de Domremy. Ce monument avait été érigé par la piété de Claude Hordal, fils de la « bonne Hauvy » et petit-neveu de Jeanne d^Arc, archidiacre et grand-doyen du chapitre de Toul, de 1542 à iSyg. C'est vers i56o qu'il fit élever cette statue. Or, à cette époque, le monument d'Orléans était encore debout. Il avait dû sûrement servir de modèle à Partiste chargé de Texécution, et la frappante analogie que des renseignements sûrs permettent de constater, nous autorise à affirmer sans témérité, que la cathédrale de Toul possédait une copie de l'historique et véritable effigie de Jeanne d'Arc à Orléans.
Voici la description de la statue de Toul, d'à-
près les documents les plus précis et les plus dignes de foi *. Entre la chapelle de la Visitation et celle de Saint-Nicolas (précédemment de Saint- Vincent), contre le cinquième contrefort du collatéral de gauche, Timage de Jeanne d^Arc, en pierre, de grandeur naturelle, reposait sur un socle élevé d'environ trois mètres, que supportait une console scellée dans le pilier. « L'héroïne était représentée à genoux, les mains jointes dan» l'attitude de la prière, le visage tourné vers le chœur. Les longues boucles de ses cheveux descendaient sur ses épaules et sur sa cuirasse. Son casque était à ses côtés et son bras retenait le bâton d'un petit oriflamme, également en pierre, qui semblait flotter au-dessus de sa tête. L'armure était peinte en couleur de fer, le vêtement de dessous en rouge, la chevelure en jaune d'or : la tête avait une expression d'une beauté saisissante. »
Que l'on se reporte à la figure du monument d'Orléans, tel qu'il est représenté par exemple au frontispice de l'ouvrage de Jean Hordal et à celui de la Famille de Jeanne cTArCy et que Ton se demande si, en décrivant la statue de Toul, ce n'est
I. Cf, Histoire de Toul, par M. Thierry, 2 vol. in-8. Paris, Roret, 1841.
pas la description fidèle de celle d^Orléans qu^on a donnée en mémenemps.
La descriptijon de ce monument, donnée par M. JoUois, diffère de celle qui précède par quelques inexactitudes de détail.
« On ne peut, dit-il, passer sous silence le monument érigé à la mémoire de Jeanne d^ Arc, dans la cathédrale de Tout, vers la fin du xvi* siècle, par Claude Hordal, doyen de cette cathédrale et Tun des descendants en ligne féminine de Pierre d'Arc, dit le chevalier du Lys^ troisième frère de la Pucelle. Je me suis rendu à Toul exprès pour m'assurer si ce monument avait échappé aux fureurs révolutionnaires. Mais j^ai bientôt acquis la certitude qu*il avait été détruit, ainsi que beaucoup d^autres qui faisaient Tornement de la cathédrale de Toul. Le description que je vais en donner est le résultat de renseignements recueillis auprès de nombre de personnes du pays qui ont bien conservé le souvenir de ce monument, pour ravoir vu souvent pendant leur jeunesse.
« Il consistait en une statue agenouillée, d'un mètre un tiers à peu près de hauteur (4 pieds). Elle était placée dans Fallée latérale de gauche, en entrant dans la cathédrale, et soutenue à plus de
trois mètres (9 pieds) de hauteur, par une espèce de console scellée dans un pilier qui porte la voûte de la chapelle Saint-Nicolas. La console n'existe plus aujourd'hui, mais on voit encore la rainure de .scellement qui est pratiquée dans ce pilier sur une hauteur verticale d'un mètre, une largeur de huit centimètres, et une profondeur de cinq centimètres. L'héroïne était représentée à genoux, tenant à la main droite une épée nue, la pointe en haut; elle avait la main gauche appuyée sur la poitrine; la guerrière était couverte d'une armure complète, sans casque toutefois; sa chevelure flottait sur ses épaules et descendait très bas. Elle était peinte en jaune d'or. La cuirasse dont son corps était revêtu était d^une couleur qui imitait le fer ou l'acier; les bras, les cuisses et les jambes étaient couverts de lames de fer de la même couleur que la cuirasse; les vêtements qui paraissaient sous l'armure étaient de couleur rouge. Cette statue avait la tête d'une beauté remarquable, elle était de proportions colossales ; en la renversant on Ta jetée sur une tombe où elle a été brisée *, »
Pendant deux cents ans et plus, cette image fut
I . Jollois. Histoire de Jeanne d*Arc, Extrait de la note <i, p. 179.
entourée de vénération dans la cathédrale, où chaque année on célébrait, en Phonneur de la Pucelle, un service funèbre fondé par Claude Hordal. Elle succomba en 1793 sous les coups* d^une fureur sauvage, avec les innombrables statues qui décoraient ce superbe édifice, dans le même temps que la municipalité d*Orléans livrait au creuset, pour en faire un canon, la précieuse statue qui lui avait servi de modèle! Il est question de rétablir une nouvelle effigie de Jeanne d^Arc à la place que celle-là occupait dans la cathédrale deToul : belle et bonne pensée à laquelle tout le monde devra applaudir.
Voyons maintenant quel lien pouvait unir la statue de Toul à celle qui orne la maison de Domremy, conformément à Tinvariable tradition que nous avons constatée. Il ne nous paraît pas difficile de l'établir.
Une commune piété envers la sainte Vierge et envers Jeanne d'Arc était traditionnelle dans la famille Hordal. Les principaux de ses membres, pour la plupart dignitaires ecclésiastiques, se signalaient à Fenvi par des fondations reli* gieuses. C'était à Claude Hordal qu'était due la statue de Toul; son neveu, Etienne Hordal, comme lui grand-doyen du chapitre de cette ville.
SUR JEANNE d'ÂRC. 25
voulut à son tour honorer la mémoire de sa glorieuse parente, mais cette fois aux lieux mêmes où elle avait vécu.
Une antique chapelle, déjà ruinée, paraît-il, dès le temps de Théroîne, s^élevait à peu de distance du bois Chesnu et de la fontaine de la Pucelle^ tout près du hêtre mystérieux si connu sous le nom d'arbre des fées. Cet arbre, d^une antiquité et d^une grandeur exceptionnelles, étendait ses larges branches jusqu^à terre^ où elles formaient de véritables voûtes de verdure impénétrables aux rayons du soleil.
Cette chapelle, que l'on appelait Termitage Sainte-Marie, avait été, suivant la tradition, construite par un membre de la noble famille de Bourlémont, dont le château historique, avec ses tours et ses créneaux, fait encore une si magnifique figure sur les coteaux de la rive gauche de la Meuse.
On peut croire, avec M. l'abbé Bourgaut ', que sa construction et l'établissement de Fermitage qui y fut joint n'avaient eu d'autre but, conformément aux usages invariables de PÉglise, que de remplacer par un culte béni les idées supersti-