III. Pierre, marchand à Airvault en
Observons simplement que les noms que nous venons de citer ne se rencontrent dans aucune des pièces qui ont servi à établir la généalogie que nous donnerons plus loin. Que nous n'avons retrouvé nulle part, notamment, les domaines du Pas du Cygne et de la Motte aux Fées. Les dictionnaires topographiques de la Vienne et des Deux-Sèvres, dus aux travaux de deux savants éminents, M. Rédet pour l'un, et M. Bélisaire Ledain pour l'autre, ne les mentionnent pas. De ce fait, la preuve de la non existence de ces lieux n'est sans doute pas péremptoire car, quelque complets qu'ils puissent être, de pareils travaux donnent lieu à bien des omissions. Déplus, il existe sur la Dive, à quelque distance de Saint- Jouin, un gué appelé « le Gué du Cygne ». Ce nom présente une grande analogie avec « le Pas du Cygne ».
Observons encore, néanmoins, que Benjamin Fillon qualifie Helenus Arouet, bisaïeul de Voltaire, sr du Pas du Cygne, et François Arouet, aïeul du philosophe, sr de la Motte aux Fées, et que dans les nombreuses pièces que nous avons eues sous les yeux ces personnages n'ont jamais usé de ces qualifications terriennes.
L'auteur des « Lettres à M. de Montaiglon >>, après avoir ébauché les trois premiers degrés d'une filiation des Arouet — plus que sujette à caution, nous le répétons — présente enfin un personnage dont l'existence est bien authentiquement démontrée : Helenus Arouet, marchand tanneur à Saint- Loup, bisaïeul de Voltaire.
Benjamin Fillon, pour rattacher Helenus aux Arouet précédents, nous affirme qu'il est cousin-germain de Pierre (IIIe degré de la première filiation), marchand à Airvault en 1586, et qu'il se trouve par conséquent petit-fils d'Helenus I, marchand tanneur à Saint-Jouin en 1523. Suivant sa méthode habituelle, Fillon n'apporte aucune référence à l'appui de son affirmation plus que douteuse.
L'auteur vendéen n'a connu que l'un des deux mariages d'Helenus Arouet, cinq seulement des sept enfants qui se partagèrent la succession dudit Helenus. Notons qu'il qualifie l'un de ces enfants, Jean, sr de Villeneuve, alors qu'il a
toujours porté le surnom de sr de la Massonnerie (1) : motif de plus pour nous méfier des seigneuries du Pas du Cygne et de la Motte aux Fées.
Enfin Benjamin Fillon a lu la plate tombe de la famille Arouet, dont nous parlerons plus loin, avec l'imagination dont il semble avoir fait preuve dans la mise en œuvre des pièces originales qu'il eut sous les yeux. Il a cru déchiffrer sur cette pierre, d'ailleurs en fort mauvais état, la date de 1621 comme étant celle de la mort de Jacquette Marcheton, seconde femme d'Helenus Arouet. Jacquette Marcheton paraît en plusieurs pièces après cette année 1621, notamment le 4 octobre 1625 et en trois actes passés en mai 1632 (2).
De ce qui précède on voudra bien conclure que les origines de la famille Arouet n'ont pas été établies jusqu'à présent d'une manière indiscutable. A notre époque, où l'on cherche à juste titre à connaître très exactement tout ce qui tient de près ou de loin à la personnalité des grands hommes, Voltaire, dont l'influence fut si considérable sur le bouleversement qui détruisit la vieille société française, mérite à ce titre qu'on s'intéresse tout spécialement à ses origines familiales et sociales.
(i) La Massonnerie semble, d'après le Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres de B. Ledain, devoir être identifiée avec la ferme actuelle de la Masurie, commune de Breuil-Cha lissée. Elle relevait de Bressuire.
(2) Minutes d"Arouet, notaire à Saint-Loup.