SCENE IX
GA1LLARDÎN , ADÈLE , une lettre à la main.
ADÈLE
En vérité, voilà bien l'aventure la plus étrange... et la plus impertinente!...
gaillardin , composant.
« L'amour renverse les obstacles...»
Diable de rime !... il paraît que j'aurai du mal... avec les obstacles !. ..
ADÈLE
Ah ! monsieur Gaillardin. .. je vous trouve à propos...
GAILLARDIN.
Pardon , mademoiselle... je suis en train de vous préparer une surprise...
ADELE.
Ce sera donc la seconde de la journée... car on m'en a déjà fait une. . . Si vous saviez ce qui vient de m'arriver...
Quelque cadeau , quelque galanterie de notre ami Brémont? Ça ne m'étonne pas de sa part... un futur époux!
ADÈLE
Non, cela ne vient pas de lui et je vous avoue même que , par égard pour son repos , je désire qu'il n'en soit pas instruit. Mais j'ai besoin de conseils. . . vous êtes son ami, le nôtre, et je ne puis mieux m'adresser.
GAILLARDIN.
Bien flatté, assurément... De quoi s'agit-il?
adèle, souriant.
D'une chose vraiment risibîe d'une déclaration d'amour, que je viens de recevoir.
gaillardin, jouant l'indignation.
Que m'apprenez-vous là?... Une déclaration!... à vous, la future de mon ami!... Je voudrais bien savoir quel est l'insolent?.:.
ADÈLE
Je suis dans le même embarras que vous... Je ne puis deviner, car il n'a pas signé sa lettre.
GAILLARDIN.
Ah ! c'est une lettre.
ADÈLE
J'en étais d'abord fort irritée... mais, en y réfléchissant, je crois que le parti le plus sage est d'en rire... Tenez...
( Elle lui montre la lettre.) GAILLARDIN, Usant.
Permettez, permettez... Vous traitez cela bien légère-
ment. (Il regarde l'écriture. ) Que vois -je?... Ah! grand Dieu !. . . l'écriture de mon neveu !
adÈle, étonnée.
Votre neveu ?... Quoi! M. Eugène ?...
GAILLARDIN.
Je suis confondu, anéanti.
ADÈLE
Mais êtes-vous bien certain ?
GAILLARDIN.
Oh! je reconnais son expédiée, fruit de la Méthode américaine, en vingt- une leçons. Permettez- moi d'en prendre connaissance. (Il lit bas.) Pas mal, pas trop mal... A sa place , seulement, j'y aurais mis un peu plus d'obscurité... de romantique... (Haut.) Et qui vous a remis cette lettre?
ADÈLE
Je ne sais je m'y perds... Mais vous conviendrez ,
monsieur Gaillardin, que, malgré le style fort respectueux, cette conduite est blâmable.
gaillardin, s' emportant.
C'est-à-dire , Mademoiselle, que c'est l'action la plus coupable, la plus... Je vais prévenir Brémont.
adèle, l'arrêtant.
Et moi, je vous prie de n'en rien faire. Avec son caractère défiant, il n'en faudrait pas davantage pour détruire sa tranquillité, son bonheur. D'ailleurs , votre neveu est si jeune !. . C'est un enfantillage, qui sera sans conséquence.
Chargez-vous, seulement, de lui faire sentir sa faute
grondez-le un peu , et il se repentira. Mais , de grâce , que cela ne vienne point aux oreilles de votre ami !
GAILLARDIN.
[A part.) Peste! ce n'est pas là mon compte. ( Voyant Bremont qui entre , un journal d la main. ) C'est le ciel qui
me l'envoie. ( Haut, et feignant une grande colère.) Si je le gronderai !.. Ah! ah! je vous en réponds... Trahir ainsi les devoirs de l'amitié, de l'hospitalité!... c'est abominable!...
adèle , apercevant Brémont.
Ciel! M. Brémont. [Bas.) Calmez-vous, Monsieur, et rendez-moi cette lettre.
gaillardin , criant plus fort.
Non , Mademoiselle. . . je veux le confondre et lui apprendre à taire des déclarations à la femme de mon ami.
bp.émont, d part.
Qu'est-ce que j'entends-là!
adÈle , bas.
Mais, Monsieur, taisez-vous donc!. .
gaillardin , feignant de ne pas entendre.
Chercher à séduire la vertu... la candeur... l'innocence.
brémont, s* avançant. Comment, morbleu!. ..
adèle, arrachant la lettre et la cachant. Ah Monsieur , vous êtes insupportable !