Tronchin, Lettres écrites de la campagne, p
père Isaac , commencèrent donc , pour cette branche de la famille Rousseau, avant la naissance même de celui en vue duquel nous étudions son histoire.
Ne négligeons pas une dernière remarque. Les enfants de Suzanne Cartier avaient le goût de la musique. Isaac Rousseau savait jouer du violon, puisqu'il a été maître de danse. Nous venons de voir ses frères David et André — à un moment où lui-même avait quitté le pays — jouer du violon chez leur père. Jean-Jacques parle des chansons de sa tante Suzanne, tandis que sa tante Théodora « aimait chanter des psaumes ». Tout cela concorde, et nous fait voir que cet intérieur de famille était comme une espèce d'îlot musical, au milieu d'une ville où le goût des beaux-arts ne faisait encore que poindre !. Dans cette maison même, point de hautes visées, ni de prétentions au grand art. On chantait pour son plaisir; en étudiant la musique, on en restait aux éléments. Des voix fraîches et justes, quelques accords d'un instrument que maniait un
1. « Il est certain que le climat de Genève n'est point favorable à la voix, et que le ^oût du chant n'y est pas si commun qu'ailleurs. >• (Jacob Vernet, Lettres critiques d'un voyageur anglais, 1766.)
amateur : rien de plus. Des simples mélodies, que sa tante modulait négligemment, et qui n'étaient pour elle qu'un gracieux passe-temps, ont bercé l'en fa née de Jean-Jacques, et lui ont appris à aimer les plaisirs de la musique et du chant.
Le moment serait venu de descendre encore d'une génération, et de passer à Isaac Rousseau; mais la vie de celui-ci est intimement liée à celle de sa femme Suzanne Bernard ; et la famille Bernard étant la famille maternelle de Jean-Jacques Rousseau, il y a lieu aussi de jeter un regard sur elle, et de nous rendre compte de son origine, des traits qui la distinguent, et de ce qui peut remonter à elle dans le caractère et la nature morale du philosophe genevois.