‹ La famille et la jeunesse de J.J. RousseauChapitre 23 sur 35 · Grenus, Glanures, Genève. 1830, p · texte numérisé non relu

Grenus, Glanures, Genève. 1830, p

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n'ajoutent que bien peu de chose à ce qu'il raconte dans les Confessions. Ils nous fournissent, par exemple, quelques renseignements sur la Tribu, qui lui louait des livres; et ce que nous pouvons recueillir ainsi concorde bien avec ce qu'il a dit d'elle.

En 1717, le Consistoire avait entendu un mari se plaindre des mauvaises lectures qu'elle faisait faire à sa femme :

Il surprit, dit-il, sa femme à avoir sur elle le livre qui a pour titre : le Jésuite en belle humeur l; et a soutenu que sa femme payait trois florins par mois à la Tribu, pour lui prêter des livres de cette espèce.

Le Consistoire ouvrit une enquête, et s'assura que ce « livre impur » ne venait pas de la boutique de la Tribu. Celle-ci soumit au pasteur Gallatin le catalogue — le catalogue complet? — de son cabinet de lecture ; et le digne ecclésiastique n'y trouva pas d'ouvrage dont la lecture dût être défendue.

Dix ans après, le Consistoire jeta de nouveau un regard sur cette loueuse de livres : c'était

1. Le Manuel du libraire, do Brunet, n'indique qu'une édition postérieure de cet ouvrage : les Jésuites et les moines en belle humeur, Cologne, Pierre Marteau, 1725, in-12.

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l'époque même où le jeune Rousseau, âgé de quatorze ans, « épuisait sa mince boutique ».

Registre du Consistoire, 13 février 1727. On a rapporté que la fille Tribu introduit chez elle des jeunes gens pendant les catéchismes et les sermons; l'avis a été de l'appeler.

20 février. M. le pasteur Léger a rapporté que la lille Tribu Tétait venue voir, et l'avait assuré qu'elle n'avait point attiré chez elle des jeunes gens pour jouer, mais pour leur vendre des livres ; qu'elle priait qu'on l'exemptât de comparaître, et qu'elle promettait de ne plus donner lieu dans la suite à ces plaintes contre elle.

Arthur Schopenhauer, à l'âge où Rousseau vivait chez le graveur Du Commun, était comme lui en apprentissage ; son père l'avait placé dans le bureau d'un négociant de Hambourg, et il y demeura plus de deux ans. Jean-Jacques et lui perdirent ainsi chez leurs patrons quelques années d'adolescence; mais leur originalité à tous deux n'a fait que gagner, par suite des circonstances qui les ont écartés pour un temps de la voie habituelle et normale des études littéraires. Quand ils les ont reprises, Schopenhauer après un court intervalle, Rousseau après quatorze ans — c'est le temps qui s'écoula entre Bossey et les Charmettes, — ils s'y remirent avec un élan que les meilleurs écoliers ne connaissent guère.

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Rousseau travailla ainsi neuf centsjours environ dans un atelier de graveur. Le maniement du burin lui donna une belle écriture * ; seul avantage qu'il ait retiré de ce long temps passé devant l'établi. Il en garda aussi quelque goût pour les jolies gravures; dans les époques où le bon état de ses finances lui permit de s'accorder quelque superflu, on le voit charger ses correspondants 2 d'enrichir le portefeuille qu'il s'était formé. On peut noter encore l'intérêt avec lequel il s'occupa, quand parut la Nouvelle Hêloise, des gravures qui accompagnent une des premières éditions. On a beaucoup de billets qu'il écrivit à ce sujet à son jeune ami Coindet3.

1. Dans les manuscrits de Rousseau, il y a deux écritures bien distinctes : l'une est menue, rapide et serrée, quand sa plume courait sur le papier; et l'autre, plus grande, large et pleine, posée et nette, quand il copiait ses brouillons. Certaines lettres offrent un type intermédiaire : il les avait écrites à tète reposée, et n'avait pas eu besoin de les recopier.

2. « Lorsqu'il parait quelques jolies estampes soit en paysages, soit en ligures, je vous serais obligé de m'en choisir quelques-unes pour augmenter mon recueil. » Lettre au libraire Duchesne, 21 août 17G3. — « J'aime extrêmement les jolies estampes; je sais que cela coûte; mais je n'en demande pas un grand nombre. Je parcours de temps en temps mon portefeuille au coin de mon feu; cela me distrait de mes maux et me console de mes misères. Je sens que je redeviens tout à fait enfant. » Lettre au même, 0 décembre 1703.

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