La plupart sont encore inédits. On sait que les éditeurs
A Bossoy, et pondant le séjour de Jean-Jacques chez son oncle Bernard, son cousin et lui avaient vécu comme deux frères. L'ami lié du jeune Abraham Bernard s'était refroidie ensuite.
Je suis persuadé, dit Rousseau, que sa mère contribua beaucoup à ce changement. Il était, lui, un garçon du haut *; moi, chétif apprenti, je n'étais plus qu'un enfant de Saint-Gervais. Il n'y avait plus entre nous d'égalité, malgré la naissance; c'était déroger que de me fréquenter.
Le présent et l'avenir pouvaient se peindre de couleurs décevantes clans l'imagination féminine de Mme Bernard, et, par reflet, dans l'esprit enfantin de Jean-Jacques. Mais le fait est que la famille Bernard, qui n'était pas noble, n'était pas môme en chemin de le devenir. Le jeune Abraham n'entra point à l'Académie, ni son père au Conseil des CG : ce qui eût constitué les préliminaires
de Rousseau ont réuni, dans sa Corresponchince générale, près de onze cents lettres; en outre, que plus de six cents, déjà publiées, sont dispersées çà et là; la part de l'inédit est peu de chose : une centaine peut-être de lettres ou de billets, sans parler de ce qui se cache encore dans quelques coins ignorés.
1. Genève est bâtie sur un coteau, et les rues qui sont au sommet étaient habitées par les familles de l'aristocratie genevoise. Le bas de la ville et le faubourg de Saint-Gervais étaient des quartiers moins sclect.
indiqués pour avancer pas à pas dans la voie des honneurs. D'ailleurs, le père et le fils partirent bientôt pour l'étranger. M. Dufour-Vernes a mis le doigt sur un point qui a échappé à Jean- Jacques : c'est que les mauvais témoignages que le graveur Du Commun a dû rendre de son apprenti, ont sans doute indisposé l'oncle et la tante Bernard.
Jean-Jacques termine le premier livre des Confessions en racontant la mésaventure qui le détermina à quitter son pays; et il fait à cette occasion un tableau idyllique de la vie qui eût été la sienne, si son oncle ne l'avait pas mis sous la garde d'un mauvais maître : « J'aurais été bon chrétien, bon citoyen, bon père de famille... ». C'est une page de roman. Il oublie les discordes qui ont désolé sa ville natale. En 1734, à vingt-deux ans, il eût été entraîné dans le tourbillon politique; et ce n'est pas tout : les luttes théologiques ne l'eussent pas laissé indifférent. Les Genevois de son temps ont publié des milliers de brochures; quelques-unes, assurément, eussent été de sa plume; son talent d'écrire se serait fait jour. Et si la littérature française eût perdu Y Emile et les Confessions, elle eût eu, je n'en doute pas, les Lettres de la Montagne, ou quelque chose d'équivalent. Elle
aurait beaucoup perdu, et Rousseau n'eût rien gagné.
C'eût été pis encore, si Jean-Jacques eût été tout uniment jusqu'au bout de son apprentissage chez Du Commun : sa nature délicate se serait de plus en plus dégradée. M. Dufour-Verncs a raison de dire : « On ne peut s'empêcher de croire, malgré Jean-Jacques lui-même, que sa fuite fut un bonheur pour lui. Qu'eût-il fait dans cette ville, oublié ou renié par ses plus proches, livré aux mauvaises compagnies? La lèpre du vice n'eût pas tardé à l'envahir, étouffant les bons germes qui étaient innés en lui. »
Rousseau entrait dans l'inconnu, au risque d'avoir le sort de son frère aîné et de mourir lamentablement on ne sait où ; mais il se dirigea vers de bons pays, la Savoie et le Piémont ; l'accueil qu'il y rencontra fut plus hospitalier qu'il n'avait droit de l'attendre.