‹ La famille et la jeunesse de J.J. RousseauChapitre 33 sur 35 · Rousseau als MusÛer, p · texte numérisé non relu

Rousseau als MusÛer, p

Suisse; et plus de vingl ans après, la tante du philosophe genevois, en répondant Le 5 décembre 1764 à Une lettre <le lui, lui écrit : « Je remercie Mlle Serre ». La bonne dame la confondait avec Thérèse Le Vasseur, qu'elle avait vue en juillet 1754, quand Rousseau revint au pays, et alla faire visite à sa vieille parente. — Jean-Jacques répondit à sa tante quelques jours après 1 ; et sans relever sa bévue , il remet Mme Goncerut dans la bonne voie en lui disant : « Recevez les remerciements et les respects de Mlle Le Vasseur ».

Jean-Jacques partit donc pour Paris au mois de décembre 1741. Un long temps s'écoula 2 jusqu'au moment où le Mercure de France, dans son numéro d'octobre 1749, lui fit connaître le programme du concours ouvert par l'Académie de Dijon, et lui ouvrit sa carrière d'écrivain. Dans cette période de sa vie, Rousseau était jeune encore ; mais les soucis et les tracas de l'existence le préoccupaient

1. M. Str-eckeisen (Œuvres et correspondance inédites de Rousseau, p. 392) a donné à cette lettre le faux millésime de 1762.

2. Rousseau a bien senti qu'il lui avait été utile de passer à Paris ces années de stage, où il cherchait encore sa voie: •< Il y a une certaine pureté de goût, écrivait-il à un de ses amis genevois, et une correction de style, qu'on n'atteint pas dans la province, quelque effort qu'on fasse pour cela ».

plus qu'en Savoie. Mme de Warens n'était pas là pour assurer le vivre et le couvert; il lui fallait s'évertuer, songer à faire son chemin : existence affairée et inquiète, qu'on se représente facilement; aujourd'hui plus que jamais, c'est celle de tant de jeunes gens venus de province !

Mais presque tous sont arrivés à Paris tout droit, en sortant de leur ville natale ; tandis que Rousseau, après avoir quitté la sienne, a passé une grande partie de sa jeunesse en d'autres endroits de la province. Quand il entra dans la capitale, il avait déjà derrière lui une longue chaîne de souvenirs. Il avait été un enfant précoce par le sentiment et l'intelligence; et c'est assez tard qu'il a fait sa trouée dans le monde littéraire, quand son premier Discours parut au mois de janvier 1751. Trente ans de vie intérieure s'étaient écoulés pour lui, quand il se révéla à ses contemporains. La durée de cette lente incubation se partage en trois parties. Jusqu'à la seizième année, Genève pesa sur lui et marqua son empreinte; ensuite, pendant un temps tranquille et long, le doux pays de Savoie et le charme féminin de Mme de Warens lui ouvrirent des horizons plus riants; à vingt-neuf ans, il entra dans le tourbillon parisien.

C'est ici que nous l'abandonnons ; mais je veux, avant de finir, parler encore une fois de Mme de Warcns.

On a beaucoup de lettres d'elle; mais ce sont des lettres d'afl'aires ou de compliments, peu intéressantes. En deux occasions seulement elle se découvre : quand elle écrit à Winzenried une lettre piquante l où elle le remet à sa place, et quand, en répondant2 à une lettre de Rousseau que nous n'avons pas, mais que nous devinons, elle lui parle aussi en femme bien née : « Ce n'est pas le coup que vous m'avez porté qui m'afflige : mais c'est la main dont il part. Si vous êtes capable de faire un moment de réflexion, vous vous direz à vous-même tout ce que je pourrais répondre ».

MM. de Montet, Metzger et Mugnier ont publié des pièces d'archives en grand nombre; et néanmoins nous ne sommes pas en mesure de nous faire une idée nette de ses affaires. Nous n'avons pas l'équivalent d'une série de bilans annuels, d'un compte de profits et pertes. On a fait passer

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