‹ La famille et le mariage chrétien [microforme]Chapitre 10 sur 41 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le contrat de mariage.

En premier lieu, le mariage est un contrat bilatéral, c'està-dire, important de la part des deux contractants, des enga- . gements mutuels, des droits et devoirs réciproques.

De plus, comme tout contrat, il se caractéris: par son objet et sa fin propres. C'est donc par l'analyse de son objet et de sa fin; que nous parviendrons à déterminer la nature distinctive du contrat de mariage.

Les contractants, dans le mariage, se donnent mutuellement l’un à l'autre, d’un don total : l'époux ne s’appartient plus ; il appartient à son épouse ; et réciproquement l'épouse ne s'appartient plus, mais elle appartient à son époux. Dans les expressions dont se servent les conjoints pour se désigner mutuellement : ‘‘mon époux, mon épouse’’, le pronom possessif exprime une profonde vérité. ‘La femme, dit saint Paul, n’a pas puissance sur :‘n propre corps, mais le mari; pareillement, le mari n'a pas puissance sur son propre corps, mais la femme’ (I, Cor., VII, 4).

Evidemment le premier, comme le plus immédiat résultat de ce don mutuel, de cette union la plus grande qui soit

sur terre, entre deux personnes humaines, c'est que les époux ne font plus qu'une seule personne morale, désignée sous le nom de société conjugale. ‘‘C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair'’ (Gen., IT, 24).

Notre-Seigneur rapportera ces paroles lorsqu'il affirmera à nouveau l'unité du mariage. A son tour, saint Paul les citera, en écrivant aux Corinthiens, pour montrer l'intimité du lien qui unit l'homme et la femme,

Néanmoins la société conjugale n'est ni la vraie, ni la principale fin du mariage: ce sont bien, sans doute, les époux qui se donnent l'un à l'autre ; mais ils ne se donnent pas pour eux-mêmes ; ils ne sont pas le but de leur union; ils se donnent pour une fin qui les dépasse l'un et l'autre, infiniment. Ils sont libres d'entrer ou de ne pas entrer dans l'état du mariage, mais une fois leur consentement donné librement ct légitimement, ils ne peuvent plus le reprendre et ils deviennent tributaires de devoirs sacrés que leur imposent Dieu et son Eglise.

Unis par l'amour le plus profond, s'entr'aidant, s’encouragement mutuellement ; mettant en commun les épreuves, comme les joies, ils ont pour première obligation de réaliser l'idéal chrétien —, de ce que la sagesse populaire appelle si justement ‘‘la vie à deux'’.

Cette obligation persiste, grave, austère et douce à la fois, autant que dure le lien conjugal, dussent-ils être privés de ce qui constitue le plus précieux trésor du foyer : une couronne d'enfants.

Mais, dans l'ordre de la Providence, la société conjugale doit se transformer en société paternelle. Le but principal ; la première et fondamentale raison d'être du mariage, c'est la famille, ce sont les enfants. Par le mariage, les parents sont constitués principe et foyer de vie humaine, au sens

intégral du mot, L'enfant en prenant place au foyer, parachève le lien conjugal, et le prolonge en dehors des parents eux-mêmes,

Par sa fécondité, le mariage couronne et complète sa signification surnaturelle de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise. Enfin, par une admirable conséquence, l'enfant consacre ces deux grandes propriétés du mariage : l’unité et l'indissolubilité.

Ce dernier point demande à être mis en lumière.

Le corps a été créé pour l'âme : et la vie corporelle doit être subordonnée à la vie de l'âme : c'est-à-dire à la vie morale et religieuse. Or pour faire éclore, et développer dans l'enfant cette vie morale, l'action commune du père et de la mère n’est pas moins nécessaire que leur union pour la procréation de la vie corporelle. Car, dans l'ordre de la Providence, cette vie morale de l'enfant doit avoir comme milieu normal, pour s'épanouir, la chaude atmosphère de deux âmes, de deux pensées, de deux cœurs entrelacés qui lui constituent un foyer fécond et bienfaisant d'où elle doit sortir forte, puissamment armée pour affronter les combats de la vie. Ceci est une vérité aussi claire qu'incontestable. Mais allons un peu plus loin.

Lorsque ce but est atteint, lorsque, selon le mot populaire si expressif, ils ont ‘élevé leur famille’ les époux peuventils considérer leur mission comme terminée? et le lien conjugal n’a-t-il plus de raison d'être?

Pour donner à cette question sa réponse vraie, complète, it faut revenir sur ce que nous avons dit plus haut, au sujet de la famille. L'enfant, même élevé, même devenu homme, n’est pas un isolé dans la vie, il est l'aboutissement d'une longue lignée ; par ses parents, il est le fils de toute une suite de générations, d’une famille en un mot, dont l'origine se perd dans le lointain du passé.

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