CHAPITRE III
Le sacrement de mariage.
Que le mariage chrétien soit un Sacrement de la Loi Nouvelle, c'est un dogme de foi défini par le Concile de Trente. Notre intention n'est pas de prouver le bien-fondé de ce dogme, mais d'en expliquer le sens exact et la portée pratique.
Or, par le seul fait, qu'il est un sacrement, le mariage chrétien contient un élément général qui lui est commun avec tous les autres sacrements de la Nouvelle Loi ; et parce qu'il est un sacrement spécial, distinct, il contient aussi un élément spécifique qui le caractérise.
C'est pourquoi, nous allons brièvement considérer le mariage chrétien, d’abord comme Sacrement, et ensuite comme tel sacrement, où sacrement distinct.
1° A l’égal de tous les autres sacrements, le mariage est un signe sensible institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour signifier et produire la grâce ; non pas que le mariage ait été institué par Notre-Seigneur, mais en ce sens que Notre-Seigneur a élevé le mariage existant, à la dignité de Sacrement, de telle sorte que partout où il y a entre baptisés, contrat de mariage, il y a par le fait même, sacrement.
* Et:ainsi le lien conjugal qui n’est pas autre chose, que le contrat à l’état permanent, devient, par le fait même, le sacrement de mariage, à l'état permanent ; en d’autres terines le sacrement de mariage persiste dans le lien conjuzal, comme le sacrement de baptême persévère dans le caractère baptismal.
D'où il suit que, seule, la puissance à qui Notre-Seigneur
a confié la garde des Sacrements, à savoir l'Eglise catholique, possède le droit de légiférer sur le mariage, pour tout ce qui regarde le lien conjugal, à savoir : pour déterrniner les conditions de validité, de légitimité, de nullité du contrat de mariage.
Mais, ce qu'il importe de bien remarquer ici, pour la pratique, c'est que le prêtre catholique, dont la présence est requise pour la validité même du mariage, n'est pas le ministre de ce sacrement : il n'en est que le témoin officiel délégué par l'Eglise.
Les vrais ministres du s:
rcrement de mariage ce sont les contractants eux-mêmes,
Or, produire ou administrer un sacrement, être ministre d'un sacrement, c'est exercer une fonction sacrée, qui relève directement du sacerdoce de Jésus-Christ lui-même. Les époux, en contractant mariage sont donc les ministres de Jésus-Christ, aussi véritablement que le prêtre à l’antel, au moment de la consécration, aa tribunal de la pénitence lorsqu'il absout, ou que l'évêque lorsqu'il administre le sacrement de l'ordre, L'action qui passe, pour ainsi dire, à travers leur consentement mutuel, le ‘‘oui’’ sacramentel, pour produire en leurs âmes le lien conjugal, c'est l'action de Jésus-Christ lui-même. Oui, époux chrétiens, c'est Jésus-Christ en personne, qui par son action directe, vivante, intime, unit vos âmes de ce lien sacré qui s'appelle le lien conjugal ; et, au moment où vous Prononcez le ‘‘oui'' sacramentel, qui doit vous unir pour la vie, vous
revêtez la personne de Jésus-Christ.
Ainsi, le lien conjugal tire sa vertu, sa force, sa puissance, son caractère sacré, de Jésus-Christ lui-même,
qui en est l'auteur principal.
Pour contracter: mariage dignement, les époux doivent
donc conformer leur volonté, leurs cœurs, leurs pensées, leurs désirs, à la volonté, au cœur, aux pensées, aux désirs de Jésus-Christ qui les unit, ils doivent vouloir contracter un mariage tel que le veut Jésus-Christ.
La mariage est une chose sainte, et il doit être traité saintement, dit le Concile de Trente.
Mais de plus, le mariage sanctifis ceux qui le reçoivent dignement : c'est-à-dire les époux bien disposés. Car tout sacrement de la Nouvelle Loi, de lui-même, produit la grâce, ou l'augmente en tous ceux qui le reçoivent dans les dispositions requises.
2 Le Mariage comme sacrement spécial. Chaque sacrement a ceci de particulier, qu'il produit dans l'âme de celui qui le reçoit, outre la grâce san-‘ifiante une grâce spéciale, conforme à sa signification et à la fin pour laquelle il a été institué: c'est la grâce sacramentelle. Ainsi, le sacrement de pénitence, donne la grâce du pardon, la force de détester le péché comme le mal souverain, et de prendre des résolutions efficaces pour l'éviter à l'avenir: le sacrement d'Eucharistie nourrit le fidèle, du corps et du sang de Jésus-Christ, afin de lui communiquer l2 vie :ême de son Sauveur ; le sacrement de l'Ordre donne aux prètres la grâce d'être de dignes ministres de Jésus-Christ, la force et le courage de tout quitter pour n'aimer que Dieu et les âmes d’un amour exclusif et passionné.
Semblablement, avec et par le sacrement de mariage, les époux chrétiens reçoivent la force nécessaire pour parcourir ensemble, sans faiblir, fidèles au devoir, à l'honneur, à Dieu, à l'Eglise, les rudes sentiers de l'existence, et pour transmettre à leurs enfants le plus précieux des héritages : celui d'une vie intégralement chrétienne.
En somme, la grâce sacramentelle suppose la grâce sanctifiante sur laquelle elle s'appuie, et dont elle spécialise et
canalise les divines énergies. Les considérations suivantes mettront en relief ce principe général.
Pour vivre une vie vraiment, pleinement humaine, deux choses sont nécessaires, et suffisent : avoir un but et prendre les moyens pour y arriver. Semblablement pour vivre une vie chrétienne, il faut avoir un but surnaturel, et prendre les moyens d'y arriver.
Le but à atteindre, doit être comme l'âme de notre vie, la raison d'être profonde de nos pensées, affections, vouloirs, désirs. Pour cela, il faut qu'il pénètre, et commande les forces vives de notre âme. Or, malgré sa richesse ct sa complexité, la vie humaine tient dans ces trois mots: connaître, aimer, agir. Sans la connaissance, on marche à l'aveugle, dans les ténèbres ; sans amour, la vie ressemble à un ressort détendu, et sans l'action, l'amour, même pur n'est qu’un sentiment vague et stérile.
A la base de la vie surnaturelle, Dieu a mis trois énergies divines qui élèvent jusqu'à Lui, ces trois formes de l'activité humaine. Ce sont les vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité.
La foi installe Dieu au sommet de l’âme, comme l'idéal souverain qui, de là, éclaire toute la vie. Etre guidé par la foi, vivre de la foi, c’est marcher toujours à la lumière de Dieu, voir tout en Lui, tout faire converger vers Eui.
A son tour, la charité place Dieu, au centre de la vie affective, comme le Bien souverainement aimé, à l’amour duquel tout autre amour doit être subordonné. Celui qui possède la foi véritable et qui sait élever son cœur au niveau de sa foi, celui-là aime Dieu par-dessus toutes choses, ct il aime son prochain comme lui-même pour l'amour de Dieu.
Enfin, l'espérance nous montre la possession de Dieu,
D Domena puiene
comme le couronnement de nos efforts, en œuvre, soutient, le bonheur infini.
L'espérance met stimule l'élan qui porte nos âmes vers
Sous l'influence et l'inspiration des vertus théologales, les vertus morales organisent et disposent les moyens à prendre pour atteindre sûrement le but.
Ainsi, la prudence, adapte les détails, les pensées, désirs, actions, ete., à la véritable fin proposée pur la foi nous fait rendre à chacun ce qui lui est dû ; de l'ordre et de l'équilibre social : la te violence des passions, des tend
; la justice c'est la vertu mpérance calme la ances de l'ordre sensible :
elle à pour but d'asséréner le ciel intérieur ; avec l'énergie que lui communique la force, le çhré obstacles que les e route.
tien surmonte tous les nnemis de son salut amoncellent sur sa Toute vie chrétienne, quelle qu'elle soit, n'a de valeur devant Dieu que si elle procède de cet ensemble merveilleux de vertus surnaturelles ; mais il est clair que leur action, souple comme les diverses conditions humaines, doit s’adapter aux différents états de vie, Cette adaptation est le fruit des grâces sacramentelles.
Orientées, canalisées, spécialisées par la grâce du mariage, les vertus chrétiennes, théologales et morales, s'emparent de la*vie conjugale, de la vie familiale, l'imprégnent tout entière d’idéal surnaturel, font des époux des modèles et des propagateurs de vie chrétienne.
Sanctifiés par le sacrement de mariage, les époux chrétiens éclairent leur vie de l'esprit de foi, prennent conscience de leur mission sublime : qui est de représenter et faire rayonner l'union ct la fécondité du couple surnaturel constitué par Jésus-Christ et son Eglise ; ils s'aiment en Dieu et pour Dieu ; le regard fixé vers le ciel, objet de leur suprême espoir, ils remplissent indéfectiblement tous leurs devoirs :
à leur foyer, règnent la prudence chrétienne, la chasteté conjugale, la patience, la résignation dans les épreuves, la douceur, le support mutuel, la tempérance et par-dessus tout la vraie et solide piété, Soutenus, éclairés, fortifiés par les grâces du mariage, les parents chrétiens savent considérer leurs enfants à la lumière de la foi, comme des trésors précieux dont ils ont lu garde au nom de Dieu et de l'Eglise : ils les aiment en. Dieu ct pour Dieu, n'ayant pas de plus grande ambition que de former en eux l'image de Jésus- Christ.
Enfin, le sacrement de mariage, demeurant à l'état permanent, dans le lien conjugal, les époux, les parents chrétiens peuvent aller, aux différentes sources de la vie surnaturelles : sacrements de Pénitence, d'Eucharistie, prières, assistance au saint sacrifice de la messe, bonnes œuvres, sacrifices, actes de charité, de pénitence, de mortification, etc., faire revivre, alimenter, accentuer, augmenter en eux les grâces spéciales du sacrement de mariage.