SL LA NATURE DU DEVOIR
Aux yeux du simple sens commun, le devoir implique
| | -+ | nécessairement les conditions suivantes : c'est d'abord une | pourrait faire, ou que l'on fait, mais que l'on ne doit pas,
limite du pouroir: il y a des choses que l'on peut, que l'on que l'on ne devrait pas faire. C'est encore une limite du vouloir, et conséquemment de la liberté : il y a des choses que l'on voudrait faire que l'on aimerait à faire, mais que l'on ne doit pas faire, comme, par contre, il y à les choses que l'on n'aime pas à faire, et que cependant l'on doit faire.
Le devoir implique une obligation: et cette of ou est supérieure à la volonté, puisqu'elle s'impose à elle.
Cette notion du devoir, si élémentaire qu'elle puisse pa-
raitre, doit servir de base à toute philosophie on science approfondie du devoir.
Restreint à ce point de vue général et abstrait, le devoir est aussi profond que la nature humaine, anssi universel
que l'histoire de l'humanité. La vie morale individuelle, comme la vie sociale, est tout entière basée sur l'accomplissement du devoir, le respect ou la revendication des droits. La science morale peut équivalemment être appelée la science des droits et des devoirs. Bien plus, en définitive, pour l'homme, ce sont les devoirs essentiels envers Dicu qui
constituent en quelque sorte la base fondamentale de tons M les droits.
Le devoir est ainsi la mesure vraie de la vie morale. -\ Néanmoins, le devoir, par lui-même, et la loi qui l'impose ne sont pas un but, mais un moyen nécessaire de réaliser un idéal, d'atteindre une fin, de conquérir le vrai bonheur.
C'est donc en fonction de cette fin, de cet idéal, de ce bonheur, qu'i faut considérer le devoir, pour en avoir une idée exacte,
Or, rien ne saurait s'imposer à notre volonté, à notre liberté, en dehors des conditions suivantes :
1° Il faut que ce qui s'impose à la volonté, lui soit supépérieur. La volonté ne peut être contrainte, ou obligée de courber son libre arbitre que devant quelque chose, ou quelqu'un qui soit pour elle plus que la liberté même ; qui fasse Pour ainsi dire, partie du but pour lequel la liberté a été donné: à l’homme ; en d’auties termes, de la raison d'être de la liberté même.
2 D'autre part, on ne peut rien imposer à la volonté, sinon dans le sens de son acte essentiel : vouloir. Or le vouloir est un acte vital, un acte immanent, qui procède du fond même de la volonté : il ne saurait venir du dehors, on ne peut imposer à la volonté un vouloir tout fait d'avance comme on impose un habit même fait sur mesure.
Ces deux conditions se rencont:ent nécessairement dans ce premier et fondamental élan de l'âme vers le bien, vers le bonheur : ron pas un bien quelconque, un bonheur hypothétique, mais le bien sans mélange, le bonheur sans condition, c'est-à-dire, le bonheur plein, dans toute la force du mot. Cet élan sort des entrailles mêmes de la volonté, et il s'adresse à quelque chose de plus élevé que la vie, puisqu'il doit être le but de la vie: à quelque chose de plus grand que la volonté, puisqu'il doit mettre le comble à ses aspirations les plus profondes, les plus larges, les plus nobles. Ce quelque chose de plus large que la pensée, de plus grand que le désir, de plus élevé que toutes les aspirations, de plus incorruptible que l'esprit, doit posséder comme en propre, l'infinité et l'éternité; car le regard et le désir de l’âme va jusqu’à l'infini, jusqu'à l'éternel, Ce premier vouloir,
ce premier élan de la volonté vers le bien, ouvre la série de tous les vouloirs, c'est le premier anneau de cette chaîne mystérieuse qui, en se déroulant, constitue le développement de la vie morale,
Bien plus, la vertu de ce premier élan, persévère à la base de tous les vouloirs, de toutes les tendances, de toutes les aspirations. La volonté ne se porte vers tel ou tel bien particulier que parce que le mouvement foncier de sa nature l'entraine vers le bien en général. Ce qu'elle cherche dans tel ou tel objet bon, où apparemment tel rest le bien sans épithète, La règle de la volonté c'est ic le bien : et rien ne peut s'imposer à la volonté qu'a m du Bien.
Si, de l'abstrait, nous Passons au concret, en tenant compte de la hiérarchie des biens, il faudra dire : le Souverain bien est la règle souveraine de la volonté. Soureraine : c'est-à-dire au-delà de laquelle il n‘y en a pas d'autre, et à laquelle se ramènent toutes les autres.
Ainsi, toute règle, toute autorité, tout devoir et tout droit, prend sa source dans le Souverain Bien, c'est-à-dire en Dieu ; et cela tant pour la société que pour l'individu, Nulle vie morale quelle qu'elle soit, ne saurait avoir d'autre raison d'être suprême, que Dieu, le seul vrai Bien Souverain.
Nous arrivons à la même conclusion, en considérant ce besoin du bien, du bonheur, non plus dans son terme, mais dans son origine. D'où peut venir à l’homme cet appétit du bien sans limite, ce besoin du bonheur sans condition, cette aspiration vers le souverain bien? Car ils ne sauraient être à eux-mêmes leur propre raison d'être.
L'homme est créé pour le Souverain Bien, pour le bonheur sans limite, Cela suppose qu'il peut l'atteindre, qu'il
peut le posséder ; en d’autres termes, qu'il a sur lui une faculté d'emprise.
Or, l’homme de lui même, ne possède ce bien, ce bonheur, qu’à l'état de besoin profund, de vide immense, de privation actuelle qui ne deviendra possession que par l'effort subordonné à la loi même de ce Bien, de ce bonheur.
Avoir en propre, une emprise sur un objet, un droit strict sur un objet, c'est pouvoir le posséder en propre, l'avoir bien à soi, lui être au moins égal, sinon supérieur.
Or, l’Infini seul peut ainsi posséder l'infini.
Conséquemment, tout besoin de l'infini, toute loi de l'infini, toute emprise sur l'infini, dans un être créé, ne saurait être autre chose qu'une participation de la loi éternelle, de la loi infinie, de la possession toujours actuelle du Bien infini par Lui-même.
Ainsi donc, cette ntcessité foncière qui entraîne la volonté vers le bien, cette tendance fondamentale sur laquelle viennent se greffer ces premiers préceptes de la loi naturelle : il faut faire le bien, éviter le mal; il y a une règle souveraine dr. bien et du mal; il faut chercher où est le vrai bien ; il faut se conformer à la règle souveraine du bien et du mal, cte., etc., tous ces préceptes qui éclosent, pour ainsi dire spontanément dans la conscience, au contact de la vie, et qui constituent les grandes lignes de la loi naturelle, ont été comme imprimés par Dieu, dans la conscience : sont un effet, un écho de la loi éternelle.
D'où il suit que obéir à la loi naturelle, c’est, en fait, obéir à Dieu. Et de même que la loi naturelle doit être comme le substratum général de toutes les lois positives, ainsi l’autorité divine est à la base de toute autorité légitime. Tel est le seul véritable fondement du devoir. Nous aurons d’ailleurs l’occasion d'y revenir.
Pour le moment, nous voulons simplement indiquer la portée de cette expression : connaître son devuir.
Or, cela suppose : 1° que parmi toutes ces tendances, tous ces penchants, qui se partagent l'activité de l'âme, on a su distinguer la tendance supérieure vers le bien proprement dit; qu'on a su hiérarchiser toutes ces tendances diverses pour les subordonner au même idéal.
Cela suppose : 2° que l'on a su découvrir le vrai bien : que l'on à vu comment il est la règle souveraine de la vie : comment tous les détails de la vie individuelle, aussi bien que de la vie sociale doivent lui être subordonnés.
C'est là un objet difficile, à cause de son élévation même et de son universalité : mais bien plus encore, en raison des conditions de notre connaissance ; ce qui nous amène à considérer la deuxième source de difficultés, indiquée plus haut.
$ IT. -— DiFFICULTÉS PROVENANT DES CONDITION: