‹ La famille et le mariage chrétien [microforme]Chapitre 20 sur 41 · DE NOTRE CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

DE NOTRE CONNAISSANCE

Nous les résumons ainsi :

De ce que l'âme est essentiellement unie au corps pour ne faire qu'un seul tout, une seule nature, aucune de nos actions, aucune de nos pensées, aucun de nos vouloirs n'est indépendant des conditions corporelles. Notre connaissance, même le plus élevée, des choses les plus immatérielles, est intimement liée aux conditions de la sensibilité, ou de l'activité sensible, Et cela, à plusieurs points de vue :

1° Tout d'abord, en ce sens que, un certain équilibre des conditions physiques, physiologiques de la gensibilité, est nécessaire pour le fonctionnement normal de nos facultés supérieures.

2° En ce sens que toutes nos activités, procédant du même fonds qui est limité, un excès d'activité dans une certaine

direction, empéchera les autres énergies, d'agir avec une intensité normale dans une direction différente, Et cela, méme pour des énergies très distantes. Ainsi, une digestion laborieuse paralyse l'effort de la pensée ; à son tour l'effort cérébral, requis pour un travail intellectuel intense, ralentit, affaiblit et appauvrit le fonctionnement de la vie végétative.

3° En ce sens que toutes nos connaissances, provenant des objets sensibles, avec lesquels nous prenons contact par le ministère des sens, toutes nos pensées, nos conceptions méme les plus hautes et les plus complexes, nos spéculations les plus scientifiques, pour être et demeurer objectives, doivent s'appuyer sur la réalité sensible, rester en contact avec elle. Ainsi, le développement de la pensée, dépend, en grande partie de la vertu de pénétration, et de l'éducation des sens, en particulier des sens internes, l'imagination, la mémoire, etc.....

4° Enfin — et surtout — lorsqu'il s'agit d'objets qui concernent d'une façon plus immédiate notre bien-être, nos inclinations, nos penchants, nos aspirations, ou simplement nos manières de voir et nos habitudes ; et que nous devons apprécier, précisément dans la mesure où ils sont pour nous des biens, ou des dangers; et que dans cette appréciation, l’un des termes que nous devons juger, c'est nous-mêmes, avec ce qu'il y a en nous de plus intime, de plus vivant, de plus nous-mêmes, pour ainsi dire ; il est manifeste que notre psychologie, c'est-à-dire, nos manières de voir, de sentir, notre impressionabilité, nos habitudes, etc., pourront avoir sur les jugements pratiques de notre conscience, une influence considérable et souvent prépondérante.

De ces considérations nous devons conclure : tout ce qui tend à briser l'équilibre de la sensibilité, jette par le fait même le trouble ct le désaroi dans les facultés supérieures. De même que le corps, miné par la fièvre, ne saurait dis-

cerner la saveur des aliments, ainsi, l'intelligence pratique, la conscience, submergée par le péché, par le feu des jassions, l'intempérance, la sensualité + vice impur, ete., perd pour ainsi dire le sens moral, le go: du vrai, du bien, la liberté du discernement, nécessaire pour apprécier l'idéal, l'honneur, ie devoir, etc. 4

L'intempérant, le sensuel, l'ivrogne, le libertin, etce., semblent incapables de saisir la saveur morale du sacrifice, de l'abnégation, du renoncement, de la chasteté, de l'amour de Dieu, du dévouement désintéressé à l'égard du prochain. Chez eux, le sens moral est oblitéré, la conscience morale est faussée, Le seul critère du bien et du mal, pour sux, c'est l'intérèt de leurs plaisirs, de leurs jouissance, de leur

k égoïsme. Ils sont incapables de s'élever au-dessus d'euxmêmes, et conséquemment d'atteindre un idéal quelconque.

Dans la nature déchue, il y a un fonds de mauvais instincts, de basscsse, de brutalité, toujours prêt à se réveiller au souffle des passions, et qui, une fois débridé, ravage et dessèche les sources profondes de la vie morale.

Ainsi, voyez l'ivrogne. Tout cède devant sa passion. Lorsque le grossier appétit de la boisson forte s'empare de lui, il n'y a aucune considération pour l'arrêter : sa propre santé, les larmes, les souffrances de sa famille, de sa femme, de ses enfants qui meurent de faim: il sacrifie tout à sa passion maudite.

Une fois sous l'influence de le boisson, tous ses mauvais instincts se réveillent. Il faut qu'il blasphème, qu'il maudisse, qu'il profère des paroles obscènes : une sorte de rage s'empare de lui; il faut qu'il brise quelque chose, qu'il frappe quelqu'un ; qu'il assouvisse brutalement les nlus grossières passions. C'est une bête sauvage qu'on ne peut plus brider.

L'ivrogne est abruti, hébété : les vapeurs de l'alcool ont

du

obscurei son cerveau, coténébré sa conscience : € est à peine un être humain, tellement il semble n'être guidé que par les instincts de la bête.

Supposez que cet homme soit à la tête d'une famille et figurez-vous les tourments de sa femme et de ses enfants ! Cependant l'ivrognerie n'est qu'une forme brutale de lalcoolisme.

Or l'alcoolisme est d'autant plus dangereux qu'il s'insinue d'une manière sournoise et ne développe ses effets que par une progression imperceptible, dans les commence

Si les turpitudes, les hontes, la dégradation physique et morale de l'ivrogne

manifestaient dès le début, dans toute leur brutalité, peut-être plusieurs seraient-ils arrêtés sur la pente du vice.

Mais un perfide sophisme lui sert de voile, On ne boit que quelques verres de temps en temps: même des mères de famille imprudentes donnent à leurs enfants des ‘remèdes ou des toniques à base d'alcool ; des amis se rencontrent, se rendent visite: on prend quelques verres pour se saluer : avant les repas, on prend le coup d'appétit ; après les repas. le coup de la digestion, ete., on ne prête pas attention à la légère paralysie de cerveau qui s'ensuit, au sommeil anor mal que cela provoque. Pour se rassurer, l'on compare ces symptômes benins en apparence, avec les descriptions que l'on a lues ou entendues de l'alcoolisme arrivé à l'état aigu, et l'on se dit: ‘‘évidemment, il n'y a rien de l'al- ‘‘coolisme, dans mon cas : c'est l'abus de l'alcool qui produit ‘de tels effets, mais il ne saurait y avoir de danger dans ‘un usage modéré.”

Et le sophism: s'infiltre dans l'esprit en même temps que l'alcool dans les tissus vitaux. On continue, à doses plus fortes, l'usage de l'alcool, en se répétant qu'on n ‘en abuse pas : les symptômes s’aggravent, mais on ne s’en in-

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quiète pas ; on les attribne à d'autres causes

: indispositions, excès de fatigue, manque d'exercice, surmenuge, etc., etc. À mesure qu'il progresse, l'alcoolisme enlève à sa victime

la conscience du danger, et peu à peu conduit à la déchéance finale.

C'est bien là, en raccourci, l'histoire de la presque totalité des alcooliques et des ivrognes,

La vérité,

, Mais fatalement, la

en cette matière, c'est que l'usage lui-même, renouvelé, est un excès, parce que, dès le début, il contient tous les germes de la dégradation physique ct morale qui se rencontrent chez les alcooliques avancés.

Avec l'ivrogne, le libertin, Chez lui, ce n'est peut-être pas l'appétit de l'alcool qui domine, mais le vice honteux. Semblable à l'enfant prodigue, avant son repent':, réduit au pire état de déchéance, il nourrit son imagir cœur, son esprit, ses désirs, le meilleur de sa se, de ce qui est bien figuré, dans la parabole évangélique, par la nourriture des pourceaux : il se complait dans la pourriture, dans une atmosphère fétide dont il ge sature, et ses poumons ne peuvent plus supporter l'air pur.

on, son

Chez lui, le sens moral est perverti, au point qu'il ne peut même pas se rendre compte de son abjection.

Evidemment, chez lui, non plus, on ne saurait trouver l'intelligence et la conscience du devoir, du renoncement, du sacrifice ; son âme est trop basse pour s'élever à la hauteur d'un idéal quelconque. Û

Demandez-vous, ce que peut être le sacrement de mariage

aux yeux d'un libertin ; ce que doit souffrire de honte et de

tourments intimes, une famille qui a pour chef un libertin, un débauché,

Pas plus que l'alcoolisme ou l’ivrognerie,

le libertinage cu la débauche ne découvre

ses ignominieux effets, dès le

commencement, On s'habitue, dès l'enfance, à des plaisanteries grossères , à des chansons équivoques ou grivoises, à des spectacles troublants, à des fréquentations, des familiarités où l’on blesse les lois de la modestie chrétienne ; à l'intérieur même du foyer, dans les visites que la famille reçoit, ou qu'elle rend, les enfants sont témoins de conversations, de manières d'agir, qu'ils ne comprennent pas, mais qu’un secret instinct leur montre comme contraires à la pudeur, et que leur curiosité cherche à pénétrer. Le mal s’infiltre dans ces jeunes âmes avec ces points d’interrogation. Des gravures, des images indécentes tombent sous leurs yeux ; ils en repaîssent leur vue et leur imagination. L'éveil précoce de la concupiscence les prédispose à tous les excès. Le sens moral s’affaiblit, se pervertit peu à peu : les germes du libertinage, en se développant, effacent progressivement dans celui qui en est victime, la conscience de ga dégradation.

Lorsque les passions s'allument dans une âme ainsi préparée, ce n’est pas un feu calme, bienfaisant, sous l’action duquel la vie s’épanouit ; mais c'est un violent incendie qui sème la ruine et la dévastation.

De plus, l'intelligence et la conscience du devoir, quel qu'il soit, ne peuvent se rencontrer que dans le Sanctuaire : intime de l’âme, dans ces sommets où l'on entre pour ainsi dire en communion avec le monde invisible, avec l'idéal, avec Dieu. . :

Or ce sanctuaire est fait de recueillement. Seules, les âmes capables de réflexion, d'une certaine vie intérieure, peuvent se rendre compte du devoir et surtout des fondements divins sur lesquels il repose.

Réfléchir, en effet, c'est faire un retour sur soi-même, se considérer, se juger soi-même, avec ses pensées, ses affec. tions, ses désirs, ses œuvres, d'un point de vue plus profond,

plus élevé : c'est dominer les vicissitudes de la vie, d’un point immobile ; c'est juger la surface agitée de notre âme, à la lumière d'un idéal toujours serein ; c'est juger ce qui passe, à la lumière de l'éternel qui ne passe pas ; c’est juger le courant de la vie par la source même de Ja vie. Tout cela implique nécessairement dans l'âme un certain degré d'élévation et de profondeur. .

Or, il est évident que ni chez l'ivrogne, ni chez le libertin, il ne saurait exister une place réservée, où les pensées profondes, pures, et élevées puissent avoir accès.

Mais il y a une autre cause qui est un obstacle à ce recueil. lement de l'âme, c'est l'extrême pauvreté, et la trop grande richesse.

La pauvreté qui confine à la misère, perpétuellement ac- Compagnée de l'inquiétude du pain quotidien, avec l'incertitude angoissante du lendemain, cette Pauvreté devient bientôt déprimante pour l'esprit, elle aigrit le cœur, y laisse Bermer et se développer des sentiments de jalousie, de haine et de révolte ; elle empêche l'âme de rentrer en elle-même Pour songer à ses intérêts spirituels. Pour permettre à l'homme de penser à son âme, à ses devoirs de créature raisonnable, faite pour Dieu, pour le ciel, pour une destinée éternelle, pour un bonheur divin, il faut que les préoccupations matérielles accordent quelques loisirs, ce ‘qui exige une certaine aisance, ; |

D'autre part la trop grande richesse et le luxe, surtout lors. qu'ils sont unis à loisiveté, sont un ennemi redoutable pour la vie morale. La trop grande abondance des biens terrestres .éblouit l'âme et l'empêche de porter ses regards plus haut vers les biens célestes ; et la paresse cst mauvaise conseillère : l’âme livrée à l'oisiveté est semblable à une citadelle environnée d’ennemis, où personne ne monte la garde. Là encore, il est extrêmement difficile de trouver une place

pour le recueillement, la réflexion, qu'exige l'intelligence exacte et la conscience vraie du devoir.

Tout cela constitue un danger, une menace pour la famille, dans la mesure où cela constitue un danger, une menace pour l’ordre moral.

Il est à peine besoin de faire observer que les causes qui pervertissent la conscience morale chez l’homme peuvent la pervertir également, et peut-être davantage chez la femme. Et dans ce cas le mal devient peut-être plus grave pour la famille. En un sens très vrai, la femme tient au foyer, une place plus importante que l’homme lui-même. Son influence, plus cachée, en apparence plus humble, peut être plus profonde sur l’âme et le cœur des enfants.

Il n'est pas rare de rencontrer des enfants, ayant perdu tout respect pour un père indigne, qui ont été sauvés par la vénération, le culte filial qu'a su leur inspirer une mère chrétienne.

Et l’on comprend sans peine, que l'enfant ait, au fond du cœur, le sentiment indéracinable qu'il doit plus à sa mère qu’à son père ; on comprend que le culte filial que l’on doit aux parents, renferme quelque chose de plus intime, de plus doux, de plus touchant et de plus profond, à l'égard de la mère; il est tout naturel qu'au milieu des souvenirs qui, à toutes les époques de sa vie, reportent l'homme vers son enfance, une douce figure domine, comme nimbée d’une auréole presque divine : la figure de sa mère.

C'est pourquoi, l’on peut dire, d'une manière générale que les causes, qui pervertissent, chez la femme, le sens chrétien, la conscience du devoir, sont véritablement des principes de ruines irréparables pour la famille.

$ III. — Les maux PROVENANT DU MILIEU INTELLECTUEL ET MORAL, Ë

Le milieu, tel que nous l’entendons ici, est constitué par l'ensemble des personnes, des choses, des événements, des idées, etc., parmi lesquels nous vivons et qui sont mêlés à notre vie.

Or, il est manifeste que le milieu, ainsi conçu exerce une influence toujours très grande, très souvent même prépondé.rante. C’est un courant puissant, presque irrésistible, qui entraîne tout sur son Passage. Qui donc, en politique, par exemple, ose penser autrement que son parti? Qui donc juge des événements, des choses et des personnes, autremnt que son journal habituel ? Qui donc ose braver la mode, les sentiments et les idées du jour?

De tout cela résulte une atmosphère que l'on respire malgré. soi, à laquelle on s’habitue sans même s’en douter, et contre laquelle on ne songe même pas à s'immuniser. :

Or, quelle est la valeur de cette atmosphère au point de vue de la santé de l'âme? En d’autres termes : de quelles idées, de quels sentiments, cette atmosphère est-elle composée, au point de vue moral et religieux ? .

Tout d'abord, la tendance des gouvernements modernes à peu près dans tous les Pays, surtout depuis la Réforme et ensuite la Révolution française, cherche à séparer totalement la religion de la politique, et ensuite, presque fatale. ment, la politique cherche à absorber la religion ; les gouvernements modernes veulent dominer l'Eglise, lui imposer leur joug, se servir d'elle comme d’un moyen d'action Pour arriver à leurs fins, quand ils ne peuvent pas la faire disparaître ou la réduire à l'impuissance. ;

Or, la répercussion d'un tel état de choses sur la famille, est facile à saisir, 1 Le mari, qui s'occupe de politique, considérera comme étant de bon ton, de ne pas faire profession de religion en public, strtout, pendant la semaine ; il réservera ses sentiments religieux rour l'intérieur du foyer, à supposer même qu'il garde des sentiments religieux.

Bien plus, même à la maisun, les appartements où l'on reçoit les étrangers, le salon par exemple, la salle à man- #er, ne contiendront aucun emblème religieux ; ce seront des appartements neutres; le crucifix, les images saintes, l’eau bénite, seront réservés pour la vie intime de la famille, pour les appartements où seuls, pénètrent les membres de la famille. .

Quelle impression cela doit-il nécessairement produire sur l’âme des enfants?

111 Ils finiront vite par se convaincre, que la religion, la lil piété, avec ses pratiques est chose bouue tout au olus aux |!] femmes et aux enfants, mais que l’homme fait en est affranchi, au moins dans sa vie publique.

Î En souhaitant de grandir, de devemir des hommes, ils soupirent après leur affranchissement des pratiques religieuses, comme un prisonnier soupire après sa délivrance, Et la délivrance, pour eux, c'est la libre pensée.

Mais les conséquences désastreuses de ce principe s’éten. dent bien au-delà de ces âmes d'enfants.

Il suit de ce principe, en effet :

1° que la vie de famille et la vie sociale sont absolument étrangères l’une à l’autre ;

2° que les principes sur lesquels doit être basée l'éducation de famille, ou l'éducation de l'enfant au foyer, sont absolu-

ment étrangers aux principes qui gouvernent la vie publique, la vie sociale ;

3° que, pour tout ce qui concerne la vie publique, la vie sociale, l'Etat possède le monopole des droits, des devoirs, des privilèges, de l'éducation, etc. :

4° que la religion peut être de quelque utilité aux êtres faibles, aux peuples dans l'enfance, mais qu'elle est un signe d'infériorité, d'impuissance, un vestige d'esclavage, chez les peuples arrivés à l'âge mûr de leur civilisation.

Il n'est pas nécessaire de voyager beaucoup, pour rencontrer une foule de gens qui vous disent: ‘“e crois que la religion est une’ bonne chose ; j'estime toutus les religions et leurs ministres : j'estime en particulier les prêtres catholiques, mais pour moi, je n'ai pas besoin de religion.’

Avec de telles conséque” ces, les époux, les parents ne sont plus que de simples reproducteurs, la famille n’a plus qu'un rôle inférieur : ce qu'il y avait en elle de meilleur est absorbé par l'Etat, dont elle devient un simple rouage, sans vie personnelle, Le bel idéal de la famille, n’est plus qu'un mot vide de sens. Le seul idéal qui reste, qui domine, absorbe tous les autres, c’est l'idéal de l'Etat.

De tout cela que va-t-il résulter ?

Notre-Seigneur Jésus-Christ ne règne plus sur les Sociétés, sur la vie publique des individus et des familles: son smpire sur la vie privée elle-même des familles et des individus, est considérablement amoiñdri.

L'Eglise n’a plus qu'une influence dérisoire sur les desti. nées des nations, des familles.

Or, que peut être la vie d'une famille, d’une nation, si elle n’est pas basée sur la religion, et sur Dieu. “Si le ‘Seigneur ne bâtit pas la maison, en vain travailleront ceux

‘qui la bâtissent. Si le Seigneur ne garde pas la cité, en ‘‘vain la sentinelle veille à ses portes’” (Ps. 126).

Le milieu, c'est le monde, la société immédiate des personnes parmi lesquelles nous vivons, avec leurs idées, leurs sentiments, leurs manières d'apprécier les choses, leurs ma-

. nières de concevoir la vie.

Or, daus le monde, quelle place fait-on à la religion? Quelles sont les pr‘secupations habituelles du monde? Deux seules, semble-t.il : jes affaires et les plaisirs. Et c’est tout. De quoi est-il question, dans les réunions mondaines, dans les salons où l'on reçoit, dans les soirées que l'on y donne, dans les théâtres que l’on fréquente, ete. Dans tout cela, quelle place occupe Notre-Seigneur, la sainte Eglise, la religion? Quand y est-il question de vie chrétienne, ou même

.simplement du côté sérieux de la vie, et des graves devoirs . Qu'elle impose ? ,

Le milieu! c'est le journal qu’on lit habituellement, ce sont les livres, les brochures, les ‘‘magazines’’, dans la com-

.Pagnie desquels on cherche des connaissances nouvelles, la

satisfaction de la curiosité, un agréable Passe-temps, des

émotions nouvelles plus ou moins dangereuses sinon franchement immorales.

Or, dans ce flot envahissant de littérature moderne, que

srencontre-t-on, la plupart du tenns? Comment y est pré.

sentée la vie, et surtout la religion, l’église, du moins quand on en parle? . k ‘ Les vrais journaux catholiques, les livres sérieux, qui sont de nature à faire du bien, ceux qui, de la littérature font un champ d’apostolat chrétien, trouvent à peine quelques

lecteurs, fandis que les journaux à sensation, Jes romans “passionnéls, toutes ces productions qui savent exciter et 8

tisfaire une curiosité malsaine, font des fortunes scandaleuses.

Certes, ce ne sont pas les jeunes filles avides de romans d'amour et de lectures frivoles qui comprendront plus tard leurs devoirs d'épouses et de mères de famille, Ce n'est Nas dans les journaux sportifs, ce n'est Pas dans les jour- Naux partisans à l'excès que se forment les bons pères de famille, ë

‘Tout cela obscurcit la notion de l'idéal moral, affaiblit la Conscience morale, pervertit le sens moral, parce que tout

cement. C'est Pourquoi, tout cela constitue le mal vérita. blement fondamental de tout état de vie morale,

Art. II, — AIMER SON DEVOIR.

ci, nous nous trouvons en présence des deux questions : suivantes : :

1° N'est-il Pas superflu de parler de l'amour du devoir après avoir parlé de. la conscience du devoir? Celui qui a :

ce, d’abnégation, de renoncement, toutes choses qui répu- : &nent à la nature et ne sauraient engendrer l'amour ?

Donnons une brève réponse à chacune de ces deux questions. 6

1° Il est très vrai qu'une conviction morale ne saurait

être vraie, profonde, complète, sans s'imposer au cœur, Pour une conviction de ce genre, d'ailleurs, il faut le concours des facultés affectives. Une conviction morale vraie, c'est une idée claire, forte qui est devenue un sentiment.

Il est très vrai què certains objets, certaines vérités, d'ordre moral surtout, ne peuvent être bien saisies par l'esprit, que si le cœur est à leur niveau, e‘ marche de concert avec la pensée : les considérations précédentes l'ont établi suffi. samment, ?

Si l’homme jouissait encore de l'équilibre, rompu par le péché originel, il serait naturel et normal que l'amour du devoir en suive l'intelligence : tout homme comprenant clairement son devoir en aurait l'amour. Mais ce merveilleux équilibre a été rompu, et, dans la nature déchue, le cœur éprouve et suit des attraits que la raison condamne, que la conscience réprouve.

Dès l'aurore de sa vie morale, l'enfant, par un secret instinct, guidé d’ailleurs et développé par la première éducation, est averti du mal qu'il doit éviter : il sait donc quand il fait le mal. Combien de fois, cependant, il se cache de ses parents, de ses tuteurs, de ses maîtres, pour suivre des penchants, obéir à des attraits, que, du fond de sa conscience, il réprouve! Il comprend donc son devoir, tout en étant attiré dans une direction contraire à laquelle il s'abandonne. Sa conscience et son cœur suivent deux voies opposées.

Ce qui est vrai de l'enfant, l'est également, et davantage encore de l'adulte. Interrogez votre passé : vous n’irez pas loin avant de constater que, bien souvent, le cœur vous a entraîr.e à l'encontre de votre raison et de votre conscience,

N'est-ce pas là, d’ailleurs, la définition même du péché : une pensée, un désir, un acte contraire à la loi de Dieu, connue par la conscience.’ Que ce soit un péché de malice,

ou un péché de faiblesse, on cède à un sentiment, à un en. tif que la raison et la conscience réprouvent,

que, la plupart chez un grand nombre, c'es lumière dans le

Le danger qui menace la vie morale du côté du cœur,

nes SR RS

si

c'est précisément, le laisser-aller, l'impulsivité non contréléé, dans la vie affective.

‘ Bupposez deux jeunes gens ayant vécu à peu près unique- -ment au gré de leurs caprices et de leurs impressions spontanées, jusqu'au jour où ils doivent contracter mariage. Que sera pour eux l'état de vie dans lequel ils s'engagent ?

Un caprice de plus ajouté à tous les autres. Tant que: durerera le charme de la nouveauté, tout ira bien; mais lorsque, les illusions passéés, ils se trouveront en présence de leurs défauts mutuels qu'il faudra supporter, des devoirs graves de la vie de famille, dont il faudra s'acquitter, ils se- : ront désemparés. Peut-être, à la-réflexion, ou sur les remontrances de personnes sages, se rendront-ils compte de leurs devoirs, peut-être pourront-ils en avoir une idée assez juste, mais il est bien à craindre que leur volonté impntiente de‘ toute contrainte, que leur cœur habitv’ ; obéir à ses impal-* sions spontanées, ne soient pas à la hauteur du devoir entré: vu.:. C'est la ruine de leur bonheur, et peut-être de leur: foyer.

‘Les jeunes gens qui, avec l'idée du devoir n'ont pas appris, dès leur bas âge, à en avoir l'amour, le sentiment profond, ne sauraient être plus tard, ni de bons époux, ‘ni de:bons parents. : !

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