AMOUR ET SACRIFICE
À première vue, il semblerait bien, en effet, que l'amour et:le sacrifice soient incompatibles, On ne saurait aimer la souffrance, le renoncement, la privation ; et néanmoins, c'est tout cela, le sacrifice.
Mais ce n'est là qu'une impression superficielle... L'âme humaine n’est pas un instrument de musique, simple, né
rendant qu'un son unique, ou ne vibrant qu'au contact de certains objets. A elle seule elle constitue un orchestre puissant et varié,
Dans un orchestre se trouvent réunis toute sortes d'instruments ; les instruments Pour la mélodie, les instruments d'accompagnement, les instruments aigus, les instruments graves ; lés instruments doux, et ceux qui rendent un son éclatant.
‘Les tendances et inclinations de l'âme humaine sont as-
sez multiples, assez variées Pour la faire vibrer à tous les contacts, pour lui faire rendre des harmonies célestes, comme des sons d'une musique lascive et déprimante. Le cœur peut tout aimer, il peut se donner à tout : il peut livrer passagé à un amour Pur et angélique, comme il peut devenir l'esclave des plus viles passions, Dans l'âme hümaine tous
les contraires peuvent trouver accès. Mais les contraires n'y peuvént trouver place en même temps. Pour que les tendances supérieures dominent et Souvernent, il faut nécessairement qu'il y ait renoncement aux satisfactions des ten-. dances inférieures : à savoir de la sensualité, de l'égoïsme, de la paresse etc.
Et c'est le sacrifice.
Le renoncement, tou but, mais plutôt un Pour permettre à l'âm
le sacrifice, de-
vient elle-même objet d'amour Parce qu'elle reflète en quel.
que ‘sorte la beauté de l'édifice moral, dont elle creuse dans l': me. les fondations. $
Ainsi donc, ce n'est Pas précisément le sacrifice que l’on
aime; c'est l'idéal moral, la beauté morale, la grandeur
| morale dont il est la condition indispensable, C'est per une | sorte de retour, que le sacrifice devient ensuite objet d'a. mour, - C'est d'ailleurs une loi &énérale, que la fin est aimée pour elle-même : les moyens et les conditions sont aimés dans la fin et pour la fin, ils participent à l'amour de la fin. Mais ie .acrifice est tellement ln condition de l& vie morale, qu'il ne saurait à vrai dire, y avoir de véritable amour, d'amour pur, élevé, là où il n'y a pas de sacrifice, Et l'on peut même ajouter que la mesure de l'amour est donnée par la mesure même du sacrifice, Ainsi, la mort, le sacrifice de Notre-Seigneur su: la Croix, n'est-il pas en même temps le signe et l'effet de son immense amour pour nous? Et lorsque, dans son Evangile, ce même Sauveur disait à ses disciples cette sublime parole : “la plus grande marque de l’amour, c'est dc donner sa vie Pour ceux que l'on aime'', n'a-t.il pas énoncé le vrai secret des grands cœurs et des vies vraiment fécondes ?
Art. III, — Accomertir son DEVOIR,
Lorsqu'il s'agit de vie morale, ce qui compte, par-dessus tout, c'est l'action. Les pensées les plus hautes, les senti.
ments les plus nobles sont stériles, s'ils n'aboutissent à l'action.
Pour l'équilibre de la vie humaine, il faut conformer la conduite aux sentiments, et les sentiments eux-mêmes à 1! la conscience morale qui a son tour doit s’éclairer à la lumière | de la loi divine,
Or, les mêmes raisons qui nous ont fait constater, tout à
l'heure, une distance parfois trs grande, entre l'amour du devoir ct li conscience du devoir, nous montrent une dis. tance analogue entre l'amour du devoir et son accomplisse. ment effectif.
Pour qu'un sentiment se traduise en action, il lui faut se soumettre le mécanisme des forces d'exécution,
Or, ce mécanisme, bien qu'étant subordonné à la volonté, possède cependant ses lois qui sont bien à lui; et les diffi. cultés que l'on rencontre à mettre une résolution en pratique, sont souvent bien différentes de celles qu'on rencontre à la prendre, L'éducation de l'initiative, de l'exécution, de la vie en action, se fait précisément par l'exercice, par la
Celui qui, pour l'amour de Dieu, pour suivre un idéal de vie supérieur, renonce à des affections, brise des liens qu: étaient le charme de son existence ; celui-là est un actif, il accomplit un devoir très pénible et très méritoire, Celui
croyance, une manière de vivre, pour suivre la vérité là accomplit une grande action,
La vie morale est en exercice dans Je sanctuaire intime de l'âme comme dans |”
action extérieure qui apparaît aux
yeux,
Est-il besoin d'ajouter que le grand ennemi de l'activité ainsi comprise, c'est précisément l'inertie, la peur de l'effort, la peur du sacrifice, l'inconstance, la légèreté, On ne saurait compter sur une Personne qui n’est pas habituée au sacrifice, au renoncement, à l'effort, quels que soient d'ail. leurs les sentiments qu'elle manifeste,
T<s8 jeunes gens qai sauraient s'inspir-r d'un tel principe, dans le choix qu'ils font d'un conjoint, s'assureraient Pour toute leur vie conjugale une précieuse garantie de bonheur,
IT. — D'ux poixrT ne VUE PLUS SPÉCIAL.
Les maux et désordres que nous venons de signaler, ne concernent pas un état de vie en particulier, mais tous les états de vie, d'une manière générale et constituent pour chacun un danger, une menace, un principe de dissolution.
À vrai dire, même, tout mal moral, quel qu'il soit, toute faute, toute faiblesse morale contient un principe de dissolution pour l’ordre moral ‘tout entier.
Sans doute, il faut savoir distinguer entre péché de malice et péché de faiblesse : entre une faute passagère, un oubli, et une habitude invétérée.
Mais, dans toute faute, dans toute faiblesse morale, dans tout péché, il y a un désordre essentiel qui atteint la vie morale en ses racines,
Qu'est-ce en effet qu'un péché, un désordre moral, sinon, en définitive, le triomphe, dans une âme, de l’égoïsme, de l'amour de soi, contre la loi de Dieu, contre le devoir, contre l'empire du bien? Or, lorsque l'égoïsme est victorieux sur un point, il le devie“: facilement sur tous les autres, et l'é-
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goïsme, par définition, est l'ennemi de tout sacrifice, de tout renoncement, de tout effort pénible,
C'est pourquoi, un péché, une faute morale, considérée comme un fait isolé, dans sa réalité immédiate, dans son Caractère spécifique, ne s'oppose, sans doute, qu'à une vertu spéciale, à une loi particulière, mais dans sa source profonde, il atteint l'ordre moral dans son ensemble.
Néanmoins, il reste toujours vrai que chaque état de vie, devant réaliser une perfection morale bien caractérisée, devant pour cela remplir certains devoirs bien déterminés, doit conséquemment lutter contre certains dangers, contre certains obstacles qui s'opposent plus particulièrement à l'accomplissement de ces devoirs.
C'est en ce sens que nous parlons des maux ou des dan- &ers qui menacent plus particulièrement la famille.
Quels sont ces dangers, quels sont ces maux? Pour les reconnaître ou les découvrir, il n'y a qu'à se rappeler ce que doit être la famille; car il fa-+ entendre par dangers qui menacent la famille, précisément tout ce qui l’empêche d’être ce qu'elle doit être.
Or, la famille, à elle seule constitue une quadruple société, comme il a été dit, dans la première partie de ce travail : société conjugale, société paternelle, société patriarcale, et société domestique, ou mieux société hérile.
Sans doute ces quatre sociétés, ne constituent qu’une seule et même famille ; néanmoins dans ce tout complexe, chacune revêt un caractère spécial et doit réaliser une forme particulière de la vie de famille.
Nous parlerons donc successivement des maux et des dangers qui menacent chacune de ces quatre formes de la 89. ciété familiale.
Question I. — T,A SOCIETE CONJUGALE.
La société ‘conjugale est constituée par le mariage propre. ment «lit. par ce lien sacré qui unit les époux devant Dieu, É et que seule, la mort peut briser. Dans leur vie commune, ils doivent réaliser la double loi, d'union et de subordination ou hiérarchie : loi d'union, afin de ne constituer qu'une famille, qu’une vie de famille, qu’un seul principe de vie physique et de vie morale, pour la propagation du gcnre humain, comme Jésus-Christ et son Eglise ne constituent qu'un seul principe de vie surnaturelle pour la propagation du Corps mystique de Jésus-Christ : loi de hiérarchie ou de subordination, car le mari est chef deïla femme, comme Jésus. |
Christ est le chef de son Eglise.
Nous avons longuement développé ces principes dans notre deuxième partie.
A son tour le mariage peut être considéré sous son double point de vue de contrat et de sacrement.