‹ La famille et le mariage chrétien [microforme]Chapitre 22 sur 41 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le contrat de mariage et le lien ‘conjugal.

Section I. — LA LOI D'UNION.

Le mriage, en somme, c’est la mise en commun de deux vies humaines dans toute l'étendue de ce mot ; les époux, en effet, doivent vivre ensemble, une vie où les esprits, les cœurs, les pensées, les sentiments, sont à l’unisson. Cela

ressort de la nature même du mariage, qui, étant l'union la plus parfaite, la plus complète qui se puisse rencontrer sut la terre, entre deux êtres humains, comporte un don mutuel aussi complet, aussi parfait que possible. :

Cela ressort également : 1° du but principal pour lequel le mariage a été institué : former un principe unique, indissoluble de vie humaine; et 2 de son symbolisme : signifier l'union de Jésus-Christ et de son Eglise.

Or, on ne donne que ce qi: l'on possède, ce dont on est maître; “a ne met en commun que ce qui n'est pas incompatible.

Ce n'est donc pas le simple fait de se lier mutuellement par des serments sacrés, au pied des autels, qui sera, pour les époux la garantie suffisante d'une véritable vie conjugale. Il leur faut tout un ensemble de conditions, de dispositions, qualités naturelles ou acquises, de l'ordre intelleotuel, moral, même de l’ordre matériel, qui les mette à l'abri des vicissitudes de l’amour et les garantisse contre les inconstances du cœur, en les élevant au-déssus de l'amour | même.

Mais nous entendons les protestations des nouveaux ti9riciens de la vie. ‘‘L’amour suffit à tout ; l'amour remplace ‘‘tout ; il ne saurait y avoir de mariage, de lien moral là où ‘il n'y a pas d'amour, et dès que l'amour a disparu du ‘‘cœur des époux, la vie commune n’est plus possible, et le “lien conjugal est brisé. Chacun a droit à la vie, c’est-à-dire ‘‘à la satisfaction parfaite de ses aspirations dont la plus ‘‘profonde est l’amour’’ : ‘Le droit à l'amour,’ tel est leur éternel refrain. Qu'est-ce que cela?

C'est au nom du droit à la vie, du droit à l'amour, du droit aux satisfactions du cœur, que l'on prône le divorce, et même l'union libre, sans restriction sans autre loi que le consentement mutuel. (Comne pour les sociétés animales).

” C'est au nom du droit à la vie, au bonheur, que l’on évite, üu que l’on supprimé tout ce qui gêne :. la famille -- jég énfants sont ne gêne, on n'en veut pas — les devoirs ‘oné. reux, les sacrifices! C’est au nom des droits à la vie, aû bién-être, que :le Paganisme supprimait dans la société, les bouches inutiles, les vieillards, les infirmes, et les enfants dont la vie devait être phatôt un fardeau qu'un avantage poir la cité. -

Tout cela aboutit fatalement à la barbarie, c'est-à-dire au déchaïnemrent de la brute: humaine, qui sommeille plus ou moins profpndément chez tous les hommes, RMS “Les raffinements de la civilisation, les perfectionnements des; inventions. modernes, ‘n’y peuvent rien : les passions restent toujonrs les mêmes avec leurs violences, leurs caprics, leurs. alternatives d'exaltation et. de dégoût: sous l'6: corce dure du primitif comme sous les déhors brillants du civilisé, L'un y emploiera plus de raffinement, y mettra plus de formes, l’autre plus de brutalité : mais le fond reste le même, parce qu’il dérive de la même éource. à

Or, de toutes les passions, aucune n’est plus capricieuse, aucune ‘n'est moins raisonnée que cet amour tant prôné par la littérature: moderne. Un rien le fait naître ; les sens, éblouis par de brillants dehors, auxquels d'äilleurs, l'imagination ajoute du coloris, le transportent jusqu’au paroxysnie de l'éxaltation ; puis, tout à Coup, survient une bagatelle, uné banalité, qui le fait Mourir, ou, plus souvent, le change en'haine violente. + ‘

Mais, hâtons-nous de le dire, ce n'est pas là le véritable amour, c’est au contraire du vulgaire égoïsme.

“Les gens: sérieux devraient se faire un devoir, de dénoncér au grand jour, toutes les grossièretés, les immoralités qui & cachent sons ce vocabulaire retentissant : - droit ‘à

l'amour ! droit à la vie ! droit à la satisfaction des aspirations du cœur! :

L'amour vrai, qui dilate cœur, qui cscbll la vie, qui fait accepter tous les sacrifices, tous les renoncements, qui pousse à tous les dévouements jusqu’à l'oubli total.de soi, qui domine la passion, et lui survit, lorsqu'elle est calmée ou :simplement satisfaite; cet amour-là se trouve seulement dans les âmes qni.s'élèvent au-dessus d’elles-mêmes, bien décidées à remplir leur devoir, tout me devoir, à n’importe quel prix.

En ce sens-là, oui,’ nous accordons que l'amour suffit à tout, remplace tout, qu'il est le grand ressort de la vie morale : nous accordons que les époux qui savent s'aimer de cet amour-là sont vraiment à la hauteur:de la mission sublime que Dieu a confiée à la famille. :

Mais on conçoit sans peine, qu'un sentiment de cette nature ne saurait être le produit spontané et subit de l’âme humaine : il suppose une forte et haute éducation morale.

Nous revenons ainsi à notre proposition de tout à l'heure : avec le fait de s'engager pour la vie dans les liens du mariage, il faut aux conjoints des garanties morales qui puissent en assurer l'efficacité. C’est précisément le défaut de ces garanties préalables, qui constitue une menace très grave pour la société conjugale.

Du reste, même pris avec les garanties RIRES l’engagement matrimonial n'est pas pour cela à l'abri de tout dünger. Il ne suffit pas de bien commencer, il faut encore persévérer.

En définitive, les maux qui menacent la société conjugale sont donc de deux sortes: 1° ceux qui précèdent le mariage : Fous à de préparation sérieuse à un état de vie aussi important ; 2° ceux qui vont à desserrer les liens de la vie conjugale en semant les divisions entr les époux.

Nous parlerons brièvement des uns et des autres.

Art. I. — Avaxr LE MARIAGE.

Nous pouvons facilement ranger tous ces maux èn deux catégories :

ST. — Ceux qui concernent le don mutuel que se font d'eux-mêmes les époux : à savoir :

N°1 L'intempérance des affections et l'esclavage du Cœur. Les ‘‘flirts'’, les danses, les modes, etc. N° 2 Les mariages tardifs.

$ IT. — Ceux qui concernent les éléments de la vie commune, à savoir :

N° 1 différence de religien : Les mariages mixtes, N° 2 différence de nationalité, N° 3 différence de condition sociale, *

N° 4 différence de tempérament individuel,

$ I. — Les Maux concernant le don mutuel que se font d'eux-mêmes, les époux.

N° 1 L'intempérance des affections, et l'esclavage du cœur : les flirts, etc.

Tout don vrai, et surtout, tout don de soi-même, procède du cœur, comme de sa source première.

Or, le cœur Peut donner dans la mesure où il peut aimer. Tout ce qui s'attaque donc à cette force vive du cœur qu'on appelle l'amour vrai, l'amour sain, l'amour pur, enlèvera, par le fait même au cœur, la valeur de ses dons.

Si le cœur se dilate, s'élève et s'agrandit, lorsqu'il aime au-dessus de lui-même ; par contre il s’abaisse, se rétrécit, s'amoindrit, lorsqu'il aime au-dessous de lui-même, ou que, par un égoïsme raffiné, il cherche sa propre satisfaction dans l'amour même.

Le don provenant d'un cœur ainsi évaporé, déchu, perd tout son prix.

Or, le secret d'empêcher le précieux parfum de l'amour de s'évaporer, et les trésors du cœur de se dissiper, ce secret réside avant tout dans la chasteté, cette fleur de la tempérance.

Rien n’élève et ennoblit comme cette vertu, à tel point qu'on l'appelle ‘‘la belle vertu'’ ‘‘la vertu angélique’”. Les jeunes gens qui, par leur vie déréglée, ont laissé se ternir en eux l'éclat de cette vertu, n'ont plus'que des fleurs fanées, des cœurs flétris, à offrir au jour de leur mariage. La perte de la chasteté a desséché d'avance toutes les sources de poésie où la vie conjugale trouve ses charmes les plus doux.

Or, le mal qui, aujourd’hui surtcut, enlève à l'âme des jeunes gens, sa fraîcheur, sa beauté, son amabilité, vient principalement des fréquentations dangereuses, et, en particulier de cette ridicule contrefaçon de l'amour, qu'on appelle le ‘‘flirt””.

Certes, nous ne voulons pas dire que les jeunes gens doivent ou puissent s’épouser sans se connaître ; nous admettons qu’un jeune homme, avant de choisir la compagne de sa vie, lui ait fait la cour suffisamment pour être assuré qu'il ne compromet pas son avenir, le bonheur de sa vie, en la prenant pour épouse.

Que ces fréquentations se fassent sous les yeux des perents, d’après les lois de la plus stricte convenance et de la modestie chrétienne, rien de mieux. Car, dans de telles

conditions, n'ayant d'autre but que le mariage dont elles sont comme le préambule, en quelque sorte, la préparation immédiate, elles participent à la sainteté de ce grand sacrement. :

Mais il y a loin de ces fréquentations toutes chrétiennes, à celles dont nous parlons actuellement et qu'on appelle des ‘‘flirts'”. Ici, ce n'est pas directement le mariage que l'on a en vue, mais uniquement la jouissance des satisfactions, émotions, plaisirs que procure l'amour sexuel : c'est le raffinement de la passion, mise au service d'un égoïsme à deux. Même à supposer que ce jeu de l'amour, ne conduise pas toujours et nécessairement, aux plus grossiers débordements de la passion brutale, il n'en reste pas moins excessivement dangereux et profondément immoral ; ayant pour effet essentiel de desséckr le cœur Pour toujours, et le plus souvent de lui ôter jusqu'à la faculté de goûter rien de ce qui ne se rapporte pas directement aux satisfactions égoïstes de la sensibilité.

daient au ‘“‘flirt”’ et que, ne pouvant l'y trouver toujours, ils continuent à le chercher en dehors du foyer et du devoir.

Tout ce qui, de ces affinités multiples et profondes qui attirent l’un vers l'autre les deux sexes, cherche à faire uni-

quement une source de plaisir, de jouissance égoïste, tout

cela est un danger de ruine pour la famille, en fermant l’âme des jeunes Bens aux vertus qui seules font les vrais époux et les bons Parents. Nous devons mentionner ici, d’une manière spéciale a) les danses ; b) les modes fémini.

nes, et c) la littérature moderne de l'amour, à peu près, sous toutes ses formes, É

a) Les danses.

Est-ce que, primitivement, le but de la danse était simplement, de donner au corps, au maintien, de la souplesse et de l'élégance? c'est une question que nous ne voulons pas aborder. Mais un fait incontestable, c'est que la danse moderne est certainement l'cccasion d'une promiscuité très dangereuse et très immorale.

Jamais l'on ne fera croire à qui connait tant soit peu la nature humaine, que ces attituc2s des danseurs soient inoffensives pour la vertu ; qu'elles ne laissent pas après la danse elle-même, des souvenirs, des imaginations capables de bouleverser le cœur et les sens.

Parmi ces danses, la plus immorale, la plus cyniquement mauvaise, est, sans contredit, celle que l’on désigne sous le nom de ‘‘tango’’, danse qui tend à se répandre un peu partout. S'il faut juger de cette danse par ce qu’en laissent deviner les desseins et gravures qu'on en donne; un seul mot peut la caractériser : c'est une vraie promiscuité d'animaux que l'on aurait dressés à l'élégance. Que le lecteur veuille bien nous pardonner de parler aussi vertement. Mais nous ne pouvons supporter l’idée qu'une invention aussi déshonnête s'introduise dans des pays chrétiens. Nous ne pouvons comprendre comment il se fait que des personnes, nous ne disons pas chrétiennes et bien élevées, mais simple. ment honnêtes, se permettent, et permettent à leurs enfants, de pareils spectacles.

Pour revenir à l’objet de notre travail, nous -ous demandons avec angoisse, ce que seront plus tard, dans la vie de famille, les danseurs et les danseuses de ‘‘tango’’; et il hôus semble que ce serait une véritable profanation, de poser

époux, de Parents chrétiens, sur le des danseuses de “tango”.

La première destination male et raisonpable, 1

défi au sens commun,

Serait.ce donc une idée artistique, Que cherche à réaliser la mode féminine ? Ê | Certes, nous ne nio

beaucoup d'art, dépl mode.

"8 pas que les femmes sach

ent mettre oyer beaucoup de talent à

suivre la

procure ; que l'on abandonne ensuite avec indifférence et mépris, lorsqu'à la jouissance succède l'assuuvissement ou le dégoût.

Comment serait-il possible, d'entourer de respect, d'amour profond, un être qui prostitue ainsi la pudeur en la livrant aux regards éhontés du grand public?

Sans doute, toutes les femmes qui se soumettent à la mode, celles surtout qui la subissent à regret, ou même sans réflexion, ne se rendent pas compte de l'état de déchéance auquel elle les réduit, ;

Mais enfin, d'après la grande loi psychologique de l'équi. libre, de la proportion entre le moral et le physique, surtout en ce qui concerne la tenue extérieure, les manières d'agir, de vivre, de s'habiller, il est nécessaire que l’intérieur reflète l'extérieur ; il est impossible, que, dans l'ensemble, le moral de la femme ne se ressente pas profondément de ces dévergondages de.la mode ; il est impossible que la femn:e ne finisse par se considérer fatalement comme nn ornement, un objet de frivolité et de plaisir.

Et peut-être ne serait-il pas difficile de trouver que, au fond de toutes ces nouvelles inventions de la mode, il ya une trame savamment ourdie, un but bien arrêté: flétrir dans le cœur de la jeune fille ‘chrétienne, et de la mère de famille, la fleur de la chasteté, afin de ruiner plus facilement le règne de Jésus-Christ, de l'Eglise et de la religion sur la famille, sur les individus et sur la société.

Car, une chose certaine, c'est que, chez la femme surout, la religion et la chasteté sont intimement solidaires : d'au. tre part, la femme et la jeune fille sont le cœur du foyer, et lorsque le cœur est blessé, c'est tout l'organisme qui est blessé, au centre même de sa vie. Nous serions curieux de savoir d'une manière positive, avec documents à l'appui, si

à l'origine des modes actuelles, il n'y aurait. pas une orzn< nisation secrète, antireligieuse, surtout anticatholique.

Inutile de faire observer quelle menace la mode constitue pour la famille,

Mais ce qui nous surprend douloureusement, c'est de voir que les modes les plus ridicules, les plus insensées, les plus immodestes, se Propagent avec une rapidité qui tient du prodige et règnent despotiquement sur la société tout entière, malgré les protestations ouvertes, ou les gémissements

- silencieux de toutes les personnes honnêtes,

Il serait pourtant si facile, de se soustraire à la tyrannie de la mode,

‘Que, par exemple, dans une région, ou même dans une ville, l'élite des jeunes gens s'engagent à ne fréquenter, à ne courtiser que des jeunes filles décemment vêtues : que l'élite des jeunes filles elles-mêmes, par exemple, les Congrégations d'Enfants de Marie s'engagent à se montrer irréductiblement réfractaires aux modes inconvenantes : qu'elles refusent obstinément de se lier avec les autres jeunes filles qui en sont esclaves : que les mères chrétiennes s'engagent à n'ouvrir leurs portes pour leurs soirées, qu'aux personnes convenablement vêtues: que les familles honnêtes s'entendent pour n'acheter que dans les magasins où les jeunes filles employées sont vêtues d'une manière décente, où l'on n'expose dans les vitrines ou dans les catalogues, que des modes en conformité avec la modestie chrétienne,

Le procédé est très simple. Qu'on l'essaie pendar : six mois seulement, et les modes indécentes et ridicules auront vécu.dans cette région ou cette ville.

Il.en est des modes, comme de beaucoup d'autres choses : I mal vient surtout de l'inertie des bons en présence de l'audace cynique des méchants.

Cependant il reste la question à résoudre : comment se fait-il que des modes si contraires au bon goût, aux règles les plus élémentaires de la décence, « propagent si rapidement, si universellement, même en supposant l'influence d'une organisation secrète ?

Cela provient de la décalence des mœurs, du fléchissement du sens chrétien et du sens moral. Telle est la vraie source du mal.

On a désappris la chasteté, la modestie et les vertus ou conditions qui en sont ia meilleure garantie, sinon l'unique sauvegarde.

De telle sorte que les modes indécentes peuvent tout aussi bien être appelées des signes ou des effets de dégradation morale, qu'elles peuvent en être appelées une cause.

Dans une société où la vraie morale, où la religion est en honneur, comme elle doit l'être, on n'accepterait jamais de telles inconvenances.

Evidemment cette observation ne justifie pas l'existence des modes ct n'excuse pas les malfaiteurs qui les inventent ou les propagent ; mais elle en fournit une explication.

Il en est un peu de même, d’ailleurs de tous les facteurs d’immoralité publique. Prenez, par exemple. la littérature pornographique. C'est un poison mortel pour les âmes et pour les corps ; et néanmoins, ce poison, on l'absorbe à doses fortes et fréquentes ; les auteurs font des fortunes scandaleuses.

Cette littérature : romans, théâtres, etc., fait aux âmes, un mal incalculable, ÆEh bien! comment se fait-il qu'elle exerce autant d'influence — car enfin, les livres ne se lisent pas tout seuls ; les représentations de théâtre ne se donnent pas sur les places publiques, ni gratuitement — comment se fait-il que cette littérature se propage si rapidement et si

universellement? C'est que partout on la favorise, partout | on la laisse passer, quand on ne la recherche pas avec avidité. Si les romanciers dépourvus de conscience, dont le but principal est de faire fortune, choisissent un genre aussi pervers, c'est qu'ils sont sûrs que le public leur fera bon accueil,

11 y a donc là un problème très grave d'éducation fondamentale. Les jeunes générations ont besoin de réapprendre | la chasteté, la modestie, la décence avec les moyens de préservation qu'exigent ces vertus. :

Nous en reparlerons dans la quatrième partie de ce travail.

©) La littérature et l’art moderne (romans, théâtres, vues animées, gravures, dessins, tableaux, magazines, etc.) et le mariage.

Dans tous ces produits contemporains de la pensée ou de l'imagination, comment est traité le Mariage? N'est-il pas vrai que, dans la presque totalité des romans et pièces de | théâtres, ou représentations de vues animées, le mariage | met fin à l'intérêt de l'intrigue. Ce qu'on y étale à plaisir, | avec force détails et sous-entendus, ce sont des aventures | d'amoureux. L'amour y est considéré comme le but, et |

‘ même le tout de la vie ; et dès que ces aventures amoureuses prennent fin par le mariage; en d’autres termes, dès qu’à l’amour vient s'ajouter le devoir, le livre se ferme, il est désormais dépourvu d'intérêt,

Ainsi donc, ce qui compte dans cette littérature, ce n’est pas le mariage, ce n’est pas la famille, ce n’est pas la vie réelle, avec ses devoirs, ses renoncements : c'est uniquement l’amour, avec l’ensemble de jouissances, de satisfactions, ou de déboires dont il est la source.

En un mot, l'intérêt finit là précisément où commence

la vie réelle, véritable, Et dans ces péripéties de la passion amoureuse, les sacrifices, les renoncements — car il y en à — n'ont pas d'autre objet, pas d'autre centre que l'amour lui-même, l'amour égoï:t" et sensuel, Pas de véritable idéal : aucune perspec‘ive seriense, sur les raisons profondes, les problèmes fond mentaux &e 11 ie humaine : vie individuelle, vie sociale : la fainiile, la re igion : tout l’intérêt se concentre sur l'amour.

Si d'aventure cependant, il est question de vie conjugaie, dans cette littérature, c'est pour y plaisanter les querelles de ménage, et ainsi ridiculiser le saint état du mariage,

Et sur ce point nous devons constater avec peine que même les bons journaux ne sont pas sans mériter des reproches. C'est là un procédé très dangereux, qui peut nuire beaucoup à la vie de famille. Car le ridicule est l'arme la plus redoutable pour détruire dans les cœurs le respect dû aux choses les plus saintes,

Dans les conversations du monde, il est souvent question de mariage entre jeunes gens, et même entre personnes mariées ; de quelle manière en parle-t-on le plus souvent ?...

De tout cela, il se dégage une atmosphère de sensualisme qui fait oublier et même mébpriser tout ce que l’état du mariage contient d’austère, de grand, par ses devoirs et ses responsabilités.

On cherche non plus à vivre une vie aussi grande, aussi noble que possible, mais on demande à la vie tout ce qu'elle peut offrir de jouissances, de plaisirs, de satisfactions égoïstes, et c'est en cela qu'on fait consister toute sa valeur, tout son intérêt. :

De là un grave détriment pour la famille. On en fuit les charges et les responsabilités ; lorsque le foyer n'offre plus les agréments qu'on lui demande, on le déserte ; les enfants

sont un fardeau, on n’en veut plus ; et l'on viole criminelle. ment la saintes lois du mariage.

N°2 — Les mariages tardifs.

Il est, dans l'existence humaine, un moment décisif entre tous : c'est celui où il faut faire choix d’une vocation ou d’un état de vie. A proprement parler, c'est alors que commence véritablement le voyage de la vie, c'est alors que se fixe l'avenir.

Or, l'avenir, c'est l'inconnu, avec ses imprévus, ses surprises. C'est pourquoi, celui qui entreprend ce voyage redoutable, doit non seulement être muni d'énergie, de courage, de patience, de persévérance ; mais il lui faut encore de la souplesse, de la force d'adaptation, pour se plier aux circonstances, aux personnes et aux évérements, Il lui faut pouvoir colorer d’idéal et d'espérance les banalités,le terre à terre des vicissitudes quotidiennes de l'existence, il lui faut de la confiance et de l'espoir en l’avenir.

Or, toutes ces conditions ne se rencontrent pleinement qu’au printemps de la vie, alors que le cœur, l'imagination et les facultés capables d'embellir la réalité. sont en plein épanouissement.

Plus tard, la vie aura creusé des sillons, laissé des plis dans les facultés de l'âme; le caractère aura perdu sa souplesse, sa malléabilité ; le cœur aura perdu sa poésie, il ne pourra plus aimer avec tous les charmes, et les enthousissmes de la jeunesse ; les habitudes toutes faites, la vie déjà vécue, empêcheront la plénitude du don de soi.

À un certain âge, on n'est plus à même de commencer ou de recommencer sa vie avec cet élan qui garantit le succès, et le plus souvent le bonheur.

D'autre:part, âu printemps de la vie, l'âme est débor: dante d'activité, elle a besoin d'accomplir de grandes choses :

elle se sent capable de tous les dévouements, de toutes les générosités, et c'est alors qu'elle communie le plus ardemment à l'idéal. Il est vrai que c'est aussi l’âge des passions. Mais il n'est pas. impossible, dans une âme d’adolescent, formée par une éducation foncièrement chrétienne, d’orienter ces passions vers le bien, d'en faire des ressorts puissants pour une vie noble et pure.

Si pendant cette période, le jeune homme ne rencontre pas d'objectif capable de satisfaire ses aspirations, son besoin de vivre pleinement, il gaspille et dissipe le plus pur de son cœur, de son âme, sa vie se déflore : très facilement il deviendra un désabusé, un blasé, c'est-à-dire un piupre à rien.

Ce principe, général en lui-même, s'applique, d'une manière toute spéciale au mariage. C’est entre 20 et 25 ans pour les jeunes gens ; 18 et 23 pour les jeunes filles se desti-

nant au mariage, que devrait se décider l’avenir et se fixer le choix. A cette période de leur vie, ils apportent dans le mariage, une poésie qui embaume toute leur existence, et dont le souvenir pourra plus tard renouveler un amour près de s’éteindre.

L'on peut objecter qu'à cet âge, les jeunes gens manquent de la prudence et de la réflexion nécessaires pour faire un choix judicieux et engager irrévocablement leur avenir ; que, d'autre part, le temps des passions écoulé, le choix d’un état de vie sera examiné avec plus de calme et de maturité, et ainsi laissera moins de prise à l’imprévu et aux désillusions.

Sans doute la jeunesse est sujette aux illusions. Mais il ne faut pas confondre l'illusion avec l’ardeur des affections et l’élan de l'enthousiasme. Il y a là, si l’on veut, un danger, mais aussi, une force précieuse pour la vie. Une éducation sérieuse et profondément chrétienne peut assez efficacement

prévenir le danger et maintenir ces forces vives, dans le droit chemin.

D'autre part, si un âge plus avancé laisse moins à l'imprévu — ce qui d'ailleurs, est fort discutable, dans la plupart des cas — il offre aussi à la vie, moins de ressources neuves, moins de feu, moins d'ardeur, en un mot, moins de tout cet ensemble qui donne à la vie tant de charmes, au milieu même des sacrifices; et qui est le propre de la jeunesse, c'est-à-dire de la vie en fleurs. Ur la maturité ne fait que donner sous forme de fruits ce que promettait le printemps sous forme de fleurs.

Page 1