‹ La famille et le mariage chrétien [microforme]Chapitre 24 sur 41 · VE LS · texte numérisé non relu

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db) Tous les membres de la famille, vivant presque continuellement à l'usine, se lient d’amité ou d'intérêt avec les | camarades de l’usine, passent en leur compagnie — selon | les divers groupements, frmés d’après l’âge, le sexe, le | tempérament, le plaisir, ou les a‘traits —, à peu près ,tous il leurs moments de loisir. Et il est à remarquer que, dans | | ces groupements, formés parmi les ouvriers des usines, les | membres d’une même famille, appartiennent presque toujours à des groupements différents, comme pour bien marquer le principe d'égalité que le travail de l'usine crée entre tous ses employés, et affirmer que l'enfant qui travaille, qui gagne un salaire, est maître de sa vie.

C'est donc à l'usine, et non au foyer, que les membres de la famille ouvrière se forment une mentalité générale : la mentalité de l'usine; ils partagent les sentiments, les manières de voir des camarades, ou du groupe qu'ils fréquentent habituellement. Leur esprit et leur cœur ne sont donc pas au foyer domestique, mais aux plaisirs, aux attraits

aux distractions qu'ils partagent avec leurs camarades et leurs amis de l'usine. à

Dans de telles conditions, il est évident que le logis familial ne saurait être autre chose, qu'une simple maison de pension, où les membres d’une même famille, aussi étrangers que possible les uns aux autres, malgré les liens du sang qui les unissent, viennent pour manger et pour dormir.

Nous ne parlons pas du cas, cependant assez fréquent, où les enfants, garçons, et même les filles, dès qu'ils sont en état de gagner un salaire suffisant, quittent la maison paternelle et vont se mettre en pension ailleurs, afin d’être plus libres. Quelle dégradation morale cela suppose chez ces enfants, les jeunes filles surtout! à moins toutefois qu'ils ne quittent la maison pour fuir la vie scandaleuse des parents. Tout cela, c’est la ruine de la vie de famille, la ruine de l'esprit de famille.

Et c'est un état qui dure indéfiniment en se renouvelant dans chaque foyer, à chaque génération nouvelle. Les jeunes gens ne se font pas de la famille une idée autre de ce qu'ils ont sous les yeux. A l'usine, la jeune fille n'apprend rien de ces connaissances, de ces qualités d'ordre et d'économie domestique, essentielles à toute femme, à toute mère de famille pour tenir convenablement son ménage.

Par ailleurs, l'atmosphère morale de l'usine, tue dans les âmes les germes des sentiments d'idéal, de devoir, d’amour chaste et de respect, sans lesquels la véritable vie de famille est impossible.

Il importe donc de se rendre compte de l'influence morale de l'usine, et de ses causes.

Or, l'usine se compose de trois éléments : les ouvriers, les machines, et les chefs avec le patron. Chacun de ces éléments exerce une influence considérable sur les employés.

1° L'agglomération ouvrière.

Si, du point de vue de la division du travail, les ouvriers d'une même usine, constituent un tout bien organisé, et bien discipliné, par contre, du point de vue moral et intellectuel, c'est-à-dire, du point de vue humain proprement dit, ils sont généralement une simple agglomération. Toutefois, il y a là malgré tout, un sorte d’atmosphère morale, une certaina mentalité, une certaine personnalité collective, résultant du fusionnement vague des personnalités individuelles.

Que vaut cette personnalité collective d’une agglomération ouvrière? Que vaut l'atmosphère morale de l'usine? :

En règle générale, cette atmosphère est viciée et corrompue, d'autant plus, que les sexes y vivent dans une promiscuité dangereuse, au milieu d'une agitation énervante qui finit par exaspérer la sensibilité.

Du point de vue moral, la personnalité collective ressemble un peu à la personnalité individuelle,

Un individu ne saurait avoir de valeur morale qu'en raison de son énergie, de ses efforts, de perpétuelles victoires remportées sur lui-même. Or cela suppose nécessairement que sa vie est dominée par un idéal élevé, clair, fixe, gouvernant les facultés supérieures, et réglant la conduite tout entière.

Mais qu’une âme s’abandonne, se laisse aller, qu'elle n'offre plus dans la citadelle intérieure de sa conscience et de sa volonté, une résistance opiniâtre, aux attraits du monde, aux entraînements des passions ou de ses mauvais instincts, fatalement, elle sera dominée par le vice et la corruption.

De même, une âme collective, si elle n’est pas dirigée, gouvernée, entraînée par une autorité qui la domine, et la.

conduise avec force et suavité vers un but élevé, bien clair et bien précis; en un mot, par une autorité qui soit à la fois,.en quelque sorte son intelligence, sa conscience et sa volonté, cette âme collective, n’est plus qu'une force passive, inerte, exposée à devenir la victime de tous les entraînements et de toutes les passions mauvaises. Il lui manque un principe de résistance, un principe de force et d'énergie; d'initiative personnelle.

Car, il ne faut pas se faire illusion, ces agitations continuelles des masses populaires, des agglomérations ouvrières, ne sont que la contrefaçon de la vie, de l’activité, de l'initiative ; en réalité, elles sont le fruit de l‘inertie, de la passivité morale. ;

Considérez, par exemple, les masses populaires, les masses ouvrières surtout, se révoltant pour demander la liberté. Voyez ces meneurs sans conscience, qui les agitent en persuadant à l'ouvrier qu'il n’est qu’un esclave: esclave de l’usine, esclave du patron, esclave: du salaire, esclave du travail. Quelle conception de la liberté trouve-t-on au fond de toutes ces menées, de toutes ces révoltes? la jouissance sans frein, du bien-être et des plaisirs. Et c'est pourquoi tous ces meneurs, tous ces fauteurs de grèves, et de révolutions, ont soin tout d’abord, d’éteindre dans les masses ouvrières, la lumière de la religion, de la foi et de l’espérance, qui sont le vrai frein de la liberté, afin d'y déchaîner plus facilement le désordre et l'anarchie.

De sorte que, en définitive, ces foules qu'on appelle des collectivités conscientes et libres, sont précisément celles qui sont dominées par les forces fatales et mauvaises de la nature déchue. £

Aussi les agglomérations ouvrières d:8 usines sont profondément. corrompues, et les vices qu'on y rencontre le plus fréquemment, et presque toujours ensemble, sont l’al-

coolisme, l'ivrognerie, la débauche, le libertinage, le blasphème et l'irréligion.

Or, il est clair, que chaque membre de cette agglomération dans sa vie privée, reflétera à peu près exactement l'état moral de la collectivité dont il fait partie, à moins que des influences étrangères ne viennent aire contrepoids à l'action délétère de ce milieu.

2° L'usine elle-même.

L'usine, au sens strict, et restreint de mot, comprend les bâtiments, les machines, le règlement, la division du travail ; en un mot, le fonctionnement de toutes les forces en exercice dans ce gigantesque organisme. Dans ce tout colossal, l’ouvrier individuel est à peu près comme un atome au sein d’une immensité, un rouage infinitésimal dans un mécanisme aux vastes proportions. ÆEt pourtant toute sa

vie avec celle de’ sa famille, est, pour ainsi dire suspendue à la vie de l'usine,

Quel état d'âme, cette situation produira-t-elle chez l'ouvrier ?

En premier lieu, l’ouvrier éprouve le sentiment d’être à la merci d'une force puissante, aveugle et brutale, qui le domine et l’écrase sans pitié. Il se considère comme le prolongement de la machine.

Par une conséquence toute naturelle, l'ouvrier de l’usine perd conscience de sa diginité, de sa grandeur morale. Or, cette conscience de sa dignité est pour l’homme une condition essentielle de vie morale.

Ce qui, en effet, dans les luttes de la vie, luttes contre lui-même, ou luttes du dehors, soutient l’homme; ce qui l'élève et le maintient au niveau de l'idéal, c'est, avant tout, le sentiment intime, profond qu'il vaut mieux que tout cela ; que, par la grandeur de sa nature et de sa desti-

née, il est infiniment supérieur à toutes ces forces physiques, économiques, sociales même, à toutes les vicissitudes au milieu desquelles s'écoule sa vie ici-bas.

Mais dès qu'il perd ce sentiment, l’homme finit par se considérer pratiquement, comme l'une de toutes ces forces fatales qui s’agitent autour de lui, et il s’abandonne à l'influence de son milieu, et aux entraînements de ses instincts:

Toutes les doctrines fatalistes aboutissent ainsi en pratique, au débordement de toutes les passions.

Par une généralisation facile à comprendre, l’ouvrier de l'usine, fait de la force, ou la fatalité, la seule loi qui gouverne le monde, il perd de vue le monde spirituel et surnaturel, et tout ce qui dépasse les réalités tangibles, les jouissances ou les douleurs immédiates ; très rapidement, il en arrive à croire que Dieu, la religion, l’idéal, la vertu, etc., sont une sorte de luxe moral réservé aux riches, à ceux qui ont des loisirs; il se persuade, ou bien on le persüade, que s’il y a un Dieu et un ciel cen’est pas pour lui. Il n’a d’uutre perspective que la vie d’esclavage’ à l'usine, et les plaisirs grossiers au dehors.

De tout cela, se dégage pour lui une impression générale

* dont il fait une philosophie sommaire de la vie : le travail, c'est l'esclavage ; la liberté, c’est le plaisir.

La notion vraie du devoir, du sacrifice, de l'autorité, de l’obéissance, de l'ordre social, a disparu de sa conscience morale.

8° Le patron. ;

L'ouvrier a tôt fait de s'apercevoir que, dans l'usine, c'est lui qui a toute la peiné. Les contremaitres qui surveillent et dirigent son travail, lui paraissent des privilégiés ; il les considère comme ses ennemis. Le patron ou les directeurs,

qu'il voit de temps à autre, toujours en pompeux équipage, représentent pour lui, le luxe, la vie facile, libre, agréable.

Tout cela confirme dans son esprit, l'idée qu'il s’est faite de la vie: d'un côté ceux qui jouissent et ne font rien; de l’autre, ceux qui peinent, qui travaillent, les esclaves, comme lui.

Ce contraste entre les jouisseurs, et les travailleurs, entre les riches et les esciaves de la pauvreté, de la misère, devient chez lui une sorte d’obsession, et, naturellement, se pose devant son esprit, le pourquoi de ce contraste : dans cette inégalité, il voit une aveugle fatalité, mais surtout une monstrueuse injustice dont il est la victime innocente.

Or, voici qu'un jour, survient un beau parleur qui dit # l’ouvrier, lui traduisant à lui-même, en termes clairs, en théories séduisantes, ce qu'il éprouvait d'une manière confuse, au fond de son âme : ‘‘Pauvre ouvrier, tu n'es qu'un esclave, la victime innocente et malheureuse d’une injustice sociale. Ce patron, que tu vois riche, heureux, - environné de luxe, de plaisir, c'est un exploiteur ; il est riche, heureux à tes dépens : voilà ton véritable ennemi, et là vértable cause de ta misère. D'où lui vient son argent? De l'usine. Et dans l'usine, qui produit les bénéfices? Le travail de l’ouvrier. Or, pour prix de son travail, l’ouvrier perçoit ün salaire représentant à peine le dixième de la valeur du travail fourni. Où vont les neuf autres dixièmes? : Dans la poche du patron. Pourquoi cela? Uniquement parce qu'il est le propriétaire de l'usine. La machine écrase l'ouvrier, pourquoi? Toujours parce qu'elle appartient au patron, entre les mains duquel, elle devient un instrument d'exploitation à l'égard de l’ouvrier. Dans l'usine, l'ouvrier est un rouage que l’on remplace à volonté, lorsqu'il est vieux, usé, ou simplement par caprice, à seule fin d'en mettre un autre à sa place,

Comment remédier à ces injustices? Simplement, en établissant ou rétablissant l'ordre; en mettant chacun et chaque chose à sa vraie place.

A l'usine, l’ouvrier fait tout, et il n'est rien. Eh bien! qu'il soit tout, c'est-à-dire le propriétaire, le patron, le bénéficiaire, comme il est le travail et le producteur du bénéfice.

Toutefois l'ouvrier à l'usine vaut non comme individu, mais comme collectivité. C'est donc la collectivité qui sera tout : propriétaire, travail, bénéficiaire. De la sorte l'ouvrier percevra tout le fruit de son travail. Personne, il est vrai, n'accumulera de grandes richesses, mais personne non plus ne sera pauvre, ou esclave : ce sera le bonheur dans l'égalité et la justice pour tous.

Mais évidemment, ce qui est vrai, d’une usine, est vrai de toutes les usines. La collectivité ouvrière qui doit posséder, être patron ce n'est donc pas une collectivité particulière, mais l’ensemble de toutes les collectivités solidaires et réunies en une seule : ce sera l'Etat, qui deviendra propriétaire universel des instruments de travail, qui dirigera les entreprises, distribuera le travail, partagera les revenus, etc., tout cela au nom de l'immense collectivité ouvrière.

L'Etat collectiviste ou socialiste! voilà donc le régime idéal qui doit faire disparaître toutes les exploitations de l'homme par l’homme, et amener enfin le règne de la justice, de la liberté, du bonheur, avec et par l'égalité.

Ainsi les agglomérations ouvrières sont socialistes ou collectivistes.

Le principe qui résulte de tout cela, qui plus ou moins consciemment, s'implante dans l'âme de l'ouvrier pour y développer progressivement et rapidement toutes ses conséquences avec une logique effrayante, c'est celui-ci : toute

autorité, toute supériorité, est une exploitation de l'homme par l'homme ; toute hiérarchie repose sur une injustice. De l'Etat non socialisé, les exploiteurs, ce sont les gouvernants. Il ne faut plus de têtes couronnées, il ne doit plus exister que le peuple souverain, qui gouverne par ses mandataires. Dans la religion, dans le catholicisme surtout, avec sa hiérarchie et son principe d'autorité, les exploiteurs ce sont les membres du clergé! Le catholicisme, le cléricalisme, voilà l'ennemi! Dans l'armée, les exploiteurs ce sont les chefs. L'armée doit être remplacée par une milice nationale établie sur un principe d'égalité. Dans la famille, l’exploiteur, c’est tout d’abord le mari, au noin de l'autorité : la femmes réclame l'égalité ; exploitation qui vient du principe barbare de l’indissolubilité du mariage : le mariage doit relever simplement des attraits réciproques, et du consentement mutuel: on s'unit et l’on se sépare à discrétion ; les exploiteurs ce sont les parents, le père surtout, qui s'intitule chef de la famille : de chef, il n’en faut plus nulle part : les enfants réclament l'égalité, ou bien on la réclame pour eux. Toute la mission de la famille consiste à produire des citoyens libres, dont l'éducation, la formation relève de l'Etat socialisé,

L'ouvrier de l'usine, en qui cette influence de l’agglomération a pu s'exercer sans contrepoids, est un anarchiste, un impie, un anticlérical, un antimilitariste, un partisan de l'union libre, en un mot, un ennemi de l'ordre sous toutes ses formes, et un champion du désordre sous toutes ses formes.

Supposez maintenant, qu’une puissance fortement organisée, diabolique, fascinant les âmes par l'attrait du mystère impénétrable qui plane sur son but intime, sur les chefs réels dont elle reçoit le mot d'ordre; et du secret absolu, qu'elle impose à tous ses membres ; supposez qu'une

telle puissance, travaille à faire un faisceau de tous ces ferments de désordre pour les conduire à l'assaut de la religion et de la hiérarchie sociale : vous avez nommé la franc-maçonnerie.

Ces développements nous ont peut-être entraîné beaucoup plus loin que ne l'exigeait l'objet du présent travail. Mais il paraissait bon, cependant d'analyser l’un des facteurs les plus redoutables du désordre social, dont nous sommes témoins un peu partout. Connaissant mieux le mal, il nous sera plus facile d'en découvrir les sources, d'en chercher les causes et d'en indiquer les remèdes, en temps et lieu.

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