II. — THÉORIE FÉMINISTE
Le Féminisme appuie sa théorie sur deux rai. : plus spéciales : É
1° L'égalité réelle, ou la valeur égale des aptitudes et des qualités chez la femme et chez l'homme,
2° La femme aussi bien que l’homme est concernée dans les affaires publiques ; et d'ailleurs elle y peut apporter un concours très efficace.
Des statistiques viennent appuyer ces affirmations.
Voyons ce qui en est de ces deux raisons.
1° Pour ce qui est de la première, nous nous contenterons des observations suivantes :
a) Tout d'abord, poser le problème du féminisme de cette manière, c'est soulever un imbroglio d'interminables difficultés, et donner lieu à de fâcheux malentendus ; c’est créer des sources de divisions, de discordes, de rancunes, parce que c’est établir une sorte de concurrence entre la valeur de l’homme et celle de la femme, en se servant du même critère. Dans de telles conditions, l'orgueil masculin tendra
toujours ? tenir la femme ‘ans une infériorité qui sera pour elle une humiliation et par là même, une source de rancune et de dépit. D'autre part, ceux qui par courtoisie ou par esprit chevaleresque, exalteront la femme, flatteront son penchant à la vanité, et lui rendront, ainsi qu'à la société, un très mauvais service.
b) D'ailleurs, il ne s’agit nullement d'établir une comparaison plus ou moins blessante, en tout cas, dangereuse, entre les qualités, les aptitudes de la femme, et celles de l'homme ; la question n'est ‘pas là. La femme possède de grandes et précieuses qualités : Dieu l'a douée magnifiquement ; nous l'avons montré longuement, dans notre deuxième partie, en analysant l'âme féminine.
A bien prendre son rôle et sa mission, elle n'a rien à envier à l’homme.
Mais il ne faut jamais perdre de vue que les qualités, les aptitudes de la femme, ne sont pas les mêmes que celles de l’homme ; et il s'agit de savoir si ces qualités et aptitudes de la femme, si grandes, si brillantes qu'on les suppose, sont précisément les qualités et les aptitudes qu'il faut pour remplir onvenablement les carrières libérales et aspirer aux charges publiques? On peut au moins en douter, sans faire injure le moins du monde à qui que ce soit.
Les faits et statistiques que l'on apporte, ont le double défaut, de ne constituer qu’une infime exception; et dans cette exception même, de ne montrer que le côté favorable au féminisme, alors qu'avec ces mêmes exceptions on pourrait écrire un gros volume intitulé : ‘‘les méfaits du féminisme, prouvés par des faits et des statistiques.”
c) Même résolu en faveur du féminisme, ce point de vue ne touche pas àu fond de la question.
Les capacités, les aptitudes ou qualités ne sont ni un but, ni la règle suprême de la vie ; elles en sont tout au plus
une condition, ou comme le nom l'exprime si bien: une aptitude, à savoir quelque chose qui doit être dirigé par une loi supérieure.
Au-dessus des aptitudes, il y un critérium supérieur de la vie: le bien commun; la mission, le rôle assigné par Dieu, par exemple à chaque sexe.
C'est là le seul point de vue vrai, sérieux, sous lequel on doit envisager et discuter la question féministe.
Le problème revient donc à ceci :
Est-ce que les prétentions ou revendic: ‘ns du féminisme, répondent à un vrai besoin social? d'autres termes, est-ce que les choses iraient mieux, € e que les intérêts de la société seraient mieux administrés et sauvegardés, si la femme avait accès, au même degré que l’homme à toutes les professions libérales, à toutes les charges publiques, au moins par le suffrage actif; même dans l'hypothèse, d'ailleurs fort problématique, où l'éducation aurait réussi à les adapter suffisamment à de telles fonctions ?
Est-ce que les inconvénients, les malaises, les maux, les désordres actuels, avec ces crises violentes qui menacent de tout bouleverser ; est-ce que tout cela disparaîtrait, en tout, ou du moins, en partie avec l'accès des femmes aux professions libérales et aux emplois publics?
Est-ce que, en particulier — pour ne donner qu’un exemple — en matière politique, les méfaits que le suffrage universel possède déjà à son actif, au lieu d’être diminués, ne seraient pas plutôt doublés par le suffragisme des femmes? Sans doute les femmes ont de grandes et précieuses qualités, mais elles ont aussi leurs défauts; et il est clair que ées défauts ne les abandonneraient pas au seuil de la vie publique.
Personne n'ignore la violence des passions ct des désor-
dres que soulèvent les luttes politiques, particulièrement aux périodes électorales. Pas plus que les hommes, les femmes ne seraient immunisées contre ces passions et ces désordres,
C'est d’ailleurs un fait notoire que chez la femme, la passion, comme la perversion morale revêt un caractère plus tragique et plus répugnant que chez l'homme, probablement parce que la femme est le suprême refuge de l'honnêteté morale et que la vie morale une fois pervertie en elles les passions y deviennent une sorte d'instinct pervers avec tout ce que ce mot comporte d’absolu, d'impulsif, de brutal et de profond. La raison en est que chez la femme l'honnêteti morale est avant tout instinctive, une sorte d'instinct divin; et conséquemment la perversion morale transforme en elle l'instinct du bien en instinct du mal.
Aux faits et statistiques du féminisme, il suffit d'opposer le rôle ignoble, dégrandant joué par les héroïnes de la Révolution française, et les désordres, causés en Angleterre, ces dernières années, par les trop fameuses suffragettes. Ces expériences devraient être plus que suffisantes pour montrer le caractère utopiste et dangereux des prétentions du féminisme.
© Dès maintenant, nous pouvons donc conclure : non seulement le féminisme ne répond pas à un besoin social ; non seulement il n'offre pas d'avantage du bien commun; mais il peut encore devenir une source de dangereux inconvénients, et de graves désordres.
Mais poursuivons et précisons quelque peu. L'accès des femmes à la vie publique, aurait pour effet de créer entre l’homme et la femme une concurrence acharnée, aveo tous les antagonismes, les divisions et les haines qu'elle engendre. Et cela, 1° tant au point de vue des professions libérales, qui, dans les pays tant soit peu avancés, surtout dans les
centres urbains, sont déjà encombrées, — d'où une foule de déclassés, vivants, comme des parasites, en marge de la vie publique : — 2 qu'au point de vue politique, car il est facile de prévoir que les querelles de ménages ne seraient pas apaistes par les discussions et rivalités politiques.
Et ainsi, la femme, qui, par mission, devrait être un principe de paix et d'union dans la société, y allumerait de nouvelles discordes tout en augmentant la violence de celles qui existent déjà.
De plus, au contact de ces luttes extérieures où s’agitent tant et de si violentes passions, la femme laisserait s'évaporer le parfum délicat de cette double fleur : la virginité et la maternité qui met à son front comine une auréole de beauté et de grandeur morale, et constitue le plus pur privilège de son sexe.
Le culte quasi-religieux dont les peuples chrétiens et chevaleresques ont toujours entouré la femme, est dû surtout à ce fait, qu'elle est toujours restée en dehors, et au-dessus de toutes les luttes pour la gloire, les honneurs, les positions. C'était pour eile une sorte de piédestal du haut duquel elle dominait les agitations, les antagonismes, les haïines, sou-levées par l’orgueil et l'ambition, et d'où elle commandaic le respect. Et cela s'explique : car tout ce qui s'élève ainsi au-dessus des passions, semble refléter quelque chose de l’atmosphère sereine et calme où vit la Divinité.
Avec la théorie féministe, l'homme ne verrait plus dans la femme, qu'une simple antagoniste, et dans cette lutte pour les positions, pour les honneurs, la femme serait fatalement vaincue pour redevenir, comme aux pires époques du paganisme, ou de la barbarie, un simple objet de convoitise, et finalement de mépris. Reine ou esclave, il sémble que pour la femme il n'y ait pas d'autre alternative.
® Arrivons enfin, à la dernière affirmation du féminisme, à savoir : que la femme tout aussi bien que l’homme, est concernée dans les affaires publiques, et qu'elle y peut apporter un concours très efficace.
Eh ! sans doute! Qui donc songe à le nier?
Mais conclure de là, que, pour la femme, la condition unique et essentielle, de concourir efficacement au hien public, est de voir s'ouvrir devant elle, es carrières libérales, et les charges publiques : cela c'est faire preuve d'étroitesse d'esprit, et manquer complètement de logique.
Il y a une foule de manières de concourir au bien commun, en dehors des carrières libérales, et des emplois publics, et nous prétendons montrer jusqu'à l'évidence, que, en restant fidèle à l'idéal que le Christianisme a assigné à son sexe, la femme rend plus de services au bien commun, que si elle était lancée dans le mouvement féministe.
Prenez, par exemple, deux mères de famille, dont l'une, ardente féministe, suivrait fidèlement dans les journaux, ou dans les revues, le mouvement des idées féministes, assisterait à toutes les réunions publiques féministes, serait mê- +lée à toutes les questions de politique, d'élection, etc., même, si vous le voulez organiserait elle-même des cercles féministe, passant ainsi la plus grande partie de ses soirées dans des assemblées ou organisations politiques ou autres ; négligeant complètement ses devoirs domestiques ; dont l’autre, au contraire, serait profondément chrétienne, consciente, avant tout, de ses devoirs d'épouse et de mère de famille. Afin de satisfaire aux premiers, elle emploie tous ses soins à faire de son intérieur, un séjour idéal pour son mari, un séjour de choix où il aime à revenir pour retremper son âme et réchauffer son cœur, au foyer des vertus domestiques; pour accomplir les seconds, elle fait appel à toutes les ressources, aptitudes, qualités, dont Dieu a enrichi son