‹ La famille et le mariage chrétien [microforme]Chapitre 32 sur 41 · II. — L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

II. — L'ÉDUCATION

Nous avons traité ailleurs, (‘) ce problème de l'éducation ; nous n'y reviendrons pas ici. Qu'il nous suffise de signaler, en passant, trois dangers, auxquels est exposée la famille sous ce rapport :

a) La négligence de l'éducation.

Certains parents, ne comprenant pas la nécessité, les avantages et les bienfaits d'une éducation soignée ; et par ailleurs, voulant profiter du travail des enfants, dès que ceuxci sont à même de les aider un peu, compromettent leur avenir en négligeant complétement, ou à peu près, leur éducation.

b) Une fausse idée de l'éducation.

Un grand nombre de parents ne se font pas une idée juste de l'éducation, et compromettent également l'avenir de leurs enfants, soit en leur faisant donner une éducation au-dessus de leur condition — on dirait qu'ils veulent satisfaire dans leurs enfants, une ambition, qu'ils n'ont pu réaliser dans leur propre vie —, de là les déclassés, malheureux et encombrants ; soit en n’accordant pas à la formation de la volonté, du cœur, de la conscience ; à l'éducation morale et religieuse, l'importance qu'elle mérite.

Dans de telles conditions, il est clair que l'instruction fera plus de mal que de bien.

€) Le troisième danger concerne l'exercice de l'autorité dans la famille. Il y a là deux excès à éviter: 1° la fai-

a (1) Voyez notre lettre pastorale à la fin de ce volume.

blesse ou la mollesse — dans bon nombre de familles, ce sont les caprices des enfants qui finissent toujours par pré: valoir ; 2° la rudesse, surtout de la part du père, qui écrase, qui s'impose par la force, au lieu de commander en persuadant. Le juste milieu à garder ici, tient en ces deux mots : douceur et fermeté : la douceur pour tempérer la fermeté ; et la fermeté, pour empêcher que la douceur ne dégénère en faiblesse.

Question III, — TA SOCIETE PATRIARCALE.

La famille est dépositaire d'un double patrimoine, que les générations successives doivent fidèlement se transmettre l’une à l’autre: 1° un patrimoine matériel, admirablement résumé et, pour ainsi dire cor-entré dans ce terme si compréhensif de ‘‘toit paternel,’ ‘‘maison paternelle’’ ou simplement ‘‘la maison’’, ‘‘chez nous’’ ; 2° un patrimoine moral, comprenant un ensemble de traditions morales et religieuses, soit à l'état de principes, soit principalement, à l'état de vertus, pratiquées par lés ancêtres, et léguées à leurs descendants, comme le plus précieux des héritages.

Entre ces deux patrimoines, il existe un lien d’intime connexion. Le patrimoine matériel symbolise, renferme en quelque sorte à l’état cristallisé, le patrimoine moral. M me pour les membres de la famille que le reflux de la vie a pu emmener au loin, la pensée du toit paternel, avec le trésor de ses- souvenirs, reste là fixée comme une étoile polaire au sommet de l'âme, et comme un amour fondamental, au centre de la vie affective.

Or, la vie moderne, de plus en plus, semble élever des

obstacles insurmontables contre cette continuité qui constitue l'âme de la famille patriarcale. Les enfants quittent le toit paternel, pour aller ailleurs, chercher fortune, ou fonder un foyer dans des conditions nouvelles : les vieux parents, seuls gardiens de la maison abandonnée, sont parfois obligés d'aller eux-mêmes, chercher un refuge chez des étrangers où ils se mettent en pension. 11 n'y a plus de logis vraiment familial. C

Cela est vrai surtout, des familles ouvrières, en particulier, dans les villes, où elles vivent généralement u loyer, d'après les conditions des emplois, ou du travail. On ne s'attache nulle part: on n'a pas de point fixe, qui soit comme un centre bienfaisant d'attraction pour tous les membres de la même famille.

Le patrimoine moral subit fatalement le contre-coup de cette absence de patrimoine matériel. Chaque individu fonde ‘un foyer séparé, sans attache avec le passé ; et la vie est un recommencement à chaque foyer nouveau. Il y a encore des géné:ations qui se suivent, des foyers qui se succèdent, mais sans lien de coniiuuité vitale. La famille au sens vrai et profond du mot, n'existe plus.

Or, ainsi qu'il a été dit dans la première partie de ce travail, la famille avec son caractère de pérennité, étant l'un des plus solides points d'appui de la religion dans la société, le relâchement de ses liens, laissera se déraciner des âmes, les convictions religieuses elles-mêmes.

Par une conséquence naturelle, ces foyers individuels, pour ainsi dire isolés, manquant de la stabilité intérieure qui vient de la continuité dans la durée, seront entraînés par le courant du milieu qui les environne, et finiront par perdre toute personnalité morale.

Sans doute, il est impossible que la famille ne subisse pas l'influence de la société au milieu de laquelle elle vit,

4 oo ,

à l'unité de laquelle elle se rattache ; nous avons dit d'ail. leurs, que la nationalité, la patrie, c'est un peu la famille agrandie ; la vie nationale est une sorte de vie de famille moins profonde, moins intime, que celle du foyer, mais plus large et plus étendue. Il n'en reste pas moins vrai que la société ne saurait absorber la famille, ni faire disparaître la vie domestique sans un très grave détriment pour la société elle-même.

Nous admettons d'ailleurs sans peine que la vie familiale est intimement liée à la vie nationale, et que celle-ci joue par rapport à celle-là un rôle extrêmement important : elle en est en quelque sorte le mur d'enceinte et de défense ; mieux encore, l'atmosphère ambiante.

Aussi, pour notre pays si hétérogène, où toutes sortes de populations se coudoient, le problème le la vie ’amiliale se double du problème très complexe .e la diversité des nationalités, qui vivent sur notre sol,

Ce dernier problème, à son tour, peut être considéré sous ‘ un double point de vue, à savoir: 1° au point de vue de l'unité nationale ; 2 au point de vue des traditions familiales, et de leur sauvegarde.

Entre ces deux points de vue, il ne saurait exister d'opposition réelle, puisque la société a pour but essentiel précisément de protéger, de sauvegarder et de promouvoir les intérêts de la famille.

Il n'entre pas dans le cadre de notre étude, de traiter le premier de ces points de vue : nous nous contenterons donc des observations suivantes :

1° Parmi les différentes nationalités qui habitent ce vaste pays de la Puissance du Canada, il faut mettre au tout premier rang, les deux races, qui, par droit d’aînesse, de possession et de conquête, sont ici, tout à fait ‘‘chez elles”.

Ni

Le Camada est véritablement leur pays, et le seul nom qui exprime parfaitement la situation du Canada, sous ce rapport, c'est celui de ‘‘Confédération Anglo-Française'. La portée de ce mot est d'ailleurs exprimé dans le Pr ‘:ment Fédéral, le Parlement Canadien proprement dit, jui, de par la Constitution fondamentale du pays, est un parlement Anglo-Français.

Ce point semble devoir être en dehors de toute discussion.

2 L'unité sociale’ du Canada, ne saurait s'opposer à ce que les sujets de nationalités différentes, possèdent leurs propres organisations religieuses ct scolaires, à la condition, évidemment d'être loyaux sujets Canadiens et Britanniques. La seule unité morale et sociale d'un pays, compatible avec la véritable liberté, devrait avoir pour devise : ‘‘la décentralisation, pour tout ce qui regarde les intérêts particuliers, notamment, les questions religieuses et scolaires ; et la centralisation pour les intérêts généraux, c'est-à-dire d'ordre politique et économique, du pays tout entier.'’

Cette formule ne saurait offusquer personne, et le principe qu'elle énonce, bien compris, peut, à lui seul, résoudre bon nombre de difficultés brûlantes.

Quant au point qui nous occupe, outre les relations intimes qui existent entre la famille, et la nationalité, l'abandon des traditions nationales, comme des traditions familiales, entraîne de graves inconvénients, dont les principaux sont les deux suivants :

a) Tout le monde sait que le sentiment national est un de ceux qui sont le plus profondément enracinés dâns le cœur humain. Or, le sentiment national est alimenté par les traditions “ationales. Les traditions nationales jouent donc dans la vie humaine un rôle fondamental.

Conséqueniment, renoncer à ses traditions nationales, Parce qu'on a quitté son pays, pour habiter dans un autre,

c'est, dans une certaines mesure, affi'mer équivaleñment que l'on peut, au gré des circonstances, renoncer à des sentiments fonciers, pour s'adapter à des milieux nouveaux. Sans :. , en fait, on ne renonce qu'à ses traditions nationales; mais le fait implique un principe qui ouvre dans l'âme une brèche par où s'échapperont d'autres sentiments, sans en excepter la religion elle-même. Les convictions, et les sentiments de la vie morale reposent cur les principes. Ebranlez un principe, vous exposez tout l'édi, *e à crouler.

b) Mais ce n'est là qu'un inconvénient indirect, il y en 8 un autre plus direct provenant du rôle moral que jouent les traditions,

Pour éviter toute équivaque, il importe tout d'abord de bien préciser ce qu'il faut entendre par tradition. Car il y a de mauvaises traditions, comme il y en a de bonnes; et il est clair qu'il ne saurait être question de conserver de mauvaises traditions sous prétexte qu'elles sont der traditions. Mais alors, nous voilà, semble-t-il, acculés à une impasse,

Si, parmi les traditions, il faut préalablement faire un triage, pour élaguer les mauvaises, parce qu'elles sont mauvaises ; si pour faire régner la vérité et le bien, il faut s'opposer à des traditions; ce ne sont plus les traditions qui ont de la valeur, mais ce qui en constitue la vérité et la légitimité.

Au fond, il y a quelque chose de très vrai, dans ce raisonnement. Mais, à bien prendre les choses, au lieu de constituer une insurmontable difficulté, contre les traditions, il oblige à des précisions qui éclairent une des questions les plus intéressantes de la psychologie humaine.

Remarquons en premier lieu, la profonde analogie qui existe entre les traditions, et les habitudes.

‘Les habitudes ne sont pas autre chose, en somme, que des

habitudes sociales, comme les habitudes proprement dites, peuvent être dites, en toute vérité, des traditions individuelles. C'est donc l'analyse de l'habitude, qui nous fers connaître la vraie nature de la tradition, et conséquemment la raison profonde de son rôle dans la vie morale des famil. les et des sociétés .

Or, l'habitude proprement dite, requiert nécessairement, les conditions suivantes :

1° La permanence, Le mot ‘‘habituel"' d'ailleurs, l'indique clairement. On ne saurait donc appeler habitudes, des dispositions ou indispositions, manières d'être, manières d'a. gir, manières de vivre, passagères, transitoires, qui ne por- ‘ant pas en elles-mêmes, un certain principe de durée ou de fixité.

2 L'habitude est distincte de la nature et de ses lois fondamentales ; elle lui est postérieure, elle s'ajoute à la nature, On reçoit la nature et ses lois fondamentales, avec la vie; tandis qu'on acquiert les habitudes,

Cela suppose, évidemment que les déterminations impesées par la nature, laissent un peu de flexibilité, de souplesse, de malléabilité aux manières d'être, d'agir, de vivre. Car une chose totalement prédéterminée par le nature à être, à agir, à vivre toujours d’une manière uniforme, n'est pas susceptible d'habitude.

A ce titre, les dispositions, adaptations permanentes, que peuvent revêtir les objets inanimés, les plis, qu'ils peuvent prendre, sont, en nn certain sens, des habitudes. Ainsi, les habits que l'on porte, finissent par s'adapter à notre corps, et gardent ce pli ; l’on peut assouplir certaines choses à notre usage ; les ‘mettre à notre main’’, comme le dit d’une manière si expressive le langage populaire ; un artiste s’habitue à son instrument, et l’on dirait que, de son côté, l’instrument s’habitue à l'artiste, L'homme peut dresser pres.

que tous les animaux. Or, le dressage a précisément pour but, d'imprimer à l'animal certaines manières d'être, d'agir, ou de vivre permanentes, et distinctes de sa nature, s’ajoutant, se superposant à son instinct. Ce sont, en un certain sens, des habitudes.

latte marge laissée par la nature aux manières d'être et d'agir, marge en raison de laquelle les habitudes peuvent se greffer, en quelque sorte sur la nature et les lois foncières de l'être : cette marge s'élargit à mesure que l'on s'élève plus haut dans l'échelle des êtres matériels.

Chez l’homme, cette détermination imposée par la nature, est très vague, très générale. Conséquemment chez lui, la marge des habitudes est très étendue.

Comme à tous les êtres, la nature a assigné à l’homme une fin propre, et lui a donné des facultés pour y tendre avec des lois pour le guider dans cette tendance.

Or, la loi fondamentale de la finalité, dans la nature humaine, se réduit au besoin de l'infini : ce besoin de l'infini, se traduira dans la volonié, par ses inclinations et ses tendances. Les lois de ces tendances sont en germe, au plus intime de l'intelligence, et dès l'éveil de cette faculté, vont se traduire en un double ensemble de pouvoirs fondamentaux : 1° ensemble de premiers principes de la raison spéculative ; 2 ensemble de principes fondamentaux de la raison prafique : dont le premier qui sert de point d'appui, à tous les autres. s'énonce ainsi: ‘‘Il faut faire le bien et éviter le mal.”

Or, en tout cela, la fin de la vie humaine n'est contenue, que d’une manière abstraite, vague, indéterminée. Indéterminés, également les moyens à prendre, le chemin à suivre pour y arriver. x

Entre cette première semence générale de vie morale, et la vie concrète, détaillée, qui tend à une fin bien déter-

Mais ici une remarque essentielle s'impose pour préciser et compléter la notion de l’habitude. ;

Ces différentes habitudes ne supposent pas toutes l'effort, la conquête de la liberté sur l’indétermination de la nature. Quelques-unes, au contraire proviennent du laisser-aller, de l’abandon, de l’inertie de la volonté en face de la vie, comme si cette faculté était alourdie par le poids mort de la passivité de la nature, ou entraînée par les forces fatales de la vie inférieure.

Il semble qu’il ne saurait y avoir là d'habitude, au sens strict et élevé du mot. L'’habitude, en effet, semble tellement inséparable de l'effort et de la conquête de l’activité libre, que tout. le travail de l'éducation peut se résumer en cette formule : ‘‘Empêcher l'enfant de se laisser-aller à de mauvaises habitudes — travail négatif — : et lui en faire con-

tracter de bonnes” ; ou plus simplement : ‘‘Faire contracter à l'enfant de bonnes habitudes.’ Ce qui revient à dire: apprendre à l'enfant à se dominer, à se conquérir lui-même, à dégager sa volonté des forces fatales qri s’agitent au fond de sa nature, afin de pouvoir vivre une vie morale pleine, élevée et libre.

3° Condition.

L'habitude doit reposer sur la nature, et se trouver, en quelque sorte, dans le prolongement de ses lois fondamentales, de ses aptitudes, de ses capacités foncières.

Car:

a) La nature d’un être est la source première de son activité, de ses aptitudes, de ses capacités.

b) Elle constitue de plus, la première assise de tout ce qui est permanent en lui.

c) D'ailleurs, rien de violent, rien de ce qui est opposé à la nature ne saurait avoir de la permanence, de la fixité

dans un être. Tout état violent, anormal, tend à se résoudre par une crise, qui ramène un état conforme à la nature, ou qui finit par briser l'être lui-même, Entre les lois foncières de la nature, entre ses tendances fondamentales, et les tendances qui font partie de la nature individuelle, dans sa réalité concrète, de son tempérament physiologique, intellectuel, moral et affectif, avec l'ensemble des éléments qui constitue le caractère natif d’une personne, et enfin, les habitudes proprement dites, il devrait y «voir continuité, comme si toutes les déterminations survenant à la nature se trouvaient dans son prolongement.

Or, à cette profondeur, la nature ne saurait être mauvaise, ni perverse : ses inclinations foncières la portent vers le vrai et le bien.

L'habitude proprement dite semble résulter dans l'âme, de l'effort qu’elle fait pour subordonner les-vontingences qui conditionnent son activité ordinaire, à l’incorruptibilité de sa nature, à la fixité de ses tendances primordiales, d’une part; et d'autre part, à l’immobilité de l'infini qui constitue sa fin suprême.

Le mal qui peut survenir, dans cet effort, provient d’une déviation, non d’une tendance foncière positive. Ce que l’on désigne par le ‘‘fonds mauvais.de la nature humaine est donc non quelque chose de positif, mais un fonds de passivité, d'inertie ; c'est en quelque sorte, le revers privatif des lois fondamentales de la finalité.

La philosophie confirme admirablement cet aperçu, en définissant le mal: la privation du bien : conséquemment une tendance mauvaise devra être dite: la privation d’une tendance bonne. Le mal ne serait donc pas un être, mais il usurpe pour ainsi dire la place du bien, la place de l'être : il ne saurait donc reposer que sur le bien lui-même : il ne peut exister d’être qui soit une pure privation. On l’a dit

avec beaucoup de profondeur : dans toute erreur, il y a une âme de vérité. L'intelligence, en effet ne saurait accepter l'erreur pour elle-même; elle se laisse tromper par des apparences de vérité, qui cachent l'erreur réelle ; il ne saurait y avoir une erreur absolue dans un esprit. De son côté, le cœur, la volonté ne sauraient aimer, vouloir le mal pour lui-même : ce sont les apparences du bien qui les séduisent.

Une analys quelque peu pénétrante, aurait vite fait de découvrir dans les pires égarements de l'esprit et du cœur, les vestiges de ces besoins profonds qui portent l'âme au bien et au vrai. Sous les superstitions les plus grossières, ne perçoit-on pas le besoin de Dieu? Les hommes les plus dégradés, les plus cyniques, ne cherchent-ils pas à justifier, leur déchéance par des théorie où il est question de droit ; d’inviolabilité de la conscience, d’aspirations de la nature?

C'est là qu'il faut chercher le fonds intime, l'âme de l'habitude, L'on peut ainsi rencontrer des vies qui, en suivant successivement des directions opposées, gardent le même fonds d'habitude, seul le contenu objectif a changé. Les grands convertis que furent Newman, Manning, Faber, et le si regretté Mgr Benson, ont gardé, après leur conversion le même fonds d’habitudes religieuses qui les caractérisait déjà auparavant. Dans ces âmes, par suite de circonstances indépendantes de leur volonté, l'erreur avait pris la place de la vérité. En atteignant la vérité, elles ont conquis leur équilibre normal, et se sont retrouvées pleinement elles-mêmes.

Ce que nous venons de dire des habitudes en général, peut s'appliquer aux habitudes surnaturelles, du moins, pour ce qui concerne leur radication progressive dans l'âme, et le développement psychologique de leur action, La grâce ne détruit pas la nature ; en l'élevant, elle respecte ses lois.

minée, qui porte sur des objets bien précis, la marge est immense. V :

Les déterminations de la vie concrète, devront donc être une conquête de la liberté : conquête, en réalité, double : a) conquête psychologique sur l'indétermination des tendances foncières de la nature humaine ; b) conquête objective, sur l'indétermination des premiers principes de la loi naturelle.

Les déterminations qui viennent prendre place dans cette marge indéfinie, peuvent être multiples et très complexes. Elles comprénnent :

1° Le tempérament individuel, — avec ses qualités ou ses défauts — basé sur la constitution psychologique du sujet.

2° Le caractère — avec ses formes multiples, ses nuances indéfinies ses qualités et ses défauts — qui tout en reposant sur le tempérament, est cependant, à proprement parler, de nature psychologique.

D'une manière beaucoup plus vraie et beaucoup plus stricte que pour le tempérament, on peut parler des qualités et des défauts de caractère; du bon ou du mauvais caractère ; parce que le caractère est beaucoup plus intimement, et immédiatement lié à la vie morale, que k tempéxament. ;

3° Les qualités ou défauts de l'esprit : l’on dira, par exemple, un esprit droit, pénétrant, Incide, large, philosophique, scientifique, positif, spéculciif, méthodique, ete., ou un esprit obscur, fourbe, obtus, étroit, méticuleux, ete. 11 y a aussi les maladies de l'esprit : on dira de quelqu'un qu'il est sain d'esprit, ce qui suppose évidemment que l’es- ° prit peut être malade: le scrupule, l’aliénation mentale, etc., sont des maladies de l'esprit.

4° Les qualités, défauts et maladies de la volonté : l'énergie, la souplesse, la patience, la douceur, ou bien la mollesse, la violence, la faiblesse, l'aboulie, etc.

5° Les qualités, défauts et maladies de la sensibilité du cœur, des affections.

Tout cela ajoute à la nature humaine des déterminations particulières qui peuvent se rencontrer avec de grandes dif. férences chez les divers individus.

Toutefois, ces qualités, ou défauts de l'esprit, du cœur, de la volonté, du caractère, etc... ne sont appelés habitudes, que lorsqu'ils sont le fruit ou le résultat de l'activité personnelle.

Car il est à remarquer que si ces défauts ou qualités s'ajoutent à la nature humaine considérée en son fonds universel, ils peuvent parfaitement faire pour ainsi dire, partie de la nature individuelle,

C’est pourquoi l’on dit de ces qualités ou défauts, qu'ils sont naturels, ou que ce sont des habitudes : selon qu'ils sont reçus avec la nature, ou qu'ils dépendent de l'exercice de la liberté.

Il ÿ a là, sans doute une question d'hérédité et d'atavisme : ce qui suppose de l’activité humaine ayant produit des habitudes qui ont fini par se cristalliser dans la nature et se transmettre avec elle, sous forme de prédispositions que la vie fera s’actualiser, comme sous l'effort d’une poussée intérieure.

A ce titre, on pourrait peut-être les appeler, des habitudes de race, ou de famille. Mais cela est en dehors du problème précis qui nous occupe actuellement.

L'habitude suppose done la vie en exerci2 ; elle implique un résultat, acquis au moyen de l'activité personnelle, libre.

Le domaine des habitudes est donc aussi vaste, aussi étendu que le domaine de l'activité humaine.

Il y & des habitudes :

a) Dans la sphère de l’activité physique, corporelle : souplesse, habileté, dextérité, entraînement : habitudes d’hygiène, etc.

Bb) dans la sphère de l’activité humaine proprement dite :

1° L'activité spéculative: habitudes intellectuelles : sciences, erreurs, préjugés, etc.

2° L'activité pratique, dans le double domaine :

a) De l'art, depuis les arts utilitaires, les plus simples, les plus vulgaires, par exemple, de l’économie domestique, jusqu'aux arts libéraux, les plus élevés : la poésie, la littérature, la musique, la peiriure, la sculpture, l'architecture,

b) De la morale comprenant les devoirs de l’homme :

1° envers Dieu : habitudes religieuses.

® envers le prochain ; habitudes concernant la vie

de société, ou de relations sociales,

3° envers soi-même : habitudes concernant surtout l'organisation intérieure de la vie individuelle,

De plus, l’homme étant défectible dans toute l'étendue de son actvité, on peut distinguer dans chaque sphère de l'ac-

tivité humaine, les habitudes bonnes et les habitudes mauvaises,

Cette nomenclature n’a pas d'autre but que de donner une idée générale de la complexité de la vie humaine relativement aux habitudes.

vie

La différence essentielle qui distingue les habitudes naturelles des vertus infuses, consiste en ce que celles-ci, sont

surnaturelles, divines, et causées dans l'âme par infusion ,

directe de Dieu; tandis que les premières prennent leur source dans l'âme humaine, et sont produites par la répéti. tion des actes d’une manière fréquente, et toujours dans le même sens.

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